RÉTINE. — VISION
COULEDRS.
ment en jeu sous l’influence des rayons violets, et très-faiblement sous celles des rouges et des verts. Le mélange de ces trois excitations dans des proportions différentes fait naître la sensation de toutes les autres couleurs du spectre.
La fig. 50 traduit, sous une forme graphique, l’hypothèse de Th. Young : les couleurs spectrales y sont disposées horizontalement, et par ordre, depuis le rouge R jusqu’au violet V; les trois courbes superposées représentent l’irritabilité des trois ordres de fibres, la courbe 1 pour les fibres du rouge, la courbe 2 pour celles du vert, et la courbe 3 pour celles du violet.
Cette théorie rend parfaitement compte des diverses particularités qu’on observe dans l’excitabilité de la rétine par les couleurs; elle explique ce qu’on appelle l’impression d’une couleur saturée : on dit qu’une couleur est saturée lorsqu’elle est aussi pure que possible, c’està-dire sans mélange d’aucun des autres éléments de la lumière colorée. Pour traduire cette proposition en langage physiologique, et en admettant l’hypothèse de Th. Young, nous dirions que, par exemple, nous avons la sensation du rouge saturé lorsque la fibre élémentaire, l’organe terminal élémentaire qui correspond à l’excitation du rouge, entre complètement seul en activité. Or, si la théorie d’Young est vraie, nous ne devrions jamais avoir la sensation d’une couleur saturée, puisque, d’après
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cette hypothèse, si la lumière rouge excite énergiquement l’élément qui correspond au rouge, elle excite aussi, quoique à un bien plus faible degré, ceux qui correspondent au vert et au violet. Toute lumière rouge, en produisant l’excitation du rouge, devra donc y mêler toujours une quantité, infiniment petite, il est vrai, de vert et de violet. — C’est ce qui a lieu en effet. Bien des personnes seraient étonnées, si on leur disait qu’elles n’ont peut-être jamais eu la sensation élémentaire du rouge porté à son maximum, sans qu’il y fût joint les deux autres, à leur minimum, il est vrai. En effet, un artifice expérimental fort ingénieux permet d’isoler le rouge maximum, que nous avons pris pour exemple, de toute trace des deux autres couleurs : il suffit pour cela d’émousser la sensibilité de l’œil pour ces deux dernières, c’est-à-dire de fatiguer, de rendre inexcitables les éléments rétiniens du vert et du violet ; alors la lumière rouge ne mettra en action que le seul élément rétinien du rouge, et nous aurons la perception du rouge saturé. Si donc nous fatiguons une partie de la rétine par une longue contemplation du vert bleuâtre du spectre, et que nous rendions ainsi cette partie de l’œ,il aveugle à la fois pour le vert et pour le violet, lorsque nous porterons imméiliatemeiit ensuite le regard sur un rouge spectral aussi pur que possible, la portion de ce rouge qui viendra impressionner la partie précédemment fatiguée de la rétine nous paraîtra d’un rouge saturé intense, d’un rouge plus pur que le reste du rouge spectral qui l’environne, et qui est pourtant le rouge le plus pur que le monde extérieur puisse nous offrir.
Nous aurons à revenir plus loin sur les diverses expériences de ce genre dans lesquelles sont mis en jeu la fatigue, l’épuisement de l’excitabilité de la rétine pour certaines parties du spectre. Indiquons seulement ici ce fait que, si une partie de la rétine est fatiguée pour une couleur, pour le rouge, par exemple, lorsque sur cette partie viendra se peindre une image blanche, la rétine ne donnera pas lieu à une impression de lumière blanche, mais bien à une impression de lumière d’un vert violet, puisque dans le blanc, composé de rouge, de vert et de violet, elle ne sera plus excitée par le rouge, mais seulement par le vert et le ' violet ; en un mot, dans la lumière blanche elle ne sera excitée que par la couleur complémentaire de celle pour laquelle elle est fatiguée. C’est ce que Gillet de Graramont s’est attaché à mettre en évidence dans une récente communication à la Société de biologie, à l’aide d’un petit appareil qu’il désigne sous le nom de chromatismoscope. Cet appareil consiste en un disque noir présentant des fenêtres derrière lesquelles on fait apparaître à volonté des surfaces colorées ou des surfaces blanches. Si l’observateur immobilise sa fixation centrale en dirigeant le rayon visuel sur un point voisin du disque, il s’aperçoit au bout de quelques instants que les sensations lumineuses très-nettes produites par les surfaces colorées s’atténuent peu à peu pour s’éteindre, s’il prolonge l’expérience ; mais à ce moment, s’il substitue brusquement aux surfaces colorées des surfaces blanches de même dimension, impressionnant par conséquent les