L. Prunier
PLOMBIÈRES. — Plombières (Vosges), à 10 heures de Paris par le chemin de fer de Mulhouse, à 4 heures de Nancy ; région nord-est de la France; appartient au groupe vosgien riche en eaux minérales.
Plombières fut un bain gallo-romain important, si l’on en juge par lesrestes des travaux de cette époque. Les Romains avaient détourné le cours du torrent, bétonné la nappe d’eaux minérales, construit une immense piscine et des étuves dont on a retrouvé les substructions. Les vieilles traditions, quelquefois interrompues, n’ont jamais été complètement perdues, et l’histoire de cette station est assez riche en documents tels que ceux fournis parFuchsius, J. Gonthier, médecin de François Ier, Dom Calmet, etc. Le roi Stanislas, et de nos jours, l’empereur Napoléon III ont beaucoup contribué à la prospérité de cette contrée, si bien qu’aujourd’hui Plombières a oublié les incendies et les tremblements de terre qui lui ont été autrefois si funestes. Peu de thermes en France ont été l’objet d’aussi nombreux travaux dus aux médecins, aux géologues, aux ingénieurs ( Voy . plus bas les indications bibliographiques).
La situation actuelle de Plombières lui donne un rang très honorable parmi les bains français. Il ne compte pas plus de 2000 baigneurs par saison; mais la haute société n’en a jamais désappris le chemin.
L’Etat, propriétaire, en a donné la ferme à une compagnie.
368 PLOMBIÈRES. — climat. — géologie.
La ville, proprement bâtie, est resserrée par la configuration de la vallée. La rue centrale, rue Stanislas, en suit le cours et descend de l’église au bain romain. Quelques châlets perchés sur les hauteurs ornent le paysage. Le Parc est animé tous les jours par la musique ; le Casino fournit les distractions du soir; les salons des hôtels lui font concurrence sous ce rapport.
La région des Vosges est assez connue des touristes pour qu’il soit inutile d’insister sur les excursions nombreuses offertes aux hôtes de Plombières. Qnatre routes s’en détachent : celle d’Aillevilliers à l’ouest, celle de Remiremont à l’est, celle d’Epinal vers le nord, de Luxeuil vers le sud. Nous mentionnerons, entre autres buts de promenade, la fontaine Stanislas perdue au milieu d’épaisses forêts, le val d’Ajol, Hérival, Bains et Luxeuil, Remiremont et le lac de Gérardmer. Les chevaux et les voitures ne font point défaut.
Climat — Plombières est à 450 m. au-dessus de la mer, 50 m. plus élevé que Remiremont (mes mesures ne m’ont fourni que 30 m. de différence en prenant le niveau des grands hôtels qui est au bas de la ville). D’une fenêtre nord, si l’on pointe la lunette vers le clocher de l’église, on voit que la direction de la vallée est N. E.-S. 0. La ville est dans une gorge profonde, comme Wildbad en Wurtemberg; c’est le sort des eaux chaudes en général; cependant Luxeuil est plus ouvert. Cette situation a le double inconvénient d’une forte chaleur les jours de grand soleil et d’une certaine tristesse les jours de pluie. Si les journées sont chaudes, les matinées et les soirées apportent de la fraîcheur et le contraste en est quelquefois saisissant. La température varie également d’une façon tranchée, après un orage (de 30° c. à 15° par exemple.) Avis aux rhumatisants qni doivent prendre des précautions. Pour jouir de Pair vif et pur de la montagne, il suffit de gravir les pentes voisines en s’élevant de quelques centaines de pieds.
Les observations météorologiques font défaut; les tables de Lhéritier, relatives à la température, ont été constrnites dans un but de comparaison avec celle des sources et les résultats, chiffrés une seule fois par jour, sont insuffisants. Quant au baromètre il est en général au variable, ce qui s’explique par un assez grand nombre de jours pluvieux, même dans les beaux mois. La moyenne des sources froides, 8-10° c. doit représenter la moyenne annuelle de température, plus basse que celle du bassin parisien où les hivers sont moins rudes et moins longs.
Géologie. — Les observations des géologues sont, au contraire, nombreuses et précises. Consulter les cartes de Hogard et de Rilly, 1848 et 49, très développées.
A l’ouest de la masse granitique des Vosges est un vaste plateau de grès bigarré que l’on traverse en partant de Plombières pour aller à Bains ou à Luxeuil. J’ai vu sur ces routes plusieurs carrières en exploitation. Des vallées entaillées dans ce plateau courent parallèlement de N. E. à S. O., telles que la vallée de l’Augronne qui nous occupe, la vallée du Coney avec le Baignerot pour affluent (sources de Bains), la vallée de la Semouse (source de la Chaudeau), la vallée du Breuchin (sources de
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Luxeuil.) Toutes ces vallées ont pour caractères communs d’être rectilignes, abruptes, avec pointements granitiques qui donnent naissance à des eaux thermales. Des l'ailles, dans le même sens, coupent ensuite le département de la Haute-Saône.
La vallée de l’Augronne doit nous occuper spécialement; sur la route delà fontaine Stanislas se voient des amas de rochers (en langue du pays dits Meurgers), blocs de grès bigarré des hauteurs, et de poudingues quàrtzeux durs représentant le grès vosgien. Le fond de la vallée laisse à nu le granité porphyroïde qui se continue assez loin vers Aillevillers, tandis qu’en remontant vers Remiremont il y a du granité à grains fins. Le granité ‘porphyroïde offre de gros cristaux de feldspath rose et des points noirs de hornblende.
