‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 29 sur 531 · MICROBES. — RÔLE · texte numérisé non relu

MICROBES. — RÔLE

DES H. [Supplément]

qui semblent d’une façon plus ou moins évidente en relation intime de cause à effet avec les maladies infectieuses de l’homme et des animaux, ceux-là sont les microbes pathogènes. Pour que cette relation soit parfaitement établie, il faut que l’on ait rempli certaines conditions : que l’on ait trouvé le même microbe dans tous les cas de la maladie en question et rien que dans cette maladie ; qu’isolé, c’est-à-dire purifié par des cultures artificielles de tous les autres organismes qui peuvent l’accompagner, cultivé dans un liquide indifférent un assez grand nombre de fois pour qu’on ne puisse plus soupçonner la présence d’un atome du liquide primitif dans lequel on l’a puisé, et inoculé à un animal sujet à la maladie, il reproduise la maladie première ; qu’ enfin tout animal ainsi affecté contienne le microbe dans les mêmes points que le premier animal sur lequel il a été pris.

Ces conditions sont loin d’être remplies pour tous les microbes considérés actuellement comme pathogènes, soit que l’on n’ait pas encore pu découvrir de terrain nutritif favorable à leur culture,, soit que les races animales aient présenté pour ces agents une résistance, une immunité invincible. Aussi en aurions-nous bien vite fini avec les. microbes pathogènes, si nous ne voulions nous arrêter qu’à ceux pour lesquels la démon.stration de leur rôle morbigène a été fournie d’une façon complète et définitive.

Nous devons faire plus et résumer rapidement l’état actuel de la science sur les micro-organismes qui présentent quelque relation avec la maladie.

Dans cette étude il serait peut-être plus intéressant do prendre l’ordre chronologique et de suivre ainsi pas à pas l’évolution de la bactériologie dans ses rapports avec la pathologie, mais depuis la constatation de la bactéridie charbonneuse (sang de rate) par Davaine et Roger en 1850 et surtout dans ces dernières années les recherches se sont tellement multipliées, annonçant chaque jour de nouveaux microbes pathogènes ou soi-disant tels, infirmant les premières découvertes ou en amenant de nouvelles, que nous risquerions fort de nous égarer. Aussi préféronsnous suivre l’ordre que nous avons adopté déjà en étudiant les agents de la fermentation et de la putréfaction, c’est-à-dire voir dans chaque genre les espèces qui semblent se rapporter à telle ou telle maladie, quitte à insister un peu plus sur celles dont la fonction pathogène est plus sûrement établie.

Microcoques pathogènes. — Le micrococcus <ybatus se rencontre dans le sang, les organes, les œufs des vers à soie atteints de \&péhrine ou maladie des corpuscules des vers à soie ou maladie de Cornalia, du nom de celui qui les a le premier décrits (Lebert, Naegeli, Pasteur); ils ont 3 à 4 [J. de longueur sur 2 de largeur et sont isolés, en haltères ou en petites chaînettes.

Le micrococcus bombycis cause chez les vers à-soie la maladie appelée flacherie ou maladie des morts blancs ; ce sont des corpuscules allongés de 1 g, 5 se rencontrant en grand nombre, isolés, en haltères et en

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chaînettes droites ou courbes dans le liquide gastrique et le tube intestinal des vers atteints de cette maladie.

Le micrococcus de la nécrose progressive de la souris (Koch) formé de cellules rondes de 0 g. 5, disposées en chaînettes, donne après injection une nécrose progressive des tissus de la souris et entraîne la mort de l’animal inoculé.

Le micrococcus de la pyémie du lapin (Koch), cellules de 0 p. 25 de diamètre en zooglées denses, ou isolées ou disposées deux à deux, entourant les vaisseaux et étant le point de départ de thrombus, puis d’abcès métastatiques.

Le micrococcus de la septicémie du lapin (Koch), maladie expérimentale produite par l’injection d’une macération de viande putréfiée, et donnant lieu à une gangrène progressive au point d’inoculation avec exsudation œdémateuse, puis à une mort rapide en deux ou trois jours. Dans le liquide de l’œdème, les veines cutanées, les glomérules du rein, le poumon et la rate, on trouve des microcoques de 0 p, 8 à 1 p, isolés, en haltères ou en zooglées, qui, inoculés au lapin ou à la souris, reproduisent la même maladie.

Le micrococcus de la septicémie consécutive au charbon (Charrin), en chapelets de 15 à 20 cellules ayant 1 p de diamètre, se rencontre dans le sang des lapins morts du charbon depuis quelques heures; inoculé à des lapins, il les tue en deux jours par une sorte de septicémie sans suppuration.

