POIVRE. - USAGES
tels que les viandes grasses comme celle du port;, les végétaux froids, aqueux, peu. sapides, afin d’en relever la saveur et d’en rendre la digestion plus facile. Il l’est encore toutes les foisque, soit par le fait des conditions extérieures, soit en raison du tempérament et de là constitution, les fonctions gastriques sont en quelque sorte paresseuses, chez les sujets mous, lymphatiques, chez certains convalescents. Au contraire, il ne convient pas aux personnes d’un tempérament irritable et dont -lès^organes digestifs sont sujets à l’inflammation. |
Au point de vue de la thérapeutique, ce que nous avons à dire de ses usages doit se réduire presque à un simple historique, le poivre n’étant plus guère employé de nos jours dans le traitement des maladies.
A l’intérieur, il a été administré dès l’antiquité contre l’anorexie, les flatuosités, la pituite, la migraine, et, en tant que ces affections peuvent se trouver liées à un état atonique des voies digestives, les bons effets qu’on lui a attribués dans ces sortes de cas pourraient s’expliquer par ses vertus condimentaires. On y a eu recours aussi dans les cas d’helminthiase intestinale, dans les écoulements uréthraux ; les peuples orientaux l’emploient comme aphrodisiaque. Mais son application la plus importante est celle qui a été faite dans le traitement des fièvres intermittentes. Dioscoride dit que le poivre est bon « aux fièvres qui ne sont pas continues. » Celse a exprimé une opinion semblable, et, à leur tour, Muller, Rivière, Bartholin, ont confirmé cette propriété, tandis qüe Van Swieten, Murray et d’autres, se sont élevés contre une tell pratiqué en raison d’accidents inflammatoires gravés dont ils avaient été témoins. Plus près de nous, cet emploi du poivre a été repris et préconisé par Louis Franck, ainsi que par d’autres médecins étrangers à son exemple, èt les faits nombreux qu’ils ont rapportés ne permettent pas de douter de l’efficacité de cet agent dans les fièvres d’accès. Depuis la découverte d’Œrsted, on a proposé de remplacer le poivre, pour le traitement de ces fièvres, par la pipérine, qui en renferme les principes actifs : Meli, a Ravenne, Gordini, à Livourne, et d’autres médecins italiens, se sont loués des effets qu’ils •avaient ainsi obtenus. Cependant, malgré les succès proclamés par eux, leur exemple n’a pas été suivi et le quinquina est resté, aux yeux de tous, le médicament par excellence à opposer à la maladie en question. Disons, en terminant, qu’elle n’est pas la seule contre laquelle on ait voulu employer la pipérine : Magendie a proposé de substituer cette substance au poivre cubèbe dans le traitement de la blennorrhagie.
A l’extérieur, on s’est servi et l’on peut se servir de la poudre du poivre noir pour saupoudrer les cataplasmes, afin de les rendre rubéfiants, ou l’appliquer seule à la manière d’un sinapisme, mais en prenant soin de ne pas prolonger aussi longtemps l’application, à c. ' de son activité plus grande. On en a mis dans les cheveux pour tue* .... q -nX^'on en a rempli des cavités dentaires suite de carie, afin d’et ^ourdir la- :ur. On l’a employée pour obtenir des effets astrictifs sur la luette relâchée, etc., etc.
Le poivre long , dont les effels physiologiques sont analogues à ceux du «jp poivre noir, mais moins énergiques, peut servir aux mêmes usages. En Europe, il n’est employé que comme condiment, mais dans l’Inde on y '• recourt aussi pour des usages médicinaux. Nous ne croyons devoir entrer dans aucun détail à cet égard. A. Gaccbet.
POIX. — Le Codex fait mention de trois espèces de poix qui servent en pharmacie à confectionner un assez grand nombre de masses emplastiques dont l’emploi devient de plus en plus restreint. Ce sont : la poix jaune dite poix de Bourgogne, la poix noire et la poix résine.
Poix de Bourgogne. — La Poix jaune est une véritable térébenthine qui découle d’incisions faites au tronc de 1 ’Abies excelsa (D. C.), vulgairement nommé Pesse, Epicéa , Faux Sapin, et que Linné appelait à tort Pinus abies. Ce bel arbre atteint jusqu’à 50 mètres de hauteur : on le rencontré abondamment dans les régions montagneuses du Centre de l’Europe et surtout dans les forêts du Nord. Il est principalement exploité en Finlande, en Suisse? en Autriche et dans la Forêt-Noire. On le trouve aussi en Bourgogne, mais cette province n’a jamais fourni de poix, et il est i probable que ce nom a été donné à la poix jaune lorsqu’elle arrivait d’Al-
j sace par la voie de la Franche-Comté ou Comté de Bourgogne. On la ré¬
colte en faisant au tronc de grandes entailles longitudinales, mais peu profondes (2 à 4 centimètres), car, contrairement à ce qui existe chez le Pinus süvestris, les canaux sécréteurs de l’ Abies sont surtout répandus dans le parenchyme cortical, tandis que le liber et le bois n’en contiennent pas.rîa résine qui s’écoule est recueillie sur l’arbre au moyen d’un instrument spécial, on la purifie grossièrement en la fondant avec de l’eau dans une chaudière, ou bien au contact de la vapeur d’eau, puis en la soumettant à la presse.
