RÉVULSION. - PRINCIPADX AGENTS DE LA MÉDICATION RÉVULSIVE
Opposer la douleur à la douleur, l’iiiflainmation à rinflammaLion, posséder pour chaque stade d’augment ou d’aemé, de déclin d’une maladie donnée, un agent correspondant et antagoniste qui pût balancer par son intensité, par son étendue et par sa spécialité d’action , l’ensemble complet des phénomènes à combattre, serait évidemment sous ce rapport le dernier mot de la thérapeutique.
On chercherait en vain un pareil révulsif ; il y a plus : l’expérience a montré qu’on peut arriver au but qu’on se propose d’atteindre, sans la reproduction fidèle des éléments morbides qui constituent la maladie. On combat, avec une efficacité reconnue, un rhumatisme musculaire par un bain de vapeur, à savoir une douleur par une vive congestion de la peau. 11 n’y a donc pas à prendre, comme base de notre classification, les propriétés curatives d’ailleurs très-complexes des révulsifs, les effets définitifs à obtenir, mais les effets primitifs et le plus souvent locaux résultant de leur application. Nous ferons aussi remarquer que, pour une bonne classification des révulsifs, on devrait prendre en considération leurs divers éléments d’action. Dans les effets du séton, par exemple : envisager la douleur, la suppuration, la congestion, le travail plastique déterminant la formation des bourgeons charnus, etc.
Plusieurs pathologistes, sans tenir compte de ces considérations, ont adopté pour la plupart des classifications qui, reposant sur une base peu stable et ne présentant d’autre avantage que celui d’aider la mémoire, ne sauraient utilement nous servir. Telle est celle de Gintrac, qui classe sous trois chefs les agents révulsifs :
1° Les révulsifs hygiéniques (calorique, vêtements, aliments, frictions, bains, exercices, etc., les pensées riantes, les occupations agréables...., la grossesse, le mariage, etc., etc.);
2“ Les révulsifs chirurgicaux [saignée, cautères actuels, sangsues, séton, moxa, etc., etc.);
3° Les révulsifs pharmaceutiques (cataplasmes, sinapismes, caustiques, vésicatoires, vomitifs, purgatifs, sudorifiques, diurétiques, etc., etc.).
Celle de Bérard (de Montpellier), adoptée en partie par Marotte, qui, ne considérant que le point extrême de l’action d’un révulsif sans tenir compte de ses actes intermédiaires, divisait les révulsifs ou attractifs en : A. 1° attractifs doux (cataplasmes, sangsues, etc.) ; 2“ attractifs irritants (ventouses scarifiées, drastiques, vésicatoires, etc.). B. Attractifs qui déterminent et attractifs qui ne déterminent pas d’évacuations. C. attractifs qui agissent d’une manière prompte et attractifs qui agissent d’une manière lente.
Cazenave le premier, croyons-nous, a cherché à établir une classification des révulsifs suivant cette méthode analytique à laquelle nous faisions allusion plus haut.
C’est ainsi qu’après avoir défini la révulsion il en distingue six espèces : 1° révulsion par douleur ; 2“ révulsion par congestion; 3° révulsion par inflammation; 4“ révulsion par modification de la circulation;
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5“ révulsion par augmentation d’action organique; 6“ révulsion par action organique particulière.
En complétant son œuvi-e nous ferons succéder la synthèse à l’analyse ; il ne suffît pas en effet de savoir que les révulsifs en général peuvent produire de la douleur, de la congestion, des flux; il faut encore connaître en pratique quels sont ceux qui produisent de la douleur seule, ou de la douleur et de la congestion, ou encore de la douleur, de la congestion et des flux.
B. Révulsion par actes morbides élémentaires. En pathologie, l’acte morbide le plus simple, c’est la douleur, telle qu’elle se présente, par exemple, dans certaines névralgies, véritables névroses douloureuses produites par un changement intrinsèque et insaisissable du cordon nerveux (Jaccoud). En thérapeutique, il est difficile de provoquer la douleur seule. Je ne vois guère qu’un cas où nous puissions isoler la douleur de toute autre chose : c’est lorsque nous promenons le balai électrique sur la peau.
