‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 3 sur 531 · MÉDECINE ET DE CHIRURGIE · texte numérisé non relu

MÉDECINE ET DE CHIRURGIE

ZYGOMATIQUE. Voy. Face.

ZYMOTIQUES (Maladies). — Défikitiox. — Étymologiquement pai’lant, maladies zymotiques {Zu[j.on7.cç, de Çuijio), mettre en fermentation; Çup.-^, fermentation) signifient maladies qui présentent des phénomènes comparables à une fermentation (Littré et Robin), maladies dues à l’introduction d’un ferment dans l’économie.

Nous essaierons plus tard de donner la justification de ce terme qui, depuis W. Farr, est surtout usité en Angleterre pour désigner ce qu’on appelle, en France et en Allemagne, maladies spécifiques, maladies infectieuses. C’est de ce dernier terme, qui ne préjuge aucune question de doctrine, que nous nous servirons pour le moment, sauf à revenir sur la dénomination inscrite en tête de cet article.

Qu’est-ce que Yinfection, qu’est-ce qu’une maladie infectieuse ?

Nous ne nous arrêterons pas à discuter les nombreuses définitions aussi fantaisistes que surannées qui ont été données du terme infection : elles se ressentent presque toutes de cet air mystéi’ieux qui entourait les maladies qui nous occupent et que l’humanité; impuissante à en découvrir la nature et la cause, se contentait d’appeler les fléaux de Dieu.

Dans le remarquable article que M. Gallard a, dans ce Dictionnaire, consacré à la contagion et aux maladies contagieuses, il définit l’infection œ un acte par lequel une maladie déterminée se produit sous l’influence d’émanations provenant de sources diverses. »

Cette définition, qui donnait à l’infection des limites très-vastes et qui traduisait parfaitement l’idée commune, je dirais presque vulgaire que l’on se fait de l’infection, a été acceptée par un certain nombre d’auteurs, et cependant il semble qu’elle ne doive plus nous satisfaire aujourd’hui. Ainsi que le fait remarquer Bernheim (art. Contagion duDict. encyclop.), si cette définition était admise, le mot infection perdrait tout sens scientifique.

2 ZYMOTIQÜES (maladies). — caractères des maladies ikfectieüses.

Lorsque des individus, pour avoir bu de l’eau corrompue, ont contracté une entérite, quand, placés sous des émanations gazeuses malsaines, ils sont tombés malades, quand, sous l’influence de vapeurs de mercure, de chloroforme, d’hydrogène sulfuré, d’acide carbonique, ils ont subi des accidents mercui’iels ou asphyxiques, on peut bien, par un abus de mot, dire qu’ils ont été infectés, qu’ils ont pris une maladie infectieuse, mais alors tous les empoisonnements, toutes les maladies contractées par l’introduction dans les poumons ou l’estomac de substances malsaines seraient des infections, et le cadre des maladies infectieuses engloberait presque toute la pathologie. Eh bien, non, dans l’infection il y a quelque chose déplus. Le mot infection implique, comme le dit encore Bernheim, « l’idée d’un poison particulier, différent des poisons ordinaires en ce qu’il peut, placé dans des conditions favorables, se reproduire d’une façon illimitée » ; et il ajoute: « c’est un corps vivant et qui se multiplie ». Ce dernier membre de phrase rapproche, identifie même les maladies franchement parasitaires et les maladies infectieuses.

Dans la gale, la trichinose, les teignes, etc., c’est également un corps vivant, l’acarus, la trichine, l’achorion, le microsporon, etc., qui se multiplie et produit la maladie. Sans doute, c’est une tendance actuelle de la science et l’une de ses plus belles découvertes que d’avoir, ainsi que nous le verrons plus loin, rapproché les maladies infectieuses des maladies parasitaires, et peut-être un jour viendra-t-il où les maladies infectieuses n’auront plus de mystère et nous seront aussi connues que les maladies parasitaires que nous venons de nommer. Mais ce jour n’est pas encore arrivé. Ce que l’expérience nous a appris, ce que les découvertes modernes nous ont démontré, c’est que les maladies infectieuses se rapprochent des intoxications et surtout des maladies parasitaires, mais qu’en tous cas il s’agit pour elles d’un empoisonnement ou d’un parasitisme spécial. Aussi préférons-nous pour le moment le terme un peu vague de poison, qui ne préjuge pas la nature de l’agent infectieux, et dirons-nous avec Bernheim et Liebermeister (Ziemsseu’sffandù.) : Les maladies infectieuses sont des maladies pour lesquelles on sait ou du moins on présume qu'elles sont dues à des poisons particuliers différents des poisons ordinaires en ce que, placés dans des conditions favorables, ils peuvent se multiplier indéfiniment.

Peut-être, quand nous aurons étudié les caractères communs aux'maladies infectieuses et leurs rapports avec les autres groupes morbides, pourrons-nous hasarder une définition plus précise et plus en rapport avec ce que nous savons sur la physiologie pathologique de ces maladies.

Caractères des maladies ixfectieüses. — 11 est bien évident qu’en face de maladies aussi disparates que le sont les maladies infectieuses il nous est impossible d’en donner une description générale qui puisse s’appliquer à toutes. Tout au plus pouvons-nous les grouper d’une façon plus ou moins arbitraire d’après certaines affinités cliniques.

Nous y trouvons le groupe des fièvres exanthématiques avec la variole et la vaccine, la rougeole, la scarlatine, la suette miliaire, la varicelle ;

ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies infectieuses. 5

Le groupe des fièvres essentielles avec la fièvre intermittente, la fièvi-e typhoïde, le typhus, la fièvi’e récurrente, la fièvre jaune;

Le groupe des affections septiques : la septicémie, la pyémie, la gangrène et l’érysipèle septiques, la fièvre puerpérale ;

Le groupe des zoonoses avec la morve, la rage, le charbon, la mycose intestinale ;

Le groupe des maladies localisées à l’intestin : dysenterie ; à l’appareil respiratoire : grippe-;; laryngite diphthéritique, coqueluche ; à différents autres organes : blennorrhagie, chancre mou, ophthalmie purulente, méningite cérébro-spinale, béribéri, puis, sans affinité avec aucune autre i le choléra, la peste, la syphilis, la tuberculose, etc. , etc.

On trouvera à l’article consacré chacune de ces maladies la dcscription'des symptômes qui les caractérisent. Et cependant, malgré des différences aussi tranchées, malgré la diversité considérable des effets qu’elles pi’oduisënt sur l’économie, toutes ces maladies ont un certain nombre, de caractères communs ; caractères je ne dirai pas spécifiques, car aucun d’eux n’appartient à toutes les maladies infectieuses, ni ne leur est propre à l’exclusion des autres affections, mais qui, du moins, se rencontrent plus fréquemment dans ces maladies et qui, par leur groupement, nous permettront de Serrer de plus près la question de leur origine et dq leur nature.

MuÜiptication de l'agent infectieux. — Le premier de ces caractères leur est commun avec les maladies parasitaires, mais les distingue de la façon la plus absolue de toutes les autres espèces morbides. La plupart des auteurs l’ont trouvé d’une importance si capitale qu’ils l’ont fait entrer dans leur définition des maladies infectieuses ; c’est la reproduction et la multiplication illimitée de l’agent qui leur donne naissance. Une quantité imperceptible de vaccin suffît à produire sur un enfant l’éruption de pustules vaccinales, chacune de celles-ci peut servir à en inoculer dix autres et ainsi de suite: 100, 1000, 10 000 enfants peuvent àinsi être inoculés ; la multiplication de l’agent infectieux n’aurait de limite que le jour où il n’existerait plus de sujet capable de prendre la maladie. Cet exemple, que nous avons emprunté à Liebermeister [toc. cit.) parce qu’il est un de ceux où celte multiplication se révèle de la façon la plus frappante, nous aurions pu le prendre dans l’agent de la variole, de la rougeole, de la scarlatine, de la syphilis, de la blennorrhagie. Nous le retrouvons pour la peste, le choléra, la fièvre typhoïde ; un seul individu atteint de l’une de ces affections peut, arrivant dans une localité jusque-là indemne, donner lieu à une épidémie qui pourra s’étendre à tout un pays, à tout un continent. Et l’étude de la fièvre intermittente nous montre encore un agent qui, s’il ne se transporte pas d’un sujet à un autre, se multiplie cependant dans certaines conditions telluriques. Ce caractère sépare immédiatement et d’une façon absolue les maladies infectieuses des intoxications et les rapproche des maladies parasitaires. Dans celles-ci également nous assistons à la multiplication de l’agent morbide, qu’il s’agisse d’éléments animaux ou végétaux ; nous savons

4 ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies infectieuses. que plantes et animaux peuvent se multiplier à l’infini tant qu’ils trouvent des conditions favorables à leur exi^nç^'et à leur, développement.

Disons en passant, car nous aurd^ja^a^y revenir longuement plus tard, que pareil fait se retrouve dans les ^cessus de fermentation, mais' là encore il s’agit de cellules végétales, a’organismes'-vivants qui, si^un terrain propice, peuvent se reproduire et se multiplier.

Spécificité de l'agent infectieux. — Ün second caractère remarquable des maladies zymotiques, c’est leur spécificité; e^la dénomination de maladies spécifiques, qui leur est donnée souvent e.n Çradce, leur convient au plus haut degré.

Dans aucune autre classe d’affectiqns, exception faffe pour les mtoxications et les maladies parasitaires^ nous' ne trouvons un rappOTTaüssi intime entre la cause et l’effet. Suivant les sujet^“'piy.ant les cir'bonstances, l’action du froid produira cSez Fu^jin coryza^hëz l’autre une bronchite, tantôt une névralgie ou une paralysie, tantop-un fluy diarrhéique, et réciproquement, le coryza peut reco^nnaître comme îauj^rsoit un refroidissement, soit une intoxication (iode), soit une affecti«n ^pérale (scrofule); et la paralysie faciale, par exemple, se produira, à mè'uite d’une compression, d’un refroidissement, aussp bien qu’à la suite,j^ne lésion cérébrale. Au contraire, aucune influAce physique, mécanique ou thermique, ne suffira à produire une maladie infectieuse ; jamaisjlà syphilis ne naîtra que par suite de l’introduction dg- l’agent syphilitftjue dans l’économie ; si l’on inocule à un sujet du pus variolique ou de Ja lymp.he vaccinale, c’est toujours, s’il se produit 'quelque chose, la variole ou la vaccine qui se développeront. De même encore on peut dire avec certitude que tout individu atteint de variole, de rougeole ou de syphilis, ne tient ces maladies que d’une infection variolique, morbilleuse oüs.syphilitique. Quand bien même, ainsi que nous le verrons, certaines dispositions individuelles peuvent déterminer si un sujet est apte ou non à prendre la maladie, elles ne peuvent en rien changer l’espèce morbide. En passant de génération en génération, la maladie garde ses caractères spécifiques et, si elle les modifie quelquefois un peu en tombant sur un terrain impropre, elle les reprend vite quand elle retrouve un sol plus favorable. La variole, la syphilis, le choléra, ont partout les mêmes caractères, qu’on les étudie dans nos climats tempérés ou sous les zones torrides ; si leurs manifestations sont quelquefois bénignes et presque insignifiantes, ces formes atténuées peuvent elles-mêmes donner naissance de nouveau aux formes les plus complètes et les plus graves. Sans doute, dans le cours des siècles, certaines espèces morbides ont pu, aussi bien que les espèces animales ou végétales, subir certaines modifications, mais leurs caractères principaux n’ont pas changé. La syphilis de nos jours n’est plus qu’une forme mitigée de l’affection terrihle que nous ont décrite les auteurs du seizième siècle, mais l’espèce morbide n’a pas varié ; on en reconnaît les grands traits et quelquefois même elle semble encore se ressouvenir aujourd’hui de son intensité d’autrefois. Diverses influences climatologiques, telluriques ou autres, peuvent favoriser ou empêcher la propagation d’une

ZYMOTIQÜES (maladies). — caractères des maladies infectiecses. 5 maladie infectieuse, mais elles ne modifient jamais la nature de la maladie. L’espèce morbide reste toujours identique et, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle se développe, jamais une maladie infectieuse ne s’est transformée en une autre. Seule une étude superficielle et incomplète des maladies épidémiques a pu pousser certains auteurs à admettre la possibilité d’une pareille transformation, qu’aucune observation positive ne saurait confirmer et qui, au contraire, est contredite tous les jours par les faits qui se déroulent sous nos yeux.

La cause des maladies infectieuses est donc une cause spécifique, et cette spécificité est aussi frappante que celle des espèces animales ou végétales. De même, dit Liebermeister, que jamais un âne ne procède d’un cheval, de même la scarlatine ou la rougeole ne se montrent jamais qu’à la suite de l’infection par le poison variolique. Seules les intoxications et les maladies parasitaires présentent la même spécificité causale.

Disproportion entre la cause et l’effet. — Et cependant, bien que la plupart des maladies infectieuses atteignent à la fois tous les organes, tous les tissus, qu’elles modifient quelquefois toutes les conditions de la vie et en quelques heures ont raison de l’organisme le plus vigoureux, la cause qui leur donne naissance est si minime qu’elle échappe à nos regards et que les instruments les plus perfectionnés sont parfois impuissants à nous la déceler. Une gouttelette imperceptible de pus variolique suffit à provoquer une maladie générale souvent mortelle, et encore savonsnous que ce pus lui-même n’est que le véhicule du véritable agent morbifique ; une quantité infinitésimale de sang charbonneux inoculé à un animal le fait succomber avec les symptômes d’une infection généralisée et, dans tous ces cas, ce n’est pas une fonction ni un tissu, c’est l’organisme tout entier qui est envahi et atteint. Cette disproportion si évidente entre la cause et l’effet, entre l’infinie petitesse des moyens apparents et l’énergie destructive si puissante dans les résultats, n’est pas un des caractères les moins tranchés des maladies zymotiques, mais celui-ci encore leur est commun avec un grand nombre d’autres affections : aussi ne nous y arrêterons-nous pas davantage.

Réceptivité, prédisposition, immunité de l’organisme vis-à-vis de l’agent infectieux. — A côté de l’agent infectieux, du facteur externe, comme l’appelait Anglada, il faut étudier le facteur interne, c’est-à-dire l’organisme qui est soumis à ses atteintes. Or rien n’est plus variable que la réceptivité, la disposition générale de l’organisme à subir l’influence des agents infectieux.

Ainsi que lefaitremarquer Samuel(ffandô. derallgemeinen Pathologie), les causes mécaniques agissent sur tous ceux qui s’y exposent. Un traumatisme peut laisser des traces plus ou moins durables selon l’épaisseur de l’épiderme, la laxité du tissu cellulaire ou la fragilité des os, mais, si son intensité augmente de plus en plus, il ne trouvera jamais d’organisme réfractaire. L’aetion des substances toxiques peut être plus ou moins prononcée suivant leur dose ou l’accoutumance de l’économie. Une intoxication chronique peut évoluer souvent sans donner lieu à des symptômes

6 ZYMOTIQÜES (maladies). — caeactères des maladies isfectiedses. bien appréciables, et CI. Bernard a montré qu’on peut absorber des quantités relativement considérables de strychnine, de curare, de digitale, sans provoquer le tétanos, la paralysie ou le collapsus, à la condition que l’absorption du poison soit réglée par son élimination : mais, si la dose absorbée vient à auginenter rapidement dans des proportions qui dépassent la mesure de l’élimination ou si celle-ci vient à faire défaut pour une cause quelconque, les accidents éclatent. Donc là encore pas de véi'itable immunité. On en peut dire autant pour les maladies parasitaires ; il n’existe aucune disposition individuelle qui permette de s’exposer à un contact prolongé avec un galeux ou un teigneux, d’absorber de la viande trichinée, sans prendre la gale, la teigne, la trichinose.

Il n’en est plus de même pour les maladies zymotiques. Il est bien certain que deux sujets placés dans les mêmes conditions peuvent s’exposer à une même influence infectieuse sans que tous les deux en soient atteints.

A l’époque où la variole exerçait encore ses ravages, un grand nombre de sujets échappaient à la maladie; elle épargna Boerhaave et Morgagni, et cependant on savait « qu’aucune précaution, aucune condition de climat, d’âge, de vie, de température, ne peut en préserver» (Thebosius, 1651). La vaccine qui, d’une façon générale, ne trouve pas d’organisme réfractaire, ne réussit pas toujours, et à l’époque où l’inoculation variolique était de pratique courante elle n’était pas toujours suivie d’effet; certains sujets se sont même montrés réfractaires à des inoculations répétées. La rougeole et le typhus exanthématique, pour lesquels la réceptivité est à peu près générale, épargnent certains sujets; d’autres, malgré les conditions les plus favorables, échappent pendant une épidémie pour être atteints dans une épidémie suivante. La scarlatine, la fièvre typhoïde, la syphilis même, n’atteignent de loin pas tous les individus qui s’y exposent. Certains agents infectieux ont besoin pour pénétrer dans l’économie d’une porte d’entrée largement ouverte, d’une érosion, d’une plaie épithéliale ou épidermique ; les affections septiques, la syphilis, la rage, sont de ce nombre ; l’intégrité parfaite de l’épithélium confère vis-à-vis de ces maladies une immunité complète.

