Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 28
PILEUX (Système). — Sous le nom de système Pileux, on comprend les diverses modifications d’un tissu produit, constitué par les poils. Très- développé chez la plupart des mammifères, ce système l’est beaucoup moins chez l’homme ; néanmoins, chez lui, il présente encore d’importantes particularités, dont la connaissance peut avoir pour le médecin un réel intérêt. C’est à la tête que le système pileux est prédominant. Les cheveux, qui recouvrent et abritent le crâne ; les sourcils et les cils annexés à l’appareil de la vision ; les vibrisses protecteurs placés à l’entrée des narines et du conduit auditif externe, puis enfin la barbe, attribut de la virilité ; tous ces poils se rencontrent sur la tête. Sur le tronc, au contraire, à part les creux axillaires, la région pubienne et le pourtour des organes génitaux, chez l’adulte, ce système ne présente qu’un développement très-atténué. On observe cependant encore, surtout dans le sexe masculin, des poils longs et forts en assez grand nombre sur la poitrine et au niveau de la ligne blanche ; mais c’est principalement à l’état de léger duvet que l’on rencontre les poils, disséminés sur la surface du corps de l’homme, car si ces poils font entièrement défaut à la face palmaire des mains, à la face plantaire des pieds, on peut reconnaître, au moyen de la loupe , qu’aux endroits où la peau est la plus mince et douce au toucher, il existe néanmoins un grand nombre de poils rudimentaires ou duvet. Le sein le plus blanc, dit Sappey, en est ombragé et hérissé sur toute sa surface ; de même la peau si transparente des paupières. Le nombre total des poils, qui végètent à la surface du corps, dit le même auteur, est à peu près le même, aux divers âges, dans les deux sexes, chez tous les individus , et probablement aussi dans toutes les races humaines ; mais le nombre de ceux qui passent de la période rudimentaire, à la seconde période de leur développement, ou poils proprement dit, est très-variable. Par suite de cet état rudimen-
HOOV. BICT. KÉD. ET CHIB. XXVIII — 1
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taire de la plus grande partie des poils, la sensibilité des téguments est conservée plus exquise que chez les mammifères, avec leur manteau protecteur ; c’est par son industrie que l’homme doit lutter contre les variations de température auxquelles son corps est exposé, suivant les climats et suivant les saisons.
Les poils présentent de grandes variétés dans leur coloration ; ces variétés sont généralement en harmonie avec celles de la peau , ainsi qu’il nous était encore récemment permis de le constater pour un cas de vitiligo.
Le professeur Broca, dans un curieux tableau chromatique, en forme de cercle, a rassemblé des poils dé toutes les nuances ; il montre ainsi que l’âge, le lieu d’implantation, la race à laquelle appartiennent les sujets observés, entraînent de nombreuses variations de couleur, sans parler des colorations artificiellement produites , professionnelles ou autres.
La couleur des poils varie singulièrement suivant les pays, les latitudes, les climats, les températures, le milieu. On a même prétendu que cette couleur des poils, comme celle de la peau, serait un attribut caractéristique des races humaines; mais, d’après Pruney-Bey, il ne faudrait pas attacher trop d’importance à ce caractère. Et, d’ailleurs, ainsi que le remarque M. Bonté, ne sait-on pas que les cheveux se colorent de plus en plus chez les enfants, à mesure qu’ils grandissent* parce qu’alors les sécrétions se complètent et se régularisent. Dans nos climats , outre les cheveux blancs (presque toujours chez nous l’indice d’un commencement de déci’épitude ou de maladies locales ou générales), on retrouve les colorations les plus diverses ; le noir d’où dérivent le brun et le châtain, et le rouge qui va du blond hardi au châtain clair.
On a constaté que si les couples bruns ou blonds, s’unissant entre eux, ont produit presque constamment des bruns ou des blonds; les unions des bruns avec des blondes ou réciproquement, paraissent avoir donné lieu à des rejetons semblables à l’un ou l’autre des père et mère, bien plutôt qu’à la formation d’un type intermédiaire (Soc. d’Anth., 1860). . A propos des rapports entre la coloration des cheveux et la fécondité, il semble prouvé que, toutes choses égales d’ ailleurs, les races blondes sont douées de plus de fécondité que les brunes. Ajoutons que, d’après les cartes statistiques, là où les Français sont grands, ils sont blonds, que là où ils sont petits, ils sont bruns ; et que la carie dentaire est plus fréquente chez les individus blonds que chez ceux de race brune (Magitot).
Les poils rouges se retrouvant éventuellement dans la plupart des races, ne sont pas un caractère de race. On sait qu’Eusèbe de Salles considérait l’homme aux cheveux rouges comme l’homme primitif. Sans reconnaître, avec Bichat une certaine connexion, entre la coloration des cheveux et le caractère, on peut expliquer la défaveur qui s’attache assez communément aux cheveux rouges , par ce fait que les individus qui les portent, éxhalent le plus souvent une odeur forte et fétide parfois très-incommode. Toutefois, cette défaveur n’a pas toujours existé, car du temps des
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Romains, il était de mode de teindre les cheveux en rouge, et cet usage persiste encore, paraît-il, de nos jours, en Grèce. Les femmes de ce pays se teignent les cheveux en rouge, avec des décoctions végétales.
Nous n’admettrons qu’avec de grandes réserves la couleur des poils et spécialement des cheveux parmi les attributs des tempéraments. Cependant la fréquence de la coloration blonde chez les scrofuleux et les individus lymphatiques est un fait notoire.
Les variétés dans la coloration des poils fournissent au médecin légiste et au savant, un des plus précieux caractère d’identité, car ces tissus résistent longtemps à la putréfaction, ainsi qu’à un grand nombre de causes de destructions naturelles.
Un autre caractère, non moins précieux, se tire de la forme : tantôt rigides et durs, tantôt souples, tantôt ondulés et frisés, l’aspect des poils est donc également très- variable. Bien que subissant incontestablement l’influence de la race, il ne faut pas méconnaître que ces différentes formes se rencontrent parfois réunies sur un même sujet, suivant le lieu d’implantation.
Voici la classification des races, d’après l’aspect des cheveux, suivant ls. Geoffroy Saint-Hilaire :
Caucasique.
Alléganienne.
Hyperborêenne.
Malaisé.
Mongolique.
Paraboréenne.
Australienne. I
On peut classer les poils en trois groupes : les poils longs, les poils courts, les poils rudimentaires ou duvet. Parmi les poils longs, les cheveux par leur rôle, leur nombre, etc., présentent un intérêt de premier ordre ; nous les étudierons tout d’abord. Les cheveux sont implantés sur le cuir chevelu ; les limites de cette implantation sont variables avec les races. Gazenave en effet a signalé cinq prolongements (sur la partie médiane du front, au-dessus de la partie externe de l’orbite, et sur les tempes). Ils limitent en avant l’implantation des cheveux dans la race caucasique. Geoffroy Saint-Hilaire a constaté de son côté que dans la race hottentote ces cinq pointes font absolument défaut, le contour antérieur de la chevelure est circulaire ; en arrière les cheveux descendent plus ou moins bas sur le cou au-dessous de la nuque. Dans la race hottentote (Prichard) les cheveux au lieu d’être régulièrement disséminés sur le cuir chevelu, sont groupés en faisceaux de telle sorte que s’ils sont coupés ras, la tête prend l’aspect d’une brosse dure de souliers ( of a hard shoe brush) . Les cheveux peuvent dépasser un mètre de longueur ; c’est chez la femme qu’ils atteignent les plus grandes dimensions ; dan s certains cas ils peuvent, comme nous en avons été témoin, descendre jusqu’au dessous des genoux, atteindre le milieu du mollet. Bichat et d’autres auteurs pré-
( R. Élhiopique.
| Cafre.
( Mélanienne.
1” Cheveux lisses.
