‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 19 sur 531 · L. Robert · texte numérisé non relu

L. Robert

COTO (Écorce de). — Cette écorce, employée depuis longtemps en Bolivie contre la diarrhée, ia goutte et le rhumatisme, fit son apparition en Europe en 1873. Gietl (de Munich), auquel sont dus les premiers essais thérapeutiques qui la concernent, lui reconnut des propric-

[Sdpplémest] goto (Écorce de). — effets physiol. et thérapedt. tés antidiarrhéiques qui ont été constatées depuis par d’autres observateurs et qui méritent d’être connues des médecins français. Ceux-ci trouveront peut-être dans une expérimentation plus étendue les bases d’un emploi rationnel, dont les indications sont encore loin d’être solidement assises.

L’arbuste auquel appartient l’écorce de coto est, suivant les uns, de la famille des Laurinées ou des Térébinthacées ; suivant les autres, c’est une pipéracée : cette opinion paraît la plus probable.

Quant à l’écorce elle-même, elle nous arrive en morceaux assez longs, de couleur rougeâtre ; d’odeur résineuse et aromatique ; de goût légèrement amer, surtout âcre, mordant, brûlant même, sans astringence.

Analyse chimique. — Les premières analyses ont été faites, en 1875, par Wittstein (de Munich) et J. Jobst (de Stuttgart). Le principe actif, isolé par ce dernier chimiste en traitant par l’éther l’écorce concassée, a reçu le nom de cotoïne et paraît avoir pour formule . L’écorce

en contient 1,5 7o-

C’est une substance neutre, qui cristallise en aiguilles jaunâtres, amères, difficilement solubles dans l’eau froide et la benzine, solubles dans l’eau bouillante, l’alcool, l’éther et le chloroforme; fusibles à 150”. Les alcalis la dissolvent facilement avec une coloration jaune. Un liquide renfermant de la cotoïne, et additionné d’acide azotique concentré, prend à chaud une coloration rouge de sang. L’acide sulfurique concentré la dissout avec une coloration brune ; l’acide chlorhydrique avec une coloration jaune.

En 1876, Jobst, analysant une nouvelle écorce de coto, y découvrit une autre substance cristallisable, qu’il nomma paracotoïne, et à laquelle il donna pour formule : C’est une poudre cristalline blanc jau¬

nâtre ; insipide ; d’odeur légèrement balsamique ; très-peu soluble dans l’eau, même bouillante, ainsi que dans l’alcool froid et la benzine ; soluble dans l’alcool bouillant, l’êther et le chloroforme. Outre l’absence de goût et de solubilité dans l’eau chaude, cette substance diffère de la précédente en ce que les alcalis, qui dissolvent celle-ci, agissent fort peu sur elle, et par la coloration jaune que lui donnent, en la dissolvant, les acides azotique et sulfurique.

Enfin Jobst et Hesse ont trouvé encore dans l’écorce de coto de la leucotine, de Y oxyleucotine (C^^ff^O’) et de Vhydrocotoïne (C^-ff^O®) : substances dont les effets thérapeutiques sont les mêmes, mais à un degré moindre, que ceux de la paracotoïne.

Effets physiologiques et thérapeutiques. — I. L’écorce de coto a été successivement prescrite, sous forme de poudre ou de teinture alcoolique, par Gietl, par Burkart et Riecker (de Stuttgart), par Fronmüller de (Furtb), à un grand nombre de malades atteints de diarrhée catarrhale aiguë ou chronique. Ces expérimentateurs annoncent dans la grande majorité des cas le retour des selles à leur nombre normal et à leur consistance physiologique ; si la diarrhée reparaissait quelques jours après la cessation

168 GOTO (Écorce ds). — effets fhïsiol. et thérapedt. [Sopplément] du traitement, la reprise de celui-ci amènerait une guérison rapide et durable.

Fronmûller dit aussi avoir obtenu d’excellents résultats contre les sueurs profuses : sur 71 cas où la teinture a été administrée, les sueurs auraient complètement disparu 34 fois et diminué 36 fois ; un seul malade n’aurait eu aucune amélioration.

Mais Burkart a signalé l’apparition, à la troisième ou quatrième dose, parfois même dès la première, d’une répugnance qui, si on continue la médication, se change en vomissements et gastralgie. Cet inconvénient, dû sans doute à la présence dans la teinture d’une résine âcre et d’huiles essentielles, n’existerait, d’après Fronmûller, ainsi que la sensation de brûlure éprouvée par le gosier, que dans le cas où le liquide alcoolique est mal préparé : dans le cas contraire, non-seulement il n’y aurait aucune intolérance gastrique, mais l’appétit serait beaucoup mieux conservé qu’après l’emploi des préparations à base d’opium, de tannin ou de nitrate d’argent.