Duchenne de Boulogne a indiqué le mamelon comme devant être excité violemment par la faradisation pour faire disparaître l’accès d’angine de poitrine. Nous employons journellement le pinceau électrique dans le traitement des douleurs vives provoquées par le lumbago. Il est vrai que la congestion ne tarde pas à accompagner la douleur ; mais cet •effet, quelquefois nul, est d’ordinaire assez lent à se produire pour que l’action curative obtenue puisse et doive être rapportée à la douleur seule.
La congestion à l’état isolé peut être obtenue par la chaleur. C’est ainsi qu’agissent les boules d’eau chaude aux extrémités; les fomentations chaudes, les bains de vapeur, etc. Mais dans ces cas il faut aussi ■tenir compte de la sensation pénible qu’on fînit par éprouver et surtout de l’hypersécrétion sudorale. L’exemple le plus net que l’on puisse citer d’une révulsion jiar congestion, c’est l’effet produit par une ventouse sèche; mais son action est limitée, à moins qu’on ne les prodigue en •grand nombre, ou qu’on ne se serve des ventouses Junod. Il n’en est pas de même de la révulsion hydrothérapique. « C’est ainsi, dit L. Henry, que l’hydrothérapie est un des plus puissants révulsifs par congestion que le praticien ait à sa disposition. »
La congestion est obtenue, dans ce cas, indirectement et par la série des phénomènes que l’on désigne sous le nom de réaction.
On cherche à obtenir par action réflexe la dilatation des vaisseaux •cutanés et, à cet effet, on fait usage d’eau à basse température au-dessous de 12 degrés ou bien à température élevée au-dessus de 35 degrés, cette excitation énergique étant probablement plus propre à épuiser le système ■nerveux vaso-moteur.
Les moyens employés dans ce but sont très-variés, bains froids, affusions froides, frictions froides avec ou sans enveloppements, les douches froides animées d’une grande force de percussion, les douches écos- •saises, etc.
RÉVULSION. — PRINCIPAUX agents de la médication révulsive. 523
C’est en appelant le sang vers la périphérie qu’on débarrasse la partie malade de l’hyperémie dont elle est le siège.
Une action révulsive simple est aussi produite par les médicaments qui, eu vertu d’une action spéciale, élective, et par des mécanismes physiologiques divers, déterminent l’augmentation d’une ou plusieurs sécrétions physiologiques : tels sont les diurétiques, les sudorifiques, les sialagogues. Un médicament de ce genre très-employé aujourd’hui dans un grand nombre d’affections est le jaborandi et son alcaloïde, la pilocarpine. Il provoque la sialorrhée, la diaphorèse et l’hyperémie de beaucoup d’autres glandes et paraît agir par l’intermédiaire du système nerveux en excitant les nerfs sécréteurs, ou plutôt, d’après Vulpian, la substance unissante qui existe probablement entre les fibres nerveuses et les cellules glandulaires (Vulpian. Lee. sur les subst. toxiques, Paris, 1880).
Quant à l’action des purgatifs, les avis sont partagés. D’après Bretonneau les substances purgatives les plus drastiques n’agiraient que comme médicaments spoliateurs; appliquées sur les muqueuses, elles seraient inertes comme une décoction émolliente, tandis que d’autres purgatifs irriteraient les parties à des degrés différents.
Il résulte des expériences plus récentes de Vulpian et Moreau que les purgatifs salins ou drastiques déterminent un véritable catarrhe intestinal avec congestion de la muqueuse et sécrétion d’une quantité de liquide plus ou moins abondante.