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sentent la longueur de nos cheveux comme une preuve à invoquer en faveur de la destination de l’homme à l’attitude bipède ; ces longs poils gêneraient prodigieusement en effet pour la progression dans l’attitude quadrupède. Aussi l’usage de couper les cheveux se rencontre même chez les peuples les moins civilisés, danà les races alléganiènnes (Peaux rouges, hyperboréennes Esquimaux, australiennes Taïtiens). L’extrémité de ces poils avant toute section est conique et plus ou moins fine. Mais l’usage de couper les cheveux donne à cette extrémité une surface nette, transversale ou oblique, puis plus tard les inégalités de la surface de section disparaissent l’extrémité, s’amincit peu à peu par l’action du frottement de la brosse et du peigne. Les cheveux sont tantôt cylindriques et leur juxtaposition produit l’aspect des cheveux plats; d’autrefois aplatis dans un sens, élargis dans le sens contraire ils se contournent, ils frisent alors, ainsi que cela se voit pour les cheveux crépus de la race nègre (Pruner-Bey) . De grandes variations existent dans le diamètre des cheveux. Aux diamètres les plus petits correspondent les cheveux les plus ondulés. D’ailleurs, flexibles et élastiques, ils supportent sans se rompre des tractions considérables, et l’arrachement du cuir chevelu, chez les ouvriers, saisis par leur chevelure dans le mouvement d’une machine, fait malheureusement bien connu, en est la conséquence et la démonstration. Oesterlen, cité par Joannet, insiste sur l’importance qu’il y a pour le médecin légiste à connaître cette solidité du cheveu : « Que l’on trouve des cheveux brisés sur un marteau, sur une pierre, cet état fragmenté des cheveux devra faire supposer l’emploi d’une telle force qu’un plan résistant d’appui, comme un os, aurait été du même coup infailliblement brisé. En outre cette solidité démontre que les cheveux ou poils sont plutôt déracinés que brisés dans leur tige, d’où cette conséquence, quand la racine fait défaut, il est difficile àpriori de croire à un arrachement. »
Le pouvoir hygrométrique des cheveux est de notoriété vulgaire depuis l’usage de l’hygromètre à cheveux de Saussure. Quant au pouvoir électrique il existe des différences individuelles notables.il n’est pas rare de rencontrer des individus ayant des cheveux secs et non frisés chez lesquels on peut électriser la chevelure par le frottement du peigne. Nous avons pu, dans ces conditions, entendre alors de nombreuses crépitations, faibles mais très -distinctes chez un jeune homme bien portant d’ailleurs. Eble, Sappey ont observé des faits analogues. Ce dernier auteur ajoute que ce dégagement dans un cas dont il a été témoin bien que ne s’accompagnant d’aucune modification dans l’exercice des fonctions cérébrales, était surtout remarquable après un travail intellectuel un peu prolongé.
Les poils de la barbe, presque toujours plus ou moins frisés, d’une teinte généralement plus claire que les cheveux, présentent comme eux de grandes différences individuelles, quant à la flexibilité, la longueur, etc. On cite des cas remarquables d’individus ayant des barbes d’une longueur véritablement extraordinaire. Bartholin, entre autres, rapporte qu’un moine avait une barbe descendant jusqu’au sol. La barbe dans notre race se développe au moment de la puberté dans le sexe masculin.
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mais il n’est pas très-rare de constater chez la femme un développement anormal surtout à la suite de. l’époque de la ménopause. Une dame de New-York présenta à chacune de ses trois grossesses, d’après Slocum un développement de barbe sur les joues et le menton. L’apparition coïncidait avec la cessation des règles, la croissance atteignait 1 pouce \ /2 jusqu’à l’accouchement, puis la disparition s’effectuait au moment de la reprise des fonctions menstruelles.
Les mutilations des organes génitaux avant la puberté ont un retentissement sur le développement des poils, qu’elles entravent. Mais s’il est vrai que les eunuques n’ont que peu ou pas de barbe, ce serait à tort qu’en généralisant on rattacherait à l’absence de barbe, chez l’homme, l’idée de faiblesse génitale. Il existe des variétés de l’espèce humaine qui sont privées de barbe en grande partie comme dans certains rameaux mongoîiques, ou même entièrement comme dans la race alléganienne (Vaillant). Dans certains cas de vices de conformation des organes sexuels, confondus à tort sous la dénomination. d’hermaphrodisme; c’est parfois le développement des poils du visage qui éveille l’attention, et contribue à faire reconnaître l’identité. Toutefois ces individus mal conformés ont généralement beaucoup moins de barbe et de moustache que. n’en présentent normalement les hommes bien constitués à l'âge de puberté.
Les poils du pubis, des aisselles, de l’anus présentent entre eux une grande analogie de forme, de structure, de longueur ; ils apparaissent dans les deux sexes à l’époque de la puberté. Chez l’homme les poils du pubis entourent la base de la verge, contournent les bourses sur lesquelles on en rencontre bien encore, mais très-espacés puis recouvrant le périnée ils se confondent avec ceux de l’anus. De même, chez la femme les poils du mont de vénus se continuent avec ceux qui rèvêtent la face externe des grandes lèvres, mais rarement ils se prolongent sur le périnée. Ces poils ont généralement des teintes plus sombres que les cheveux; cependant les poils roux sont loin d’être rares en cette région. Ils sont frisés et restent assez courts ; toutefois, Siebold, Yoigtel cités par L. Vaillant, ont rencontré des faits très-exceptionnels, d’une croissance exagérée des poils du pubis, ceux-ci atteignaient le genou. Les poils des aisselles comme les précédents sont généralement frisés, aplatis, peu longs. Presque toujours en contact avec la sueur qui est acide ils sont par suite moins colorés, puis cetle espèce de macération prolongée, le frottement des vêtements contribuent à les altérer; aussi, souvent la pointe est divisée en pinceau de fibres. Les poils courts qui recouvrent l’abdomen, la poitrine, les membres, sont d’autant moins colorés qu’ils , sont plus courts; leur développement est surtout marqué à l’âge adulte, dans le sexe masculin, par l’exagération en ces points du duvet ou lanugo que nous avons dit recouvrir le corps humain, poils fins décolorés qui trèssouvent ne sont visibles qu’à l’aide de la loupe. Si ce développement se généralise, le corps prend un aspect plus ou moins velu d’oü la dénomination d’hommes-chiens que reçoivent ces individus. Dans certain cas, le développement est limité à une région du corps.
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Nous insisterons peu sur les poils annexés aux appareils des sens, dont ils sont, par leur rigidité et leur situation, les organes protecteurs. Les sourcils, dont les deux arcades mobiles plus ou moins fournies jouent un rôle considérable dans l’expression de la physionomie, sont encore utiles en détournant des paupières la sueur venant du front, de plus ils arrêtent les rayons lumineux supérieurs qui pourraient gêner la vision.
Les cils implantés sur la lèvre antérieure du bord des paupières, ont souvent une coloration plus foncée que celle des cheveux. Ces poils sont semés sans ordre, sur une surface de un millimètre de hauteur sur trois centimètres de largeur (Sappey). On en compte cent à cent vingt sur chaque paupière. Ceux de la paupière supérieure décrivent une courbe à concavité supérieure, ceux de la paupière inférieure ont une courbure à concavité inférieure, d’où la possibilité- du rapprochement des paupières, sans qu’il y ait entrecroisement des cils. Les altérations dans la direction de ces poils déterminent des accidents, qui constituent la maladie désignée sous le nom de thriciasis. L’inflammation réitérée des paupières peut entraîner la chute des cils, ce qui porte un trouble profond à l’expression du regard.
On trouve aussi quelques poils très-fins, rudimentaires sur la caroncule lacrymale, leur fonction est encore inconnue.
