‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 31 (volume 4)Chapitre 49 sur 90 · RÉTINE. - VISION DES CODLEÜRS · texte numérisé non relu

RÉTINE. - VISION DES CODLEÜRS

mêmes points de la rétine, il aperçoit tout à coup les couleurs complémentaires avec une pureté et un éclat inconnus.

La théorie de Th. Young est également propre à expliquer les singulières anomalies connues sous le nom de dyschromatopsies. On sait que chez quelques personnes (Voy. Daltonisme) la rétine n’est sensible qu’à deux ou qu’à une des trois couleurs élémentaires. Ces observations sont très-intéressantes pour établir la physiologie de la rétine. Parmi les nombreuses formes de cécité des couleurs étudiées par les ophthalmologistes, nous ne parlerons pas de Vachromatopsie, qui consiste dans une impossibilité complète d’apercevoir les couleurs, le sujet ne distinguant qne les degrés de clair et de sombre et voyant, par exemple, les objets tels qu’ils sont représentés par la photographie ; nous nous arrêterons seulement sur les cas où l’excitabilité manque pour une seule couleur. — Parmi ces formes, le cas le plus fréquent est celui d’achromatopsie pour le rouge, à'anérythroblepsie. Chez ces sujets, la lumière rouge est comme si elle n’existait pas : par suite, toutes les différences de couleurs paraissent, pour les couleurs de peinture, des différences de jaune et de bleu; pour les couleurs du spectre, des différences de vert et de violet : a Les fleurs rouge-écarlate du géranium leur paraissent du même ton que les feuilles de cette plante ; ils ne peuvent distinguer entre elles les lanternes rouges et vertes qui servent de signaux sur les chemins de fer; le rouge écarlate très-saturé leur paraît presque noir, à tel point qu’un prêtre écossais, affecté d’anérytroblepsie, se choisit un jour par mégarde du drap rouge écarlate pour une soutane. » Tous ces phénomènes s’expliquent parfaitement grâce à la théorie de Th. Young. S’il y a en effet dans le nerf optique, on dans ses éléments terminaux, des fibres affectées au violet, d’autres au rouge, d’autres au vert, il suffit que l’une de ces espèces de fibres manque, et le sujet sera condamné fatalement à ignorer la couleur correspondante.

Enfin on peut aujourd’hui donner à la théorie de Th. Young de véritables bases anatomiques. En effet, on tend généralement à regarder les cônes comme le siège des énergies spécifiques dont l’excitation constitue le point de départ des sensations colorées, or nous allons voir qu’en acceptant l’hypothèse de Young tous les faits empruntés, soit à la vision chez l’homme, soit à la physiologie comparée des vertébrés, paraissent devoir nous décider à placer dans les cônes la sensibilité aux couleurs. Nous allons passer ces faits en revue successivement, en allant de la physiologie de la rétine humaine à la physiologie comparée, qui nous fournira les arguments les plus décisifs.

1° Les régions de la rétine humaine les plus aptes à percevoir et à distinguer les couleurs sont celles qui sont les plus riches en cônes ; en premièi’e ligne vient la tache jaune, qui, nous le savons, ne renferme que des cônes ; à mesure que l’on examine les portions équatoriales, puis les parties antérieures de la rétine, l’excitabilité chromatique s’affaiblit et disparaît ; « Chacun de nous est aveugle pour le rouge, près de la limite du champ visuel. Par la périphérie de la rétine, nous voyons le mou-

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vement d’une fleur de géranium que nous faisons aller et venir dans le champ de la vision, mais nous ne distinguons pas sa couleur, laquelle se confond avec celle du feuillage de la même plante » (Helmholtz). Or nous savons que les cônes deviennent très-rares, sinon totalement absents, vers les zones antérieures de la rétine proprement dite. Woinow a fait de nombreuses recherches sur les divers degrés d’excitabilité de la rétine par les couleurs, dans les diverses zones de cette membrane. De ses travaux et des recherches de Ruckhard il résulte, ainsi qu’on le savait du reste depuis longtemps, que les couleurs composées sont perçues tout autrement vers les régions antérieures que vers le pôle postérieur de la rétine. Expérimentant principalement avec la couleur pourpre, ces physiologistes ont montré que, vers le point de fixation (tache jaune) et dans une certaine étendue autour de lui, l’objet de couleur pourpre apparaît avec sa véritable couleur. Cette partie centrale est entourée d’une zone presque équatoriale, où la couleur pourpre est perçue comme bleue, très-nette ; enfin, plus en avant, il n’y a plus de couleur, et l’objet paraît gris.

Landolt s’est attaché à établir la topographie de l’excitabilité de la rétine par les couleurs ; en faisant mouvoir des papiers colorés dans le champ de fixation (l’œil étant immobile), et en leur faisant parcourir les diverses lignes qui rayonnent en partant du point de fixation, on arrive à déterminer une série de cercles ou d’ovales concentriques autour de ce point (autour de la tache jaune, qui correspond au point de fixation du champ visuel), cercles dont le plus petit correspond à la couleur dont la vision s’étend le moins vers la périphérie, et le plus grand à la couleur qui est reconnue le plus loin vers les parties excentriques ; Landolt a trouvé ainsi que :

Le vert disparaît avec un écartement de . 50”

le rouge — — 57“

Yorangé — — 62“

le jaune — — 67“

le bleu — — 74°"

Ces chiffres sont obtenus par des mensurations faites du côté temporal (en dehors) ; du côté nasal (partie interne du champ visuel) on obtient des écartements un peu moins considérables, c’est-à-dire qu’en réalité ce ne sont pas des cercles, mais des ellipses, qui représentent les champs de visibilité (d’excitabilité rétinienne) pour chaque couleur. Si nous rapprochons ce fait d’affaiblissement et disparition des couleurs de cet autre fait de la diminution de l’acuïté visuelle à la périphérie rétinienne (ci-dessus, page 352), nous pouvons dire, selon une comparaison employée par Hirschberg, que l’ensemble des excitations portées sur la totalité de la surface rétinienne y forme comme un tableau dont le centre est peint avec une grande précision de formes et de couleurs ; mais, à mesure qu’on s’éloigne du point central, les formes deviennent plus confuses en même temps que les couleurs disparaissent plus rapidement encore.

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