Le microbe d’une maladie du perroquet (Eberth, Wolf) donne lieu à une sorte de mycose intestinale analogue au choléra des poules.

Dans le rouget du porc. Pasteur et Thuillier ont trouvé un micrococcus dans le sang, tandis que Klein y a découvert un bacille.

Le micrococcus -pyogenes (Pasteur, Ogston et Rosenbach) est un diplococcus qui, injecté aux animaux, produit sur place des suppurations et, dans le sang, la pyémie. Il ne serait pas, d’après Rosenbach, l’agent essentiel de la suppuration. Celle-ci reconnaîtrait pour causes :

Le staphylococcus pyogenes aureus, formé de cellules rondes, disposées en grappes de raisin, a été découvert par Pasteur dans le furoncle et l’ostéomyélite infectieuse, mais se rencontre, d’après Rosenbach, dans la plupart des suppurations, de même que

Le staphylococcus pyogenes albus, qui ressemble tout à fait au précédent, mais donne des cultures blanches au lieu de jaunes.

Le micrococcus pyogenes tenuis, qui y est cependant bien plus rare, et enfin :

Le slreptococcus pyogenes qu’Ogston et Rosenbach ont décrit dans le pus blanc des abcès et des phlegmons et qui se présente en chaînettes allongées, formées de microcoques arrondis, d’un volume variant de 0 g,, 1 àO g, 7 dans une même chaînette. Ce sont probablement des cellules de slreptococcus aureus que Pasteur et Doléris ont observées dans la forme ordinaire suppurative de la fièvre puerpérale.

Le micrococcus de l’ostéomyélite (Pasteur) ne serait autre pour Ro.

TOtV. DICT. KÉD. ET CHIE. Xi — 2t

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senbach que le stapliylococcus aureus ; cependant Becker a vu, sur des lapins auxquels il avait fracturé certains os des membres, l’injection de ces micrococcus suivie d’ostéomyélite avec abcès métastatiques dans les poumons, les reins, etc., et il en fait un élément spécial.

Dans la gangrène, on trouve, à côté d’autres microbes, des micrococci qui, dans la profondeur des tissus gangrénés, forment de grandes zooglées et interviennent probablement dans le processus pathologique.

Le micrococcus du furoncle a été décrit par Pasteur comme un élément spécial, mais n’est autre que le staphylococcus aureus de Rosenbach.

Les micrococci que Klebs a signalés dans l’endocardite ulcéreuse, au milieu de la fibrine qui recouvre les valvules altérées, ont un diamètre variable de 0,5 à 1 p., sont isolés ou en chaînettes et, mélangés à d’autres bactéries, obstruent les vaisseaux sanguins du tissu musculaire du cœur.

Dans Y atrophie jaune du foie, des micrococcus ont été signalés par Klebs, Waldeyer et Eppinger. Babès en a trouvé de longues chaînettes remplissant les vaisseaux du foie et du rein, dans un cas de fièvre jaune. Frankenhauser en a signalé dans un cas à’ anémie pernicieuse.

Les micrococcus de la diphthérie ont été décrits par Oertel et retrouvés par Letzerich, Klebs, Cornil; iis ont 0 p,, 1 à 0 p., 2 de diamètre et occupent les fausses membranes, les vaisseaux et même les autres organes; ils sont isolés, en haltères ou en zooglées, mais se trouvent mélangés à d’autres microbes, et n’ont pu être encore ni cultivés, ni inoculés; leur rôle pathogène est donc encore bien incertain.

MM. Coze et Feltz ontdécrit dans la scarlatine des micrococcus que Pohl Pincus retrouve dans les cellules de l’épiderme. Rallier en a trouvé dans la rougeole. Babès en a signalé dans la pneumonie rubéolique où on les rencontre dans les alvéoles pulmonaires, les espaces interlobulaires et les vaisseaux lymphatiques des cloisons alvéolaires. Dans la variole et la vaccine, Chauveau avait démontré expérimentalement que le principe actif était une substance non diffusible; depuis, un certain nombre d’auteurs , Cohn, Keber, Zulzer, Weigert,CorniletBabès, Strauss, ont constaté qu’il s’agissait de micrococci; ils s’accumulent surtout au niveau des pustules, dans les petites cavités aréolaires du corps muqueux de Malpighi, et sont isolés, en haltères, en chaînettes ou en amas, mais ils n’ont pas encore été cultivés, et la preuve de leur rôle morbigène n’est pas encore faite.

* 1, tissu conjonctif; 2, bactéries (d’après Cornil et Babès).