Ailleurs la réceptivité ou l’immunité semblent, du moins jusqu’à un certain point, influencées par des questions d’âge, de race, d’acclimatement, d’hygiène, etc.

Sans entrer dans de grands détails qui sont exposés pour chacune des maladies infectieuses, bornons-nous à quelques exemples. Si la rougeole, la variole, le choléra, la fièvre intermittente, s’attaquent à tous les âges, à la première enfance comme à l’extrême vieillesse, il en est d’autres qui se montrent de préférence à telle ou telle période de la vie ; la scarlatine et la coqueluche sont des maladies presque spéciales au jeune âge ; par contre, les fièvres typhiques sont plus communes entre 20 et 40 ans et la réceptivité pour ces maladies est très-faible et presque nulle pendant les premières années de la vie et à un âge très-avancé. On prétend que les races nègres ou colorées sont tout particulièrement prédispo-

ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies iefectiedses. 7 sées à la variole; au contraire, dans leurs pays les nègres sont réfractaires à la fièvre jaune, mais, quand ils retournent sous leur ciel après avoir séjourné quelque temps dans les zones tempérées, leur immunité antérieure a disparu. Le blanc, à mesure qu’il a vécu plus longtemps sous les tropiques, finit par s’acclimater dans les régions où règne le vomito, et l’aptitude si grande qu’il apportait en arrivant s’émousse et diminue peu à peu. On sait que pendant les épidémies de choléra ceux qui ont vécu quelque temps dans son domaine finissent par s’acclimater ; que les Européens qui habitent les Indes depuis longtemps sont bien moins atteints que les étrangers, et nous pouvons faire tous les jours dans les hôpitaux cette facile remarque que dans les villes où la fièvre typhoïde est endémique ce sont les nouveaux venus, les domestiques arrivés tout récemment de la campagne, qui payent le plus fort tribut à la maladie. La réceptivité pour les maladies infectieuses, assez limitée déjà pour l’espèce humaine, est plus restreinte encore chez les autres mammifères. Tandis que les animaux subissent comme l’homme l’influence des causes morbifiques mécaniques ou chimiques (exception faite cependant pour les poisons nerveux), il en est bien peu qui aient la réceptivité pour les maladies infectieuses. A part les zoonoses, il n’y a guère que les varioles, la fièvre jaune, la malaria, la tuberculose, qui puissent s’observer chez l’animal. Sans prendre parti dans la discussion sur les rapports de la variole humaine avec le cowpox et le horse-pox, il est bien certain que le vaccin humain peut être transplanté sur certaines espèces animales, s’y multiplier et y développer la même maladie, puisque repris sur l’animal inoculé il reproduit la vaccine chez l’homme. Certaines espèces animales, les chiens surtout, sont susceptibles de prendre la fièvre jaune ; les volailles mêmes et celles qui avaient été importées d’Europe dans la Guinée anglaise moururent pendant l’épidémie au milieu de vomissements de sang (Blair, in Griesinger, Traité des maladies infectieuses). La disposition des animaux domestiques à contracter la fièvre intermittente est déjà moins prononcée. Dans certaines contrées même, dans le delta du Rhin, dans la Frise orientale, la Westphalie et la Hollande, ils semblent réfractaires à l’influence du miasme paludéen. En d’autres lieux, au contraire, dans la Bresse, dans la campagne de Rome, aux îles Minorques, les chevaux, les vaches, les chèvres, les porcs, les chiens, les brebis, présentent des accès de fièvre tierce, quelquefois de véritables accès pernicieux, et souvent l’on a constaté chez eux de la cachexie palustre avec hypertrophie splénique et même des ruptures spontanées de la rate à la suite d’accès graves (Griesinger, loc. cit.). De même encore un certain nombre d’espèces animales sont réfractaires à la tuberculose même expérimentale; les carnivores sont moins facilement inoculables que les herbivores et les rongeurs (Yillemin, in Schmitt, De la tuberculose expérimentale).

Par contre, l’homme est réfractaire à la peste bovine, le charbon se rencontre chez tous les herbivores, il est rare chez les carnivores ; les souris le prennent, non les rats ; il est presque inconnu chez les vieux

8 ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies isfectieüses. chiens, tandis que les jeunes sont susceptibles d’en être atteints. Certains chiens, dit-on, sont même réfractaires à la rage.

Ajoutons enfin que diverses conditions physiologiques ou pathologiques influent encore d’une façon très-marquée sur la réceptivité morbide de certaines maladies infectieuses. Les unes, telles que le typhus, la fièvre récurrente, le choléra, agissent plus particulièrement sur la partie misérable des populations; elles frappent surtout les sujets anémiés, débilités, soit par la misère, soit par les maladies antérieures ; d’autres, comme la fièvre typhoïde, épargnent les individus atteints d’affections chroniques ; d’autres, telles que les fièvres intermittentes, les fièvres éruptives, la syphilis, ne témoignent d’aucune préférence, toutes les constitutions, toutes les conditions sociales, payent leur tribut à la maladie.

Il nous est impossible d’entrer dans toutes ces questions qui appartiennent à l’histoire spéciale de chaque maladie et que l’on trouvera exposées au long à propos de chacune d’elles ; mais nous pouvons nous demander d’une façon générale à quoi tient cette réceptivité ou cette immunité si particulière. S’agit-il simplement d’une question de Lorrain? Cela semble probable quand on voit de deux individus contaminés, par exemple, par le même virus syphilitique, l’un prendre une syphilis bénigne se bornant à quelques manifestations insignifiantes, l’autre une syphilis grave aboutissant rapidement aux désordres viscéraux les plus profonds ; de deux individus infectés par le même poison variolique, l’un prendre une varioloïde discrète, et l’autre une variole confluente, hémorrhagique et fatale. Ne faut-il pas quelquefois aussi songer à une différence dans la qualité de la graine, quand on voit à de courts intervalles et sur une même population se succéder des épidémies de rougeole, de choléra, de variole, qui sont remai’quables l’une par sa grande bénignité, l’autre par une malignité terrible? Quant à décider en quoi consistent ces différences de part et d’autre, c’est là un point qui nous échappe ; et sans hasarder aucune hypothèse bornons-nous -pour le moment à constater le fait.

Incubation des maladies infectieuses. — Mais la cause infectieuse a trouvé un organisme en état de réceptivité, la maladie va-t-elle succéder immédiatement à l’impression pathogène? Non, et c’est là encore un des caractères les plus spéciaux aux maladies zymotiques. Entre le moment où l’agent infectieux a touché l’organisme et le moment où il traduit sa présence par la première manifestation pathologique, il s’écoule un temps plus ou moins long suivant l’espèce morbide, période de latence pendant laquelle ne se révèle aucun trouble, aucune altération de l’économie. C’est ce qu’on a appelé Vincuhalion. Dans les affections de cause mécanique la maladie suit immédiatement l’influence morbifique; les symptômes de l’empoisonnement se montrent dès que le toxique commence à se dissoudre et à être absorbé, et augmentent à mesure qu’une quantité plus grande de poison passe dans le sang; il en est de même pour un certain nombre de maladies parasitaires, le premier acarus qui a pénétré sous

ZYMOTIQÜES (maladies). — caractères des maladies isfectiedses. 9 l’épiderme donne déjà lieu aux premières manifestations de la gale. Sans doute on peut admettre que jusqu’à un certain point toutes les maladies peuvent couver. Pour le prouver Bernheim, dans son excellent article Contagion du Dictionnaire encyclopédique, que nous avons déjà eu et que nous aurons encore souvent à mettre à contribution, cite les exemples suivants : Une contusion du crâne et du cerveau s’est produite à la suite d’une chute, aucun symptôme ne l’a dénoncée d’abord, jusqu’à ce qu’un jour, longtemps après, éclate une mén in go-encéphalite aiguë ; une écharde est entrée dans un nerf, rien ne manifestait sa présence, quand tout d’un coup le tétanos éclate ; un cancer se développe lentement dans un organe à l’insu du malade et du médecin, jusqu’à ce que des troubles fonctionnels ou un état général dû à la viciation du sang le fassent reconnaître; la digitale, le plomb, la strychnine, s’accumulent dans l’organisme, jusqu’au moment où, sans préambule, éclatent les coliques saturnines, lecollapsus, les convulsions tétaniques. Et cependant il me semble que dans aucun de ces exemples, que l’on ne pourrait certainement pas multiplier beaucoup, la latence n’est aussi complète et surtout la période d’incubation n’est aussi fixe que pour les maladies infectieuses. Sans doute il est difficile de dire encore, pour un grand nombre des maladies qui nous occupent, la durée de cette incubation ; le moment où se fait l’imprégnation morbide nous échappe trop souvent pour que nous puissions le fixer d’une façon précise, et certains agents morbides peuvent sans doute séjourner longtemps sous l’épiderme avant de trouver une porte d’entrée qui leur permette de pénétrer dans l’économie et de s’y développer; il n’y a guère que pour les maladies inoculables qu’il soit possible de donner des données précises. Dans la vaccination, ce n’est que 2 ou 3 jours après la guérison de la piqûre d’inoculation qu’appai’aît sur les points inoculés la rougeur caractéristique. Ce n’est que 3 à 4 semaines après l’infection syphilitique que le chancre commence à se développer, 4 à 5 jours seulement après l’inoculation du pus tuberculeux se montre, l’induration locale. Les premiers symptômes de la variole inoculée apparaissent 48 heures environ après l’inoculation; pour la variole non inoculée l’incubation est de 12 à 13 jours; elle est de 10 jours environ pour la rougeole, de 4 à 7 jours pour la scarlatine. On compte 7 jours pour le typhus exanthématique, 12 à 16 jours pour la fièvre typhoïde, 6 à 7 jours pour le relapsing fever, 15 jours pour la fièvre intermittente, 3 à 7 jours pour la morve. L’incubation pour la peste est de 2 à 7 jours, de 2 à 9 jours pour le choléra et la fièvre jaune; la rage, qui peut couver le plus longtemps, ne se développe que de 3 à 65 jours et même 2 ans après la morsure. Seules parmi les maladies infectieuses les affections septiques ne présentent pas de période latente, ou du moins l’incubation n’est pour elles que de très-courte durée. Dans certaines formes de septicémie, l’arrivée d’une gouttelette de liquide putride sur une plaie suffit à tuer en quelques heures, sans manifestations locales ; pour expliquer cette anomalie certains auteurs ont pensé qu’il s’agissait là d’un empoisonnement véritable par certains agents toxiques que les bactéries de la putréfaction ont pu produire au

10 ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies infectiedses. dehors et qui ont été transportés avec elles sur la plaie d’absorption.

Quelques maladies présentent pour ainsi dire deux incubations : dans la syphilis, par exemple, après le développement et la disparition du chancre, qui indiquait déjà une imprégnation de l’organisme, mais insuffisante pour que ses effets s’étendent au delà de la lésion locale, se fait une nouvelle incubation, jusqu’à ce qu’à la suite d’une évolution suffisante du poison spécifique arrive la période, dite secondaire, des accidents généraux : la variole, la tuberculose expérimentale, ont une marche à peu près semblable.

Comment expliquer cette période de latence? Faut-il admettre que le poison pathogène a été absorbé en trop petite quantité et qu’il a d’abord eu besoin de se multiplier dans l’économie avant d’arriver à faire la maladie? Cette explication le plus généralement admise fait de l’incubation des maladies infectieuses quelque chose d’analogue à ce que nous avons signalé plus haut pour certaines maladies de cause mécanique ou chimique. De même que le cancer reste latent jusqu’à ce que la cellule cancéreuse se soit suffisamment multipliée pour former une tumeur; de même qu’une certaine quantité de digitale, de plomb, de strychnine, est nécessaire pour produire le collapsus, l’encéphalopathie saturnine ou les convulsions tétaniques ; de même que l’irritation d’un nerf excité a besoin de se multiplier pour amener à la fin le tétanos, de même aussi l’agent infectieux arrivant dans l’économie doit subir une multiplication préalable avant de déterminer des effets sensibles. Cette opinion cependant s’accorde difficilement avec certains faits d’expérience. S’il ne s’agissait en effet que d’une question de plus ou de moins dans la quantité de l’agent infectieux, on ne s’expliquerait pas bien la fixité de la période d’incubation. Dans l’inoculation variolique, que l’on introduise dans l’économie plus ou moins de pus variolique, la durée de la période latente reste la même ; dans la vaccination, que l’on fasse une ou dix piqûres, on n’avance pas d’un jour le moment de l’évolution des pustules vaccinales. S’il ne s’agissait que d’une multiplication de l’agent infectieux, les manifestations auxquelles il doit donner naissance devraient, ce semble, se produire peu à peu et augmenter d’intensité à partir du moment de l’infection, au fur et à mesure de sa multiplication. Au contraire la période d’incubation est exempte de toute manifestation morbide et, quand les symptômes apparaissent, c’est le plus souvent d’une façon brusque et tumultueuse. Si latents en effet que puissent être certains poisons non vivants dans l’économie, à moins qu'ils ne soient éliminés au fur et à mesure de leur absorption, comme dans les expériences de Cl. Bernard sur le curare et la strychnine, un examen attentif, l’étude du pouls ou des sécrétions, indiqueraient assez que, pour ne pas se révéler d’une façon très-manifeste, la digitale, le plomb, etc., ne laissent pas que d’impressionner telle ou telle partie de l’économie. Frappés de ces objections, quelques auteurs, avec Liebermester [loc. cit), ont pensé que les agents pathogènes, une fois parvenus dans l’organisme, sont obligés de passer par un stade particulier d’accommodation ou de développement d’une durée

ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies ikfectiedses. 11 déterminée pendant lequel ils se multiplient, avant de pouvoir traduire leur présence par des symptômes tranchés. La période d’incubation serait alors l’analogue de ce qui se passe pour certaines maladies parasitaires : l’évolution de certains agents infectieux se rapprocherait de celle du tænia ; celle de certains autres serait comparable à l’évolution de la trichine. Nous aurons à revenir plus loin sur cette question.

Évolution des maladies infectieuses. — Quoi qu’il en soit, à cette période de latence succède l’évolution de la maladie. Il ne nous est pas possible de résumer en quelques propositions générales l’évolution ni la marche, si variables suivant la maladie que l’on considère, et nous devons reporter pour les détails à l’article qui est consacré à chacune de ces maladies. La morve, la syphilis, le chancre mou, la dysenterie, etc., sont apyrétiques pendant toute leur durée ; pour d’autres la fièvre constitue le symptôme cardinal, comme dans les fièvres intermittentes, ou domine toutes les autres manifestations : fièvre typhoïde, fièvres éruptives, etc.; les uns naissent et font leur évolution tout entière dans un point donné et restreint de l’organisme : telles la blennorrhagie, l’ophthalmie purulente, le chancre mou, qui restent localisés sur le point où ils ont pris naissance; la plupart, au contraire, infectent l’économie tout entière et même dès leurs premières manifestations ont déjà envahi tout l’organisme; les fièvres éruptives, la syphilis, la tuberculose, etc., sont essentiellement des maladies générales.

Et ici faisons remarquer en passant que, contrairement à une opinion généralement répandue, le terme de maladie zymotique ou infectieuse n’implique pas nécessairement l’idée d’une affection générale, constitutionnelle. Ainsi que l’a déjà fait remarquer Liebermeister, c’est même dans ces affections locales que le développement par infection est le plus manifeste. Il n’existe pas du reste de démarcation précise entre les maladies infectieuses locales et les maladies générales, c’est au contraire par une gradation continue que l’on passe de l’ophthalmie purulente, qui reste confinée sur l’organe atteint, au chancre mou, dont l’agent peut déjà envahir les ganglions voisins, à la blennorrhagie, dont les métastases dites rhumatismales indiquent une tendance à la généralisation de l’infection, pour arriver à la tuberculose, aux fièvres exanthématiques, à la syphilis, qui dès sa première manifestation a déjà infecté toute l’économie. Du reste, même dans les maladies les plus générales, il existe d’ordinaire dans tel ou tel organe une localisation plus spéciale de la maladie : telles la lésion intestinale dans la fièvre typhoïde, l’exanthème dans les fièvres éruptives, les altérations de l’axe cérébrospinal dans la rage, la lésion splénique dans les fièvres typhiques, etc. Mais ces lésions, quelque caractéristiques qu’elles puissent être d’ailleurs pour certaines maladies, peuvent manquer quelquefois, et en tous cas elles le cèdent en importance à la diffusion dans tout ou partie de l’économie de l’agent infectieux qui frappe partout, agissant de préférence sur tel organe, tel tissu, où il trouve des conditions plus favorables à son développement.

12 ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies iafectieüses.