D’après M. Vulpian, les purgatifs introduits dans les voies digestives agissent en irritant les membranes muqueuses de ces voies. Cette irritation détermine des modifications de l’épithélium intestinal, et une excitation des extrémités périphériques des nerfs intestinaux centripètes. Cette excitation, portée jusqu’aux ganglions nerveux thoraciques inférieurs et intra-abdominaux, se réfléchit par les vaso-moteurs (vaso-dilatateurs) sur les vaisseaux intestinaux et par les nerfs sécréteurs sur les éléments anatomiques de la membrane muqueuse, entre autres sur ceux des glandes de Lieberkühn. 11 en résulte une congestion de la membrane muqueuse ; une desquamation épithéliale avec production rapide et abondante de mucus et une sécrétion active de suc intestinal.
On ne peut pas considérer une inflammation suppurative simple comme un acte morbide élémentaire. Toutefois le phénomène principal et dominant que nous présente un cautère très-ancien est une sorte de sécrétion purulente, les éléments douleurs et congestions sont très-peu marqués et on peut no pas en tenir compte.
Révulsifs complexes. — On emploie souvent en thérapeutique des révulsifs déterminant de la douleur et de la congestion. Tels sont les rubéfiants, les frictions rudes, la flagellation, la sinapisation dans ses formes diverses, la teinture d’iode, les cataplasmes additionnés de substances irritantes, l’urtication , la rubéfaction, obtenues à l’aide de substances végétales diverses et variables suivant le pays. Jourdanet a vu employer au Mexique comme rubéfiant le suc frais desiernWesdeV agave américaine.
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Par les divers procédés des médications diaphorétiques et purgatives on obtient de la congestion et de l’hypersécrétion. Dans d'autres cas un élément étranger va se joindre à la douleur et à la congestion déjà réunies. Cet élément sera tantôt l’hypercrinie, tantôt l’hémorrhagie, tantôt l’inflammation.
Si l’administration d’un purgatif énergique provoque des coliques internes, on pourrait dire qu’en pareil cas il y a association des éléments douleur (coliques), congestion intestinale et flux par le rectum.
Lorsqu’on a recours aux saignées locales (sangsues, ventouses scarifiées), on provoque de la douleur, de la congestion et une hémorrhagie plus ou moins abondante. Ailleurs, enfin, la douleur, la congestion, l’inflammation, s’associent si intimement qu’il est impossible de les séparer. Nous pouvons placer ici les différentes espèces de révulseurs peu employés aujourd’hui: les vésiculisants (Gubler) tels que l’huile de croton tiglium, le tartre stibié, le thapsia, etc. Les différentes espèces de vésicants (cantharides, écorce de garou, ammoniaque, etc.).
Le vésicatoire cantharidien surtout a toujours joui d’une faveur méritée. Son action locale se complique des effets produits par l’absorption de la cantharide. « Quant à ses effets thérapeutiques, dit Gubler, ils découlent naturellement des modifications anatomiques et fonctionnelles produites directement ou indirectement par les cantharides agissant localement pour produire un vésicatoire, ou faisant sentir leurs effets à distance sur les reins ou autres organes, après diffusion de leur principe actif par le moyen de la circulation sanguine. »
Il nous reste à parler des révulsifs les plus complexes de tous, des révulsifs qui, réunissant tous les éléments d’action des précédents, s’en distinguent par une pénétration plus grande dans les tissus.
Tel est d’abord le feu qui, sous toutes les formes, a toujours joué un si grand rôle dans la thérapeutique chirurgicale. On peut, du reste, varier l’intensité des effets dus à son application suivant les maladies traitées. Des expériences très-précises de Bonnet (de Lyon) ont démontré que réchauffement des parties, quelque prolongée que soit l’application du fer rouge, ne va pas à plus de 10 ou 12 millimètres, de sorte qu’il n’y a pas lieu de faire intervenir ici, comme on le croyait autrefois, une excitation énergique de l’activité musculaire et nerveuse produite par la pénétration de la chaleur du fer rouge au sein des parties cautérisées. L’emploi du cautère actuel a reçu dans ces derniers temps un perfectionnement considérable par l’invention du thermo-cautère Paquelin. Indépendamment des services de tous les jours que cet instrument précieux rend à la chirurgie opératoire proprement dite, il est devenu un agent révulsif d’une commodité extrême, que pour ma part j’emploie journellement dans le traitement des affections utérines, dans celui de la sciatique, des engorgements articulaires chroniques, où son efficacité est évidente, voire même dans le traitement de certaines affections thoraciques, péricardites, congestions pulmonaires circumtuberculeuses, etc. Dans son application, le thermo-cautère exige certaines précautions de
RÉVULSION. — PRINCIPAUX effets de la médication révulsive. 525 plus que l’ancien cautère actuel, où la source de chaleur n’était pas incessamment renouvelée.