Quant aux vibrisses rigides et courtes placées à la face interne des narines, leur direction de haut en bas, et leur entrecroisement en forme d’entonnoir, permet de se rendre facilement compte de leur rôle protecteur de la muqueuse nasale; elles retiennent les corps étrangers, qui sans cela viendraient irriter l’intérieure des narines. De même les poils insérés sur le tragus de l’oreille externe, protègent le conduit auditif. Nous n’avons rien de spécial à noter au sujet des poils courts qui se rencontrent surtout chez l’homme plus ou moins nombreux et développés, sur la poitrine et le ventre, au niveau de la ligne blanche, ce qui fait que l’homme, à l’encontre des animaux, est plus velu sur le ventre que sur le dos. Nous rappelerons seulement à ce propos cette remarque d’Aristote que le singe, intermédiaire à l’homme et aux quadrupèdes est également velu sur le dos et sur le ventre. Du reste il est également à noter au sujet de la direction des poils situés sur les membres, que sur les avant-bras, ceux-ci remontent du poignet vers le coude, disposition qu’on ne retrouve que chez les singes les plus élevés de la série animale : gorille, chimpanzé, orang-outang, dits singes anthropomorphes (Vaillant).
Le développement exagéré des poils peut se rencontrer soit généralisé à tout le corps, soit limité à une région plus ou moins étendue. Dans ce dernier cas, ils constituent une variété de ce qu’on désigne sous le nom de signes, s’ils sont très-confluents dans un point circonscrit. D’autres fois, il s’agit d’une hypertrophie localisée du système pileux, sur un membre par exemple : A la suite de trouble d’innervation ayant entraîné un ralentissement de la circulation, ou bien consécutivement à des lésions du système circulatoire amenant la stagnation du sang dans les capillaires,
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dans la phlébartérie (Broca) ; et les inflammations chroniques locales, vieux ulcères, abcès scrofuleux, ou même certains cas de lésions du squelette, ostéite, carie, tumeur blanche et fracture.
On rencontre également la présence de poils en des points de l’économie qui en sont normalement privés. Ces cas d’hétérotopie sont loin d’être rares. Sédillot, Martin, ont publié des cas de développement de poils dans la vessie ; on en a signalé également dans le rectum, dans la bouche, etc. Enfin on constate fréquemment la présence de poils dans les kystes dermoïdes (t. XE, p. 748, fig. 95), dans les inclusions fœtales.
Anatomie. — Nous allons étudier actuellement l’anatomie des organes constituant l’appareil pileux : le poil proprement dit, et l’appareil producteur du poil, le follicule pileux.
Le poil se compose d’une partie libre ou tige, et d’une racine ; celle-ci, contenue dans le follicule, renflée à sa partie inférieure, est molle et constitue la bulbe pileux, on y rencontre une dépression qui a été comparée a un fond de bouteille, dans laquelle pénètre la papille du poil. La tige qui se termine par une extrémité fine, offre des différences de longueur quenous avons précédemmentsignalées. D’après l’opinion de. Browne et Pruney-Bey les variétés d’aspect qu’elles présentent, tiges lisses, bouclées, frisées, crépues, tiennent à des différences de forme. C’est ainsi que les poils lisses sont cylindriques, les bouelés et frisés sont légèrement comprimés dans le sens de l’ondulation, les poils crépus du nègre ont une tige aplatie. Mais les recherches de Pruney-Bey ont été contestées par divers micrographes, entre autres par Nathusius. La difficulté de pratiquer des coupes parfaitement transversales serait une cause d’erreur dans les recherches de cette nature. Nathusius ne retrouve aucune connexion •entre l’ondulation et la forme des poils ; c’est une question controversée. Latteux pour pratiquer les sections de poils rigoureusement transversales a proposé la méthode suivante : sur une planchette en bois de un centimètre carré bien polie, on tend les cheveux, en fixant une de leur extrémité sur la face postérieure au moyen de la cire à cacheter. On pratique une petite encoche exactement au centre de la planchette et Ton y fait pénétrer un à un ies poils en les tendant bien parallèlement. On les fera ensuite pénétrer dans une seconde encoche pratiquée à l’autre extrémité et rabattant la mèche sur la face postérieure, on la fixera avec de la ciré, comme pour le bout supérieur. On agglutine ce faisceau avec des couches de colîodion, ce qui forme un cylindre solide, appliqué sur la planchette. Pour faire la section, on fixe cette planchette bien verticalement et bien solidement dans le microtome, et l’on sectionne. Ce procédé aurait permis de relever dans l’important mémoire de Pruney-Bey de graves erreurs.
On décrit trois parties constituantes dans la tige du poil : l’épiderme du poil, la substance corticale, puis au centre une substance médullaire ; T L’épiderme, formé par une couche très-mince, unique de lamelles épithéliales sans noyau, constitue une membrane parcourue par des lignes transversales,, irrégulières, foncées ; les lignes sont dues aux contours de ces lamelles, imbriquées de telle sorte, que les inférieures
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recouvrent les supérieures. Ces lamelles manquent au niveau du bulbe ; elles sont remplacées en ce point par des cellules à noyau. 2° La substance corticale, plus ou moins colorée. dans les poils de couleur, est au contraire transparente dans les poils blancs. Cette substance fondamentale du poil est striée dans toute sa longueur; elle forme dans son ensemble un cylindre creux, adhérent par sa face externe à la couche lamelleuse précédemment décrite ; dans sa cavité, se trouve la substance médullaire. Les fibres qui constituent la substance corticale se composent de lamelles allongées, pourvues d’un noyau et contiennent du pigment disséminé par taches et de l’air. Ces lamelles, par transition insensible, prennent, au niveau de la racine, la forme de cellules molles polygonales à noyau avec granulations incolores ou pigmentaires. 3° La substance médullaire, formée de cellules irrégulièrement cubiques, à noyau pâle, se termine au-dessus du bulbe, elle fait défaut dans les poils follets ou rudimentaires. Vue à la lumière réfléchie, la substance médullaire est blanche ; elle est noire à la lumière transmise, coloration qui est due à la présence de bulles d’air.
Le follicule pileux est une cavité cylindroïde qui reçoit la racine du poil, c’est une dépression de la peau; le follicule proprement dit correspond au derme, la gaine de la racine correspond à l’épiderme. Dans le follicule proprement dit on décrit trois couches : l’interne hyaline, homogène, transparente; la couche moyenne, dont la direction des fibres est transversale; enfin une couche externe vasculaire à fibres longitudinales. Les parois du follicule se continuent avec les faisceaux fibreux du derme; elles avoisinent : les glandes sébacées, situées superficiellement, qui s’ouvrent dans leur cavité et dont le volume est généralement en raison inverse du volume du follicule pileux correspondant ; les muscles lisses de l’horripilation qui s’y attachent et peuvent redresser les poils ; les glandes sudorifères et les vaisseaux placés auprès. Au fond du follicule, la papille du poil , analogue aux papilles du derme, forme un renflement conique constitué par des cellules à noyau, contenant un réseau capillaire et probablement aussi les derniers filets nerveux provenant du plexus à grandes mailles irrégulières disposé autour de la moitié inférieure ou profonde des follicules pileux. — La gaine de la racine, simple dépression de l’épiderme, est comme lui réductible en deux lames secondaires. L’externe ou muqueuse a la même structure que la couche de Malpighi, elle est beaucoup plus épaisse que l’interne ou cornée. Cette dernière lame se compose de cellules allongées sans noyau. — D’après les recherches de Kôlliker, le germe constituant le premier indice de l’appareil pileux chez l’homme apparaît vers la fin du troisième mois de la gestation.