Malgré des différences si tranchées et dont même nous n’avons signalé que les principales, nous pouvons dire, sans vouloir généraliser la thèse, qu’un grand nombre, disons même la majorité des maladies infectieuses, ont une marche cyclique et régulière dont nous ne trouvons l’analogue dans aucune autre classe de maladies. Pour ne prendre que quelques exemples, voici la rougeole qui présente un stade prodromique de 3 jours, une période d’éruption de 2 jours ; pendant 3 jours, l’éruption est à son maximum jusqu’à ce que le 8®, le 9“ jour, quelquefois plus tôt, commence la période de desquamation. Dans la scarlatine, les prodromes durent un jour ou deux, puis paraît l’éruption qui, au bout d’un même laps de temps, s’est généralisée ; elle reste stationnaire pendant un jour, puis commence à disparaître, la desquamation se fait du S"' au 15' jour, pendant ce temps disparaissent les dernières traces de fièvre, mais se montrent trop souvent les complications tardives de la maladie. La marche de la variole n’est pas moins typique ; après deux ou trois jours de prodromes débute l’éruption de petites macules qui, le deuxième jour de l’éruption, se transforment en papules, plus tard en vésicules ; celles-ci du 6' au 7' jour prennent le caractère de pustules en même temps que s’allume la fièvre secondaire ou de suppuration. La dessiccation commence le 11' ou 10 12' jour après le début de l’éruption. Dans le typhus exanthématique, c’est dans la seconde moitié de la première semaine que commence l’éruption caractéristique, et elle persiste jusqu’à la fin du second septénaire : c’est alors, ou dans les premiers jours du 3“, que survient la défervescence brusque, critique, accompagnée souvent de sueurs, de diarrhée ou d’une production de furoncles. Est-il nécessaire de rappeler la périodicité si frappante des fièvres intermittentes, les accès si réguliers du relapsing fever, la marche cyclique par septénaire de la fièvre typhoïde, l’évolution l’égulière et pour ainsi dire fatale de la fièvre jaune, de la peste, de la coqueluche, de la vaccine, je dirai même de la syphilis, du moins dans ses premières manifestations ?

Il ne faudrait cependant pas généraliser ce fait comme l’ont voulu quelques auteurs (Samuel). Il est en effet certaines affections infectieuses qui ont une marche irrégulière, des allures indéterminées : telles la dysenterie, l’ophthalmie purulente, la morve, etc. Ce serait encore forcer les faits que de vouloir découvrir pour toutes les maladies infectieuses un caractère de spécificité dans les rhanifestations symptomatiques ou les lésions anatomiques. Le tubercule lui-même, considéré si longtemps comme un élément spécifique, a perdu ce titre sous l’influence même des recherches récentes qui ont l’angé la tuberculose parmi les maladies infectieuses ; l’uréthrite simple et la blennorrhagie déterminent la même inflammation de la muqueuse uréthrale, et il serait impossible, parles seuls symptômes, de distinguer l’un de l’autre le choléra asiatique, la fièvre palustre cholériforme, et le choléra nostras non infectieux. C’est que, comme l’a si bien dit Bernheim (Zoc. ciri), « l’organisme n’a qu’un certain nombre de symptômes à sa disposition, et les

ZYMOTIQÜES (maladies). - aARACTÈRES des maladies IKFECTIEDSES. 15

organes frappés par diverses causes, répondent par des modifications anatomiques ou fonctionnelles analogues. » Ce qui est spécifique dans les maladies zymotiques, c’est moins la lésion ou le symptôme que la cause morbide, l’agent infectieux qui leur a donné naissance.

Production d'agents contagieux dans V économie. — Dans un grand nombre de maladies zymotiques, il se fait, à une certaine période de Dévolution morbide, une reproduction, une multiplication de l’agent infectieux. Ainsi régénéré, cet agent pathogène se mêle à diverses sécrétions ou excrétions de l’organisme malade (pus, sang, larmes, salive, déjections, squames épidermiques) qui, arrivant sur un organisme sain en état de réceptivité, lui communiquent la maladie première. Nous serons bref sur cette, question, d’une importance capitale cependant, mais qui a déjà été traitée avec un remarquable talent par Gallard (article Coxta- GioN, Coktagiedses [Maladies], de ce Dictionnaire). Nous nous contenterons de quelques définitions que nous emprunterons à l’article Contagiok, de Bernheim. Faute de bien s’entendre sur la signification à donner à certains termes, on se perd dans des discussions oiseuses et absolument stériles. Les maladies dont il s’agit ici prennent le nom de maladies contagieuses, la contagion étant « l’acte par lequel une maladie déterminée se communique d’un individu qui en est affecté à un autre individu, par contact immédiat ou médiat , au moyen d’un principe matériel qui émane du corps du premier, quelle que soit son origine primitive, et qui se multiplie sur le sujet auquel elle est transmise (Bernheim).

On donne le nom de contage au principe à l’aide duquel les maladies contagieuses se transmettent. Dans certains cas ce principe peut être recueilli directement sur le malade, incorporé à du pus, de la sérosité, du sang, et être transplanté sur un autre organisme; le contage est alors appelé virus et la maladie qu’il reproduit est dite inoculable.

Tous les contages ne sont donc pas virulents, et le terme de contagiosité n’est pas synonyme d’inoculabilité. Pour qu’un contage soit virus, il faut qu’il soit fixe, c’est-à-dire qu’il émane de l’organisme incorporé à un véhicule solide ou liquide inoculable ; mais il peut être volatil, c’està-dire tenu en suspension, en particules très-ténues, dans l’air expiré, dans les produits de l’évaporation cutanée, flottant dans l’atmosphère, plus ou moins concentrée, de manière à rester efficace à une distance plus ou moins considérable.

Nous savons à peu près pour un certain nombre de maladies contagieuses quelles sont les parties du corps dans lesquelles résident les contages et sur quel véhicule ils quittent l’organisme ; pour d’autres, la question est encore obscure. Le contage de la variole se reproduit dans les pustules, le sang et les croûtes, peut-être aussi dans la salive. En Chine on se sert encore des croûtes desséchées pour pratiquer l’inoculation variolique. Dans la rougeole, le contage est contenu dans le sang, les larmes, la salive, peut-être aussi dans les squames épidermiques. Le contage de la scarlatine paraît être renfermé dans le sang, les exhalaisons cutanées et pulmonaires ; celui de la diphthérie dans les fausses

14 ZYMOTIQÜES (maladies). — caractères des maladies imfectieuses. membranes; celui de la rage dans la salive, la bave, le sang; celui de la morve dans le flux nasal et les tumeurs spécifiques ; ceux de la blennorrhagie, de l’ophthalmie purulente, de la syphilis, dans le pus fourni par ces maladies, pour la dernière également dans le sang; il semble que le contage du choléra, de la fièvre typhoïde, réside dans les déjections; nous ignorons où se trouve le poison du typhus, et cependant on ne saurait nier qu’il se produit dans l’organisme un agent contagieux quand on voit l’air ambiant, les vêtements, la literie du malade, communiquer la maladie à ceux qui l’entourent.

Nous ne sommes pas non plus tout à fait fixés sur le moment auquel ces maladies sont contagieuses, ou plutôt sur la période pendant laquelle se produit le contage, car le contage ne se produit pas indéfiniment et la puissance de formation doit nécessairement s’éteindre sur l’organisme. La rougeole et la scarlatine sont contagieuses dès le début, pendant le stade prodromal et la période d’éruption, mais la scarlatine l’est surtout au moment de la desquamation. Le contage de la vaccine est surtout actif au moment où le contenu limpide des vésicules commence à se troubler. La variole est contagieuse tant qu’il y a du pus et des croûtes, elle l’est déjà pendant la période d’éruption, peut-être même l’est-eile déjà à la période d’incubation, ainsique semblerait le prouver le fait remarquable, si toutefois il est exempt de toute cause d’erreur, et si souvent cité, de Schafer (1872). Faisant des greffes épidermiques à la Charité de Berlin, Schafer s’était servi d’un bras amputé sur un sujet qui, lorsqu’on l’amputa, ne présentait aucune trace de maladie générale, mais eut un frisson plusieurs heures après l’amputation et une éruption variolique au bout de trois jours. Or l’individu sur lequel la greffe fut faite eut, six jours après celle-ci, lavariole. Le virus rabique, qui est efficace pendant toute la durée de la maladie, paraît l’être déjà pendant la période d’incubation, du moins Themhayn a-t-il pu réunir 19 cas de rage communiquée à l’homme par des chiens sains en apparence, mais devenus enragés plus tard. Les maladies virulentes locales ; blennorrhagie, chancre mou, ophthalmie purulente, diphthérie, sont transmissibles tant qu’il y a pi’oduction de pus ou de fausses membranes. Quand le contage arrivé à son complet développement est évacué hors de l’organisme, il peut, s’il est placé dans de bonnes conditions, conserver pendant des années toutes ses propriétés. On désigne sous le nom de ténacité^ de vitalité, cette faculté du contage de conserver plus ou moins longtemps son efficacité.

Certaines maladies ne se transmettent que par contact immédiat; la vaccine, la syphilis, la blennorrhagie, par exemple; pour d’autres, le contage peut se répandre dans l’air, être transporté par des objets inanimés, linge, literie, instruments, par des personnes qui ont entouré le malade. Du vaccin conservé sur une plaque de verre sert à inoculer la vaccine; la variole, la scarlatine, la diphthérie, la coqueluche, se prennent à distance; une femme, après un coït impur, a pu transmettre la syphilis à un second individu sans être elle-même atteinte, et l’on ne compte plus les nombreux cas dans lesquels la scarlatine s’est communiquée par

ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies infectieüses. 15 les vêtements des personnes qui avaient approché le malade. On ne sait pas d’une façon bien positive combien de temps ces contages peuvent garder leur efficacité dans l’air, mais à l’abri de l’air il semble que leur conservation doive être presque indéfinie, à en juger du moins par la vaccine qui, dans des tubes capillaires bien scellés, peut se conserver pendant des années. On ignore également si et jusqu’à quel point les contages peuvent se conserver dans l’eau. Citons seulement le fait suivant rapporté par Taylor [Brit. med. Journ., 1873) et reproduit par Bernheim : Dans une épidémie de scarlatine, un des cas les plus graves au début eut lieu dans la maison d’un laitier dont la femme trayait les vaches pour en vendre le lait à douze familles de la ville. Dans six d’entre elles, la scarlatine éclata presque coup sur coup, alors que l’épidémie n’était pas encore répandue en ville et sans que les malades eussent eu communication avec la personne qui apportait le lait. Or on put établir que le lait, avant d’être distribué aux clients, séjournait dans une cuisine qui avait servi de chambre à coucher à des scarlatineux : le contage avait donc été transporté par le lait.

Dans les diverses maladies que nous venons de passer en revue, le contage est à son complet développement et transmissible par voie médiate ou immédiate au moment où il quitte l’organisme, mais il n’en est pas toujours ainsi; il est d’autres affections également contagieuses où les conditions sont plus complexes ; dans ces cas, l’agent infectieux, en quittant l’oi’ganisme, n’est pas arrivé à parfaite maturation, il n’est pas transmissible; pour acquérir la faculté de contagionner, il faut qu’il subisse hors de l’organisme qui l’a fourni une métamorphose. Nous aurons bientôt l’occasion de revenir plus longuement sur ce point; si nous le signalons ici, c’est pour constater que dans ces cas encore c’est dans l’organisme humain que se multiplie l’agent infectieux, bien qu’il n’y acquière pas son complet développement.

Immunité résultant d'une première atteinte. — Il est enfin un caractère qui appartient à un certain nombre seulement de maladies infectieuses, mais qui, en tous cas, ne se rencontre dans aucune autre classe de maladies : c’est l’immunité qui résulte d’une première atteinte. Ici encore bornons-nous à constater les faits. Les fièvres éruptives récidivent très-rarement; cette sorte d’immunité est à peu près absolue pour la variole et la scarlatine, elle est moins complète pour la rougeole. Une première atteinte du typhus exanthématique diminue également la réceptivité; j’en dii’ai autant du choléra, de la fièvre jaune, de la fièvre typhoïde, en exceptant cependant pour cette deimière les récidives qui se produisent fréquemment pendant la convalescence. La peste aussi récidivait rarement et presque toujours la seconde atteinte, quand elle se produisait, était une forme légère, incomplète, atténuée. La coqueluche et la syphilis donnent également une immnnité à peu près absolue. Si l’on excepte les zoonoses qui tuent presque toujours, les affections septiques et certaines affections contagieuses locales, la blennorrhagie, le chancre mou, l’ophthalmie purulente, l’érysipèle, la dysenterie, qui

16 ZYMOTIQUES (maladies). — caractères des maladies infectiecses. peuvent se rencontrer un nombre indéfini de fois, on ne trouve de récidives fréquentes que dans le typhus récurrent, pour lequel il arrive souvent qu’un individu soit atteint deux et même trois fois (Gliristison) dans l’espace de quelques mois, et dans la dysenterie. Les fièvres palustres présentent même un caractère tout opposé en ce sens qu’une première atteinte prédispose à des atteintes nouvelles.

Ajoutons encore ce fait, unique dans l’histoire des maladies infectieuses, que la variole et la vaccine se donnent l’une vis-à-vis de l’autre l’immunité.

Peut-être certains faits d’acclimatement s’expliqueraient- ils en admettant une première atteinte légère, fugace et à peu près imperceptible pour le malade, mais conférant l’immunité pour une seconde atteinte, et l’immunité congénitale de certains sujets trouverait-elle son explication dans une imprégnation intra-utérine par l’agent infectieux qui aurait agi sur la mère pendant la grossesse.

C’est sur cette immunité qu’est basée la pratique de la vaccination, qu’était basée autrefois l’inoculation variolique, pratique par laquelle on donnait la maladie virulente elle-même, mais dans des conditions où l’on pouvait espérer la voir se développer sans gravité sur la personne inoculée. C’est sur ces faits qu’est basée encore la pratique des vétérinaires pour la péripneumonie contagieuse ; c'est encore cette idée qui amena la découverte de l’atténuation des virus et les recherches si importantes de Toussaint, Pasteur, Roux et Chamberland, Chauveau, sur le vaccin du charbon, de Pasteur, sur le vaccin du choléra des poules, de Pasteur et Thuilier, sur celui du rouget des porcs, d’Arloing, Cornevin et Thomas, sur le charbon symptomatique, enfin de Pasteur sur la rage. Les résultats obtenus dans cette voie nous promettent encore de nouveaux succès.

A part la vaccine et la variole, les maladies zymotiques ne s’excluent pas en général l’une l’autre; les maladies non infectieuses créent pour elles un terrain le plus souvent indifférent, quelquefois favorable ou défavorable. Parmi les maladies qui nous occupent, il n’y a guère que la fièvre typhoïde qui semble exiger pour son développement un terrain vierge et contre laquelle les maladies aiguës ou chroniques autres que les maladies infectieuses donnent une certaine immunité. Si la syphilis, les fièvres éruptives, peuvent se rencontrer avec la fièvre typhoïde, celle-ci ne s’allie que bien rarement avec la maladie de Bright, la tuberculose, les maladies chroniques du foie ou du système nerveux. D’autres affections, telles que le typhus pétéchial, le choléra, la fièvre intermittente, semblent plutôt favorisées par des m.aladies antérieures ou concomitantes . Cependant nous ne possédons encore sur ces points d’autres données que des faits d’observation sans lien, sans règle générale.

Développement sporadique, épidémique, endémique, des maladies infectieuses. Jusqu’ici nous n’avons considéré les maladies zymotiques que chez l’individu qu’elles ont atteint. Quand elles n’affectent que certains individus isolément, en diverses localités, elles sont dites spora-

ZYMOTIQUES (maladies). — étiologie. 17

diques. Quand, à certains moments, la même cause infectieuse frappe en même temps un grand nombre d’individus d’une même contrée, elle constitue une épidémie qui peut rester localisée ou envahir tout un pays, donner lieu à une pandémie. Quand elle règne habituellement dans un endroit donné, on l’appelle endémie. Nous ne nous arrêterons pas longuement sur les limites qu’il faut donner aux termes endémie et épidémie.

Certains auteurs n’admettent l’endémie ou l’épidémie que pour les maladies infectieuses; d’autres, avec plus de raison peut-être, pensent avec le professeur Bernheim [loc. cil.) que l’idée d’endémie ou d’épidémie n’implique pas nécessairement l’idée d’infection; ils appliquent volontiers ces termes à tous les cas où une même cause, qu’elle appartienne aux circumfusa, ingesta; percepta, etc., a agi àla fois sur un grand nombre d’individus, et il ne leur répugne pas de parler d’épidémies de bronchite, d’entérite, d’ergolisme, de folie hystérique, etc. Pour eux, <c le mot épidémie ne préjuge pas la cause de la maladie, il n’implique qu’un fait d’observation : maladie régnant chez un grand nombre d’individus à la fois parce que la même cause a agi sur tous. »

Cependant, quand il s’applique aux maladies infectieuses, le terme épidémie revêt des caractères tout spéciaux ; il semble que l’on assiste à une véritable évolution, et l’on peut presque toujours y reconnaître une période de développement, une période d’acmée et une période de décroissance, qui ne sont jamais aussi tranchées dans les épidémies de cause non infectieuse.