Mentionnons en passant l’heureuse modification introduite par Richet, sous le nom A’ignipuncture, dans la pratique des cautérisations, pour les cas où il importe d’agir à une grande profondeur tout en évitant les délabrements considérables.
Le moxa, fort usité autrefois, répond à peu près aux mêmes indications que le fer rouge, avec cette différence qu’au lieu d’une escharification instantanée, l’augmentation progressive de la température forme une cautérisation plus lente, et par cela même, dans certains cas, plus énergiquement révulsive.
Les cautères potentiels, acides concentrés, alcalis caustiques, chlorure de zinc, etc., présentent comme caractère commun une combinaison chimique qui a pour résultat immédiat la destruction des tissus. Cette destruction est lente ou rapide, l’eschare est solide ou liquide, d’où plus ou moins de tendance à s’étendre en profondeur ou en largeur, etc. ; •voilà le fait initial ; mais le point important, c’est la réaction inflammatoire qui se fait bientôt autour de l’eschare, et qui pourra être maintenue pour ainsi dire indéfiniment par l’introduction méthodique des corps étrangers dans la plaie.
Ce dernier trait est celui qui caractérise essentiellement le séton, à cela près que, le trajet étant plus long, l’action révulsive peut s’exercer sur une plus grande étendue.
C’est, à ce qu’il me semble, par un véritable abus de langage, ou du moins par pure métaphore, que l’on parle de la révulsion morale. Voici un exemple de ce qu’on nomme ainsi :
A la suite de chagrins prolongés un homme fut pris de lypémanie; il resta quelque temps dans une maison de santé sans modification appréciable dans son état. Un jour, on le fait jouer au billard avec un autre aliéné, une querelle survient, et le malade reçoit un vigoureux soufflet; à l’instant même il revient à lui ; il est, comme il le dit lui-même, dégrisé, et, depuis dix ans, la maladie ne s’est pas reproduite.
Analyser ce qui s’est passé dans cet esprit malade, remonter la chaîne des conceptions qui ont pu être provoquées par la vive secousse reçue et aboutir au rétablissement de l’équilibre normal ne serait pas chose aisée. Encore pourrait-on dire que le soufflet reçu a été, au point de départ, un fait parfaitement physique. Dire que, dans d’autres circonstances analogues, les voyages, les distractions, révulsent heureusement les idées tristes, c’est employer une image plus ou moins heureuse, qu’on aurait pu remplacer par celle d’une substitution, et je ne vois pas trop dans les deux cas quelle conséquence on en peut tirer.
En résumé, la douleur, la congestion, l’hypersécrétion et l’inflammation à tous ses degrés et sous toutes ses formes, constituent les fonds communs des agents de la médication révulsive et s’associent entre eux Je bien des manières. Nous avons vu que la grande majorité des révulsifs agissent de plusieurs façons à la fois et qu’il faut, par conséquent, les
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considérer sous tous ces aspects, si l’on veut s’en faire une idée exacte.
IV. Mode d’action dés révulsifs. — I. La recherche de l’action intime des révulsifs sur l’économie constitue la partie la plus difficile de notre tâche. Après avoir passé rapidement en revue les diverses théories émises à ce sujet, nous devons chercher à notre tour à expliquer les phénomènes de la médication révulsive, en tenant compte autant que possible des données récentes de la physiologie expérimentale.
