‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 28 (volume 5)Chapitre 104 sur 155 · TOXICOLOGIQUE · texte numérisé non relu

TOXICOLOGIQUE

ques gouttes d’eau, de façon à former une pâte ferme que l’on tasse dans la cavité d’un charbon léger de peuplier on de tilleul. Après que ce mélange a été lentement desséché à la flamme du chalumeau, on projette d’une manière continue, à sa surface, le dard aigu de la flamme de réduction (cône intérieur) . Le sel plombique se réduit peu à peu ; la petite masse entre en fusion et s’absorbe dans les pores du charbon, laissant à nu quelques petits globules brillants épars. Ces globules métalliques, soigneusement recueillis, sont triturés avec un peu d’eau dans un mortier d’agate; par décantation on enlève les parcelles de charbon qui pouvaient adhérer,- et le métal reste seul, reconnaissable à sa couleur et sa malléabilité, et, après dissolution dans quelques gouttes d’acide azotique, à ses caractères chimiques.

3° — Par l’acide sulfurique — Au lieu d’acide azotique pour détruire les matières organiques, on pourrait se servir d’acide sulfurique, comme dans le procédé général; le sulfate de plomb imprégnant le charbon qui en résulterait, serait transformé en carbonate par ébullition avec une solution de carbonate de soude ou de potasse, puis en azotate soluble par l’eau acidulée d’acide azotique. On traiterait ensuite la liqueur par l’hydrogène sulfuré, poursuivant les opérations comme dans le procédé précédent.

4° — Par la chaleur , en présence du carbonate de soude, procédé avantageux pour une petite quantité de matières, en majeure partie solides. — Les portions solides, très divisées, sont intimement mélangées dans un mortier avec la moitié de leur poids de carbonate de soude pur et sec ; ce mélange, préalablement desséché au bain-marie, est introduit dans un creuset de porcelaine à couvercle, de dimensions telles qu’il ne soit qu’à moitié rempli. On chauffe alors dans un petit fourneau ou à la lampe deBerzélius, graduellement, afin d’éviter tout boursouflement de la matière, mais jusqu’à une température suffisante pour fondre le carbonate de soude. Dès que ce sel est en fusion tranquille, on laisse tomber le feu, dans la crainte de volatiliser un peu de plomb réduit. Le creuset, refroidi et essuyé extérieurement avec soin, est placé dans une spacieuse capsule de porcelaine, contenant de l’eau distillée bouillante. On continue l’ébullition jusqu’à complète dissolution de la masse vitreuse du creuset, lequel est mis à sécher après avoir été lavé à l’intérieur et à l’extérieur, à l’aide d’une pissette, au dessus de la capsule. Les portions métalliques, plus lourdes, gagnent le fond et sont séparées des particules charbonneuses et salines en suspension par le rêpos du liquide et plusieurs décantations et lavages ; on recueille alors facilement les petits grains métalliques brillants qu’on dessèche sur papier buvard. On y joint les quelques globules qui auraient pu rester adhérents à l'intérieur du creuset; et si les grains de plomb sont trop petits, on les fond au chalumeau, en présence du carbonate de soude sec, dans la cavité d’un charbon, afin de les rassembler en un ou deux globules caractéristiques. (Roussin, p. 855).

5° Electrolyse. — Dans les liqueurs provenant du traitement au chlorate de potasse et à l’acide chlorhydrique, au lieu d’employer l’hydrogène sulfuré pour séparer le plomb, Gusserow a proposé de se servir de l’élec-

PLOMB. — RECHERCHE TOXICOLOGIQUE, trolyse qui l’isole à l’état métallique. On peut opérer au moyen d’un dialyseur plongeant dans de l’eau acidulée à l’acide sulfurique. Deux lames de platine servent d’électrodes, et la négative est immergée dans la solution plombique. Le courant est fourni par une pile de quatre éléments de Grove. Le dépôt du plomb, sous forme d’enduit gris ou noirâtre, a lieu lentement sur le pôle négatif, et c’est seulement au bout de douze à quinze heures que l’opération est terminée.

Sans s’arrêter à discuter la question du plomb normal que les récents travaux de Barse et Chevallier semblent avoir tranchée dans le sens de la négative, il est bien évident par ce qui précède que l’expert chimiste n’aura guère à se préoccuper de la nature ni de la provenance du compté ingéré, non plus que de l’intention criminelle ou non qui a présidé à l’administration du toxique.

11 aura cependant à répondre fréquemment à diverses questions relatives aux circonstances accidentelles qui peuvent avoir produit l’empoisonnement. C’est pourquoi nous dirons quelques mots de l’examen d’une eau, d'un vin ou d’un vernis, d’un papier plombifère, etc.

Eau. — On essaiera tout d’abord si cette eau, acidulée par l’acide nitrique, se colore de suite en présence de l’hydrogène sulfuré. Une pareille eau est évidemment suspecte. S’il y a assez de métal pour fournir un précipité de sulfure, on le recueille, et sa nature est facile à reconnaître.

L’essai quantitatif se fait en évaporant une dizaine de litres d’eau additionnés de 20 gouttes d’acide nitrique, de manière à rapprocher à 200 centimètres cubes. On transvase ensuite dans une petite capsule, ce qui permet de dessécher la matière, qui brunit ordinairement par suite de la présence de substances organiques. On les détruit par l’acide azotique et l’azotate d’ammoniaque. Le résidu blanchâtre renferme le plomb à l’état d’azotate ou de sulfate. On reprend par une petite quantité d’eau qui entraîne l’azotate. Le résidu de sulfate, calciné avec de la soude, donnera un globule métallique reconnaissable à sa malléabilité.

Vin. — Dans le vin on peut aussi parfois mettre le plomb directement en évidence au moyen de l’hydrogène sulfuré. Mais on préfère ordinairement évaporer à siccité un volume connu de vin, détruire les matières organiques et terminer l’essai comme précédemment.

Vernis. — Un vernis plombifère, traité par de l’eau acidulée au vingtième environ par l’acide acétique ou nitrique (le mieux est d’opérer au bain-marie), donnera une solution qu’il suffît d’évaporer à sec pour que le résidu fournisse toutes les réactions caractéristiques du plomb.

L’analyse d’une peinture à base de céruse, d’une tenture colorée par le plomb (minium, chromate, papiers glacés, moirés, etc.), n’offrirait aucune difficulté.

A. Gautier a publié une méthode pour déceler des traces de plomb contenu par exemple dans des légumes de conserve. (Congrès d’hygiène, 1878).

Quant au dosage, nous renvoyons à ce qui a été dit plus haut (p. 305).

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