Certaines maladies zymotiques ne donnent lieu qu’à des cas sporadiques : ce sont celles dont l’agent infectieux consiste en un virus fixe transmissible directement d’individu à individu, mais non susceptible de se propager par voie immédiate. La vaccine, la syphilis, la blennorrhagie, la rage, sont de ce nombre. D’autres, liées au sol où elles prennent naissance, sont endémiques, comme les fièvres paludéennes. D’autres, dont les contages volatils sont susceptibles de conserver leur vitalité dans le milieu extérieur, air ou eau, peuvent être endémiques et épidémiques ; la plupart des maladies infectieuses rentrent dans ce groupe.

Bornons-nous à ces quelques indications en renvoyant, pour les nombreuses et importantes considérations relatives à ces vastes sujets, aux articles spéciaux (Endémie, Épidémie) que P. Lorain leur a consacrés dans ce Dictionnaire.

C’est sans doute cette faculté de beaucoup de maladies infectieuses de régner à l’état endémique ou épidémique, de décimer des peuples entiers, de ravager tout un pays, de constituer au plus haut degré des maladies populaires (Volskskrankheüen), qui a fait de la connaissance des causes et de l’origine de ces maladies une des préoccupations les plus constantes et les plus graves de la médecine de tous les siècles.

Étiologie. — Nature de l’agent infectieux. — De tout temps, les médecins avaient imaginé une foule d’hypothèses, les unes plus invraisemblables que les autres, pour expliquer l’origine et la nature de ces

18 ZYMOTIQUES (maladies). — étiologie.

maladies. Les plus réservés parlaient de -/.a-ïâTïaGt; de consti-

tutio pestilens, endemica seu epidemica, de genius epidemicus, se bornant ainsi à constater un fait sans en rechercher la cause. D’autres, plus hardis, mais non plus heureux, songèrent à l’intervention des astres, de la lune et du soleil, à la course des comètes ; c’était le temps où l’astrologie se flattait de pénétrer des mystères que l’observation médicale était impuissante à comprendre. 11 en est qui cherchèrent la cause des maladies populaires dans quelque altération immatérielle ou dynamique de l’air produite sous l’influence de perturbations violentes du globe par des tremblements de terre, des éruptions volcaniques, des inondations survenues quelquefois dans des contrées très-éloignées de celles où sévissait la maladie ; d’autres invoquaient certaines modifications atmosphériques par ce que l’on appelait l’alcali, le soufre et le sel, dans le langage du quinzième siècle, ou accordaient la plus grande part à l’influence des saisons, des variations de température, des troubles de l’alimentation. Hippocrate déjà attribuait aux vents une importance considérable dans le développement des épidémies et, depuis la peste d’Athènes, l’idée populaire d’un empoisonnement de l’eau des puits s’est perpétuée jusqu’à nos jours. Il y avait là déjà une vue plus juste et plus en rapport avec les données de l’observation : aujourd’hui encore nous admettons que c’est par une eau impure que se transmettent bien des maladies, la fièvre typhoïde, par exemple ; mais, si l’influence de cette cause comme agent d’aggravation ou de propagation de certaines maladies est, de par l’expérience, hors de toute contestation, son influence génératrice est plus que douteuse. Plus récemment c’est à l’électricité atmosphérique et, depuis la découverte de Schœnbein, aux variations de l’ozone, que l’on s’est adressé : mais là encore, s’il est vrai que dans un certain nombre de faitsde maximum d’intensité et de mortalité d’une maladie épidémique, du choléra, par exemple, a pu correspondre à un maximum de l’échelle ozonométiïque, il est bien certain aussi que ces modifications, quelle que puisse être d’ailleurs leur influence sur la marche, la durée ou l’intensité d’une épidémie, sont impuissantes à la produire.

Je ne m’arrêterai pas plus longtemps à ces diverses doctrines, renvoyant encore pour cette partie historique aux excellents articles Exdéhie et Épidémie, de P. Lorain, t. Xlll, et Coxstitutioxs médicales, de Bernutz, t. IX.

Parmi toutes ces hypothèses, il en est deux plus hardies, plus extraordinaires que toutes les autres, dont nous trouvons des traces déjà dans les médecins de l’antiquité et qui, après des fortunes diverses, semblent se disputer actuellement la faveur du public médical.

La première est celle du contagium vivum seu animatum, celle qui considère les agents des maladies infectieuses comme des êtres vivants, des organismes inférieurs.

Cette doctrine, dit Liebermeister {loc. cit.), se trouve déjà ébauchée dans les écrivains de l’antiquité. Varro et Columella, dans leur traité de Re rusticâ, considéraient déjà certaines fièvres palustres comme pro-

ZYMOTIQÜES (maladies). — étiologie. 19

duites par des organismes inférieurs pénétrant dans le corps; et avant la découverte des infusoires on avait plus d’une fois attribué la peste à de petits animalcules répandus dans l’air. Mais ce fut surtout après la découverte des infusoires par Leeuwenhoeck et plus particulièrement après sa découverte des spermatozoaires en 1677, qui furent longtemps considérés comme des animalcules, quand ainsi parut démontrée l’existence d’organismes vivants dans le corps des animaux et de l’homme, que l’idée d’après laquelle les maladies épidémiques étaient dues à des animalcules gagna du terrain. De grands esprits, A. Kircher, Lancisi, Vallisneri, Réaumur, Linné, furent d’ardents propagateurs de cette doctrine.

Mais les auteurs les plus remarquables n’arrivèrent qu’à une conception très-grossière, quelques-uns même se perdirent dans les divagations les plus étranges. Un écrivain du dix-septième siècle ne proposait-il pas sérieusement de pourchasser en temps d’épidémies, par des bruits effrayants, au son de la trompette et du canon, les animalcules qui les produisent et qu’il comparait A des sauterelles voltigeant dans l’air ! D’autres allèrent même jusqu’à décrire ces animalcules comme des moucherons aux becs crochus et aux griffes acérées, les classèrent suivant le genre de maladie à laquelle ils donnent naissance, les dénommèrent et les dessinèrent. On comprend que des élucubrations aussi fantaisistes finirent par jeter le ridicule sur toute la théorie.

Aune époque plus récente, la doctrine du contagium vivum a été reprise, mais encore avec peu de succès d’abord. Les premiers observateurs qui prétendirent avoir découvert dans chaque maladie l’organisme vivant qui la produit furent bientôt convaincus de s’être laissés aller à des assertions hasardeuses et prématurées, et les organismes animaux ou végétaux qu’ils avaient décrits comme spécifiques de la variole, du charbon, etc., furent reconnus n’être que les organismes qu’on trouve toujours dans les corps en putréfaction. Les observateurs sérieux se firent un devoir de renoncer à ces recherches fantaisistes et, vers le milieu de notre siècle, la réprohation qui s’attachait à cette doctrine était devenue à peu près univei’selle ; elle fut abandonnée comme une pure élucubration de l’esprit sans base scientifique sérieuse. Seul peut-être parmi les sommités médicales, Henle, qui en 1840 avait embrassé résolûment la doctrine du contagium vivum et l’avait défendue avec une grande vigueur de logique, la souleva encore en 1853 et la développa avec la même conviction; quelques années après un revirement se fit dans l’opinion; de nouvelles recherches sur le développement, la propagation et la signification des organismes inférieurs, des données plus précises sur l’évolution des maladies et surtout des découvertes positives et indéniables ramenèrent l’attention du monde médical sur cette doctrine naguère si dénigrée. La découverte du trichophyton présidant au développement de la teigne tondante, art. Parasites (végétaux), t.XXVI,p. 164; de l’achorion Schœnleinii dans le favus, art. Favus, t. XIV, p. 538; du microsporon furfur dans le pityriasis versicolor, de l’oïdium albicans dans le muguet, t. XIII, p. 569,

20 ZYMOTIQUES (maladies). — étiologie.

Tenait de donner un appoint considérable à l’idée d’un contagiumTivum comme cause des maladies infectieuses.

Cependant à cette théorie s’en opposait une autre qui rapprochait les maladies infectieuses des phénomènes de la fermentation. C’est Fréd.Hofmann qui, dans son Système de médecine raisonnée, émit le premier cette idée des ferments morbifiques devenant agents de contagion et reproduisant tout ce que nous appelons aujourd’hui maladies endémiques, épidémiques, miasmatiques, infectieuses. Elle fut reprise depuis par Pariset, Dumas, Monneret, etc. Pour eux, la cause de ces maladies serait dans des matières organiques mobiles à l’état de décomposition qui, arrivées dans le corps à travers la peau, le poumon et l’estomac, auraient la faculté d’y développer le même processus de destruction dont elles avaient été elles-mêmes atteintes. Comme un peu de levûre suffit à faire lever un bloc tout entier, ainsi un peu de matière pourrie peut, en arrivant dans le corps, y propager indéfiniment sa propre corruption.

Tel était le fond de la doctrine zymotique, quand en 1856 une découverte inattendue vint mettre d’accord les deux opinions. Reprenant une observation déjà faite en 1680 par Leeuwenhoek, puis en 1825 par Desmazières, mais restée stérile jusque-là, plusieurs observateurs, Cagniard-Latour en France, Kutzing et Schwann en Allemagne, soumettant la levûre à l’examen microscopique, conclurent qu’elle consiste en globules d’aspect organisé. Cagniard-Latour eut le mérite de caractériser nettement ces globules comme des êtres vivants « susceptibles de se nourrir, de croître, de se reproduire par bourgeonnement et n’agissant probablement sur le sucre que par quelque effet de leur végétation » . Ces résultats furent confirmés par les expériences de Helmholtz, de Ure et surtout de Pasteur, qui les appliqua aux autres modes de fermentation ; la doctrine fit son chemin, malgré les attaques dont elle fut l’objet de la part des chimistes qui, influencés sans doute par la grande autorité de Gay-Lussac, refusaient à la levure le rôle important qu’on cherchait à lui attribuer et admettaient que, si la levûre de bière produit la fermentation, c’est, non par suite de son bourgeonnement et de sa vie, mais par suite de la décomposition qu’elle subit. Une expérience de Pasteur réduisit à néant cette objection ; il réussit en effet à provoquer la fermentation complète d’un liquide sucré où il n’ajoute que des matières minérales et une trace de levûre ; et cette levûre, au lieu de se détruire et de se décomposer comme le veut la théorie chimique appuyée par Liebig, bourgeonne, se développe, augmente de poids, de telle sorte qu’on en retrouve à la fin vingt ou trente fois plus qu’on n’en a semé. La fermentation alcoolique, loin d’être corrélative de la décomposition et de la mort de la levûre, est donc au contraire corrélative de son développement et de sa vie. Pasteur venait d’ailleurs de découvrir dans la fermentation lactique un petit végétal cellulaire plus petit que la levûre, dans la fermentation butyrique un vibrion, etc., et démontrait d’une façon évidente la spécificité de ces divers organismes-ferments.

Une fois la fermentation rattachée à la vie organique, dire que les mala-

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dies infectieuses sont dues à un ferment, ou dire qu’elles sont produites par des corps organisés et vivants qui introduits dans le corps s’y reproduisent et par leur évolution font la maladie, c’était exprimer à peu près la même pensée, c’était idcntiûer la doctrine de la fermentation avec celle du contagium vivum.

Mais encore fallait-il découvrir pour chaque maladie infectieuse l’organisme qui, agissant à la manière d’un ferment, produit dans l’économie la série de modifications qui aboutit à la maladie. Problème difficile et délicat qui fut abordé résolûmentde toutes parts : ainsi s’éleva une science nouvelle, la bactériologie, dont nous aurons à étudier la naissance, l’évolution, les progrès et les résultats (Voy. Supplément, Microbes).

Disons seulement ici que l’observation de Cagniard-Latour fut le point de départ d’une série de recherches en pathologie. Après la découverte par Davaine et Rayer des bactéridies charbonneuses, découverte qui fut établie d’une façon indiscutable par le génie de Pasteur, à côté des résultats obtenus par notre illustre compatriote dans l’étude des maladies des vers à soie, se placent les recherches de Davaine, de Coze et Fellz, de Billroth, sur la septicémie; celles de Recklinghausen, d’Orth, de Klebs, de Birch-Hirschfeld, sur la pyémie; deLetzerich, de Klebs, d’Ebertb, de Gaffky, sur la fièvre typhoïde; de Hueter, de Nepveu, d’Ort, de Lukowsky, deFehleisen, sur l’érysipèle ; de Chauveau, deWeigert, de Cornil et Babes, sur la vaccine et la variole ; d’Obermeier sur les spirochaetes de la fièvre récurrente; de Hansen, de Neiser, de Cornil et Babes, sur la lèpre; de Thomasi-Crudeli, de Klebs, de Marchiafava et Celii, de Laveran, sur les fièvres palustres; celles de Klein, Pasteur et Thulier, sur le rouget du porc; de Neisser, de Weiss, sur la blennorrhagie; de Koch sur la tuberculose et le choléra ; de Schutz et Loeffler, de Bouchard, Capitan et Charrin, sur la morve; de Klebs, de Friedlaender, de Talamon, de Gram, d’Artigalas, sur la pneumonie; les travaux si importants de Naegeli, Brefeld, Cohn, Büchner, Zopf, Flügge, sur les micro-organismes en général ; ceux de Koch et de Pasteus sur les méthodes de culture, l’important ouvrage de Cornil et Babes sur les bactéries et leur rôle dans l’anatomie et l’histologie pathologiques des maladies infectieuses, etc., etc.

Sans doute parmi les découvertes qui venaient de toutes parts accroître le champ de la science nouvelle il y en eut de prématurées, bien des résultats soi-disant acquis ont été controuvés, bien des données actuellement en faveur seront peut-être remplacées par des données nouvelles. Il y a encore beaucoup à revoir, beaucoup à faire; je n’en veux pour preuve que l’étude des fièvres éruptives qui semblent de prime abord les plus nettement, les plus sûrement infectieuses, et sur l’étiologie desquelles nous ne savons encore que bien peu de chose. Si la théorie bactérienne a trouvé des adeptes trop enthousiastes qui ont plutôt nui à la doctrine qu’ils ne l’ont servie; si elle ne manque aujourd’hui encore ni de détracteurs, ni d’adversaires, ni d’incrédules, il y a cependant un grand nombre de résultats définitivement acquis ; entre les hyperbactériens et les bypobactériens, comme les appelait récemment M. Pécholier, « il existe un

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terrain véritablement scientifique qui tend à s’agrandir tous les jours, et déjà il n’est plus de médecin pour nier l’existence et l’influence pathogénique du bacillus anthracis dans le charbon, du spirochaete d’Obermeier dans le typhus récurrent, j’ajouterai même du bacille de Koch dans la tuberculose pulmonaire, etc., etc.

Mais avant d’aller plus loin il est peut-être utile de répondre à quelques-unes des objections les plus importantes faites à la doctrine du contage animé.

On peut se demander s’il est bien nécessaire de se représenter les agents infectieux comme des organismes indépendants et si la doctrine du contagium vivum ne persiste pas tout entière, en admettant que ces agents sont des éléments cellulaires ou quasi-cellulaires qui ne sont que relativement indépendants, qui appartiennent véritablement à l’organisme malade, mais sont doués de propriétés spécifiques, sont transmissibles à un autre organisme et s’y reproduisent en gardant leurs propriétés spécifiques (microzymas de Béchamp). Cette hypothèse, plus compliquée que celle du contagium vivum, comme nous l’avons étudiée, pourrait à la rigueur se soutenir pour certaines maladies directement contagieuses. Elle est déjà plus faible quand il s’agit de l’appliquer à des maladies dont les contages peuvent séjourner quelque temps hors de l’organisme humain sans perdre leurs propriétés infectieuses, mais on ne comprendrait plus, pour certaines maladies dans lesquelles l’agent infectieux se reproduit normalement hors du corps, comment un élément appartenant à l’organisme malade pourrait, après avoir quitté cet organisme, se reproduire et se multiplier.

Une autre objection qui avait été faite moins peut-être à l’existence qu’à la spécificité des organismes microscopiques découverts comme causes des maladies infectieuses est basée sur l’analogie de formes que présentent nombre de ces organismes inférieurs. Certains auteurs ont voulu les réduire à deux espèces ; les organismes pathogènes et les organismes non pathogènes. Sans compter qu’il est des progrès réalisés dans cette voie par les procédés nouveaux de^coloration et de culture dont nous donnerons un rapide aperçu à l’article Microbes, il est bien certain que ces organismes inférieurs se distinguent assez par leurs effets. D’ailleurs, malgré les appareils les plus perfectionnés, nous voyons si peu de chose dans les bactéries et les micrococcus, qu’il ne faut pas nous étonner, si des détails de structure intime peuvent nous échapper. Parmi les végétaux supérieurs ne voyons-nous pas également des plantes en apparence identiques, les diverses sortes d’amandiers (Colin), le persil et la ciguë (Virchow), présenter dans leurs effets sur l’économie les différences les plus tranchées?