Comme on peut le voir dans l’aperçu historique placé en tête de cet article, trois opinions principales se sont produites au sujet de la révulsion : l’hypothèse humorale, l’hypothèse solidiste et l’hypothèse vitaliste.
D’après les humoristes, les maladies étant causées par l’afflux des humeurs sur tel ou tel point de l’économie, et les humeurs péchant par quantité ou par qualité, il convient de les attirer au dehors, pour dégager l’organe qu’elles accablent ou pour débarrasser l’économie de Vhumeur -peccante.
Personne n’oserait parler aujourd’hui des évacuations des humeurs peccantes, de la bile, du phlegme, etc. En somme, il ne reste de la théorie humorale que la possibilité, pour le thérapeutiste, de soustraire, à un moment donné, de l’économie une certaine quantité de liquide (y compris le sang) , avec le pouvoir d’en déterminer approximativement à l’avance et la quantité et la composition chimique. Telle est la base de la médication spoliative.
Pour les solidistes, une excitation, une irritation appliquée en un point de l’économie y provoque une fluxion caractérisée par de la rougeur, par du gonflement, par un excès de sensibilité, par ce qu’on est convenu d’appeler, en un mot, l’exagération des propriétés vitales : ubi stimulus, ibi fluxus, et, par contre-coup, il arrive fréquemment que la fluxion abandonne les parties primitivement atteintes. Mais c’est là précisément la difficulté du problème : pourquoi la contre-irritation fait-elle cesser l’irritation? C’est alors qu’on invoque les sympathies. Mais qu’est-ce que les sympathies? Pour les uftaZîstes pui’s, c’est cequidignotum désigné sous le nom de force vitale qui ordonne et dirige tous les mouvements dont l’économie est le siège. C’est elle, sans qu’il soit besoin de chercher d’autres intermédiaires, qui se manifeste au dehors par des fluxions.
En présence d’un mouvement fluxionnaire qui se porte sur tel ou tel organe et y détermine une congestion plus ou moins intense, la préoccupation du médecin doit être de provoquer sur un autre point une fluxion thérapeutique, une contre-fluxion, pour détourner la fluxion vicieuse, et il aura d’autant plus de chance d’y réussir que l’organisme ne peut réaliser à la fois deux mouvements fluxionnaires complets. Pour le dire en passant, cette dernière assertion est absolument gratuite ; il serait trop aisé de citer les cas si fréquents de fluxions multiples et nullement curatives les unes par rapport aux autres ; telles sont, par exemple, les congestions viscérales des fièvres, les parotides ultimes dans les pneumonies graves, etc.
RÉVULSION. — KÉvDLsiON par dodleür. 527
Mais, sans insister sur les objections nombreuses émises et tant de fois répétées contre des théories toutes spéculatives, cherchons s’il est possible de pénétrer un peu le mécanisme de la révulsion, en nous appuyant sur des faits plus positifs, que nous puiserons dans les travaux des physiologistes modernes.
Suivons notre classihcation des agents de la médication révulsive.
II. Révulsion par douleur. — Nous savons qu’une douleur d’une certaine intensité, produite dans un point de l’économie, suffît dans un grand nombre de cas à faire disparaître une douleur qui existait dans un autre point ; c’est ici que l’on a invoqué surtout la sympathie, une sorte de consensus existant entre des organes éloignés et qui fait que, l’un étant affecté, l’autre éprouve des troubles subordonnés à la lésion du pi’emier, ou bien qu’un moyen thérapeutique agissant sur l’un des deux organes enlève la douleur de l’autre. Plus tard, on désigna aussi sous le nom de sympathies certains rapports physiologiques entre des organes plus ou moins éloignés. On a invoqué, pour expliquer cette solidarité morbide qui unit entre eux plusieurs organes, la communauté d’origine des nerfs (Willis), les communications vasculaires, la continuité du tissu cellulaire, de prétendues analogies de structure.
