‹ Nouveau dictionnaire de médecine de chirurgie pratiques, illustré de figures intercalées dans le texte, sous la direction du Dr Jaccoud. Tome 40. supplChapitre 4 sur 531 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

AIXTIPYRIWE. — ■ Au commencement de l’année 1884, Fileline (d’Erlaiigen) fit une première communication sur les effets thérapeutiques d’une substance que venait de découvrir L. Knorr (de Munich), et la présenta sous le nom à' antipyrine, que justifie son action caractéristique : l’abaissement de la température morbide. Immédiatement, le nouvel agent fut essayé, toujours avec succès, par Ernst, Penzoldt et Sartorius, Gultmann, Falkenheim, Biermer, Alexander, etc., en Allemagne; Masius et P. Snyers, à Liège; Marigliano, à Gênes; Rapin et Secrétan, en Suisse, etc.

En France, l’apparence de remède secret que donnait à l’antipyrine le silence gardé par les médecins allemands sur son origine la fit d’abord accueillir avec une certaine défiance : mais, Filehne en ayant fait connaître la constitution chimique et le mode de préparation, G. Sée, Huchard, Dujardin-Beaumetz, Debove, Féréol, Daremberg, Jaccoud, Bouveret, etc., l’expérimentèrent sur les malad(!S fébricitants. Hénocque et Arduin, par des expériences sur les animaux, précisèrent son action physiologique. Aussi, bien que certains points restent à élucider au sujet de son mécanisme intime et de son meilleur mode d’emploi, il est dès maintenant possible d’apprécier la valeur du nouvel antithermique.

Chimie. — L’antipyrine est un alcaloïde oxygéné, qui dérive de la quinoline : c’est la diméthyloxyquinizine. Sa formule paraît être C^'H‘^Az®0^ Elle appartient à la classe des phénols, dont la rapprochent à la fois ses réactions et ses effets thérapeutiques et toxiques.

On la prépare en traitant quatre parties de phénylhydrazine par cinq parties d’éther acéto-acétique. On obtient d’abord un liquide huileux, qui, chauffé à 100“ pendant deux heures, laisse dégager de l’alcool, et donne l’oxyméthylquinizine. Celle-ci est chauffée à 100", en tubes scellés, avec parties égales d’éther mélhyliodhydrique et d’alcool méthylique : au produit, décoloré par l’acide sulfureux, et débarrassé de l’alcool par distillation, ou ajoute une lessive de soude concentrée qui précipite la diméthyloxyquinizine sous forme d’huile pesante. La masse est agitée avec l’éther, et se prend en cristaux prismatiques par évaporatjon de la solution éthérée.

L’antipyrine ainsi cristallisée forme une poudre brillante, blanc grisâtre ou jaunâtre; fusible à 115"; presque inodore, d’un goût un peu

48 ANTIPYRINE. — pharmacodynamiqde. [Supplément]

aromatique et amer, peu persistant, beaucoup moins prononcé que celui du sulfate de quinine; peu soluble dans l’éther; très-soluble dans l'alcool et dans l’eau (10 parties se dissolvent dans 6 parties d’eau froide, dans moins encore d’eau chaude) ; soluble dans la benzine et le chloroforme.

Sa réaction chimique la plus importante est fournie par le perchlorure de fer liquide, dont une goutte, ajoutée à une solution d’antipyrine au centième, lui fait prendre une coloration analogue à celle du vin de Porto (rouge capucine). Examinée sous une épaisseur de 1 centimètre au spectroseope et à la lumière solaire diffuse, celte solution ainsi colorée ne laisse passer que les rayons rouges, absorbe tous ceux qui vont de l’orangé au violet (Hénocque).

L’iodure ioduré de potassium donne un précipité rouge brun trèsabondant; ce réactif, très-sensible, se fait encore sentir dans une solution d’antipyrine au cent millième (Marigliano).

Enfin Patein, pharmacien de l’hôpital Bichat, indique les réactions suivantes :

Tannin, précipité blanc grisâtre abondant;

lodure double de mercure et de potassium, précipité léger;

Chlorure de platine, acide picrique, précipité jaune ;

Chlorure mercurique, précipité blanc;

Chlorure d’or, précipité jaune très-abondant;

Nitrate mercurique, coloration rose à chaud;

Acide chlorhydrique, coloration légèrement jaunâtre à chaud;

Acide nitreux, coloration verte;

Acide azotique concentré, coloration rouge cerise à l’ébullition, disparaissant par l’action des réducteurs, jaunissant par celle de l’ammoniaque;

Acide sulfurique, rien;

Alcalis, rien, même à chaud.

