MICROBES
[SoPri.ÉMEKï]
Parmi les bacilles zymogènes, le plus important est le bacillus butyricns, amylobacter ou ferment butyrique de Pasteur. On le trouve dans les carottes, les pommes de terre altérées, le malt, la choucroute, les concombres, le lait, le fromage; il présente une longueur de 5 à 10 p. pour une épaisseur de Op.,8 à 1 p., et forme des chaînettes, dés filaments très-mobiles et des zooglées; il est anaérobie, se développe facilement et produit des spores en grand nombre même à l’abri de l’air. Dans les solutions d’amidon, de dextrine et de sucre, il produit de l’acide butyrique, et est l’agent de la fermentation butyrique du lait et du fi’omage. L’intestin et l’estomac des herbivores en renferment un grand nombre; il y décompose la cellulose et a par là une importance capitale dans la .digestion de ces animaux. Un autre bacille, le dispora caucasica, a été décrit par Kern, comme étant l’agent de la fermentation du koumys. Pour d’autres auteurs, ce bacille y serait accidentel, la fermentation étant produite plutôt par le saccharomyces mycoderma.
Les genres spirillum et spirochaete ne renferment pas de microbes zymogènes connus.
A côté des microbes zymogènes se placent ceux qui donnent lieu à la putréfaction, les microbes septogènes. Ces deux rôles ne sont pas aussi éloignés qu’ils semblent l’être au premier abord. La putréfaction, en effet, n’est à vrai dire qu’un mode de fermentation ou plutôt c’est l’ensemble et le résultat des diverses fermentations dont les corps végétaux et animaux sont le siège après leur mort (Cornil). Ici ce n’est pas tel ou tel microbe qui intervient pour produire une fermentation donnée, ce sont une série de microbes qui, chacun pour sa part, concourent à l’action commune. « Sous leur influence, le sucre se transforme en acide lactique, mannite, dextrine, glycérine, amidon et acide lactique, en acide butyrique, en mucilage; l’alcool se transforme en acide acétique, l’urée en carbonate d’ammoniaque, l’albumine se convertit en peptones et autres corps semblables. En même temps prennent naissance de la leucine, de la tyrosine, des acides gras (butyrique, margarique, palmitique), des produits volatils, l’indol, le phénol, le scatol, l’hydrogène sulfuré, l’ammoniaque, de l’acide carbonique et de l’eau ; enfin divers composés spéciaux décrits sous le nom de poisons putrides (Panum), de sepsine (Bergman n et Schmiedeberg), les alcaloïdes septiques (Zulzer et Sonnenschein), les alcaloïdes cadavériques ou ptomaïnes (Selmi et A. Gautier) », dont les discussions actuellement ouvertes a l’Académie de médecine ont démontré toute l’importance et sur lesquels nous aurons à revenir.
On peut encore rapprocher de la putréfaction la nitrification, qui transforme dans le sol l’ammoniaque en acide azotique, opération de la plus haute importance pour la nutrition des végétaux qui ne peuvent tirer l’azote de l’ammoniaque, mais doivent le prendre à l’acide azotique. Pour le dire immédiatement, les recherches de Schlœsing et Muntz semblent bien prouver qu’il s’agit là de l’action d’un ferment figuré, sans qu’il ait été possible jusqu’ici de décider quels sont les organismes chargés de cette fonction.
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Les microbes qui interviennent dans la putréfaction sont nombreux, mais il en est qui semblent avoir une influence plus directe, plus rapide, plus complète que les autres. Il en est un grand nombre qui appartiennent au genre micrococcus : différents les uns des autres par leurs dimensions et leur mode de développement, ils sont très-répandus dans l’air, dans le corps de l’homme et des animaux, pai'tout où il existe quelques débris de tissu mort, dans la cavité buccale, dans les exsudations des cavités nasales et bronchiques, dans l’intestin grêle et le gros intestin où ils se développent en abondance.
Parmi les bactéries, le bacterium termo est certainement le plus important et le plus fréquent des microbes septogènes; c’est celui que l’on doit considérer avec Colin, sinon comme l’unique, du moins comme le. principal agent de la putréfaction. Ce sont des bâtonnets courts et cylindriques de de diamètre sur 5 à 7 |i. de longueur, flagellés, étranglés à leur milieu sous forme d’haltère et disposés en amas irréguliers, en zooglées arrondies ou en séries linéaires. Le bacterium lineola, de dimensions plus considérables que le précédent, se trouve dans l’eau et forme des zooglées à la surface des pommes de terre et de diverses infusions.