Enfin, tout en admettant l’existence d’organismes distincts dans chaque maladie infectieuse, on s’est demandé si cet agent était véritablement la cause de la maladie ou s’il n’en est que l’effet ; s’il joue dans le processus morbide le rôle principal ou s’il ne constitue qu’un symptôme secondaire, une lésion accessoire. Ceci nous amène à la question de l’origine

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des agents infectieux et à la doctrine de la spontanéité des maladies infectieuses.

Origine des agents infectieux. — H y a une quarantaine d’années à peine, les maîtres les plus autorisés admettaient encore que les parasites ordinaires peuvent, sinon toujours, du moins dans certains cas, naître par génération spontanée. On admettait plusieurs espèces d’helminthiases, une phthiriase, une gale, autochthones, dans lesquelles se développait plus tard par génération spontanée un parasite, quelque chose d’accidentel, symptôme plutôt qu’essence même de la maladie. 11 a fallu quelques observations précises pour que cette doctrine, qui avait eu longtemps cours dans la science, fût démontrée non-seulement insoutenable, mais complètement absurde.

Il n’y a pas bien longtemps, on admettait de même que certaines conditions climatologiques, telluriques ou autres, peuvent amener la production spontanée des maladies infectieuses. Sans remonter à l’iiistoire de la peste d’Athènes que Diodore de Sicile attribuait à l’altération de l’eau par suite d’un trop grand concours de peuple et de l’encombrement qui en résultait, que n’a-t-on pas dit de l’influence qu’exercent les conditions multiples qui constituent la misère physiologique ou la misère sociale ! On a rapporté longtemps l’apparition de la syphilis au mélange et à la concentration des éléments immoraux des divers peuples, à des rapports bestiaux ou sodomiques. On attribuait la peste aux exhalaisons de cadavres mal enterrés, la fièvre jaune à l’eau corrompue de la cale des navires ou à l’encombrement dans les bagnes. C’était encore l’encombrement et la famine qui produisaient le typhus exanthématique et la fièvre récurrente ; une alimentation corrompue ou l’usage de fruits non mûrs donnait naissance au choléra et la fièvre typhoïde résultait, disait-on, des émanations d’excréments putréfiés.

Une observation plus rigoureuse des faits a eu justice de ces hypothèses, et, si l’on ne nie plus le rôle de ces diverses causes dans la propagation de ces maladies, on leur refuse absolument le pouvoir de les produire. On a vu que les exhalaisons infectes des cadavres putréfiés dans les champs d’Inkermann n’amenaient pas la peste, et qu’à moins d’importation le typhus ne se développait jamais dans une ville assiégée malgré la famine, l’encombrement, les tristesses morales qui torturaient les habitants. On a étudié le développement et la marche des épidémies et l’on a vu que le choléra ne s’est jamais développé spontanément en Europe; qu’il a toujours été importé de l’Inde; que l’usage régulier des quarantaines en empêchant l’introduction de la peste a supprimé cette maladie en Europe ; on a vu que les côtes de l’Atlantique sont le berceau delà fièvre jaune, l’Irlande celui du typhus pétéchial, et que c’est toujours de ces pays où elles sont endémiques que ces maladies sont parties pour produire les épidémies. C’est là ce qui donne un si grand intérêt prophylactique à la connaissance exacte de la géographie médicale. De même, étudiant l’histoire des maladies contagieuses, on a reconnu que la variole ne s’est montrée en Allemagne qu’en 1493 venant de la Hollande, qu’elle

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passa au moment de la découverte de Christophe Colomb en Amérique où elle était inconnue jusque-là, décima Mexico en 1527 et se répandit de là dans toute l’Amérique. On a pu suivre la marche envahissante de la scarlatine se montrant pour la première fois en Irlande en 1827, dans le Groënland en 1847, progressant si lentement dans le Nouveau-Continent, qu’après s’être montrée dans les pays du nord dès 1735 elle n’arriva dans l’Amérique du Sud qu’en 1829. La scarlatine était inconnue jusqu’au milieu de notre siècle dans les Indes Occidentales et en Australie où la rougeole n’a pas encore paru. Et pour cette dernière maladie faut-il citer le fait si connu rapporté par Panum? Depuis 1785, on n’avait observé aucun cas de rougeole dans les îles Feroë ; en 1846 un marin qui en était atteint y cause une épidémie telle que, sur 7782 habitants, 1500 à peine échappèrent, et encore parce qu’ils habitaient des îles éloignées de celles où sévissait la maladie ; seuls les vieillards qui avaient été atteints pendant l’épidémie de 1781 échappèrent à la maladie (Panum, 1847). Jamais on n’a vu la syphilis, la peste, le choléra, la fièvre jaune, la fièvre typhoïde, naître d’une façon autochthone, et depuis qu’on a pris l’habitude de scruter d’une façon plus minutieuse les voies de propagation et le mode d’origine des maladies infectieuses, la théorie de la génération spontanée naguère encore si florissante perd chaque jour plus de terrain.

On s’est dit ; Pourquoi les agents infectieux qui, une fois du moins, ont dû naître spontanément, ne se montreraient-ils plus de meme dans des conditions identiques? Mais alors ne pourrait-on pas faire la même question pour d’autres êtres, pour les végétaux; pour les animaux, pour l’homme même? Toute chose, tout germe, tout être vivant a eu un commencement, mais aujourd’hui on ne voit plus que reproduction, transformation, accommodation des organismes, jamais de développement autochthone; toute cellule vient d’une cellule, tout protoplasma dérive d’un protoplasma, jamais un germe ne se produit par génération spontanée.

Et cependant, tout en soutenant d’une façon générale la thèse de la reproduction des agents infectieux, il ne s’ensuit pas que de nouvelles maladies ne puissent se montrer de nos jours et que d’autres qui, pendant des années et des siècles, avaient complètement disparu, ne puissent faire de nouvelles apparitions. On peut supposer que des organismes inférieurs qui végètent et se multiplient d'habitude hors de l’organisme humain sur des produits de décomposition végétaux ou animaux puissent, dans certaines conditions, se transplanter sur l’homme, y trouver un terrain favorable à leur développement et devenir ainsi la cause spécifique d’une maladie infectieuse et transmissible. Cette hypothèse n’est pas contraire à certains faits d’observations ; pareille chose se passe bien pour les zoonoses ; un poison d’ordinaire animal peut passer sur l’homme et s’y transmettre ; tel l’agent de la rage, de la morve, etc., et, comme nous le verrons plus loin, nous l’admettons pour un certain nombre de maladies actuellement existantes.

La reproduction, la multiplication des agents infectieux peut ne se faire

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que dans l’organisme humain {origine eniogène des contages)-, elle peut se faire dans l’organisme animal et dans l’organisme humain (zooconfa^es); elle peut se faire soit au dehors, soit en dedans de l’économie {origine entogène ou eçtogène des agents septiques)-, elle peut ne se faire que dans le monde extérieur {origine eçtogène des miasmes) ; quelquefois enfin le mode de reproduction est plus compliqué {amphigène) en ce sens que les agents infectieux se repi’oduisent bien dans l’organisme, mais qu’ils n’acquièrent qu’en dehors leur complet développement (Samuel, loc. cit.).

Origine anthropogène des contages. — Dans un certain nombre de maladies, et à un certain moment de l’évolution morbide, l’agent infectieux, ainsi que nous l’avons vu plus haut, quitte l’organisme en état de complet développement : ainsi dans la scarlatine, la rougeole, la variole, le typhus exanthématique, la syphilis, etc. Si à ce moment il atteint un autre organisme en état de réceptivité, il peut immédiatement s’y multiplier et donner naissance à la même maladie. Mais il peut aussi se conserver plus ou moins longtemps dans le milieu extérieur sans perdre pour cela ses propriétés contagieuses. Il peut rester en suspension dans l’air et être quelquefois transporté ainsi à de fortes distances. Peut-il se conserver dans l’eau ? C’est là une question encore peu étudiée et dont la solution cependant aurait une importance considérable. Chauveau {Comptes rendus Acad. Sc., 1868) a montré par un certain nombre d’expériences que du vaccin (ainsi que de la lymphe variolique ou du pus morveux) peut être dilué au 15” sans perdre de sa puissance. En augmentant la dilution jusqu’au 50”, il obtint autant de résultats positifs que de résultats négatifs, mais il arriva encore à réussir même avec une dilution au 150”. Dans tous ces cas, les pustules vaccinales étaient identiques à celles obtenues avec du vaccin pur, ce qui, disons-le en passant, prouve bien qu’il s’agit là d’un élément figuré qui peut ne pas se rencontrer dans la partie du liquide que l’on inocule, mais qui, s’il est inoculé, agit comme s’il était seul et n’a perdu aucune de ses propriétés primitives. Dans les recherches de Koch {Cohn’s Beitrage zur Biologie der Pflanzen, II), des spores charbonneuses ont pu être conservées pendant trois semaines dans un vase rempli d’eau de source, puis inoculées avec succès. L’expérience a démontré d’ailleurs que les spores ont en général une résistance, une ténacité plus grande que les organismes complètement développés. Nous avons vu que les contages peuvent rester adhérents à des objets inanimés qui ont été en rapport plus ou moins intime avec le malade. Le contage de la rougeole a pu ainsi être transporté par des sujets réfractaires à une distance de quatre milles par un vent impétueux et une pluie battante (Panum) ; celui de la scarlatine a résisté à un voyage de 7 à 10 heures (Thomas),

Pour pénétrer dans un organisme sain, il faut, pour un certain nombre de contages, qu’ils trouvent une porte d’entrée, une plaie, une place dépouillée d’épithélium ou d’épiderme : tels les contages des affections septiques, de la fièvre puerpérale, de la syphilis, de la rage, de la vaccine. D’autres peuvent traverser une muqueuse saine ; il en est bien peu

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qui puissent traverser un épiderme intact, et les faits de ce dernier genre de pénétration pour la morve et la variole sont loin d’entraîner une absolue conviction. Mais, si les agents infectieux ne peuvent pas traverser la couche épaisse de l’épiderme, ils peuvent pour la plupart pénétrer à travers la mince couche épithéliale des muqueuses. Pour la contagion de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, du typhus, il suffit que l’agent infectieux arrive au contact d’une muqueuse, et sa pénétration sera d’autant plus facile que l’épithélium sera plus délicat, ce qui explique peut-être jusqu’à un certain point la prédisposition plus grande du jeune âge à ces maladies. Pour la plupart des maladies essentiellement contagieuses, il semble que la muqueuse respiratoire soit la porte d’entrée habituelle de l’agent infectieux ; c’est sur la conjonctive que se dépose et agit l’agent de l’ophthalmie purulente et quelquefois de la diphthérie ; la muqueuse du tube digestif semble jouer un rôle moins important, tandis qu’elle sert sans doute de voie d’absorption pour la fièvre typhoïde, le choléra, etc.

Pour la plupart des maladies contagieuses, les conditions du milieu extérieur n’ont qu’une influence tout à fait insignifiante: les fièvres exanthématiques, la syphilis, etc., par exemple; mais il en est qui, pour se propager, exigent l’intervention de certaines influences telluriques, atmosphériques ou autres peu connues ; sans elles la maladie ne se propage que difficilement ; tels le typhus exanthématique, l’ophthalmie purulente, pour lesquels l’encombrement est si nécessaire, qu’il suffit d’ordinaire de disperser les malades pour faire cesser une épidémie, la méningite cérébro-spinale épidémique (froid), etc.

Quel que soit le véhicule dont il se serve, quelle que soit sa voie d’absorption, ce qui caractérise essentiellement le contage, c’est que dans son trajet de l’organisme malade à l’organisme à infecter il ne subit aucune évolution, il ne passe par aucune nouvelle phase de développement, il arrive à l’organisme sain dans le même état qu’il a quitté l’organisme dont il provient.

Origine ento et zoogène des zoocontages. — Dans le premier groupe de maladies que nous avons étudiées, l’agent infectieux ne se propage que d’homme à homme, ou du moins il trouve dans l’économie humaine toutes les conditions nécessaires à son origine et à son développement. Dans les zoonoses (rage, morve, charbon), l’agent infectieux ne vient pas de l’homme; il n’a pas eu dans l’économie humaine son origine première, et il ne s’y reproduit que dans des limites si restreintes qu’il disparaîtrait avec les maladies auxquelles il donne naissance, s’il ne pouvait compter que sur sa transmission d’homme à homme. Contagieux pour les diverses espèces animales, ces agents infectieux des zoonoses sont encore contagieux dans l’espèce humaine, mais ils s’accommodent mal du terrain humain qui est pour eux un sol défavorable à leur reproduction et à leur multiplication. 11 n’est pas établi que la rage puisse se communiquer d’homme à homme ; pour la morve et le charbon, si la tramsmission de l’homme à l’homme a déjà fait plus d’une victime, les cas de

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cette espèce sont incontestablement très-rares. Reste à se demander quelle est l’origine du virus rabique dans l’espèce canine, de l’agent morveux dans d’autres espèces animales. La doctrine de la spontanéité des zoonoses a été défendue par des hommes de grande valeur, mais là encore la théorie de la contagion est la plus satisfaisante et la plus généralement admise {Voy. art. Rage, par A. Doléris.)

Origine ento-et ectogène des agents septiques. — Les affections septiques, les premières étudiées cependant au point de vue expérimental, sont peut-être, parmi les maladies infectieuses, celles qui présentent les problèmes les plus difficiles, les questions les plus ardues à résoudre. Nous aurons à les aborder à l’article Microbes, avec tous les détails qu’elles comportent. Au point de vue du sujet qui nous occupe, voici les données sur lesquelles on est à peu près fixé. Les agents infectieux de ce groupe (pyémie, septicémie, érysipèle, gangrène, infections puerpérales) peuvent vivre et se multiplier indéfiniment hors de l’économie humaine, sur des substances organiques mortes, animales ou végétales. Des recherches nombreuses ont démontré que, parmi les organismes de la putréfaction, il en est certaines espèces qui, inoculées à certaines espèces animales, peuvent donner lieu à des états septicémiques divers': il est logique, d’après cela, d’admettre que de même chez l’homme certains organismes vivant et se multipliant d’ordinaire dans les substances organiques en décomposition puissent, quand ils trouvent accès dans l’économie à travers une plaie béante, s’y développer et s’y multiplier de façon à devenir ensuite contagieux d’homme à homme. Une expérience de Coze, Fetz et Davaine, semble même prouver qu’une fois transplantés sur un individu vivant ils augmentent de puissance à mesure qu’ils passent d’un individu sur un autre. Après avoir pratiqué avec le sang d’un animal auquel ils avaient injecté des substances septiques des inoculations successives, ils ont vu qu’à la 25° série il suffisait d’une quantité infinitésimale de sang pour produire chez un autre sujet des accidents rapidement mortels. En est-il de même en pathologie humaine? Pour se rendre compte de toutes les obscurités qui régnent encore sur cette question, il faut se rapporter aux articles : Pueepéralité, par Stoltz, et Septicémie, par A. Guérin.

Origine ectogène des miasmes. — Le type des maladies miasmatiques est la fièvre intermittente et ses différentes lormes, l’infection paludéenne. Ici le poison morbide épuise ses effets sur l’individu qui l’a absorbé, il n’est pas régénéré par lui, il n’est pas transmissible. Un paludéen peut aussi peu transmettre la maladie dont il est atteint, qu’un rhumatisant, un goutteux peut transmettre la sienne ; le miasme paludéen donne la fièvre intermittente à ceux qu’il atteint, mais ceux-ci ne communiquent pas la maladie autour d’eux. C’est là la différence capitale qui sépare les maladies miasmatiques de toutes les autres maladies infectieuses.

