‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 31 (volume 4)Chapitre 68 sur 90 · SODT. DICT. MÉD. ET CHIR. XXXI · texte numérisé non relu

SODT. DICT. MÉD. ET CHIR. XXXI

c’est une dérivation vers le voisinage ; l’attire-t-on vers le siège, c’est une révulsion. De même les flux par le rectum : nous les dérivons par la vulve, nous les révulsons par le vomissement. Car c’est ainsi que la nature elle-même a coutume d’agir. »

Si l’on en croit Daremberg, la révulsion et la dérivation, dans l’opinion de Galien, sont applicables avant tout aux maladies dont le principal élément est un écoulement de nature sanguine ou autre. Dans ce cas, la révulsion agirait en éloignant les humeurs des parties malades pour les porter vers les parties saines, tandis que la dérivation, Aës relations de voisinage, attirerait ces mêmes humeurs des parties saines vers les parties malades, en même temps que vers les parties saines où on pratique l’évacuation. Galien entendait déjà la révulsion dans le sens que lui donnent les modernes. La révulsion se fait dans une direction opposée à celle du flux primitif, e?? vavavvta, et la dérivation est dirigée latéralement, stç va •n:),aYtœ,

La révulsion peut être pratiquée dans des directions différentes, mais elle doit toujours se faire -/.av’ ïÇw, c’est-à-dire suivant la direction des vaisseaux. Il doit exister une communication vasculaire entre la partie malade et celle où l’on applique l’agent révulsif ou dérivatif.

Ce n’est que secondairement que Galien généralisa aux inflammations l’application des méthodes révulsive et dérivative. Il emploie alternativement l’une ou l’autre méthode suivant le degré, la période à laquelle l’inflammation est parvenue ; de plus il y joint des déplétions évacuatives et révulsives.

On voit par ce qui précède que c’est bien à tort que Malgaigne, lors delà discussion qui eut lieu en 1855 à l’Académie de médecine, accusa les anciens de n'avoir pas eu de doctrine de la révulsion. Ce qu’on pourrait leur l’eprocher bien plutôt, c’est d’en avoir eu une beaucoup trop détaillée, beaucoup trop complète et surtout manquant d’une base expérimentale.

Cette doctrine, tout insuffisante et obscure qu’elle était, fut adoptée par des médecins du moyen âge et de la Renaissance, qui l’amplifièrent et l'embrouillèrent davantage encore, si cela est possible ; les médecins arabes eurent la plus grande part à ce travail de falsification inconsciente et laissèrent à leurs successeurs ce fatras de préceptes inintelligibles sur la saignée révulsive et dérivative qui occupèrent pendant si longtemps une grande place dans les préoccupations médicales.

En 1514, un médecin de Paris, Brissot, osa avancer, contrairement à toutes les idées traditionnelles reçues, que, dans la pleurésie, on devait saigner du côté malade et non du côté opposé. Jusqu’alors on aurait mal interprété la pensée d’Hippocrate : n’est-ce pas en effet d’après Hippocrate lui-même que Galien avait recommandé de saigner y.av’ i^tv, c’est-à-dire du côté malade? La question soulevée par Brissot amena de très vives discussions et eut un grand retentissement. Yésale lui-même ne dédaigne pas de prendre part à la lutte. On conçoit en effet qu’à une époque où la circulation était encore inconnue il était facile de se figurer qu’on agissait différemment en saignant du côté droit et du côté gauche. On se

préoccupait sérieusement alors d’agir sur tel vaisseau ou sur tel organe en ouvrant une veine plutôt qu’une autre.

Plus tard le calme se fit et, jusqu’au milieu du dix-septième siècle, on revient aux idées de Galien mieux interprétées. L’école de Paris avec Fernel et Houllier, l’école de Montpellier avec Laurent et Joubert, les professent ouvertement. La physiologie imaginaire qui suffisait à cette époque s’harmonisait avec les données sur la révulsion. Est-il besoin de dire que la purgation est la grande ressource dans une doctrine où tout se ramène à évacuer l’humeur peccante? Il existe des purgatifs particuliers pour la bile, l’atrabile, la pituite, etc. Toutes ces théories artificielles et fausses devaient disparaître devant la découverte de la circulation par Harvey.