La composition chimique des poils est intéressante à connaître : chacun sait qu’exposés à la flamme ils se consument et brûlent avec une odeur de corne. Leur tissu est soluble dans les acides et les alcalis concentrés. On y retrouve la graisse sécrétée par les glandes sébacées, puis du phosphate, du carbonate de chaux, de la silice, puis enfin du soufre et du fer à l’état d’oxyde de fer. D’après Mialhe, l’ingestion des ferrugineux aurait pour
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effet de foncer la coloration des cheveux. Cazin a publié le fait curieux d’une jeune fille chez laquelle la chlorose apparaissait quand on laissait pousser les cheveux, et disparaissait quand on les coupait. Les poils sembleraient donc une des voies d’élimination du fer introduit dans l’économie. Vaillant, d’après Heusinger, cite le cas très-rare d’une sécrétion pigmentaire fort abondante, au point de noircir des vêtements.
Maladies du système pileux. — Les modifications pathologiques du poil humain peuvent être divisées de la manière suivante : augmentation ou diminution de nombre, hypertrophie ou atrophie, altération de couleur, de direction, altération de structure et maladies parasitaires. Nous nous bornerons à rappeler ici les noms sous lesquels sont connues ces différentes lésions de l’appareil pileux, en renvoyant le lecteur aux articles spéciaux : la Canilie et les colorations accidentelles par diverses matières colorantes dont les poils sont susceptibles de s’imprégner ; Y Alopécie, avec ses nombreuses variétés d’origine : absence congénitale, chute sénile, l’alopécie partielle souvent due à des altérations des follicules pileux : alopécie des convalescents, celle d’origine syphilitique (Voy. 1. 1); le Porrigo décalvans, les Teignes (Favus [t. XIV] et Tricophytie), puis les diverses lésions de la peau d’origine diathêsique localisées au follicule pileux : acné [Voy. t. I), eczéma (Voy. t. XII), lichen pilaris, etc.
Épilatoires. — Nous donnerons sur les épilatoires quelques détails que nous emprunterons au livre de Piesse sur les cosmétiques :
Sous ce nom, on comprend les préparations usitées pour dépiler, c’està-dire détruire les poils de quelques parties du corps. Un grand nombre de ces substances ont une composition dangereuse. Les Turcs et les Persans se servent du Rusma, qui est un mélange de chaux vive 8, pour orpiment 1, que l’on délaye avec un peu de blanc d’œuf et de lessive de savonnier. La crème [parisienne a une composition analogue : chaux vive 60 grammes, sulfure d’arsénic 15 grammes, orcanelte 8 grammes. De même la poudre Laforest, dont il a été donné la formule tome IX, p. 541. Les poudres Delcroix, celle de Colley contiennent également de l’arsenic. On s’explique aisément les accidents d’intoxication qui ont été signalés à la suite de l’emploi fait sans précaution et longtemps prolongé de préparations aussi dangereuses, dont l’effet épilatoire est d’ailleurs assez infidèle. Les plus usitées sont : 1° le mélange épilatoire de Marlins et Boettger : sulfure sulfuré de calchm, hydrosulphate ou sulfydrate de chaux ; 2° la poudre de Boudet qui, elle aussi, ne contient pas de substance toxique mais peut devenir en des mains inhabiles la cause de lésions assez sérieuses au point d’application. On a vu en effet survenir, après une' application mal faite ou trop prolongée, une irritation de la peau pouvant entraîner la formation de pustules et même de cicatrices. En voici d’ailleurs la composition :
Sulfure de sodium cristallisé.
Chaux vive en poudre . . . .
grammes.
PILOCARPINE.
On délaye cette poudre dans un peu d’eau, et on laisse la pâte appliquée sur la peau pendant 1 ou 2 minutes.
Reveil, dans une addition au livre de Piesse (p. 224), a indiqué un dépilatoire ainsi formulé :
Sulfhydrate de chaux en pâte bien égoutté . 20 grammes
Essence de citron . 10 gouttes.
Glycérolé d’amidon . 10 grammes.
Amidon . 10 —
Suivant Burnett, le suc des feuilles de ïhemandià sonora est un épilatoire précieux et puissant qui détruit le poil sans nuire à la peau.
Nous rappelerons enfin que pendant longtemps on a fait usage, spécialement pour arracher les cheveux dans le traitement de la teigne, d’une calotte en poix. Par ce moyen très-douloureux on obtenait, l’arrachement des cheveux, mais ce procédé barbare est aujourd’hui abandonné; l’épilation par la pince plate, journellement employée à l’hôpital Saint-Louis donne, lorsqu’elle est faite avec patience et par des mains exercées, d’excellents résultats (Vog. art. Favus, t. XIV, p. 551); cette méthode est, il est vrai, un peu longue, mais elle est facilement tolérée même par des enfants, sans qu’il soit besoin d’employer préalablement à l’épilation l’anesthésie locale.
Beaunis et Bouchard. Anatomie descriptive. 3' édit., Paris, 1879.
Bichat. Anatomie générale. Paris, 1830, t. IV.
Cazenave (A). Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850.
Broca. Traité des anévrysmes.
Hayeh. Revue des Sciences médicales.
Joanket. Le poil humain, ses variétés d’aspect, leur signification en médecine judiciaire, thèse de Paris. 1878, n° 179.
Kolliker. Traité d’histologie.
Sappev. Anatomie descriptive. 3“ édit., 1877, t. III, p. 640.
Société d' anthropologie, Bulletins .et mémoires. 1860.
Vaillant. Essai sur le système pileux dans l’espèce humaine. Thèse de Paris. 1861, n° 144.
Piesse (S). Des odeurs, des parfums et des cosmétiques, 2e édition. Paris, 1877.
E. Ory.
PILOCARPINE (Jaborandi). — La pilocarpine est l’alcaloïde extrait du Pilocarpus pimiatus, de la famille des Rutacées. C’est sous le nom de jaborandi , que le docteur Coutinho de Pernambuco présenta, en 1875, et remit à Gubler des échantillons d’une plante douée, disaiton, de propriétés sialagogues et diaphoniques remarquables. Les expériences entreprises ne donnèrent pas de! résultats identiques, ce qu’on s’explique, maintenant que l’on sait qu’un grand nombre de plantes de natures très-diverses, portent au Brésil le nom de jaborandi. En effet, l’échantillon importé par le docteur Coutinho, expérimenté par Gubler, appartient, suivant Bâillon, à la famille des Rutacées. C’est le Pilocarpus pinnatus ; tandis que d’autres plantes vendues au Brésil, également sous le nom de jaborandi, et expédiées ultérieurement en France, sont des produits de la famille des Pipers.
Au dix-septième siècle, Pison et Marggraff ( Materia medica) ont décrit troisjaborandi ligneux, frutescents, qui appartiennent au genre piper; l’un d’eux est le Serronia jaborandi , très-répandu au Brésil. D’autres jabo-
PILOCARPINE. — histoire naturelle.
.randi appartiennent à la famille des Scrofulariées , ce sont les Ilespestes; enfin le Monniela trifoliata . est de la famille des Rutacées. C’est cette dernière plante que Lemaire, en 1852, avait nommée le Pilocarpus pennatifolius. Ce genre pilocarpus de famille des Rutacées, est très-voisin du genre Citrus. Parmi les plantes vendues au Brésil, communément sous le nom de jaborandi, il faut citer VOttoma anisum, le Serroconia jaborandi, le Piper nodosum, le Piper reticulatum et le Piper citrifolium; quelques espèces du genre Esenbeckia et certaines Rutacées. Il existe au Jardin des Plantes de Paris, un Pilocarpus simplex.
Les premières recherches sur la valeur thérapeutique du jaborandi, ayant été entreprises par Gubler en France (1874), avec le Pilocarpus pinnatifolius, nous donnerons ici, d’après Planchon, les caractères botaniques de cette Rutacée, tels qu’il les a indiqués dans le Journal de pharmacie et de chimie, en mars 1875.
Histoire naturelle. — Les racines, cylindroïdes, d’une couleur jauneorange pâle, présentent une écorce de deux à trois millimètres, une cassure grenue qui laisse voir à la loupe de nombreuses larmes d’une matière résinoïde ; il y a, au centre, un cylindre ligneux d’un blanc satiné. Sa saveur, d’abord un peu nauséeuse, devient promptement piquanteet fraîche.
