RÉVULSION. - RÉALITÉ DU FAIT CLINIQUE
la révulsion et la dérivation doit être rejetée ; non pas qu’en principe elle ne repose sur une idée assez claire, mais parce qu’en pratique il est impossible de dire où finit l’une et où commence l’autre.
La révulsion, d’après Barthez, constituerait un ensemble de moyens plus ou moins énergiques, destinés à agir au début, loin du siège du mal, et la dérivation, un ensemble de moyens généralement plus doux, employés à une époque plus avancée et tout près du point malade. D’après le premier cas on attire la fluxion au loin ; dans le second la fluxion est provoquée en un point assez rapproché du lieu où siège le processus pathologique.
On trouvera ces idées reprises et très-habilement adaptées à la science contemporaines par Grasset, dans son recent article Fluxion du Dictionnaire encyclopédique, néanmoins les arguments par lesquels il pense avoir réhabilité la vieille dichotomie galénique ne m’ont pas semblé de valeur à entraîner la conviction.
Le principal reproche que j’ai fait et que je persiste à faire à ces distinctions, c’est d’indiquer fort bien ce que nous avons la louable intention de faire, plutôt ([ue ce que nous faisons en réalité.
Exemple : Je donne du calomel à un malade atteint de méningite : si le calomel amène d’abondantes évacuations alvines, j’aurai fait une révulsion ; si au contraire il produit delà stomatite avec salivation, j’aurai fait de la dérivation ; et enfin, si mon médicament échoue contre le mal, je n’aurai fait en réalité ni l’une ni l’autre, quoique j’aie obtenu les effets locaux les plus prononcés. La nature et le mode d’action d’un médicament nechangentpas suivant les usages auxquels on l’adapte. D’ailleurs, il faudrait établir au préalable ce qu’on doit entendre par distance du point malade. Rien n’est plus arbitraire; un vésicatoire appliqué pour combattre une affection de poitrine est révulsif, s’il est placé au bras, et dérivatif, s’il est mis sur les parois du thorax. Quid P^s’il est placé sur le moignon de l’épaule. Ce même vésicatoire, révulsif le premier jour pour attaquer le point de côté, devient dérivatif plus tard, s’il est employé à combattre un épanchement déjà formé. Non moins artificielles sont quelques distinctions admises par d’autres auteurs ; par exemple, celle de Sabatier réservant le nom de dérivatifs aux médicaments qui agissent suite tube intestinal et le nom de révulsifs à ceux qui s’adressent à la peau ; celle de J. Guérin, pour qui la révulsion représentant une notion solidiste est une méthode thérapeutique ayant pour but de produire une action locale, et la dérivation, représentant une notion humorale, une méthode par laquelle on parvient à donner issue à des humeurs.
Réalité du fait clinique. — Quoi qu’il en soit, si le mode d’action des agents dits révulsifs et dérivatifs soulève encore tant de discussions, il n’en est pas de même de la révulsion comme fait clinique et empirique dont on a reconnu de tout temps l’importance.
Avant d’aborder la question de la révulsion comme procédé thérapeutique, disons quelques mots de ce que nous pouvons appeler la révulsion spontanée dont la connaissance remontant à Hippocrate a précédé natu-