Ce n’est qu’à partir des belles études sur le système nerveux dues à Prochaska, Legallois et surtout à Marschal-Hall et plus tard à Longet, Cl. Bernard, Brown-Séquard, qu’on a cherché à expliquer ces phénomènes par la disposition anatomique du système nerveux. C’est à Marschall-Hall que sont dus les travaux les plus importants sur les mouvements sympathiques appelés par lui mouvements réflexes.
Mais un phénomène plus en rapport avec la révulsion par douleur qui nous occupe en ce moment est celui des sensations, des douleurs sympathiques (cnjv-iïâôoç, douleur ensemble) ; on les a quelquefois appelées sensations réflexes. Le mot est impropre, puisque les actes dits réflexes sont essentiellement des mouvements provoqués par une sensation qui sc réfléchit sur l’axe spinal.
Mieux vaut employer le nom de sensations associées ou celui de synesthésies, proposé par le pi’ofesseur Yulpian.
L’état sain et morbide nous offre un grand nombre d’exemples de ces sensations provoquées par une impression éloignée. Telles sont : cette sensation particulière d’agacement dentaire que certaines personnes éprouvent en entendant le cri de la .scie; le prurit des fosses nasales par suite de l’impression d’une lumière trop vive sur l’œil ; la douleur dans le gland chez l’homme atteint de la pierre; les douleurs cervicales de l’angine de poitrine ; la douleur du genou au début de la coxalgie ; les névralgies qui se montrent dans le cours des affections utérines ; les névralgies de la paroi abdominale qui accompagnent certaines affections douloureuses de l’estomac ; la douleur de l’épaule dans les inflammations de la plèvre diaphragmatique ou dans les affections du foie : les douleurs scrotales dans la colique néphrétique; les diverses névralgies en rapport avec les affections du testicule, etc., etc.
RÉVULSION. — RÉvüLsioN par douleïïr.
Dans certains cas, des synesthésies peuvent s’éveiller à la suite d’une impression non sentie; on sait que la présence d’entozoaires dans l’intestin peut amener la démangeaison du nez ; une névralgie iléo-lombaire peut se développer à l’occasion de quelques ulcérations insignifiantes et absolument indolentes du -col de l’utérus. L’explication la plus satisfaisante de ces phénomènes qu’on'pourrait donner aujourd’hui serait, croyons-nous, la suivante. Tout le monde connaît le phénomène à' extériorité en vertu duquel le sensorium rapporte les sensations au point excité. Les sensations éprouvées dans un membre amputé en offrent un frappant exemple.
Cela posé, si nous suivons l’excitation périphérique de la peau ou d’un organe quelconque, nous voyons que l’impression portant sur les extrémités d’un nerf et transmise à un centre médullaire récepteur peut, par les éléments qui font communiquer le centre perceptif de l’encéphale avec les différents jioints de la substance grise de la moelle, ne mettre directement en activité que ce centre perceptif ; il n’y a alors de sensations perçues qu’au point affecté; mais, dans d’autres cas, une impression transmise à certains éléments récepteurs dans le foyer d’origine du nerf excité peut communiquer un ébranlement de voisinage à d’autres éléments de la substance grise médullaire en rapport avec des nerfs provenant d’un autre organe, d’une autre région de surface tégumentaire. Cet ébranlement peut aussi être transmis au centre perceptif de l’encéphale, qui le transmettra à la périphérie comme toutes les modifications de l’axe gris médullaire, qu’elles soient dues à une impression venue de la périphérie, ou produites d’une façon plus ou moins indépendante sur place.
« C’est cette sensation déterminée, sans provocation extérieure, par une transmission d’excitation d’un foyer central de réception d’impression à un autre foyer central, au moyen des voies de communication qui existent entre ces deux amas de substance grise, que l’on nomme une synesthésie » (Yulpian).