ISdpplément] microbes. — rôle des m. ' 523

Le streptococcus de V érysipèle (Tig. 39) forme des chaînettes ayant quelque rapport avec celles du streptococcus pyogenes, mais à cellules plus régulières et plus égales. Signalé déjà par Hueter, par Nepveu, Recklinghausen, Lukowsky, il a été cultivé par Orth et Tillmann et, inoculé à des lapins, il a produit une affection ayant quelque rapport avec l’érysipèle; plus récemment Felileisen a repris ces expériences eta réussimême à l’inoculer à l’homme avec succès.

Le micrococcus de la pneumonie (fig. 40) a été surtout étudié par

est lancéolé, de 1 p. à 1 p, 5 de long sur 0,5 à 1 p de large; cultivé et injecté dans le poumon de souris et de lapins, il y aurait donné lieu aux lésions de la pneumonie fibrineuse, en même temps qu’il se retrouverait dans les poumons, la rate et le sang.

Ce même microbe existerait dans la péripneumonie des bêtes à cornes (Poels et Nelsen), et Leyden l’aurait observé dans un cas de méningite cérébro-spinale.

Le micrococcus de la gonorrhée, gonococcus de Neisser. Après les affirmations contradictoires ou incertaines de Jousseaume, Salisbury, Hallier, Neisser a décrit dans les globules du pus blennorrhagique et dans les cellules épithéliales de l’urèthre atteint des microcoques de 0 p, 5 à 0 p, 8 formant soit des diplococcus, soit des colonies de quatre individus, quelquefois des zooglées ; les travaux de Neisser ont été contrôlés et appuyés par un grand nombre d’observateurs. Bokhart a réussi à cultiver artificiellement ces microcoques et à reproduire la maladie par l’inoculation de ces cultures dans î’urèthre. Ce microcoque manquerait dans l’uréthrite simple, mais il se retrouverait dans le pus de l’ophthalmie gonorrhéique. Disons cependant que d’autres auteurs (Cornil et Babès) Ont échoué dans leurs cultures.

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Parmi les microbes qui se rencontrent dans les dents cariées, il en est de ronds en chaînettes qui, d’après Millier, donnent lieu à la formation de l’acide lactique, qui est le principal facteur de la carie dentaire.

C’est encore à un coccus que Rindfleisch et Auspitz rapportent le mycosis fongoïde.

A côté de ces micrococcus pour lesquels la relation avec la maladie infectieuse est, sinon démontrée d’une façon absolue, du moins très-probable, il en est un grand nombre d’autres auxquels on a voulu faire jouer un rôle dans l’étiologie morbide. Tel le microbe spécial que Pasteur avait trouvé dans la salive d’un enfant hydrophobe et dont il avait fait le microbe delà rage, expérience qu’ont renversée les recherches de Senator et Sternberg, qui ont montré que l’injection sous-cutanée de salive normale entraîne la mort du lapin auquel on l’inocule. Les nombreux mîcrocoques qui se trouvent normalement dans les liquides des cavités nasale et buccale, dans la trachée, dans l’intestin, etc., ont pu se déposer sur des plaies de diverses natures, des ulcérations typhiques, tuberculeuses ou autres, mais ils n’ont évidemment aucune relation définie avec la production des maladies auxquelles ils correspondent et n’ont que la valeur d’éléments secondaires et accidentels.

Bactéries pathogènes. — Les bactéries pathogènes sont peu nombreuses ; on n’en connaît guère que trois espèces, et encore ne s’agit-il que de microbes donnant lieu à des maladies expérimentales n’ayant aucune analogie avec les maladies de l’homme.

Le bacterium de la septicémie des lapins (Koch) est constitué par de petits bâtonnets pointus aux deux bouts, mesurant environ 1 p., 4 de long sur 0,6 à 0,7 de large. Leur partie médiane ne prend pas facilement les matières colorantes et les fait ressembler à des diplococcus ; ils sont isolés ou réunis en petites chaînettes de deux ou trois éléments. C’est en injectant à des lapins de l’eau du ruisseau de la Panke, contenant de la chair de mouton putréfiée, que Koch leur a donné cette forme de septicémie à marche rapide. Le microbe a été cultivé et inoculé avec succès; peut-être le microbe de la salive de Pasteur n’estil qu’une bactérie identique à celle-ci (Klein).

Le bacterium de la septicémie de Davaine, recueilli dans du sang de bœuf putréfié, se rapproche de celui de Koch, mais il agit sur le cochon d’Inde et n’est pas, comme le précédent, transmissible aux oiseaux.

Fig. il. — Microbe du choléra des poules.

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