II. Quoi qu’il en soit, la cotoïne, d’un maniement plus facile que l’écorce, puisqu’elle agit à doses plus faibles, d’un emploi plus sûr, puisqu’elle ne détermine aucun phénomène accessoire, est préférable, ainsi que le montrent les expériences physiologiques et thérapeutiques suivantes.

Physiologiquement, Burkart a trouvé la cotoïne dépourvue de toute action sur les lapins. Administrée à l’homme sain, à la dose de 10 à 20 centigrammes répétée plusieurs fois par jour, elle augmente l’appétit et ne détermine aucune réaction de la part de l’estomac, dans le suc duquel elle reste insoluble. Du côté de l’intestin, dont les liquides la dissolvent, elle provoque, d’après Albertoni, la mise en œuvre des fonctions physiologiques de l’épithélium, sans amener d’ailleurs de constipation, sans modifier le mouvement péristaltique normal. Burkart la considère comme antifhermiqne; Fronmûller, comme antidiaphorétique. Enfin, selon ce dernier observateur, elle retarde seulement les fermentations, tandis que Pribram la regarde comme antiputride et antizymotique.

Elle s’élimine certainement par les urines : 7 à 10 heures après son ingestion, sa présence est constatée dans ce liquide par la coloration rouge intense que lui fait prendre l’acide nitrique concentré.

En thérapeutique, la diarrhée constitue, comme pour l’écorce de coto, dont elle partage la supériorité sur les autres antidiarrhéiques au point de vue de la conservation de l’appétit, et sur laquelle elle a l’avantage de ne produire aucun phénomène d’intolérance gastrique, sa plus sérieuse application ; encore celle-ci paraît-elle devoir être réservée aux flux intestinaux, aigus ou chroniques, purement inflammatoires, tandis qu’elle serait contre-indiquée par la présence d’ulcérations, typhiques ou tuberculeuses, de l’intestin ; l’alcoolisme, la cirrhose hépatique, seraient également de formelles contre-indications. Le choléra, le choléra infantile surtout, semblent aussi justiciables de la cotoïne.

[Supplément] GOTO (Écorce de). — doses et modes u’administration. 169

Telles sont les conclusions auxquelles sont arrivés Burkart, Albertoni, Pribram, etc. Mais en présence des résultats contraires, complètement nuis, signalés par d’autres médecins allemands et italiens, il est prudent de faire au sujet de la nouvelle substance les plus expresses réserves, jusqu’à ce que sa valeur thérapeutique soit définitivement déterminée par de nouvelles expériences, qu’autorise du reste sa parfaite innocuité.

Nous en dirons autant pour l’usage qu’en a fait Fronmüller contre les sueurs nocturnes des phthisiques, et pour l’emploi tenté par Albertoni contre la sialorrhée.

111. Quant à la -paracotoïne et à l’écorce qui la renferme, elles ont été expérimentées par Essig et Burkart en Allemagne, par Baelz au Japon. Cette écorce a une odeur aromatique plus prononcée que l’écorce de coto proprement dite ; son goût est, au contraire, peu marqué, simplement résineux.

Administrée en injections sous-cutanées à des lapins, la paracotoïne n’a déterminé aucun trouble appréciable. Chez l’homme sain, elle a amené une légère constipation. Elle s’élimine par l’urine, dans laquelle on la retrouve quelques heures après l’absorption.

A l’état pathologique, elle a donné les mêmes résultats que la cotoïne, mais des doses plus considérables sont nécessaires. Diverses formes de diarrhée ont été ainsi guéries ou améliorées. Baelz, au mois de juillet 1877, a traité à Yokohama -5 malades atteints do choléra par des injections sous-cutanées de paracotoïne de 20 centigrammes chacune : les effets ont été heureux, mais cette expérimentation est évidemment trop restreinte pour permettre de porter un jugement suffisamment autorisé.

Doses et modes d’administration. — L’écorce de coto se prend, nous l’avons dit, soit en poudre, soit surtout sous forme de teinture alcoolique. Celle-ci doit être au dixième : 1 partie d’écorce pour 10 parties d’alcool à 60“. Elle a été donnée à doses très variables : la quantité suffisante paraît être de 7 gr. 50 par jour, qu’on répartit en 3 prises égales, à boire dans de l’eau sucrée et aromatisée (Fronmüller) .

La cotoïne s’administre également en poudre : 0,30 centigrammes, en 3 paquets, à prendre dans du pain azyme (Albertoni) ;

Ou dans une potion, dont on prend une cuillerée à soupe par heure (Burkart) :

Cotoïne . 0,05 à 0,10 centigr.

Eau distillée . 120 grammes.

Sirop simple . 30 —

Alcool rectifié . . 10 —

' Ou enfin en injection hypodermique :

Cotoïne pure . 1 grammes.

Etlier acétique . 4 —

Injecter 20 gouttes toutes les demi-heures ou toutes les heures, contre le choléra (Baelz, Burkart).

Mêmes modes d’administration pour la paracotoïne.

