INSTRUMENTS PIQUANTS
comme on le croyait autrefois, à leur'formeet à leur étroitesse. Les anciens chirurgiens les redoutaient à cause delà difficulté que leur disposition oppose à l’écoulement des liquides. Ils pensaient que l’afflux des humeurs devait fréquemment amener la formation d’abcès profonds, d’infiltrations et de fusées purulentes, que leur rétention provoquait l’étranglement et, par suite, des douleurs violentes, parfois même le tétanos ou la gangrène. Ces accidents se produisaient, en effet, assez souvent sous leurs yeux, mais ils étaient dus aux moyens qu’ils employaient pour les prévenir. Au lieu de respecter, comme on le fait aujourd’hui, le trajet de la blessure, ils y introduisaient des sondes pour l’explorer, des mèches, des tentes pour le dilater et pour empêcher l’accumulation des humeurs ; ils s’opposaient ainsi à la réunion par première intention qu’on voit survenir le plus souvent, quand la plaie est exempte de complications et qu’on l’abandonne à elle-même. Depuis Belloste, on a renoncé à ces pratiques et, peu à peu, le préjugé qu’elles entretenaient a cessé de régner. Malgaigne avait déjà fait ressortir l’innocuité des piqûres faites par le trocart et la promptitude avec laquelle elles se cicatrisent ; les opérations sous-cutanées ont porté le dernier coup à l’opinion que nous combattons. On a vu des ténotomistes diviser, dans la même séance, une foule de tendons et de faisceaux musculaires, pratiquer sous la peau des incisions de plusieurs décimée très, léser inévitablement, en passant , nombre de petits vaisseaux et de filets nerveux, sans que le moindre accident en ait été la suite. Jules Guérin a communiqué à l’Académie des sciences, le 31 août 1840, l’observation d’un malade chez lequel il avait pratiqué, le meme jour, la. section sous-cutanée de quarante-deux muscles, tendons ou ligaments,. pour remédier à une difformité articulaire. Le malade n’avait pas proféré une plainte pendant le cours de cette opération, qui n’avait pas duré moins d’une heure, et le cinquième jour toutes les plaies étaient cicatrisées. De pareilles hardiesses prouvent au moins l’innocuité des plaies faites par les instruments piquants, quelque anfractueuses, quelque étendues qu’elles soient dans leur profondeur, à la condition que l’ouverture faite à la peau soit petite et qu’on la ferme sur-le-champ. La pénétration de l’air est, en effet, le seul obstacle à lia réunion et à la cicatrisation immédiate des tissus divisés ; c’est sa présence qui enflamme les plaies, et nous ne comprenons pas que ce fait si simple et pour nous si évident ait pu donner naissance à tant de contestations.
Le contact de l’air atmosphérique est fatal aux tissus vivants ; partout où ce conflit doit s’établir la nature a mis une barrière : l’épiderme pour la peau, l’épithélium pour les muqueuses ; quand cette enveloppe est détruite, une douleur cuisante, une inflammation vive, se manifestent à l’instant sur les parties dénudées. C’est ce qui se produit lorsqu’on enlève l’épiderme à la surface d’un vésicatoire ou d’une brûlure au second degré. La chimie nous enseigne que tous les liquides organiques restent immuables dans leur composition tant qu’ils sont contenus dans des cavités closes, qu’ils s’altèrent et se décomposent aussitôt qu’ils ont le contact de l’air. Les fractures, les luxations, s’accompagnent de délabre-
PLAIE. — p.