Les bacilles comprennent un certain nombre de microbes septogènes parmi lesquels nous citerons d’abord : le bacillus subtilis (bactérie du foin) : c’est un bâtonnet de 2 p. à 6 p de longueur suri à 2 p d’épaisseur, à spores ovales, brillantes, de 1 à 2p de longueur sur 0p,6 de largeur; il est très-commun et très-répandu dans presque toutes les matières organiques riches en azote qui se décomposent au contact de l’air ; il se développe facilement dans tous les milieux nutritifs contenant des sels et des composés azotés et résiste à une température de 1 00“ ; peut-être en existet-il différentes espèces (Babès). Le bacillus ulna, plus long et plus épais que le bacillus subtilis, se trouve dans les liquides putréfiés; le bacillus septicus, qui se trouve dans la terre, le sang putréfié et les liquides albumineux en voie de putréfaction, ne se multiplie pas dans un milieu où existent àes bacterium termo on àes bacillus subtilis; les bacilles des selles normales, dont Bienstock a décrit cinq espèces différentes; enfin plusieurs espèces de streptothrix, de cladothrix et de beggiatoa, se rencontrent dans les eaux stagnantes (sulfureuses pour les dernières) contenant des matières organiques en décomposition.
C’est encore dans les eaux marécageuses que l’on rencontre le plus facilement les spirilles septogènes, parmi lesquels nous ne ferons que nommer le vibrio rugula, le vibrio serpens, les spirillum volutans et sanguineum, et le spirochætaplicatilis.
Certaines putréfactions s’accompagnant d’une odeur nauséeuse sont dues, d’après Rosenbacb qui les a étudiées, à des microbes spéciaux, les bacilles saprogènes ; il en a cultivé trois espèces, l’une venant du contenu putride des follicules de l’amygdale, l’autre de la sueur de la plante du pied, la troisième d’un fragment de moelle putréfiée d’un os compris dans une gangrène des extrémités.
Rôle chromogène. — Un certain nombre de microbes ont la propriété
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de produire diverses matières colorantes et sont appelés pour cette raison microbes chromogènes. Le pigment qu’ils forment est soluble ou insoluble dans l’eau et par conséquent peut se communiquer aux milieux sur lesquels ils se développent ou rester limité aux cellules. Tous ces microbes sont aérobies et ne produisent le pigment que quand l’air leur arrive librement; à l’abri de Tair, ils restent incolores. Leur pouvoir chromogène augmente du reste quand ils se trouvent sur un terrain approprié, il diminue ou disparaît quand les conditions de milieu sont défavorables.
Parmi les micrococcus cbromogènes nous citerons : le micrococcus ■prodigiosus [V Hostienblut des Allemands), qui donne une couleur rouge sang insoluble ; le micrococcus de la sueur rouge (Babés) ; le micrococcus Meus (Cohn), qui donne la couleur jaune de la sueur; tous deux sont insolubles; le micrococcus aurantiacus (orangé, soluble); le micrococcus chlorinus (vert, soluble) se développant sur l’albumine cuite ; le micrococcus cyaneus (bleu, soluble); le micrococcus violaceus (violet) formant des masses zoogléiques sur les pommes de terre bouillies ; le micrococcus fulvus (couleur de rouille) s’observe sur le crottin de cheval ; le clathrocystis roseo-percina (fleur de pêcher) forme dans la vase des zooglées gélatineuses qui se creusent en cavités remplies d’eau. Le bacterium xanthinum ( jaune, soluble) se trouve dans le lait devenu jaune après la cuisson; le bacterium æruginosum est une bactérie incolore qui produit une couleur verdâtre dans le pus ; le bacterium cyanogenum donne au lait bleu sa coloration et se développe également dans les liquides amidonnés.
Les principaux bacilles cbromogènes sont : le bacillus ruber, qui est rouge brique et a été découvert sur le riz bouilli ; le bacillus erythrosporus se développe sur les substances albumineuses en putréfaction sous la forme de petites pellicules rouges.
Rôle pathogène. — Si le rôle des microbes est important comme agents delà fermentation et de la putréfaction, si la fonction chromogène est une curiosité intéressante dans l’histoire de certaines espèces, c’est quand ils pénètrent dans le corps de l’homme ou des animaux et y développent divers états pathologiques, que leur influence est des plus frappantes et des plus considérables : aussi devons-nous nous arrêter un peuplas longuement à l’étude des microbes pathogènes.
Nous avons, dans un autre article de ce Dictionnaire (art. Zyjiotiques (maladies, t. XL), cherché à établir le rôle pathogénique des microbes; nous aurons à y revenir plus loin. Disons d’abord que, parmi les innombrables schizophytes qui nous entourent de toutes parts, qui pénètrent dans l’économie par l’air que nous respirons, par l’eau qui nous désaltère, par les substances organiques qui nous servent de nourriture, il en est un grand nombre qui n’ont ni sur l’homme ni sur les animaux aucune influence fâcheuse. Dès bactéries communes (du tartrate d’ammoniaque) pures en pleine activité ont été tout récemment injectées par Debove et Roux à des lapins qui restèrent en parfaite santé. Mais il en est aussi