Mais alors d’où vient le miasme? Ce qui a frappé tout d’abord ceux qui ont étudié l’étiologie de la maladie, c’est qu’elle est attachée au sol, qu’elle

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frappe presque en entier la population qui l’habile ou qui tente de s’y implanter. Elle se développe essentiellement au milieu des contrées marécageuses ; en Europe, la (îrèce, l’Italie (marais Pontins, Maremme toscane), la Hollande, les bouches du Danube, la Sologne, la Bresse; dans les autres parties du monde, l’Algérie et la basse Égypte, les Indes, l’isthme de Panama et les rives des grands fleuves de l’Amérique, en sont les contrées de prédilection. Toutefois les localités dépourvues de marécages en apparence, mais présentant en réalité des marais souterrains existant sur un sol sec, poreux, échauffé par les rayons d’un soleil ardent (oasis du Sahara), sont propres également à déterminer l’éclosion de la maladie. C’est au milieu des substances végétales en décomposition dans ce sol humide que se déyeloppe l’agent infectieux de la malaria. Il est plus actif après le coucher du soleil, après la pluie, pendant le brouillard, plus puissant au voisinage du sol qu’à une certaine hauteur, et il le devient surtout quand le sol a été creusé et mis à découvert; le vent peut le transporter à une certaine distance, mais il retombe bien vite et il n’est pas prouvé qu’il puisse être emporté très-loin; l’extension quelquefois épidémique de la malaria dans des contrées qui en étaient complètement exemptes doit s’expliquer plutôt par des modifications survenues dans la nappe d’eau souterraine (Pettenkofer). Un certain nombre de faits positifs (Pôffig, Tschudi, Boudin, Heusinger, Jacquot) démontrent que l’ingestion de l’eau des marais peut quelquefois produire la maladie. 11 est rare que la maladie débute immédiatement après l’absorption de la malaria, les accidents ne se montrent d’ordinaire qu’après 6à 20 jours, soit une moyenne d’incubation de 15 jours. Quant à ces longues incubations dont on a souvent parlé, qui ont demandé plusieurs mois, ce sont des cas tout à fait exceptionnels et rares, et l’on admet difficilement, avec Boudin, une incubation de 18 mois (Griesinger). Il est certain que l’agent infectieux est le plus souvent absorbé par les voies respiratoires, plus rarement par les voies digestives, que toutes les influences débilitantes (maladies actuelles ou antérieures, faim, soif, insomnie, épuisement) y prédisposent, qu’il n’admet aucune accoutumance, et au contraire détermine souvent une cachexie chronique.

Quelques auteurs rangent également parmi les maladies purement miasmatiques la fièvre jaune que d’habitude on fait entrer dans la catégorie suivante. La fièvre jaune (Griesinger) est une maladie des côtes occidentales des Indes et du continent américain ; elle se développe sous l’influence d’une haute température longtemps prolongée; elle ne se montre jamais dans un pays entouré par la terre ferme, quand elle est importée dans des pays où elle n’est pas endémique, elle débute toujours par les villes du littoral et y reste d’ordinaire tout à fait limitée. L’agent infectieux né dans les contrées tropicales peut se multiplier et être transporté dans l’eau corrompue de la cale des navires, mais il ne se montre jamais que sur des vaisseaux qui ont pris la fièvre dans des lieux infectés ; cependant des faits probants démontrent que la maladie peut se développer et donner lieu à de véritables épidémies chez des sujets qui n’ont eu aucun rapport avec un navire infecté, ont pu prendre la maladie pour avoir été en relation avec

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un malade atteint. Un fait intéressant rapporté par Mêlier [Mém. Acad. de méd., 1869) est tout particulièrement démonstratif.

Origine combinée (amphigène) des miasmes-contages. — Pour toutes les maladies que nous avons étudiées jusqu’ici, nous avons pu nous rendre compte avec toute certitude de l’origine et du mode de développement des agents qui leur donnent naissance. Les contages humains et les zoocontages ne se produisent que dans l’organisme animal ; en quittant cet organisme, ils ont acquis tout leur développement et sont prêts à se reproduire sur un autre sujet ; les miasmes viennent du sol ; arrivés dans le corps, ils y végètent quelque temps, puis se détruisent; ils ne se transmettent jamais d’un individu à un autre -,168 agents septiques, qu’ils viennent de l’air, de l’eau, de substances organiques en décomposition ou d’un individu vivant, peuvent se multiplier sur l’homme. Mais il est un grand nombre de maladies infectieuses : le choléra, la fièvre typhoïde, la lièvre jaune, peut-être la peste, etc., qui ne rentrent dans aucune des catégories précédentes. Elles ne se transmettent pas directement d’un individu à l’autre et ne sont donc pas contagieuses ; comme les miasmes, les agents qui leur donnent naissance viennent du sol, mais ils s’en distinguent en ce qu’ils n’existent dans le milieu extérieur que quand ils y ont été déversés par l’organisme humain. Prenons, avec Liebermeister, le choléra comme exemple : le choléra n’est pas directement contagieux de personne à personne, ceux qui entourent les malades ne sont pas plus souvent atteints que les autres pendant une épidémie. Les essais d’inoculation avec le sang, les sécrétions, les excrétions de cholériques, n’ont donné que des résultats négatifs ; par contre, quantité d’individus ont été atteints du choléra sans avoir jamais ni touché ni même vu de cholérique : la maladie n’est donc pas contagieuse. Mais d’autre partie choléra ne se montre jamais dans un endroit sans y avoir été importé d’une localité où il existe. L’histoire des diverses épidémies de choléra nous montre toujours le fléau suivant les grandes voies de communication, et quelquefois on peut suivre pas à pas, de village en village, l’extension de l’épidémie. La voie d’entrée, la fissure par laquelle le choléra a pénétré dans un pays, peut rester inconnue sans doute, mais il en est de même pour d’autres maladies, telles que la variole dont il est parfois difficile, sinon impossible, de suivre la propagation, mais dont personne n’admet la production spontanée.

Pareille chose se passe pour la fièvre typhoïde. Là non plus on n’observe pas de contagion de personne à .personne, mais aussi, chaque fois qu’on a étudié à fond une épidémie de fièvre typhoïde, on en a trouvé l’origine dans la présence d’un typhique formant le point de départ, le foyer primitif de l’épidémie. On en pourrait dire autant de la dysenterie, de la fièvre jaune, de la peste.

Comment concilier ces deux faits? Pour le choléra, Pettenkofer (Zeùscùr.f.UioZ., 1872) a admis qu’il s’agissait d'unmia.sme transportable à de grandes distances. Mais alors il faudrait prouver que le choléra peut SC transporter par l’intermédiaire d’objets inanimés qui se sont chargés

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du miasme dans le pays où il est autochthone, et cette démonstration n’a jamais été faite; bien plus, si cela était, il est certain, étant donné les relations commerciales si étendues avec l’Inde, que le choléra serait bien plus fréquent qu’il ne l’est.

Toutes ces difficultés trouvent au contraire leur complète explication dans Thypothèse suivante : Au moment où l’agent infectieux quitte l’organisme où il s’est reproduit et multiplié, il n’est pas arrivé encore à son complet développement, (soit qu’il ait été expulsé hors de l’organisme malade avant d’y être parvenu à parfaite maturation et qu’il ait besoin de trouver dans le milieu extérieur certaines conditions de température, d’humidité, etc., favorables pour se parfaire, soit qu’il présente normalement deux phases différentes dans son développement, l’une devant se passer dans l’organisme humain, l’autre à l’extérieur. Au moment où il est rejeté par l’individu malade, il est arrivé à un premier stade de développement; à ce moment il n’est pas capable encore de se reproduire, quand il est transporté sur un autre sujet; il ne le devient qu’après avoir séjourné hors du corps dans un terrain humide, riche en détritus organiques. Pendant cette seconde phase de son évolution, il se fait également une multiplication considérable du poison, et c’est seulement après cette reproduction qu’arrivé sur un organisme humain il peut s’y développer, s’y multiplier et reproduire la maladie.

Cette hypothèse s’accorde avec ce que l’on sait sur le développement de certains parasites bien connus. Le tænia n’est pas non plus directement transmissible d’un homme à un autre; il est obligé de subir en dehors du corps une nouvelle évolution qui donne lieu à un embryon de tænia, à un cysticerque; et c’est seulement ce cysticerque qui, introduit dans le corps de l’homme, est apte à l’eproduire le tænia (Liebermeisfer). Elle se base aussi sur une analogie avec ce que l’on sait de l’évolution du bacille charbonneux. Dans le sang ou les sucs d’un animal vivant, ce bacille se multiplie rapidement par division ; dans le sang d’un animal mort ou dans un liquide nutritif à 36“, il se transforme en de très-longs filaments, dans lesquels se développent à des intervalles réguliers des spores qui deviennent libres une fois que le filament s’est rompu. Or, tandis que les bacilles sont peu résistants et périssent après quelques semaines, quelles que soient les conditions favorables où ils sont placés, les spores restent longtemps fertiles. Le charbon peut donc bien être directement contagieux par l’intermédiaire des bacilles, mais ces épidémies cesseraient bientôt, s’il ne se développait, dans le sang et les organes de l’animal mort et enfoui dans le sol, des spores plus résistantes qui n’ont besoin que d’arriver sur un animal sain à travers une plaie superficielle pour se développer et reproduire le charbon (Samuel). L’analogie de ces faits est frappante avec ce que nous voyons se passer pour les maladies miasmatico-contagieuses. Mais il faut bien reconnaître qu’il ne s’agit là que d’une hypothèse, et qu’aucun fait d’observation n’est encore venu lui donner une réalité objective et dissiper toutes les ombres qui entourent encore l’étiologie de ces maladies.

ZYMOTIQUES (maladies). — classification des maladies infectieuses. 51

Classification des maladies infectieuses. — Si, d’après tous les faits que nous venons d’étudier, nous cherchons maintenant à classer d’une façon scientifique les maladies infectieuses, nous verrons que la nature intime des agents infectieux ne nous est pas encore assez connue pour pouvoir nous fournir les bases de cette classification, et qu’un groupement fondé sur les effets tangibles des agents infectieux, sur l’importance ou l’étendue des lésions fonctionnelles ou organiques qu’ils déterminent, serait tout à fait arbitraire. L’origine de ces agents serait déjà un point de départ plus naturel, mais nous venons de voir que pour certaines maladies encore cette origine est entourée de bien des incertitudes.

Dans un travail récent, Rindfleisch base sur l’adaptation de l’agent infectieux à l’organisme humain ou animal une classification qui nous semble actuellement la plus fondée.

Suivant le substratum sur lequel l’agent pathogène acquiert les qualités qui le rendent propre à envahir et à infecter l’organisme humain, Rindfleisch établit trois classes :

1“ Certains agents habitent et se développent en dehors de l’homme, sur un sol riche en substances organiques mortes, humide, mais aéré, et de là peuvent accidentellement pénétrer dans l’organisme humain. Ils s’y multiplient, déterminent une maladie d’ordinaire fébrile, mais ne se retrouvent pas dans les excrétions du malade sous forme de spores susceptibles de germer. Ce sont les miasmes (malaria et ses variétés).

2° D’autres, de même que les miasmes, végètent en saprophytes sur un terrain nourricier, placé en dehors de l’homme; de là, par l’intermédiaire de l’air, de l’eau, etc., ils peuvent aller infecter l’homme et produire en lui une affection caractéristique; dans l’organisme, ils subissent une multiplication rapide et se retrouvent dans les excrétions et les exhalaisons des malades, puis ils végètent de nouveau dans le milieu extérieur jusqu’au moment où ils retrouvent l’occasion d’infecter l’homme. Pour ces agents, le corps humain devient de plus en plus le lieu de prédilection et ils s’émancipent déjà du milieu extérieur : ce sont les miasmes-contages (dysenterie, fièvre jaune, choléra, fièvre typhoïde) .

5“ D’autres enfin n’ont plus besoin du milieu extérieur et sont d’autant plus liés au teiTain animal ou humain. Ils s’y développent et produisent des germes qui, transplantés sur un sujet sain, mais en état de réceptivité, sont immédiatement capables de reproduire la maladie première ; ce sont les contages. Ils se subdivisent en quatre groupes :

Le premier comprend les contages qui, pour leur parfait développement, exigent encore l’intervention de certaines influences telluriques, atmosphériques ou autres (suette, influenza, méningite cérébro-spinale, typhus exanthématique, typhus récurrent).

Le second renferme les contages qui primitivement se développent non pas dans l’organisme humain, mais sur les animaux; les zoocontages se transmettent à l’homme par inoculation et déterminent chez lui une maladie un peu différente de celle de l’animal, mais assez caractéristique

32 ZYMOTIQüES (maladies). — phtsiol. pathol. des mal. isfectieuses. cependant pour qu’on ne puisse douter qu’il s’agit d’une même infection (charbon, morve, rage, actinomycose).

Dans le troisième groupe se placent les contages qui appartiennent tout d’abord à l’homme, mais qui peuvent à l’occasion être transportés sur certaines espèces animales par inoculation (fièvres traumatiques, érysipèle, septicémie, pyémie, diphthérie, tuberculose).

Au dernier groupe appartiennent les agents qui ne se rencontrent que dans l’espèce humaine, se refusent à se développer sur tout autre terrain, et ne se propagent que par transmission directe d’homme à homme (variole, scarlatine, rougeole, coqueluche et autres catarrhes contagieux, syphilis, lèpre).

Physiologie patholociqde des maladies infectieuses. — Nous avons vu en étudiant les caractères qui leur sont propres que si, jusqu’à un certain point, les maladies infectieuses se rapprochent des intoxications, elles en diffèrent sous certains rapports, et tout particulièrement par ce caractère essentiel que les agents infectieux peuvent se reproduire et se multiplier indéfiniment. Celte propriété toute spéciale, nous ne pouvons la concevoir que par l’intervention d’un organisme vivant animal ou végétal. Aussi l’observons-nous d’une façon très-marquée dans les maladies parasitaires. Ces maladies présentent du reste de grandes analogies avec les maladies infectieuses. Elles ont, comme ces dernières, une cause spécifique qui, si minime qu’elle soit, peut quelquefois produire des effets considérables (trichine); elles peuvent être endémiques (filaire de Médine), devenir en quelque sorte épidémiques ; le parasite qui leur donne naissance peut se transmettre directement d’homme à homme, comme les contages, ou venir d’un organisme animal ou végétal, de l’air, de l’eau, du sol; mais d’une façon générale, si l’évolution de la maladie parasitaire peu présenter divers stades en rapport avec l’évolution, la multiplication, la propagation des parasites, si même il existe quelquefois une véritable incubation, on n’y rencontre ni'ce début brusque et le plus souvent fébrile, ni la cessation brusque des symptômes, qui constituent un des caractères les plus remarquables d’un si grand nombre de maladies infectieuses ; jamais surtout on n’y observe l’immunité que confère une première atteinte. Toutes ces différences ne permettent pas de classer simplement les maladies infectieuses dans le groupe des maladies parasitaires, ou du moins faut-il leur assigner dans Thistoire du parasitisme une place toute spéciale.

Les recherches modernes ont abouti, dans un certain nombre de maladies infectieuses, à y découvrir des micro-organismes que l’on a pu distinguer les uns des autres à l’aide de divers procédés de coloration et de culture, que l’on a pu isoler à l’état de pureté, et qui, inoculés à un animal sain, ont reproduit la maladie première, s’y sont multipliés et ont pu donner lieu à des inoculations successives en série : tels le bacillus anthracis dans le charbon, le bacille de Koch dans la tuberculose, le spirochæte d’Obermeier dans la fièvre récurrente, le micrococcus de Fehleisen dans l’érysipèle, etc. Pour d’autres maladies infectieuses, les

ZYMOTIQÜES (maladies). — physiol. pathol. des mal. infectieuses. 33 recherches n’ont pas conduit à des résultats aussi concluants. On a décrit des micro-organismes spéciaux à telle ou telle affection, mais ou bien on n’est pas arrivé à les cultiver, ou bien l’inoculation des produits de culture n’a donné aucun résultat chez les animaux sur lesquels on expérimentait. Peut-être ces micro-organismes sont ils vraiment pathogènes, mais ignore-l-on les conditions nécessaires à leur développement sur les terrains de culture ; d’autre part les échecs des inoculations ne peuventils pas tenir uniquement à des différences de réceptivité, à l’immunité des espèces animales pour un grand nombre de maladies infectieuses de l’homme? Toujours est-il qu’il y a là des desiderata qui ne nous permettent pas une conclusion positive; pour n’en citer que quelques exemples : le micrococcus de la diphthérie, le bacille de la lèpre, le bacille de la syphilis, le gonococcus de la blennorrhagie, le bacille delà fièvre typhoïde, celui du choléra, etc. Pour d’autres maladies enfin, les fièvres éruptives, par exemple, nos connaissances sont encore plus restreintes, et les microbes qu’on y a décrits ne sont ni assez constants ni assez caractéristiques pour nous permettre aucune affirmation.

Nous aurons à étudier tous ces faits en détail à l’article Microbes ; bornons-nous à ces quelques données générales et, nous basant sur les faits les plus positifs, demandons-nous comment ces parasites doivent agir pour expliquer les particularités caractéristiques des maladies infectieuses. Les micro-organismes ont-ils un rôle purement mécanique, ne font-ils qu’enlever à l’économie les éléments indispensables à leur nutrition et à leur reproduction, comme les parasites ordinaires, ou déterminent-ils dans l’organisme certaines modifications, certaines décompositions chimiques, à la manière des ferments? sécrèlent-ils quelque poison qui donne lieu à une véritable intoxication, ou bien ne sont-ils que les vecteurs d’un toxique dont ils se sont chargés ailleurs? Questions délicates que nous n’avons pas la prétention de vouloir résoudre toutes, mais dont quelques-unes du moins peuvent être tranchées d’une façon relativement satisfaisante.