Lès'sources émergent de ce granité sur une longueur d’environ 200 mètres: les plus chaudes, du thalweg; les tempérées, au-dessus. Elles sont en rapport avec les filons de quartz, de spath fluor et de barytine coupant le granité. Les sources savonneusès jaillissent des parois de ces filons. Les sources actuelles contiennent encore des traces de fluorures, mais les actions chimiques actuelles ne sont pas à comparer à celles d’une autre époque géologique, dont on a pour témoins et les filons et les imprégnations du terrain supérieur (grès vosgien et grès bigarré) . Le régime des eaux change par les grandes commotions du sol ; les tremblements de terre peuvent nous le faire comprendre; celui de 1682 a rendu chaude une source froide de Plombières. Daubrée ne s’est pas contenté de vérifier, à Plombières, la théorie d’Élie de Beaumont sur les relafions des sources thermales avec les filons ; il a encore montré comment ces eaux ont produit, au moyen de leurs silicates, des zéolithes dans le béton romain (apophyllite, chabasie, harmotôme) , faits comparables aux formations épigénétiques des roches trappéennes. Ce travail de l’eau thermale, offrant une date certaine puisqu’on connaît à peu près Page du béton, a fourni à la géologie des faits nouveaux et pleins d’intérêt. Nous ne parlons que pour mémoire des pyrites cuivreuses formées sur le robinet de bronze romain.
Sources. — Les travaux de captage de l’ingénieur Jutier ont donné aux sources de Plombières une fixité qui en rend l’étude plus nette. Ces travaux longs et difficiles, 1856-1861, et la belle disposition de l’aqueduc du Thalweg ont dévoilé bien des mystères des eaux souterraines. Les sources anciennes les plus chaudes ont été retrouvées; au moment de la découverte, le robinet romaiii montait de 75 à 74°; il est descendu à 71 et 70; en 1875, j’ai noté 72. On trouvera, dans le grand travail de Jutier et Jules Lefort, de nombreux tableaux sur la température et le débit des sources. 27 soui’ces régulières donnent au delà de 700 mètres cubes en 24 heures.
Si l’on jette un coup d’œil rapide sur les anciennes analyses de Nicolas et Vauquelin, sur celles de O. Henry etLhéritier, 1855, de Lefort, 1860, ou voit que les diverses sources ne foxment qu’un ensemble, au point de vue chimique. Leur faible minéralisation est indiquée par la densité épassant, de quelqeus dixièmes, celle de l’eau pure. Jules Lefort n’a pas
PLOMBIÈRES. — sodrces.
trouvé de réaction alcaline; j’ai vu la source des Dames bleuir légèrement le papier. La proportion de gaz est peu considérable avec prédominance d’azote, sans intérêt.
Les deux analyses modernes ne diffèrent qu’en un point. Ossian Henry et Lhéritier considèrent les carbonates comme résultant de la transformation des silicates, pendant l’évaporation ; en conséquence , ils ne portent pas de carbonates dans leur analyse hypothétique.
Les principaux éléments signalés par Lefort sont : silicates 0, 10 ; sulfate de soude 0,10; bicarbonates 0,05 ; avec des traces d’arsenic. Minéralisation totale 0,30. Il paraît qu’on a trouvé le même chiffre il y a 150 ans. La matière onctueuse, dite savon minéral, serait du silicate ’d’alumine.
Les chimistes et les hydrologues ont été assez embarrassés pour classer ces eaux : l’Annuaire en avait fait des bicarbonatées ; à ce compte, il faudrait nommer ainsi toutes les eaux communes. Les auteurs du Dictionnaire ont dit sulfatées sodiques, non sans hésitation et sans réserves, ayant le sentiment du peu de valeur des 10 centigrammes de sel de Glauber. Lhéritier les intitule silicatées et arsénicales. Or, jusqu’ici personne n’a démontré que 10 à 12 centigrammes de silicates alcalins soient dè quelque usage dans un litre d’eau minérale. Bains et Luxeuil pourraient se présenter avec le même titre, et les eaux d’Auvergne renferment souvent deux fois plus de silice. L’expérience de Lhéritier, qui dit avoir obtenu des silicates en traitant par l’eau chaude le granit pulvérisé, n’a pas un intérêt très-grand. Des échantillons de ce granité ne m’ont donné que de la matière organique par l’eau distillée bouillante. Quant à l’arsenic, il n’y en a que des traces et, comme bon nombre d’eaux ont fourni des traces de ce métalloïde, je ne vois pas de raison particulière de dénommer celles-ci arsénicales, pas plus que silicatées. Le résidu fixe ne dépassant pas le tiers d’un gramme, elles sont moins minéralL sées que beaucoup d’eaux potables et n’ont plus que leur thermalité pour les distinguer. En conséquence, elles appartiennent à la classe des, eaux thermales simples, vieille dénomination encore préférable à toutes les autres. Hâtons-nous de dire que les eaux thermales simples donnent peutêtre aux médecins hydrologues les plus brillants résultats.
L’étude de l’administration des eaux va nous conduire à quelques détails sur les sources les plus importantes. On les emploie en boisson, en bains, en douches, étuves, etc., et il est juste de reconnaître que les applications sont aussi bien faites que variées. On fait boire les sources chaudes des Dames et du Crucifix, et la source froide ferrugineuse. La buvette de la source des Dames est un peu trop primitive, sans abri en temps de pluie. Sa température est assez stable, 51 à 52°C; c’est la plus facile à digérer ; son débit, au robinet, m’a paru de 25 à 30 M.C. par 24 heures. — La buvette du Crucifix est sous des arcades qui abritent suffisamment les malades.. Sa température paraît moins fixe, 48-49 (Lhéritier), 43 (Jutier), '45 (Leclère). J’ai trouvé, au robinet, 46 en 1873 et 1877. J’ai estimé son débit à 12 ou 15 M. C. en 24 heures. Au robinet voisin coule la source savonneuse, qui a varié de 2 degrés de