170 COUTEAUX. — c. a ampdtation. [Supplémekt]

WiTTSTEis et Gietl, Propr. pharmacol., chim. et médicin. de i’é. de c. {Archiv der Phaitn., septemb. 1875). — Bdekart, L’é. de c. et ses parties actives [Berlin, filin. Wochenschr., 1877, p. 276). — FrosmOller et Baeiz, Recherch. sur les propr. de l’é. de c. et de ses princip. actifs (Bull, de thérap., 1879, p. 559). — .Albertosi, Communie, s. l’usage de la c. contre le choléra asiatiq. (Gaz. med. lombard., 1883, p. 495 et 505). — Progrès méd., 1883, p. 1054; 1885, p. 493. — Labobbe, Étude des écorces de c. 1886.

Ch. d’Ivors.

COUTEAUX. — Cultellus; p-a/acpiov. — AIL, messer ; — Angl., knife; — Ital., coltello; — Esp., cuchillo.

Instruments tranchants dont on se sert, en chirurgie, pour diviser les parties molles (à l’exception de l’instrument dit couteau lenticulaire), et qui diffèrent bien plus du bistouri {Voy. t. V, p. 123), en ce que leur lame est toujours fixée à demeure sur le manche, que par leurs dimensions, lesquelles sont extrêmement variables : quelle différence, sous ce rapport, entre le couteau à amputation et le couteau à cataracte !

Les dimensions ne sont pas seules à varier : la forme est également modifiée d’un couteau à l’autre suivant l’usage auquel il est affecté. Aussi ces instruments se prêtent-ils mal à une description générale, et il nous suffira de rappeler, avant de passer en revue ces nombreuses modifications, que tout couteau se compose essentiellement :

1“ D’une lame d’acier trempé, de longueur, de largeur et d’épaisseur variables, plus ou moins effilée à sa pointe, et se continuant par sa base avec une tige métallique dite soie, qui pénètre et la fixe dans la manche;

2“ D’un manche, tantôt en bois d’ébène comme dans les couteaux de grandes dimensions tels que ceux à amputation, tantôt d’ivoire comme dans les petits instruments avec lesquels on opère sur l’œil.

I. Couteaux a AMPUTA'noN. — Anciennement, les chirurgiens se servaient de couteaux à extrémité arrondie ou carrée (fig. 7) ; à lame tantôt convexe, tantôt concave. Avec A. Paré, Guy de Chauliac, Verduin, apparaissent les lames à extrémité pointue, à tranchant très-fortement concave, en forme de faucille : cette forme, encore usitée au siècle dernier, est complètement abandonnée on raison de son mode d’action, qui, ne pouvant se faire que par pression, est incompatible avec la netteté désirable dans toute section des tissus.

Aujourd’hui, la lame des couteaux à amputation est droite ou légèrement convexe; elle a un ou deux tranchants.

Le couteau à un seul tranchant (fig. 8 et 9) a une lame qui ne diffère que par les dimensions de celle du bistouri droit. Il se termine assez brusquement par une pointe qui se trouve sensiblement sur l’axe de la lame, et qui résulte d’une égale inclinaison du tranchant et du dos de l’instrument l’un vers l’autre : cette disposition est préférable à celle, plus rarement usitée, dans laquelle le dos seul s’incline vers le tranchant, qu’il vient rejoindre au niveau de la pointe. En tout cas, la lame prolonge exactement le manche, sur lequel elle est montée à l’aide d’une longue et forte soie, et qui est ordinairement taillé à pans pour qu’il ne vacille pas entre les mains de l’opérateur. Une autre condition de sûreté dans le maniement de l’instrument réside dans une sage proportion entre le poids

[Sdpplément] couteaux. — c. a amputation. 171

de ce manche et celui de la lame ; celle-ci doit être moins lourde que le manche, mais doit avoir un dos assez épais pour assurer à l’instrument une solidité suffisante.

Fig. 7. fiG. 8 et 9. Fig. 10.

Couteau ancien pour les Couteaus à amputation modernes Couteau à deux tranchants, amputations circulaires. à un seul tranchant. dit interosseux.

Le couteau à deux tranchants, couteau interosseux (fig. 10), inventé par Garengeot au commencement du dix-huitième siècle, a une lame étroite et très-aiguë, qui s’effile progressivement en pointe, et non brusquement comme dans les précédents, et dont les deux faces portent en leur milieu, sur toute leur longueur, une arête de laquelle partent les plans inclinés qui vont former les deux tranchants. Ordinairement l’un des bords est mousse dans une certaine étendue, voisine de la base, afin que l’opérateur puisse y appuyer l’index ; l’autre bord est tranchant danstoute son étendue. Le manche est semblable à celui du couteau à un seul tranchant.

La longueur des couteaux à amputation varie avec le volume du membre sur lequel on opère, et avec le procédé opératoire : tandis que le couteau

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