On pourrait admettre que les micro-organismes pathogènes arrivés dans l’économie et s’y multipliant compriment les tissus par leur masse; qu’entraînés de côté et d’autre par la circulation ils s’arrêtent dans les capillaires, oblitèrent les vaisseaux par embolie, y produisent des phénomènes de stase ou de congestion; qu’ils agissent sur les fibres nerveuses en les excitant ou en les paralysant d’une façon purement mécanique. Mais cette action, que l’on observe souvent pour les végétaux parasitaires, n’a jamais pu être démontrée d’une façon positive dans aucune maladie infectieuse; si Ton songe à l’infinie petitesse de ces agents, comparés même aux globules sanguins; si l’on songe qu’il en faudrait une quantité considérable pour produire de pareils effets, ou voit qu’il serait bien moins difficile de les découvrir, s’ils étaient réunis en aussi grande masse. Et sans nier que ces effets puissent s’obsers'er dans quelques cas, que certains abcès miliaires des reins, du foie, des poumons, etc., puissent résulter de l’irritation que détermine leur présence dans les tissus

NOOV. MCI. MÉD. ET CHIE. XL — 3

54 ZYMOTIQÜES (maladies). — physiol. pathol. des mal, iafectiedses. où ils s’accumulent, il est bien certain que cette action mécanique est insuffisante à expliquer les symptômes des maladies infectieuses et qu’elle n’a qu’une part bien faible dans le processus auquel ils donnent naissance.

On ne saurait davantage expliquer l’action des micro-organismes en admettant qu’ils ne font qu’enlever à l’économie les éléments dont ils ont besoin pour se nourrir et se multiplier. Comme tous les autres organismes, les agents des maladies infectieuses ont besoin d’une certaine quantité d’oxygène, d’eau, de sels, d’albumine, pour les besoins de leur nutrition. Mais, si leur action se bornait à soustraire quelques-uns de ces éléments, il est bien certain que l’organisme qui supporte si facilement des hémorrhagies considérables aurait bien vite réparé les pertes qu’il aurait pu subir ainsi. Si les bacilles charbonneux absorbent des quantités considérables d’oxygène, surtout pour leur multiplication, cette multiplication et cette absorption d’oxygène ne sont pas l’affaire d’un instant, et quelques respirations en plus suffiraient à compenser les pertes subies, si toutefois les globules étaient sains. D’ailleurs, peu d’heures après l’inoculation, les symptômes généraux sont déjà marqués, et cependant les bacilles n’existent encore qu’en petit nombre dans le sang, à tel point qu’il faut quelquefois faire des examens répétés pour arriver à en trouver un seul. Les bacilles n’ont donc pas produit à ce moment les symptômes par leur nombre seul. Et même peu avant la mort, alors que toutes les manifestations du charbon sont à leur apogée, si dans quelques espèces animales le nombre des bacilles est si considérable qu’il atteint celui des globules sanguins, il en est d’autres (cobayes, lapins, souris) où ils sont si rares que c’est à peine si l’on en trouve un ou deux çà et là. Nous pouvons en dire autant de la tuberculose, de la morve, etc.; les nodules tuberculeux ou morveux ne renferment quelquefois qu’un très-petit nombre de bacilles, tandis que d’autres, ni plus ni moins avancés, en contiennent des quantités très-considérables. La maladie produite par les organismes pathogènes n’est donc pas due à l’action directe de leur nombre ; ceux-ci n’agissent que par suite des modifications chimiques qu’ils produisent dans le sang ou les tissus.

Hors de l’économie, nous assistons souvent à des processus semblables de la part des organismes agents de la putréfaction ou surtout de la fermentation. Dans la fermentation alcoolique, un organisme-ferment [saccharomyces cerevisiæ) transforme le sucre en alcool et acide carbonique, avec production d’une petite quantité de glycérine et d’acide succinique. Formé de cellules analogues à celles des autres plantes, la levûre a besoin comme elles, pour son développement et sa multiplication, d’oxygène, d’hydrogène, d’azote, de carbone et, en fait de minéraux, de potasse et d’acide phosphorique. En empruntant et s’assimilant quelques molécules de carbone et d’hydrogène, elle détermine la décomposition du sucre et sa transformation en alcool. Dans les conditions favorables, le ferment alcoolique peut ainsi subir une multiplication dont on ne peut presque pas se faire une idée. Mais aussi il ne suffit pas que la

ZYMOTIQÜES (maladies). — physiol, pathol. des mal. infectiedses. 33 levure trouve dans le liquide tous les éléments nutritifs qui lui sont nécessaires, il faut encore que ces éléments soient susceptibles d’êti’e absorbés ; quelque nécessaire que lui'soit l’azote de l’albumine, l’albumine de l’œuf et d’autres substances albuminoïdes, telles que la créatine, la créatinine, l’asparagine n’ont pour elle aucune valeur nutritive, leurs caractères osmotiques ne leur permettent pas de traverser la membrane cellulaire de la levure. Le même liquide sucré qui avec le saccharomyces cerevisiæ subit la fermentation alcoolique subira avec le ferment lactique la fermentation lactique, etc. D’autres ferments produisent d’autres transformations.

Mais, dira-t-on, est-il nécessaire d’admettre pour cela un ferment figuré et les ferments chimiques, les ferments solubles, n’arriveraient-ils pas au même résultat? Les agents infectieux ne seraient-ils pas simplement des ferments solubles formés par l’organisme et capables de continuer leur action, même une fois qu’ils ont quitté l’économie ? Plusieurs de ces ferments, diastase, émulsine, pepsine, peuvent se produire dans l’organisme à l’état physiologique, pourquoi ne s’en produirait-il pas d’autres à l’état pathologique? Cette hypothèse n’expliquerait pas un certain nombre de caractères des maladies infectieuses. Et d’abord un ferment soluble ne saurait se multiplier dans l’organisme. Quelle que soit la quantité d’albumine que la pepsine puisse transformer en peptone, elle ne saurait reproduire sa propre masse. Aucun ferment soluble ne saurait, à l’égal du contage de la variole, par exemple, se développer et se multiplier dans tous les tissus. L’hypothèse d’un ferment soluble n’expliquerait pas non plus la période d’incubation si remarquable dans les maladies contagieuses. Dès que la pepsine se trouve en état d’agir, elle commence les transformations qui lui sont propres. D’ailleurs jamais on n’a pu constater la formation de pareils ferments dans un organisme malade; si dans une suppuration, une inflammation, une néoplasie, il pouvait se produire spontanément dans certaines conditions du pus variolique, syphilitique ou morveux, le fait n’eût certes pas échappé à l’observation. Enfin pour un certain nombre de maladies infectieuses on a pu démontrer d’une façon péremptoire l’existence d’un ferment figuré comme cause de la maladie. Les mêmes raisons nous font rejeter une hypothèse souvent reproduite, et suivant laquelle les bactéries que l’on observe dans un certain nombre de maladies ne sont que les vecteurs, les propagateurs d’un poison produit ailleurs (Leplet et Gaillard, Richardson, Onimus, Oersted, Billroth).

Une autre hypothèse, qui a également de nombreux partisans, admet que l’agent infectieux est non le micro-organisme lui-même, mais un ferment soluble sécrété par celui-ci, de même qu’il y a un ferment soluble sécrété par la levure de bière. C’est à propos de la septicémie surtout que cette opinion fut défendue par Bergmann, qui d’abord, partisan de la non-intervention des micro-organismes dans la septicémie, admet aujourd’hui que la sepsine est un véritable produit de sécrétion des microbes « comme l’ergotine est le résultat du claviceps purpurea. »

36 ZY.MOTIQÜES (maladies). — pbysiol. pathol. des mal. ikfectiedses.

Quoi qu’il en soit, que les micro-organismes agissent directement, en produisant des modifications chimiques dans le sang et les tissus, ou qu’ils élaborent un ferment soluble, un poison spécial qui produit la maladie, l’intervention du micro-organisme est nécessaire dans les deux

Ce qui nous amène à cette définition de la maladie infectieuse : par maladies infectieuses, il faut entendre celles pour lesquelles nous savons ou du moins nous présumons qu’elles sont dues à des micro-organismes parasitaires, agissant probablement à la façon des ferments figurés. Cette définition justifie et explique la dénomination de maladies zymotiques donnée aux maladies infectieuses.

La théorie des ferments parasitaires rend-elle compte des divers caractères que nous avons trouvés aux maladies infectieuses? La multiplication de l’agent infectieux ne peut plus nous surprendre, si nous nous rappelons la puissance presque illimitée de multiplication des ferments figurés, de la levure, par exemple, quand elle trouve les conditions favorables à sa reproduction. Dans certaines fabriques, un peu de levûre distribuée dans des vases où elle trouve les éléments les plus pi’opres à sa multiplication arrive au bout de heures à en produire près de 1 00 quintaux, et l’on a calculé que, dans des conditions favorables, une seule cellule de saccharomyces arrive à en produire 50 milliards. Si l’on songe d’autre part au nombre si considérable des espèces de sebizomycètes, on comprendra facilement que certaines d’entre elles puissent être la cause spécifique de telle ou telle maladie infectieuse ; qu’arrivées du monde extérieur elles puissent se transplanter sur un organisme où elles trouvent les éléments nécessaires à leur vie et à leur reproduction, ou même que, dans ces conditions favorables, elles puissent s’acclimater sur leur nouveau terrain, y subir certaines modifications de forme, de contenu, etc., que l’hérédité rend plus constantes encore, et qu’ainsi affranchies de toute attache avec le milieu extérieur elles ne puissent plus se développer d’une façon active que dans l’organisme vivant et devenir ainsi des contages. Accommodation, modification, variation, hérédité, tout cela nous explique comment ces agents parasitâmes, primitivement indifférents, ont fini par s’acclimater sur l’homme et à devenir spécifiques ; cette môme hypothèse nous rend compte également de la genèse des maladies infectieuses.

Il est plus difficile de s’expliquer la prédisposition ou l’immunité de certaines espèces animales et chez l’homme l’immunité congénitale, constante ou passagère, et l’immunité acquise pour un temps plus ou moins long à la suite d’une première atteinte.

A quoi tient cette immunité qui, nous l’avons vu, ne se rencontre au même degré pour aucune autre cause morbifique? Si, en effet, par suite d’un rapport constant entre l’absorption et l’élimination, par suite de l’habitude et de l’accoutumance, certains sujets arrivent à consommer impunément des quantités de toxiques qui chez d’autres détermineraient rapidement des accidents d’empoisonnement, ce n’est pas là une immunité

ZYMOTIQUES (maladies). — physiol. pathol. des mal. ikfectiedses. 57 ■véritable, car elle cesse dès que l’on force la dose du poison ; si certaines espèces animales sont réfractaires à certains toxiques (belladone), on ne voit pas dans la même espèce certains indmdus être réfractaires, alors que d’autres ont une réceptivité complète. Je le répète,cette immunité si fréquente de certains sujets, immunité constante ou passagère, l’immunité surtout qui résulte d’une première atteinte, est un fait sans analogue dans l’histoire des intoxications. A quoi tient-elle? Il ne saurait être question évidemment d’une immunité purement locale, c’est- à-dire due à ce que les agents pathogènes trouveraient à la surface du corps un obstacle à leur pénétration dans l’organisme, quand nous voyons, par exemple, les nourrissons réfractaires à la scarlatine, certains enfants indemnes pendant une épidémie de rougeole, contracter la maladie quelque temps plus tard ; en tous cas , il ne s’agit pas d’une affaire purement locale dans l’immunité que se confèrent l’une vis-à-vis de l’autre la variole et la vaccine. Cette immunité doit donc résider dans certaines propriétés particulières du sang ou des liquides de l’économie. Faut-il admettre que les micro-organismes ne trouvent pas dans l’économie les substances nécessaires à leur développement ? Mais l’oxygène, le sucre, l’albumine, les sels dont ils ont besoin, existent en quantité considérable dans l’économie. Ils y trouvent également une- température propice à leur développement. Seuls les spirochætes de la fièvre récurrente et les agents de la fièvre intermittente semblent détruits par l’exacerbation thermique qu’ils ont produite, laissant derrière eux des spores plus résistantes qui peuvent de nouveau se développer, reproduire les formes adultes, et périssent à leur tour pendant l’accès suivant. Peut-on penser, avec les partisans de la théorie ancienne de l’épuisement, que, pendant une première atteinte, les micro-organismes, en se développant dans l’économie, auraient consumé ou détruit quelque composé chimique nécessaire à leur vie, de telle sorte qu’une fois ce composé détruit ou absorbé, ils ne puissent plus continuer à vivre, que la maladie s’arrête et que, grâce à l’absence de ce composé, une nouvelle infection par les mêmes organismes soit devenue impossible? La question se ramènerait à la relation du saccharomyces avec la fermentation alcoolique. Tant qu’une solution contient du sucre, les saccharomyces peuvent s’y multiplier, mais, une fois tout le sucre disparu, transformé, la fermentation s’arrête ; le milieu étant épuisé, l’introduction d’une nouvelle quantité de saccharomyces ne donne plus lieu à aucun phénomène. Mais, outre qu’il serait difficile de comprendre comment dans quelques pustules vaccinales puissent être absorbés tous les éléments qui suffiraient à la production de milliers de pustules varioliques, il est impossible de comparer le milieu organique à un milieu inerte. Les échanges incessants qui se passent dans le sang n’auraient-ils pas reproduit bientôt ou du moins en quelques années ce composé chimique indispensable, alors que l’on voit le sang et les sucs noui-riciers se renouveler si facilement et si rapidement après une saignée? Et encore l’explication proposée ne s’adresserait qu’à l’immunité acquise par une atteinte antérieure ; comment l’appliquer aux sujets qui pendant toute leur vie

38 ZYMOTIQUES (maladies). — physiol. pathol. des mal. i.nfectieuses. sont réfractaires à la variole, à la scarlatine ? Faudrait-i! admettre qu’ils n’ont jamais possédé ces éléments organiques qui, chez d’autres, font partie intégrante de leur organisation? Et pour ceux qui, réfractaires hier, sont atteints aujourd’hui, faut-il admettre que du jourau lendemain ces composés ont pu se produire? Poser la question, c'est montrer l’imperfection d’une théorie[que condamnent d’ailleurs des expériences positives : « un bœuf inoculé avec le sang d’un cochon d’Inde mort du charbon contracte la maladie qui, bien que n’étant pas toujours fatale, est cependant très-grave; l’animal recouvre la santé et, pour un temps du moins, est protégé contre une nouvelle atteinte. Mais rien ne prouve que, si l’on faisait une infusion des tissus de cet animal, le bacille du charbon ne s’y développerait pas en abondance, puisqu’il croît dans presque toutes les matières qui contiennent une trace de substance protéique. De même, quand on fait une infusion des tissus d’un cochon d’Inde, d’une souris ou d’un lapin, et qu’on s’en sert comme de milieu nutritif pour y cultiver le bacille du charbon, celui-ci s’y développe admirablement; il en est de même en ce qui concerne la peste du porc » (Klein). Il n’y a donc pas de raison pour admettre qu,e, après une invasion de la maladie, le sang et les tissus deviennent un terrain défavorable à une seconde atteinte, grâce à l’épuisement de quelque composé chimique nécessaire.

Faut-il admettre, au contraire, avec Klebs, que les organismes en se multipliant dans l’économie produisent quelque substance chimique qui agisse comme un poison contre une nouvelle invasion du même organisme (théorie de l’antidote), ou qu’avant toute maladie il existe dans le sang quelque substance chimique qui empêche le développement de certains schyzomycètes ; qui, présente chez certains sujets, peut manquer chez d’autres; qui peut se former à certains moments et disparaître plus tard? Ne s’agit-il que de propriétés endosmotiques, variables suivant les individus et les circonstances, des éléments nutritifs mis ’a la disposition des parasites? Ces dernières hypothèses nous semblent les plus admissibles, étant donné ce que nous connaissons sur l’histoire de diverses fermentations. De l’eau contenant une faible quantité de chaux peut troubler la fermentation alcoolique. Certaines espèces d’albumine n’ont pour les saccharomyces aucune propriété nutritive (Pasteur), etc. De même certaines différences de l’échange moléculaire, qui échappent à l’analyse histologique ou chimique la plus minutieuse, peuvent exister enlre herbivores et carnivores, entre animaux et hommes, entre hommes, et chez le même homme suivant le moment; elles peuvent résulter du fait d’une première atteinte ou de l’acclimatement, entraver ou favoriser l’évolution de certains ferments pathologiques et nous expliquer cette 'immunité ou cette réceptivité variable suivant les cas, et sur laquelle nous avons dû nous appesantir plus longuement, parce qu’à elle seule elle est presque une démonstration de ce fait que les maladies infectieuses sont engendrées par des parasites agissant à la façon des ferments.