Le fait bien établi de la circulation du sang, en même temps qu’il renversait les vieilles doctrines humorales, devait, par une conséquence naturelle, faire mettre en doute les phénomènes mêmes de la révulsion.

A partir de cette époque nous voyons régner sur la révulsion les idées les plus diverses. Bellini, et toute l’école iatro-mécanicienne à sa suite, nient résolûment l’existence de la révulsion et rejettent à fortiori l’interprétation qu’on voulait en donner.

D’autres médecins, et à leur tête Sydenham, tout en acceptant la découverte d’Harvey, au point de vue de la théorie physiologique, n’en tiennent aucun compte dans la pratique, et n’en continuent pas moins à se servir des révulsifs dont ils reconnaissent l’efficacité, sans l’expliquer d’ailleurs.

Nous trouvons enfin les théoriciens qui, non contents d’utiliser dans leur pratique le fait de la révulsion, ont cherché à s’en rendre compte. Parmi ceux-ci se placent en première ligne Boërhaave et les partisans du mécanicisme. Partant de l’idée que toute inflammation est due à l’engorgement des vaisseaux capillaires, la révulsion est pour eux un moyen de soustraire à l’organisme des liquides stagnant dans l’économie. On cherche à ce moment à calculer la quantité de sérosité enlevée par les vésicatoires : Silva, de Quesnay, cherchent de leur côté à démontrer les effets de la saignée révulsive au moyen d’expériences pratiquées sur des tubes inertes.

Enfin, sous le règne du solidisme, on considère la révulsion comme agissant et déplaçant un spasme, une irritation interne. Cullen, par l’application des vésicatoires, croit modérer les spasmes des vaisseaux situés profondément. Bien plus, l’étude des sympathies commence à]sortir du vague et de l’obscurité. Les travaux d’Astruc, de Bob. Wigtt, faisant pressentir de loin ceux de Magendie et de Legallois, tendent à localiser dans le système nerveux les phénomènes sympathiques.

Avec Haller apparaît la notion de l’irritabilité, propriété spéciale inhérente à la fibre vivante. Hunter, s’appuyant sur cette idée physiologique, pense que « la révulsion ou la dérivation (remarquons en passant que pour lui ces deux choses n’en font qu’une) est la cessation d’une action morbide dans une partie, par suite de la production d’une action dans une autre partie ». Et ailleurs Rajoute : « Dans (l’inflammation, les révul-

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sifs et les dérivatifs agissent probablement en faisant cesser l’irritation

d’une partie par la naissance d’une autre irritation. »

Pinel partage ces idées, et les exprime en termes presque identiques. Brown prononce souvent les mots d’excitabilité et d’excitation, mais sans nier d’une façon absolue l'existence des maladies locales, il subordonne presque toujours la lésion à l’état sthénique ou asthénique de l’économie. 11 emploie les révulsifs, à titre d’excitants, pour réveiller les forces des malades.

Pour Broussais la localisation des maladies va devenir la première préoccupation; la lésion unique, rapportée à une cause unique, l’irritation, occupe le premier plan. A des lésions locales il convient d’opposer des remèdes locaux, sangsues, ventouses, exutoires, destinés à provoquer une fluxion en sens inverse de la fluxion pathologique, à déterminer une contre-irritation qui combatte, amoindrisse et annihile le travail irritatif spontané. Dans ce système, les métastases n’existent pas, il n’y a que des révulsions exercées par une inflammation sur une autre, dans une partie voisine où éloignée. — Ajoutons que l’école de Broussais repoussait en général la révulsion exercée sur le canal intestinal dans la crainte de produire une inflammation.

La révulsion a été tout autrement interprétée par le vitalisme moderne et par Barthez en particulier, qui peut en être regardé comme le représentant le plus autorisé. Il accepte la fluxion comme un fait général, dont il s’abstient de rechercher la cause ; « J’appelle fluxion, dit-il, tout mouvement qui porte le sang ou une autre humeur sur un organe particulier », et il résume dans les cinq principes suivants les principales données de l’observation :

1“ « Lorsque, dans une maladie, la fluxion sur un organe est imminente, qu’elle s’y forme et s’y continue avec activité, comme aussi lorsqu’elle s’y renouvelle par reprises périodiques ou autres, on doit lui opposer les évacuations et les attractions révulsives par rapport à cet organe ;