Les tiges sont recouvertes d’une écorce d’un gris noirâtre tacheté de blanc. Au-dessous de la couche subéreuse, on trouve, par la cassure, un tissu blanc jaunâtre parsemé de larmes résinoïdes. Au microscope, l’écorce présente , au-dessous de plusieurs rangées de couches subéreuses, de nombreuses cellules parenchymateuses, dont quelques-unes renferment des cristaux en rosette. De grosses glandes apparaissent à la loupe, dans les couches externes ; elles sont oblongues, à grand diamètre dirigé dans le sens tangentiel , sans paroi propre ; des cellules résinifères se trouvent dans le tissu du liber. Les feuilles sont composées imparipennées à neuf folioles le plus souvent, rarement sept ou neuf; elles ont un pétiole épaissi à la base, creusé en gouttière supérieurement. Ces folioles sont fermes, coriaces, elliptiques, obtuses au sommet; elles ont une nervure médiane saillante. Sur leur face inférieure, on rencontre de nombreuses glandes translucides, sous forme de taches brunes punctiformes, présentant à la loupe l’aspect de petites dépressions remplies d’un exsudât résinoïde. Les feuilles adultes sont glabres, leur saveur est nauséeuse, aromatique, leur odeur rappelle l’odeur des feuilles d’oranger.
La structure de ces feuilles est la suivante : un cuticule, amorphe à la surface, recouvre les cellules longues et étroites, où l’on rencontre la chlorophylle ; un parenchyme lâche de cellules , renfermant de la matière granuleuse verte contient, dans son épaisseur, des glandes oléifères. C’est à la partie inférieure que sont placées les stomates. -
Les fleurs, portées par un pédoncule de cinq à six millimètres, ont un calice à cinq dents, les pétales épais , d’un gris fauve, et possèdent des glandes oléifères. Il y a cinq étamines au-dessous d’un disque annulaire très-développé. Les fleurs ont une odeur de citron.
12 PILOCARPINE. — propriétés organoleptiques.
Les fruits, de quinze millimètres de long, sur dix de large, sont ainsi constitués : des carpelles réniformes à faces, latérales, bombées, brunes^ marquées de taches lenticulaires noires ; une enveloppe extérieure représente le mésocarpe et l’épicarpe; l’endocarpe est ligneux, il renferme une graine unique.
Tels sont, d’après Planchon, les principaux caractères du pilocarpus pennatifolius.
Dans une note publiée par Gubler, dans le Journal de thérapeutique (1875), on trouve, par contre, décrit 1 e piper retiçulatum, qui possède , dit-il : « le double caractère d’avoir des feuilles dont la forme rappelle assez exactement celles du citronnier , et dont les nervures nombreuses et saillantes, fréquemment anastomosées , lui ont valu son nom. Cet arbrisseau, d’un mètre environ, a des tiges fasciculées à la base, simples et dénudées dans la moitié de leur longueur, cylindriques, très-étroites et articulées à la manière de celles des bamboux ; elles sont chargées en haut de feuilles alternes, brièvement pétiolées, lancéolés, obtuses, d’un vert foncé, entremêlées parfois de chatons môles. » Cette variété de jaborandi a été expérimentée comparativement avec le pilocarpus pennatifolius. C’est pour cela que nous avons rapporté ici quelquesuns des caractères de cette plante.
Le pilocarpus pennatifolius apporté en Europe par Libon, en 1847, avait été recueilli dans la province de Saint-Paul du Brésil; il est cultivé au Jardin des Plantes de Paris, sous le nom de pilocarpus simplex, mais Bonpland, antérieurement, l’avait récolté dans la province de Corrientes et étiqueté : Picada di Trinidad. « La connaissance de cette localité, dit le professeur Bâillon , est précieuse, parce que, si contrairement à tant de médicaments dont la réputation n’a guère survécu, ce jaborandi continuait d’être recherché en thérapeutique, la plante pourrait, sans doute, être cultivée avec succès dans le midi de l’Europe et dans notre colonie algérienne. »
Propriétés organoleptiques et chimiques. — Les feuilles et la plante entière exalent une odeur légèrement aromatique, qui se prononce davantage, si on les froisse entre les doigts. Elles sont d’une saveur acidulé au début, puis chaude et piquante ; cette saveur se retrouve dans la tige, mais surtout dans la racine et principalement dans les divisions un peu volumineuses de la grandeur d’une plume de corbeau. La saveur piquante devient cuisante et détermine des scintillations douloureuses, des frémissements vibratoires de la langue et des lèvres, avec une sécrétion très-active de la salive. Lorsqu’on a rejeté la pulpe sapide, les effets persistent encore un certain temps, puis disparaissent progressivement, laissant une grande fraîcheur dans la bouche, avec une anesthésie gustative incomplète.
Quand on distille de l’eau sur des feuilles de jaborandi, le produit de la distillation a une odeur aromatique et une saveur poivrée.
On émit tout d’abord l’hypothèse, que le pilocarpus pinnatus devait son action sur l’économie à son huile essentielle, le Pilocarpène Ci0 H18,
PILOCARPINE. — doses, préparations. 13
liquide incolore mobile (densité à 18° 0,832) qui dévie à droite la lumière polarisée; on a reconnu, depuis, que ces effets sont dus à un alcaloïde, la pilocarpine. En effet, c’est en mars 1875 que E. Hardy obtint la pilocarpine.
Le procédé d’extraction de cet alcaloïde fut le suivant. On fait successivement un extrait aqueux et alcoolique de jaborandi, puis on traite par l’acétate de plomb ammoniacal, on élimine le plomb en excès par l’hydrogène sulfuré, on ajoute à la liqueur du bichlorure de mercure. Le précipité formé est séparé des eaux mères, puis traité par l’hydrogène sulfuré; on obtient ainsi du chlorhydrate de pilocarpine. Ce sel, soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool absolu et l’éther, forme, avec le chlorure d’or, un sel double parfaitement cristallisé. Pour en retirer la pilocarpine, il suffit de la décomposer par l’ammoniaque, en présence du chloroforme. Cet alcaloïde] bien distinct de l’huile essentielle, du carbure d’hydrogène que contient la plante, possède les propriétés physiologiques du jaborandi.
M. Gerrard, qui a poursuivi de son côté des recherches sur ce sujet, obtint, peu après, cet alcaloïde. Voici le résumé de son procédé : il prépare l’extrait mou en épuisant les feuilles ou l’écorce par l’alcool à 50e ; reprend par l’eau cet extrait, filtre, évapore, ajoute de l’ammoniaque, puis agite fortement avec du chloroforme. Le chloroforme en s’évaporant laisse déposer la pilocarpine, et cet alcaloïde peut se combiner avec l’acide nitrique et l’acide chlorhydrique pour former des sels cristallisables. Cet auteur indique, comme entrant aussi dans la composition du jaborandi, une résine âcre, une huile volatile, du tannin, de la chlorophylle (J. depharm. et chimie, février 1876). Duquesnel, Petit, ont légèrement modifié et simplifié ces procédés d’extraction. Enfin Kingzett, pour obtenir la pilocarpine, opère ainsi. Il épuise les feuilles de jaborandi, avec de l’eau à 70°, acidulé le liquide obtenu, chauffe pour coaguler les substances albumineuses, filtre, précipite l’alcaloïde par l’acide phosphomolybdique, traite le précipité par une solution chaude de baryte et enlève l’excès de baryte par un courant d’acide carbonique. D’après lui, la formule de la pilocarpine amorphe serait C46. II34. Az4. O8.
La pilocarpine a été combinée avec divers acides : avec l’acide nitrique et chlorhydrique. Il se forme des sels bien cristallisés; on a également obtenu du phosphate et de l’acétate de pilocarpine.