Cette discussion un peu longue peut paraître oiseuse, et cependant elle me semble avoir son importance. Depuis un certain nombre d’années,

ZYMOTIQÜES (maladies). — pron. et diagx. des mal. infectieuses. 39 des hommes de la plus haute valeur, des savants du plus grand mérite, ont consacré tous leurs soins à l’étude des micro-organismes ; des résultats brillants ont déjà couronné leurs efforts, et il est permis d'espérer que, dans un temps relativement court, nous connaîtrons pour chaque maladie infectieuse l’organisme qui lui donne naissance. Mais alors même le problème ne sera pas résolu et la physiologie pathologique delà maladie zymotique ne sera pas faite, il restera une inconnue de la plus haute importance. L’organisme pathogène, quelque constant, quelque caractéristique qu’il puisse être, n’est pas dans son action indépendant de l’organisme sur lequel il se développe ; les deux organismes ne sauraient être isolés l’un de l’autre. Que la modification du sang ou des sucs de l’économie soit produite par la présence et le développement des organismes pathogènes aussi réellement que dans la fermentation alcoolique, l’alcool résulte de la décomposition que le saccharomyces fait subir au sucre, ou bien que l’organisme pathogène élabore un produit spécial qui agisse sur les sucs de l’économie, il est certain que ces modiûcations ont leur importance et constituent une des données capitales de ce problème. C’est dans cette direction encore qu’il faudra chercber.

Prokostic et diagnostic des maladies infectieuses. — Il nous est parfaitement impossible de formuler, sur le pronostic des maladies zymotiques, aucune règle générale. Et en effet, ce pronostic est essentiellement variable suivant les cas, très-bénin parfois, d’autres fois rapidement fatal; il varie suivant que la maladie zymotique reste locale, bornée à un seul organe, sans envahir le reste de l’économie, ou qu’au contraire elle est généralisée et que l’infection est complète ; pour la même maladie, il change suivant les caractères de l’épidémie, suivant le sujet atteint ; en un mot, c’est le pronostic de chaque maladie zymotique en particulier plutôt qu’un pronostic général qu’il importe de connaître.

Quant au diagnostic, il ressort en partie de ce que nous avons déjà étudié : aussi serons-nous bref sur ce point. Étant donné une maladie, doit-elle entrer dans la classe des maladies infectieuses ? et parmi cellesci, à quel groupe faut-il la rattacher? Nous l’avons vu, la liste si longue déjà des maladies zymotiques n’est encore qu’une liste provisoire : certaines maladies qui n’y figurent pas encore y seront peut-être portées un jour, d’autres qui s’y trouvent sont peut-être destinées à en être effacées. Leur caractère essentiel réside dans la cause qui leur donne naissance ; c’est le parasite agissant à la façon d’un ferment figuré qui leur imprime leur cachet spécial; si les autres caractères ont leur importance, celui-ci prime tous les autres, et seul il est capable de nous donner une certitude complète sur la nature infectieuse d’une maladie donnée. L’activité si considérable qui règne dans la bactériologie nous permettra bientôt peut-être de donner une liste définitive ; que si même, pour certaines d’entre elles, l’agent causal échappait à nos investigations, il suffirait, pour nous autoriser à l’ajouter à la liste bactérienne, qu’une maladie montrât qu’elle répond à la définition que nous avons donnée de l’infec-

40 ZYMOTIQÜES (hal.). — cossidér. tuérap. gén. sdr les sial,, ryu. tion, c’est-à-dire que le poison qui la produit a la faculté, placé dans des conditions favorables, de se reproduire et de se multiplier.

C’est ensuite l’étude attentive du mode d’origine et de propagation de la maladie qui nous permettra de la ranger dans l’un des groupes que nous avons établis, parmi les maladies purement contagieuses ou purement miasmatiques, ou à la fois miasmatiques et contagieuses. Problème souvent long et difficile, mais dont l’importance ne saurait nous échapper, car c’est de sa solution que doit dépendre en partie notre intervention thérapeutique.

CoNSIDÉRATIOiSS THÉRAPEUTIQUES GÉNÉRALES SUR LES MALADIES ZYMOTIQÜES.

— La thérapeutique des maladies zymotiques a pour but : 1° d’empêcher la production des agents infectieux ; 2° de les détruire une fois qu’ils sont produits et avant qu’ils aient atteint l’organisme ; 3“ d’en neutraliser les effets dans l’économie, et 4“ d’en empêcher la propagation.

Ce ne sont là évidemment encore que des indications générales: les détails eu sont exposés à propos de chacune des maladies qui rentrent dans notre sujet.

1° Empêcher la pj'oduction des agents infectieux, c’est-à-dire modifier les conditions dans lesquelles ils prennent naissance. — • Cette indication s’adresse tout particulièrement à certains agents qui végètent et se reproduisent hors de l’organisme, mais dont la production ou du moins la multiplication dépend de certaines conditions extérieures spéciales : tels sont les miasmes, les agents septiques, les miasmes-contages. Malheureusement pour le plus grand nombre de ces agents nous ne savons pas assez bien les modifications telluriques, atmosphériques ou autres, qui peuvent arrêter ou favoriser leur développement ; mais pour quelques-uns du moins ces conditions ont été assez bien étudiées pour nous encourager dans cette voie. De même que la suppression ou la transformation des marais a réussi dans certains pays à supprimer le miasme paludéen qui y avait élu domicile, de même que dans son berceau la peste a presque entièrement disparu depuis que l’on a propagé et appliqué avec rigueur en Égypte les mesures hygiéniques et sanitaires, surtout au point de vue des inhumations, de même l’hygiène privée et publique pourrait sans doute par des travaux de dessèchement, de canalisation, de terrassement, de drainage, de reboisement, etc., par des soins de propreté plus minutieux et plus complets sur les personnes, dans les habitations, etc., modifier les conditions qui favorisent le développement et la multiplication des miasmes et empêcher certains pays de constituer les foyers endémiques de bien des maladies zymotiques. E.st-ce à ces mesures d’hygiène plus générales et mieux entendues qu’il faut attribuer la disparition d’un grand nombre de maladies autrefois épidémiques, telles que la peste noire, la maladie cardiaque, la suette anglaise ; est-ce à ces précautions qu’il faut attribuer la bénignité de la syphilis de nos jours comparée à ce qu’elle était aux temps de Jean de Vigo et de Bérenger de Carp ? ou bien les miasmes et les contages obéissent-ils à cette grande loi qui régit tous les êtres vivants et qui veut qu’après avoir

ZYMOTIQUES (mal.). — coxsidér. thérap. gén. .sür les mal. zïm. 41 paru sur notre globe et y avoir acquis peu à peu leur maximum de puissance ils se mettent de nouveau à dégénérer pour disparaître comme ils s’étaient montrés (Anglada)? Cettè hypothèse, si plausible qu’elle soit, ne nous permet pas de rester inactifs et de nous borner au rôle de spectateurs muets et impuissants des fléaux qui déciment l’humanité ; en attendant que le temps fasse son œuvre, l’homme a le devoir d’opposer toutes les ressources de l’hygiène à combattre dans leurs foyers originels les agents infectieux, en modifiant les conditions telluriques, atmosphériques ou autres, qui leur permettent de se multiplier, et en supprimant toutes les causes d’insalubrité qui entretiennent leur vitalité.

2“ détruire les agents infectieux une fois qu’ils existent avant qu’ils aient pu atteindre un organisme sain. Pour certaines maladies zymoliques, les maladies contagieuses particulièrement, le principe infectieux, reproduit dans l’organisme lui-même, se transmet sans cesse d’un individu à l’autre pour s’y reproduire encore ; pour d’autres, il est rejeté au dehors et passe dans le milieu extérieur par une série de transformations avant de pouvoir à nouveau infecter un organisme sain. C’est pendant ce temps de passage, pendant celte période intermédiaire de son développement, qu’il faut le détruire ; c’est dans l’air où il est suspendu, dans les objets inanimés auxquels il est fixé, dans les déjections par l’intermédiaire desquelles il vicie l’air, le sol et les eaux, qu’il faut l’atteindre et l’anéantir, et c’est ce rôle qui revient à la désinfection. Cette question, une des plus importantes de la thérapeutique, exigerait des développements qu’il nous est impossible de lui donner ici ; elle a été traitée à l’article Désinfectakts de ce Dictionnaire. Ici les règles sont excessivement variables ; Détruire par le feu, quand ils ont peu de valeur, les objets qui ont servi au malade ou qui peuvent transporter le germe infectieux; détruire de même les animaux et pour certaines zoonoses les cadavres d’animaux qui renferment le virus ; soumettre les linges, la literie, etc., à une forte température sèche, température suffisante pour détruire non-seulement les micro-organismes adultes, mais encore les spores qu’ils peuvent laisser après eux et qui ont une résistance plus grande. L’ébullition de l’eau d’alimentation est un moyen précieux de priver ce liquide des germes qu’il peut contenir, mais il faut ensuite par une aération convenable y faire redissoudre une certaine quantité d’oxygène et d’acide carbonique. Alors seulement il faudra employer les désinfectants pour anéantir dans l’air, les vêtements, les déjections, les objets divers, les germes qu’ils peuvent contenir.

5» Neutraliser les effets des agents infectieux. — Nous pourrons le tenter par deux ordres de moyens, soit en préparant l’organisme à n’en pas subir les atteintes, soit en annihilant dans l’économie les agents morbides avant qu’ils aient commencé à agir. Nous avons vu qu’il existe normalement pour toutes les maladies zymotiques certaines conditions spéciales qui augmentent ou diminuent la prédisposition, qui peuvent même conférer une immunité plus ou moins durable et complète. C’est à diminuer la prédisposition et à acquérir cette immunité que doivent

-42 ZYMOTIQUES (mal.). — coîîsidér. thérap. gén. sdr les mal. zïm. tendre nos efforts. Nous savons que pour la plupart des maladies infectieuses ce sont les sujets faibles, débilités, démoralisés, accablés par les tristesses physiques ou morales, soumis à l’encombrement ou souffrant de la famine, qui payent le tribut le plus considérable. Faire cesser ces causes prédisposantes par une hygiène bien entendue, par des soins de propreté extrême, par une alimentation réconfortante, éviter toute sorte d’excès, maintenir l’intégrité la plus parfaite du tégument externe, telles sont, en quelques mots, les précautions hygiéniques qui peuvent diminuer la réceptivité. C’est à conférer l’immuuité que tendent la vaccination et la revaccination, que tendaient autrefois les inoculations préventives, que tend encore cette ingénieuse méthode d’atténuation des virus qui a déjà donné entre les mains de Pasteur et de ses élèves de si remarquables résultats et qui permet d’en attendre de plus beaux encore.

Une fois que l’agent infectieux a atteint l’organisme, de nouveaux moyens doivent être mis en œuvre. Quelquefois il est possible de l’atteindre sur le seuil de l’économie avant qu’il ait eu le temps de se propager et de produire l’infection générale. C’est ainsi que la cautérisation et l’excision des abcès morveux, la destruction de la pustule maligne, la cautérisation profonde et immédiate de la morsure d’un chien enragé, la destruction des fausses membranes diphthéritiques, peuvent anéantir l’agent infectieux sur place avant qu’il ait eu le temps d’être absorbé. Malheureusement, à part quelques cas tout spéciaux, la première manifestation apparente de la maladie est déjà l’indice d’une infection générale, et les résultats négatifs auxquels a donné lieu une pratique bien vantée il y a quelques années, l’excision du chancre syphilitique, nous montrent que trop souvent cette action préventive n’est qu’illusoire.

Puis, quand la pénétration, l’absorption, l’infection, sont produites, il faut encore essayer de détruire dans le sang et les tissus les agents pathogènes, afin de limiter leur action aux désordres produits et d’empêcher leurs manifestations ultérieures. C’est là le rôle de la médication antizymotique.Mais, pour arriver à ce résultat, il faudi’ait connaître pour chaque maladie la nature du parasite, les conditions de sa vie et de son développement, et connaître pour chacun deux l’antidote qui peut enrayer son activité et son évolution. Trouverons-nous pour chaque maladie le médicament antimycétique qui lui convient, comme nous avons trouvé le sulfate de quinine pour la fièvre intermittente, le mercure pour la syphilis ? C’est là encore une des nombreuses tâches qui incombent à la thérapeutique contemporaine; nous en sommes encore à la période des recherches et des tâtonnements. Parmi les médicaments employés dans ce but, citons seulement : l’acide phénique, l’acide borique, l’acide salicylique, l’iode, l’eucalyptol, l’acide benzoïque, la créosote, la résorcine.

4“ Empêcher la maladie de se propager. — Nous avons vu que certaines maladies essentiellement contagieuses se propagent plus ou moins facilement d’un sujet à l’autre ; que d’autres, habituellement endémiques, peuvent à certains moments s’étendre au delà de leur foyer

ZYMOTIQUES (mal.). — considér. thérap. gén. sur les mal. ztm. 45 primitif et donner lieu à des épidémies plus ou moins violentes ; c’est à empêcher cette propagation que se rattachent les plus grandes, les plus délicates, mais aussi les plus difficiles questions de l’hygiène publique.

Pour les maladies qui ne se propagent que par contagion directe, telles que la blennorrhagie, la syphilis, etc., l’isolement complet des malades atteints suffirait pour éteindre la maladie. Mais il est inutile de montrer combien une pareille mesure, si complètement-efficace en théorie, devient difficilement applicable en pratique; les règlements de police sanitaire ont pu diminuer le mal, sans être arrivés à l’arrêter. D’autres maladies se propagent par l’air, les eaux, les objets qui ont touché le malade; c’est encore l’isolement du malade, la désinfection de l’air qui l’environne, la désinfection des objets qui lui ont servi, l’exécution plus rigoureuse des règlements de grande et de petite voirie, la visite des logements insalubres, la surveillance des égouts, etc., l’interdiction des puits contaminés par des déjections, etc., qui pourront empêcher la transmission, la propagation des maladies infectieuses. Toutes ces mesures doivent être exécutées avec plus ou moins de rigueur, selon les maladies : l’isolement complet d’un scarlatineux s’impose; l’isolement d’un typhoïdique peut être moins sévère, mais c’est encore l’isolement des déjections qui devra tout particulièrement attirer l’attention.

Certaines maladies spéciales, la septicémie, le typhus, Tophthalmie purulente, exigent, pour arrêter la propagation de l’infection, dans une école, un hôpital, un camp, la dissémination rapide des malades; il semble que la dose toxique nécessaire pour produire la maladie ne s’obtienne que par suite de l’accumulation, de l’encombrement d’un grand nombre de malades dans un même local, et que la dissémination, en éparpillant les germes, rende les malades moins aptes à contracter la maladie.

D’autres maladies, habituellement confinées dans leur foyer d’origine, ne vont que par moments s’étendre à des contrées plus ou moins éloignées et infecter nos pays ; il faut alors enfermer les germes dans leurs foyers et les empêcher d’aborder sur nos côtes ; c’est là le but de l’hygiène internationale et des conventions par lesquelles les pays civilisés se sont efforcés de se soustraire à l’invasion des épidémies. On a institué des médecins sanitaires chargés d’étudier dans leurs foyers les maladies infectieuses exotiques et qui doivent être « les rouages intelligents d’un système d’enquête permanente et de positive information sur tout ce qui intéresse le régime sanitaire international » (Michel Lévy). On a réglementé l’institution des quarantaines, réorganisé le service des lazarets, formé des cordons sanitaires destinés à isoler les endroits contaminés et à arrêter la marche envahissante des maladies une fois qu’elles ont fait invasion dans le pays.

On peut jusqu’à un certain point discuter les détails de cette organisation, leur refuser en pratique l’efficacité que l’on avait espéré en retirer ; on a pu se laisser aller quelquefois à des rigueurs exagérées, à des mesures contradictoires ou inutiles, mais on ne saurait nier à ces mesures le mérite incontestable d’avoir, par des constatations de l’état hygiénique des

ZYMOTIQUES (maladies). — bibliographie.

bâtiments en partance, de leur cargaison, par l’assainissement des navires, l’examen de la qualité des vivres, des boissons, des vêtements des matelots, fondé l’hygiène navale, de nous avoir donné sur les maladies épidémiques des connaissances inconnues jusque-là et d’avoir dans certains cas évité à nos pays des malheurs irrémédiables.

Nous n’avons pu donner ici que d’une façon très-superficielle l’indication des mesures à prendre vis-à-vis des maladies zymotiques, les détails sont traités pour chacune d’elles aux différents articles qui s’en occupent; en présence de maladies aussi diverses nous ne saurions formuler aucune règle générale.

Il nous est impossible de signaler ici les innombrables travaux parus depuis l’antiquité jusqu’à nos jours sur l’infection et les maladies infectieuses. Une grande partie des indications bibliographiques qui ont trait à ce sujet se trouvent déjà consignées à l’article : Costagioîî de ce Dictionnaire ; nous y ajouterons :

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Voyez en outre la bibliographie des divers articles : Chabbox, Choléra, Cosstiiutioxs médicales, Désisfectasts, Endémie, Épidémie, Érysipèle, Ferment, Fermentation, Fièvre jaune, Typhoïde (F.). Gale, Grippe, Marais, Morve, Parasites, Peste, Puerpéralité, Purulente (Infection), Rase, Rougeole, Scarlatine, Septicémie, Tuberculose, Vaccine, Variole, Microbes, etc.

J. SCUÎIITT.

Supplément-

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