, La véritable poix de Bourgogne est d’un jaune foncé, solide et cassante à froid; malgré sa dureté elle-se moule dans les vases qui la contiennent ; elle possède une odeur aromatique particulière et agréable qui se dévei Idppe par la chaleur, et une saveur douce, parfumée, non amère (Suibourg). Elle est incomplètement soluble dans l’alcool à 86° avec lequel elle donne une solution rougeâtre et amère ; elle se dissout plus facilement dans l’alcool absolu, l’acétone et l’acide acétique eristalli- P > sable.
Elle retient une quantité plus ou moins grande d’huile essentielle -formée par un carbure d’hydrogène <C20 IP qui est accompagné d’une ' // petite proportion d’un corps oxygéné analogue au camphre. La partie j .solide est constituée par une résine amorphe qui donne par hydratation I • de l’acide abiétique comme toutes les résines des conifères. :
. . La plupart du .temps on substitue à la poix de Bourgogne naturelle un produit artificiel, désigné sous le nom de poix blanche, obtenu en fon- -’-dant et h- .ssant sous l’eau un mélange de galipot et de térébenthine, ou 1 jrren b avec de l’eau de la colophane fondue et de l’huile de palme, j L’eau interposée rend le mélange opaque; cette poix factice est livrée au
commerce dans des vessies. Elle a une saveur amère et une odeur de térébenthine ; elle est moins active que la véritable.
La poix de Bourgogne adhère fortement à la peau; en couche un peu épaisse elle s’étend en dehors du point d’application ; ce défaut disparaît quand on l’additionne d’un quart de son poids de cire jaune. C’est ce mélange qui constitue l’emplâtre de poix de Bourgogne. Cette masse emplastique étendue sur une peau ou sur du sparadrap est souvent employée dans la médecine populaire contre les douleurs rhumatismales musculaires ; elle n’agit qu’avec lenteur, mais finit par provoquer de vives démangeaisons et finalement une légère éruption vésiculeusé. On obtient un révulsif énergique qui n’est même pas sans danger, à cause des cicatrices qu’il peut laisser, en recouvrant sa surface d’une quantité de poudre d’émétique qui varie de 0,50 à 1 gramme suivant la grandeur; c’est là l’emplâtre de poix de Bourgogne stibié. Dans sa préparation il est important de fixer la poudre à la surface de l’emplâtre en ramollissant la surface de celui-ci avec quelques gouttes d’essence de térébenthine dans laquelle on a délayé l’émétique, ou bien en y passant une légère couche d’axonge.
La poix jaune entre dans la confection des emplâtres agglutinatif , à’ acétate de cuivre, céroëne, de ciguë et de diachylon gommé.
Poix noire. — Lorsqu’on brûle incomplètement, dans un four spécial non ventilé, la paille qui a servi à filtrer et à purifier la térébenthine et le galipot, ou, d’une façon générale, tous les résidus de la fabrication de l’essence de térébenthine, on obtient un goudron épais qui, abandonné à lui-même, se sépare en deux couches : la supérieure, liquide, constitue l’huile de poix ; l’autre, presque solide, est portée à l’ébullition jusqu’à ce qu’elle devienne cassante après refroidissement ; c’est cette dernière matière qui constitue la poix noire.
Dans la Finlande et le nord de la Bussie on soumet maintenant les racines et les parties inférieures du tronc des Pins à une distillation sèche dans d’énormes alambics en tôle épaisse. Celte opération fournit une grande quantité d’essence de térébenthine, d’acide pyroligneux et de goudron végétal. Ce dernier donne à la distillation de l’huile de goudronet un résidu de poix noire. La poix noire est donc chimiquement constituée par les produits les moins volatils du goudron ; soumise elle-même à la distillation sèche, elle donne de la naphtaline, de l’anthracène et de la paraffine.
Elle possède une odeur particulière et désagréable, très-différente de celle du goudron ; sa saveur est à peu près nulle ; elle se dissout dans les alcalis caustiques et dans l’alcool en donnant avec ce dernier une solution foncée qui rougit franchement le papier de tournesol. Cette réaction acide ne permet pas de la confondre avec le brai retiré du goudron de houille. Nous ne croyons pas du reste à la possibilité de substituer commercialement cette sorte à la poix noire véritable.
Cette poix entre dans la formule de J ’ onguent basilicum, de l 'emplâtre céroëne et de l’onguent brun, vulgairement appelé, onguent de la mère.