Doses, préparai ions, mode d'administration. — Les premières expériences, faites à l’hôpital Beaujon dans le service de Gubler, ont été pratiquées en employant le jaborandi sous forme d’infusion de feuilles, de petits rameaux concassés, ou d’écorces ; ou bien en extrait aqueux, puis en élixir et en sirop. Après la découverte de la pilocarpine, le mode d’administration fut simplifié, et l’on put prescrire l’alcaloïde, ou bien les sels : azotate, chlorhydrate, acétate dè pilocarpine, en solution, et par suite, soit en injection hypodermiqne, soit en collyre.
L’infusion de jaborandi se peut prescrire à la dose de 4 grammes de feuilles infusées pendant 15 minutes dans 125 grammes d’eau bouillante
14 PILOCARPINE. — propriétés et effets physiologiques.
On peut atteindre 6 grammes chez l’homme adulte. Souvent 2 grammes suffisent chez la femme ; il serait imprudent de dépasser cette dose pour un enfant.
La dose d’extrait aqueux employée par A. Robin varie entre 0,90 centigrammes et 1 gr. 50 centigrammes, suivant lage- et le sexe. D’après Constantin Paul, .1 gramme d’extrait correspond à 5 grammes de feuilles. Pour Pelixir de jaborandi préparé par Collignon, 0,20 centigrammes correspondent à 4 grammes de feuilles.
On emploie maintenant l’alcaloïde du jaborandi en solution. Les injections hypodermiques ont été très-souvent pratiquées chez l’homme, soit avec une solution titrée de pilocarpine, soit avec une solution de nitrate ou de chlorhydrate de pilocarpine, sans qu’on ait noté d’accidents par irritation locale.
Pour le nitrate de pilocarpine, la dose est de 1 à 4 centigrammes ; pour le chlorhydrate, les doses doivent être plus faibles encore. On peut dissoudre ces sels dans l’eau distillée, ou bien, comme l’a fait Courseran dans l’eau de laurier cerise. Quand on se sert de cette substance sous forme de collyre, on constate des effets locaux (myosis et légère contracture) avec une seule goutte d’une solution à 2,5 pour 100 déposée sur la cornée.
Propriétés et effets physiologiques. — Dans un important mémoire qui a pour titre : Études physiologiques et thérapeutiques sur le Jaborandi (pilocarpus pinnatus), l’auteur, A. Robin, a publié les premières expériences dont il a été témoin à l’hôpital Reaujon dans le service de Gubler. Les faits nombreux qui s’y trouvent consignés ont été, depuis, presque tous entièrement vérifiés, il convient de ne pas l’oublier ; car les résultats obtenus par le jaborandi (infusion et extrait aqueux) sont les mêmes, à peu de chose près, que ceux constatés par l’emploi de la pilocarpine et, ses sels.
Les effets. physiologiques produits par l’ingestion d’une dose suffisante sont les suivants : sudation, salivation, larmoiement, augmentation des sécrétions bronchiques, hypercrinie nasale. Mais ces phénomènes qui sont assez constants, sinon dans leur intensité, du moins dans leur apparition, sont susceptibles d’un grand nombre de variations.
L’infusion de jaborandi est un excellent sudorifique; la sudation est annoncée par quelques symptômes précurseurs ; rougeur de la face, battements des artères temporales, sentiment de plénitude des régions les plus vasculaires, parfois, mais rarement, un peu de vertige. La durée moyenne de la sueur, depuis son début jusqu’à sa terminaison complète varie de 2 à 3 heures. D’après Strumpf, la sudation qui s’établit sous l’influence du jaborandi, a varié dans 48 cas de diaphorèse, entre 98 et 895 grammes, soit en moyenne 474 grammes ; environ cinq fois plus qu’à l’état normal. La sécrétion sudorale finit presque toujours par les parties qu’elle a envahies les premières, c’est-à-dire la face, le sommet de la poitrine, les mains (Albert Robin).
Les qualités de la sueur se modifient, d’acide qu’elle était au, début.
PILOCARPINE. — propriétés et effets physiologiques. 15
celle-ci tend à avoir une réaction plus ou moins franchement alcaline ses caractères chimiques sont également modifiés, l’urée, les chlorures, sont éliminées en plus grande abondance. Gillet de Grandmont, dans ses expériences faites avec des injections de pilocarpine, a retrouvé dans la sueur une certaine proportion de l’alcaloïde.
La sécrétion salivaire est sensiblement influencée : on perçoit, tout d’abord, un sentiment de chaleur dans la bouche, parfois un peu de sensibilité dans la région sous-maxillaire. La salivation, qui débute d’ordinaire plustôtque la sudation dure moins longtemps qu’elle. Limousin 1878, avec le réactif de Winkler, a reconnu dans la salive la pilocarpine, après une injection sous-cutanée de cette substance. L’effet sialagogue du jaborandi ou de la pilocarpine se manifeste également chez les animaux (Hardy, Bochefontaine) : le chien, le cheval, la souris. Pour Dumas, qui entreprît des expériences dans le service de Siredey, avec delà pilocarpine préparée par Duquesnel, la principale action de cette substance est, avant tout, d’augmenter la sécrétion salivaire; il pense même que ses propriétés sudorifiques sont secondaires. Chez les individus qui ne salivent point, on constate souvent des vomissements, du malaise, des nausées, une tendance à la syncope, ou seulement de la défaillance. Gillet de Grandmont en tire cette conclusion* que les glandes salivairés sont l’une des principales voies d’élimination du jaborandi, car ces accidents sont probablement dus à l’action de la pilocarpine sur la muqueuse de l’estomac.
Sehwahr confirmant les expériences de Carville, a constaté que le flux salivaire ne s’arrête pas chez un chien soumis à l’action du jaborandi, ni par la section de la corde du tympan, ni par l’arrachement du ganglion cervical supérieur. Il vit que, sous l’influence de ce produit, le sang qui s’écoule par une ouverture pratiquée sur la glande sous-maxillaire, est d’un rouge plus clair et d’une abondance plus grande ; que cet effet persiste encore après la section de la corde du tympan.
Il faut admettre l’hypersécrétion du mucus dans toute l’étendue du tube digestif. Les vomituritions, les rejets glaireux filants semblent le démontrer; parfois des selles diarrhéiques ont été constatées et cela principalement lorsque la diaphorèse est entravée ou supprimée. Quand il y a déviation de l’action du pilocarpus, dit À. Robin, au vomissement vient toujours se joindre une diarrhée d’abondance variable, précédée souvent de coliques. Cette diarrhée cesse comme les vomissements, quand la plus grande partie du principe actif du jaborandi a été rejetée. — Chez les animaux, on a pu vérifier que toutes les glandes du tube digestif sont excitées, et que le foie et le pancréas participent à l’hypercrinie générale.
Les effets sur les sécrétions lacrymales, nasales et trachéobrûnchiques sont moins constants. L’hypercrinie nasale manque souvent, de même aussi l’augmentation de sécrétion de la muqueuse trachéobronehique. Toutefois, généralement, sous l’influence du jaborandi les crachats sont rendus plus fluides, ils sont plus faciles à détacher, et sont expulsés bientôt après sans effort. Mais, quand l’action du jaborandi cesse, à l’hypercrinie passagère, succède un sentiment de sécheresse de la gorge,
16 PIL0CARP1NE. — propriétés et effets physiologiques.
et dans certains cas de bronchorrhée (Gubler, A. Robin), la quantité des crachats rendus ultérieurement fut diminuée ; cet état persiste parfois environ 24 heures après l’administration du jaborandi.
L’action sur les urines est variable, semble-t-il, suivant les doses absorbées. La quantité d’urines rendues paraît être tout d’abord en raison inverse de l’abondance de la transpiration. Mais si le jaborandi est administré à doses fractionnées, l’augmentation possible des urines a été notée. Le fait a été vérifié par Rendu, et par Langlet ; (de Reims). Ce dernier auteur a constaté une véritable hématurie, dans un cas où l’on avait dû prolonger longtemps l’usage du médicament. Cette hématurie se déclara alors, sans doute, par suite de l’excès du travail imposé aux reins.