Il suffit dans quelques cas d’agir sur le point de départ d’une douleur pour guérir la douleur sympathique. En présence d’une douleur utérine causée par une ulcération et amenant une névralgie iléo-lombaire, si vous cautérisez l’utérus et si vous guérissez l’ulcération, du même coup vous guérissez la névralgie ; il y a bien là une révulsion. Ce cas serait bien plus frappant, si l’ulcération de l’utérus ne donnait lieu qu’à une impression non perçue par l’encéphale. Dans ce cas en effet la guérison d’une névralgie de la paroi abdominale par la cautérisation du col de l’utérus réaliserait le type d’une révulsion à distance ; pourtant ce fait serait absolument de même nature que le précédent.
L’intensité de la douleur joue un grand rôle dans tous ces phénomènes : ainsi au début de la coxalgie des irradiations dans les extrémités périphériques du nerf obturateur interne provoquent la douleur du genou ; plus tard, lorsque l’altération est plus avancée et l’excitation plus vive, la douleur du genou disparaît en même temps que les douleurs de l’articulation coxo-fémorale sont devenus plus intenses. On dirait que cette excitation plus vive rétablit l’équilibre physiologique momentanément perdu.
RÉVULSION. — RÉVULSION par doülelr.
Il est probable que les révulsifs douloureux n’agissent jias autrement, et que la douleur ainsi produite, par cela même qu’elle est plus vivement sentie, imprime aux cellules qui sont en communication avec la cellule artificiellement excitée une modification dynamique, laquelle suffit à établir ce que je viens d’appeler l’équilibre du courant nerveux. Le professeur Vulpian a discuté cette question à propos de l’heureuse influence que les applications irritantes sur la peau exercent souvent sur les douleurs des tabétiques.
Pour lui, la cuisson douloureuse parfois extrêmement vive qu’elles produisent est la cause de leur efficacité. Ce n’est point par des modifications vaso-motrices produites dans les racines postérieures des nerfs ou dans la moelle épinière elle-même qu’agissent ces irritations. Il est probable, d’après lui, que cet effet est dû à une modification dans l'état de souffrance de certaines fibres des racines et des faisceaux postérieurs, modification due au passage par ces fibres des impressions violentes portant sur les extrémités cutanées des nerfs sensitifs correspondants. On pourrait, dit-il, admettre, à titre d’hypothèse plausible, que les fibres nerveuses souffrantes des racines et des faisceaux postérieurs offrent, comme condition de cette souffrance, un certain dérangement, une certaine orientation anormale de leur molécule, et que ce dérangement, cette orientation anormale, sont modifiés lorsque ces molécules sont forcées de se prêter à la propagation d’une impression très-vive et d’une certaine durée, provenant des extrémités périphériques des nerfs sensitifs avec lesquels ces fibres sont en relation.
Des considérations qui précèdent il résulte qu’il y a un certain avantage à placer les révulsifs au voisinage des parties douloureuses. Les révulsifs appliqués sur la cuisse pour une sciatique n’atteignent point le tronc nerveux lui-même ; ces moyens agissent sur les ramifications périphériques de la peau et l’excitation transmise au centre nerveux agit comme nous l’avons dit plus haut. En effet les iri'itants, appliqués dans un cas de névralgie, ne peuvent avoir, malgré leur efficacité, aucune signification quant à la détermination du siège réel de l’altération à laquelle est due la névralgie.
« Qu’un sinapisme, qu’un vésicatoire volant, par exemple, ou que le chloroforme, lorsqu’ils sont appliqués sur le point qui semble être le siège de la douleur, dans un cas de névralgie intercostale, fassent disparaître cette douleur, on n’en pourra pas déduire qu’elle avait pour cause une souffrance du nerf intercostal dans ce point même; on est autorisé, par ce qu’on voit chez les ataxiques, à penser que lé siège réel de la douleur, dans cette névralgie intercostale, peut être dans les racines du nerf souffrant ou dans la région soit des membranes médullaires, soit de la moelle elle-même, en rapport avec ces racines » (Vulpian).
Cependant la condition de proximité, quoique très-avantageuse, n’est point absolument indispensable, et l’on peut y suppléer par une plus grande intensité de la douleur produite ; l’ébranlement se communique alors à toute la partie du système spinal affecté à la sensibilité. Tel est le