2° « Lorsque la fluxion est parvenue à l’état fixe, dans lequel elle se continue avec une activité beaucoup moindre qu’auparavant (dans les maladies aiguës), ou lorsqu’elle est devenue faible ou habituelle (dans les maladies chroniques), on doit en général préférer les attractions et les évacuations dérivatives, qui se font dans les parties voisines de l’organe qui est le terme de la fluxion ;

5“ « Après avoir fait précéder les révulsions et les dérivations qui sont indiquées, il faut souvent recourir à des attractions ou à des évacuations qu’on appelle locales, parce qu’elles se font dans les parties les plus voisines de celles où se termine la fluxion ;

4“ « Dans les maladies où l’organe d’où vient la fluxion peut être assigné ou bien connu, l’affection de cet organe présente un autre ordre d’indications essentielles. Dans ce cas, il faut établir une dérivation constante, non auprès de l’organe où la fluxion se termine, quoiqu’il soit principalement affecté, mais auprès de l’organe d’où cette fluxion prend son origine;

RÉVULSION. - DÉFIJNITION.

5“ « Les remèdes qu’on emploie comme révulsifs et surtout comme dérivatifs ont d’autant plus d’efficacité, lorsqu’ils sont appliqués à l’endroit des organes qui ont les sympathies les plus fortes et les plus constantes avec l’organe par rapport auquel on veut opérer une révulsion ou une dérivation. »

Barthez conserve la vieille distinction galénique entre la révulsion et la dérivation et il partage les idées des anciens sur le point de départ et le point d’arrivée de la fluxion, pars mandans etpars recipiens, comme on disait dans le langage de l’école.

Les disciples de Barthez ont étendu l’acception du mot fluxion. Ils admettent des fluxions tantôt sanguines, tantôt humorales, tantôt mixtes ; une fluxion goutteuse, rhumatismale, etc., bien plus, une fluxion purement nerveuse. La fluxion devient pour eux toute manifestation active de la vie. Ces idées forment encore le fond de la doctrine actuelle de l’école de Montpellier sur la révulsion.

11 convient de rappeler en terminant cet historique la discussion soulevée en 185.5 au sein de l’Académie de médecine sur la question de la révulsion. On sait qu’une communication de Bouvier sur le perfectionnement du séton en fut l’occasion ; Malgaigne soutint avec un remarquable talent que l’usage des révulsifs n’avait été introduit dans la science que par un empirisme grossier, que jamais la révulsion n’avait constitué un corps de doctrine; bien plus, qu’il était impossible de démontrer l’efficacité des révulsifs. La révulsion si violemment attaquée trouva des défenseurs non moins convaincus : Bouvier, Velpeau, soutinrent l’attaque pied à pied, et, bien qu’il ne soit pas dans la natui-e de ce genre de tournois scientifiques d’aboutir à des conclusions formelles, je ne crois pas trop m’avancer en disant que l’opinion médicale, témoin et juge de ces débats, resta du côté des partisans de la révulsion.

Cette méthode thérapeutique a fait l’objet de plusieurs thèses d’agrégation, la question étant de celles que le mouvement des idées ramène périodiquement sur le tapis, parce, qu’il est impossible, quelles que soient les préoccupations doctrinales régnantes, de s’en désintéresser dans la pratique. Il ne me sera pas défendu de rappeler que c’est dans des circonstances semblables que j’ai été appelé moi-même à la traiter ex professa en 1865; l’on ne s’étonnera pas que, dans le présent article, j’aie fait de larges emprunts à mon travail d’alors.

Je ne puis terminer cet exposé sans renvoyer le lecteur à l’excellent article Dérivation inséré dans le Dictionnaire par mon savant collaborateur et ami Luton. Les deux sujets sont tellement connexes qu’on nous pardonnera, à l’un et à l’autre, à côté de quelques divergences de vue, quelques répétitions inévitables.

Défesttion. — On peut avec Hunter définir la révulsion : la cessation d’une action morbide dans une partie, par suite de la production d’une action dans une autre partie.

Avec la grande majorité des auteurs modernes, j’admets que la distinction fondamentale admise par Galien et l’école Barthézienne entre

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