« La diminution de la quantité d’urine sécrétée, dit A. Robin, n’est pas assez considérable pour compenser les pertes liquides effectuées par la peau et les glandes salivaires, de telle sorte que l’élimination y gagne quoique les reins soient déchargés d’une partie de leur travail fonctionnel. » La diminution de l’urée, de l’acide urique, prouve l’abaissement des combustions désassimilatrices ; il y a aussi diminution des chlorures.
L’ hypercrinie lacrymale n’est, pas le plus important des effets du jaborandi et de son alcaloïde sur l'appareil oculaire. On a noté aussi une contraction pupillaire qui débute vers le moment où la sueur se généralise. — Galezowski, dans ses recherches, n’avait trouvé que l’action myotique de la solution de pilocarpine déposée sur l’œil ; Alexandroff, de la clinique du docteur Metaxas (de Marseille), observa également le fait delà contraction pupillaire; mais, depuis, Pietro Albertoni ayant instillé cette solution dans l’œil de l’homme et des animaux, a noté du myosis et en même temps un spasme accommodatif de la vision ; puis, dans une seconde période, plus durable, de la mydriase sans altération de l’accommodation. Si l’on fait une injection hypodermique à distance, l’action sur l’iris est nécessairement beaucoup moins marquée, puisque les sécrétions rejettent immédiatement la plus grande quantité du médicament (Gillet de Grandmont). Après l’ablation du ganglion cervical supérieur du grand sympathique chez le chien, l’instillation de la pilocarpine ne peut plus produire la dilatation de la pupille; d’où cette conclusion formulée par P. Albertoni : que la pilocarpine agit en excitant autant le nerf motooculaire commun (myosis passager), que le grand sympathique (mydriase intense et de longue durée) : cette dernière action, selon lui, étant plus durable et plus intense, mais plus lente à se produire.
Faut-il expliquer la dilatation pupillaire, simplement par l’état nauséeux déterminé par le jaborandi ?
Pour compléter l’étude des effets de la pilocarpine sur les organes sécréteurs, ajoutons que sous son influence , la secrétion lactée en partie tarie chez une nourrice atteinte d’érysipèle, a été heureusement excitée, et que le lait reparut et les mamelles reprirent leur fonction avec plus d’abondance (A. Robin, Soc. de biologie, 1875).
L’influence du jaborandi sur les modifications de la température a fait l’objet de nombreuses recherches. « La température axillaire s’élève gra-
PILOCARPINE. - PROPRIÉTÉS ET effets physiologiques. i 7
duellement jusqu’au moment où la salivation est bien établie et où la sudation commence à devenir générale. Cette élévation de température est d’environ 4/10 de degré chez les individus bien portants. Quand la sudation est arrivée à son maximum, la température baisse un peu, mais sans cependant revenir encore à son degré primitif qu’elle atteint seulement vers la fin du maximum, quand les hypercrinies tendent à s’apaiser. A leur déclin, la température tombe de quelques dixièmes de degrés, au-dessous de son point initial (A. Robin). Suivant Gillet de Grandmont les injections hypodermiques de pilocarpine ont pour résultat d’abaisser la température de près de 1 degré, cela dans un espace de temps très limité, et persisterait plusieurs heures. Bardenhewer prit la température rectale, il a constamment noté un abaissement de la température du corps de 5 à 6 degrés pendant la durée de la sueur.
L’abaissement de la tension artérielle a été constaté dès les premières expériences. On vit le pouls plus accéléré, les battements du cœur un peu irréguliers, et l’influence des mouvements respiratoires sur la circulation, se faire sentir plus manifestement qu’à l’état normal. Curschmann, Bardenhewer, dans un cas de colique de plomb, ont confirmé ce fait, déjà signalé par Gubler et A. Robin, que le pouls perd sa tension et sa dureté. 0. Kayler et J. Soyka, comme Bochefontaine et Galippe ont reconnu qu’une petite dose d’infusion de Jaborandi, injectée dans les veines, provoque une chute immédiate et passagère de la tension artérielle avec accélération momentanée du pouls ; que des doses plus fortes ont une action semblable mais plus persistante, qu’enfin, par des doses plus fortes encore, la chute de la tension artérielle est plus considérable mais qu’en même temps, il se produit un ralentissement marqué du pouls.
Vulpian, dans une intéressante communication faite à la Société de Biologie, rapporte, qu’ayant fait dans la veine cave d’un chien, une injection d’extrait de Jaborandi, il constata des troubles intenses du côté du cœur, le ralentissement des battements du pouls, avec menace de mort ; dans quelques expériences il y eut un arrêt brusque du cœur. Ces effets furent surtout sensibles chez la grenouille ; l’arrêt du cœur se fait en diastole. Langley a, sur des crapauds, des grenouilles, des chiens, des lapins, vérifié ce fait que le Jaborandi ralentit les battements du cœur ; le même auteur établit que c’est toujours le ventricule qui s’arrête le premier, quoique les oreillettes puissent être troublées dans leur rhythme avant le ventricule, et que l’abaissement de la tension artérielle soit le premier symptôme de l’action du Jaborandi sur la circulation. Fraenkel a noté (4878) que le nitrate de pilocarpine à la dose de 0,02 c. à 0,04 c. n’a guère d’action sur la circulation, mais que les doses fortes produisent un ralentissement notable du pouls. Cet effet a été obtenu par lui, alors même que les nerfs vagues étaient coupés.
En résumé : le Jaborandi ou la pilocarpine possède des propriétés sudorifiques et sialagogues incomparablement plus marquées que celles des agents thérapeutiques employés jusqu’ici ; c’est un hypercrinique puissant. Si sou action sur la température est encore discutée, tous les expéri-
18 PILOCARPINE. — propriétés et effets phïsiologiqdes.
mentateurs admettent que cette substance peut abaisser notablement la tension artérielle. Enfin, son pouvoir myosique lui donne rang dans la thérapeutique oculaire, au même titre que l’éserine.
Il nous reste à signaler encore un point fort intéressant de l’histoire de ce médicament, à savoir l’antagonisme qui paraît exister entre son action et l’action de l’atropine sur notre organisme, fait signalé par le professeur Yulpian. Depuis, Auber, en injectant 0,025 d’alropine sous la peau d’un chien, vit apparaître des phénomènes d’intoxication qu’il fit disparaître avec une infusion de 2 grammes de Jaborandi ; toutefois, la dilatation de la pupille persista. L’antagonisme de l’atropine et du Jaborandi n’est pas admis par Langley, car cet auteur dit avoir constaté que l’atropine ne peut ramener la tension artérielle à son niveau primitif lorsque cette tension est abaissée par le Jaborandi.
Enfin, nous devons une mention toute spéciale aux récentes recherches expérimentales de Straus ; elles ont mis en lumière un point nouveau relatif à l’action locale des injections hypodermiques de pilocarpine. Les résultats sont intéressants, non-seulement au point de vue physiologique de la pilocarpine, mais au point de vue plus général de la physiologie des sueurs locales, et des sécrétions en général.
Les expériences de Straus nous ont appris que, si l’on pratique, chez l’homme, une injection hypodermique de 0gr,01 à 0gr,02 de nitrate de pilocarpine (dose physiologique) ensolution dans 1 gramme d’eau, on voit au bout de deux à cinq minutes, la peau recouvrant l’ampoule formée par le liquide injecté rougir, puis se couvrir de gouttelettes très-fines de sueur. Ces gouttelettes apparaissent d’abord à la circonférence de l’ampoule, sous forme d’une collerette; peu à peu, la sueur s’étend concentriquement vers le centre de l’ampoule qu’elle finit par envahir totalement. Cette sueur locale se produit deux à trois minutes avant la salivation, cinq à huit minutes avant la sueur générale. Cet effet local est d’autant plus rapide et plus accusé que la peau où a lieu l’injection est plus riche en glandes sudoripares ; les meilleurs endroits sont le devant du sternum, le front et le pli du coude.
Straus a trouvé en outre le fait curieux suivant : c’est -que, en réduisant la dose de pilocarpine, tout peut se borner à une action sudorifique locale : en injectant une ou deux gouttes d’eau tenant en dissolution de 0gr,001 à 0gr,004 de nitrate de pilocarpine, on provoque une sueur purement locale, sans le moindre phénomène général. On peut ainsi, à volonté, faire suer telle ou telle région du corps et dessiner des lignes humides sur le reste de la peau demeurée sèche.
L’action antagoniste de l’atropine a permis à Straus de réaliser, d’une façon élégante, l’expérience inverse. Si,, chez un sujet en pleine sueur sous l’influence de la pilocarpine, on injecte sous la peau de très-faibles doses de sulfate d’atropine, on voit, à ce niveau, la sueur diminuer presque immédiatement ; au bout de quelques minutes, elle est totalement supprimée. On peut ainsi, dit Straus, réserver à volonté des lignes sèches sur la peau humide.
PILOCARPINE. — propriétés et effets physiologiques. 19
Pour assurer que l’arrêt de la sueur est bien l’effet de l’atropine et non celui du seul fait de l’injection d’un liquide, Straus a eu soin d’injecter, a diverses reprises, simultanément un volume équivalent d’eau pure; l’effet d’arrêt a toujours fait défaut. Cet action d’arrêt local de la sueur s’obtient à l’aide de doses infiniment petites d’atropine; il n’a jamais manqué, même avec un millième de milligramme de substance active, chez l’homme. Chez le chat, une injection de moins d’un centième de milligramme dans la pulpe d’une des pattes a produit le même effet d’arrêt.
La peau en sueur d’un chat ou d’un homme peut donc, d’après l’expérience de Straus, être considérée comme un réactif extrêmement délicat de l’atropine, puisqu’il suffit de l’injection d’un millionigramme de cette substance pour produire l’arrêt local de la sueur.
Les expériences de Luchsinger, confirmées par celles de Yulpian, ont montré que, chez le chat, une injection de 0gr, 001 à 0gr,003 de sulfate d’atropine arrête la sueur provoquée par l’injection de 0gr,01 de pilocarpine, mais que, si l’on injecte ensuite sous la peau de la pulpe d’une des pattes 08r,01 de pilocarpine, la sueur reparaît sur cette patte, mais nulle part ailleurs.
Chez l’homme, Straus a constaté le même fait. En injectant 0gr,002 de sulfate d’atropine, puis, une demi-heure après én une autre région de la peau, 0gr,02 de pilocarpine, il n’y a ni salivation, ni sueur générale, mais simplement une sueur locale, très-persistante parfois, au voisinage du point où a eu lieu l’injection de pilocarpine.
Straus s’est appliqué à déterminer approximativement la quantité de sulfate d’atropine dont l’injection rend même ces doses massives localement inefficaces. Chez un homme vigoureux, à la jambe, il a pu injecter graduellement et avec prudence (F, 006 de sulfate d’atropine (0sr,001 toutes les dix minutes). Puis il a injecté ensuite en une seule fois jusqu’à 0gr,04 de nitrate de pilocarpine sur le devant du stermum; malgré cette forte dose, il n’y eut non-seulement aucune sueur générale, mais même aucune sueur locale. Il en conclut que chez l’homme, l’injection de (F, 006 d’atropine rend impossible tout effet sudorifique, tant local que général de la pilocarpine,
Sur le chat, il a obtenu le même résultat à la suite de l’injection sous la peau du ventre de 0sr,003 de sulfate d’atropine (0sr,001 toutes les dix minutes). Après cela, l’injection dans la pulpe d’une patte postérieure de 0gr, 015 de pilocarpine et l’électrisation du bout périphérique du sciatique (expérience de Luchsinger) ne déterminent plus l’apparition d’aucune sueur sur celte patte. (Comptes rendus de l’Institut, 7 juillet 1879.)
Ces faits, nous le répétons, sont singulièrement instructifs au point de vue de la physiologie des actions sécréto-glandulaires et de l’antagonisme physiologique des poisons et des substances médicamenteuses. Quoique les applications thérapeutiques fassent encore défaut, il faut savoir gré à Straus d’avoir montré que l’on peut, à volonté, faire suer une région quelconque de la peau et inversement, suspendre à volonté la sueur dans n’importe quelle région.
20 PILOCARPINE. — applications thérapeutiques.
Applications thérapeutiques. — D’après l’exposé des propriétés physiologiques de Jaborandi que nous venons de tracer, on s’explique les nombreuses tentatives qui ont été faites, dans ces dermeres années, pour l’emploi de ce médicament dans le traitement des maladies, ou pour combattre certains symptômes alarmants.
En qualité de sialalogue, le Jaborandi, suivant Gubler, sera indiqué dans les états de sécheresse de la bouche avec soif vive : « Atropisme, intoxications diverses, paralysie faciale, embarras gastrique et fièvres, diarrhée, lésions gastro-intestinales, phlegmasies de la bouche et de la partie supérieure des voies digestives, le diabète sucré et la polyurie. » Le Dr Leyden, dans un rapport à la Société médicale de Berlin, déclare qu’il a utilement fait usage du Jaborandi, dans les maladies fébriles : la fièvre typhoïde, l'angine catarrhale, lé rhumatisme articulaire fébrile, la douleur sciatique, et confirme, par conséquent, les indications formulées par Gubler. Le Dr Testa l’a conseillé contre les oreillons. C’est surtout dans le traitement des hydropisies que le Dr Leyden trouve une indication des plus importantes comme sudorifique. Cet auteur ne pense même pas que la pilocarpine soit contre-indiquée dans le cas d’hydropisie liée à une affection organique du cœur!
La sudation abondante supplée à l’insuffisance de la sécrétion urinaire dans la phlegmasie rénale; elle diminue l’épanchement séreux et l’œdème des membres inférieurs dans les affections chroniques des reins. Sous l’influence de ce médicament, l’hydropisie et les troubles graves de la respiration diminuèrent chez des malades traités par Leyden, pour des néphrites épithéliales. Dans une récenle communication à l’Académie des sciences, Vulpian signale l’augmentation des matières albuminoïdes dans la salive des albuminuriques, à la suite d’une injection de chlorhydrate de pilocarpine; ce fait a été confirmé par Straus, agrégé de la Faculté. Langlet de Reims a traité avec succès un cas ‘.d’albuminerie de la grossesse, par le Jaborandi ; mais, dans ce cas, la sudation fut faible, et le Jaborandi, ayant agi comme diurétique, détermina de l’hématurie. Le Dr Alessandro- Cantieri a obtenu de bons effets de ce médicament dans la néphrite parenchymateuse et la néphrite interstitielle.
Les propriétés alexitères du Jaborandi l’ont fait expérimenter contre les intoxications par les virus et les venins, dans la rage, par exemple (Gubler, A. Robin, Brouardel). Au Brésil, il est employé contre la morsure des serpents les plus venimeux et les empoisonnements végétaux.
C’est en qualité de sudorifique que le Jaborandi ou son alcaloïde, parait utile dans l’épanchement pleurétique ; Grasset, Vulpian, Crequy, ont vu disparaîire le liquide.
La pneumonie, diverses formes de bronchites, la bronchorrhée, l’intoxication saturnine, ont été traitées avec succès par ce médicament. Rokitansky a cité des observations favorables et montre son heureuse influence pour la fièvre intermittente. Nous ne citerons que pour mémoire les tentatives faites par Hyernaux en Belgique, Massmann de St-Pétersboürg, Spaeth et Welpower de Vienne, Kleinnachter, qui vou-