Pharmacodynamique. — Les effets physiologiques de l’antipyrine se confondent presque entièrement avec son action thérapeutique, et il nous paraît impossible de parler des premiers sans faire une continuelle incursion sur le domaine clinique, mieux exploré jusqu’ici que celui de la physiologie. Nous aurons à passer successivement en revue l’action sur la calorification, sur la circulation, sur l’état du sang, sur la respiration, sur les fonctions du tube digestif, des reins, de la peau, du système nerveux.

Calorification. — L’abaissement de température qui caractérise essentiellement l’antipyrine a été observé par Hénocque et Arduin sur des cobayes et des grenouilles. Fait digne de remarque : chez un lapin qui, après l’absorption d’une dose suffisante pour le mettre en état de paraplégie et de convulsions tétaniques, n’avait manifesté primitivement aucune modification thermométrique, l’antipyrine ramena à la normale la température dont l’ascension avait été provoquée par une lésion traumatique expérimentale.

[Sopplémekt] ANTIPYRINt]. — pharmacodïnamique. 49

Chez l’homme sain, tandis que Müller affirme avoir constaté un abaissement de quelques dixièmes de degré au-dessous de la normale, Biermer a observé, après l’ingestion de 5 grammes de médicament, une ascension d’un demi-degré, avec une transpiration légère.

Mais chez l’homme malade fébricitant la question ne saurait être douteuse : ici l’antipyrine abaisse sûrement la température, et, si la chute thermométrique varie dans la rapidité avec laquelle elle se produit comme dans le temps pendant lequel elle se maintient, ces variations laissent intacte la constance de l’action antithermique. D’après les médecins allemands, une dose de 5 à 6 grammes prise en trois fois, d’heure en heure, détermine un abaissement de température qui commence 1 heure et demie ou 2 heures après la première prise, se poursuit lentement (1/2 degré par heure) et progressivement jusqu’à ce que la normale soit atteinte, atteint son maximum au bout de 4 à 5 heures et se maintient 6 à 8 heures, quelquefois même 18 à 20 heures : l’ascension secondaire de la température n’est pas plus bi'usque que la dépression. Toutefois, ces doses élevées ne sont pas aussi inoffensives qu’on Ta dit : en présence des phénomènes désagréables (intolérance gastrique, sueurs profuses) ou dangereux (tendance aucollapsus) qu’elles ont parfois déterminés, on a modifié, en France et en Italie, le mode d’administration de Tantipyrine. Or il est démontré par l’expérience que des doses de 50 à 75 centigrammes, prises en une fois, déterminent au bout de 2 heures un abaissement de température de plusieurs dixièmes de degré, et que, si on répète ces doses aussi souvent qu’il est nécessaire, elles ont une action défervescente qui dure 6 à 18 heures et peut atteindre 36 à 48 heures.

Dans une communication récemment faite à l’Académie de médecine de Paris, Jaccoud insiste sur la fugacité de la chute thermoraétrique et sur la rapidité avec laquelle s’opère la réascension, fréquemment accompagnée d’un frisson violent : en d’autres termes, la persistance du minimum obtenu est inappréciable, « l’irradiation périphérique de la température est seule influencée, sans bénéfice durable pour le malade. » Cette observation, parfaitement justifiée par les faits cliniques, nous semble indiquer une fois de plus la nécessité de répéter les doses fractionnées et l’inutilité des doses massives, que nous verrons être nocives par l’hypothermie qu’elles déterminent.

Les enfants fébricitants, même à la mamelle, supportent bien Tantipyrine, et retirent de grands bénéfices de son absorption, à la condition toutefois que les doses soient proportionnées à leur âge, et qu’ils soient l’objet d’une active surveillance : il ne faut pas oublier que la moindre imprudence dans le mode d’emploi pourrait être, plus qu’à toute autre époque de la vie, le point de départ d’horripilations, de collapsus avec menaces de syncopes, analogues aux accidents d’empoisonnement par Tacide phénique. L’abaissement de température est du reste, comme chez l’adulte, de 1 à 3 degrés.

Pouls, Circulation. — La diminution de fréquence du pouls, annoncée

souy. DICT. IIÉD. ET CHI.T. XL — 4

50 A^’TIPYRINE. — pharmacodykamique. [Sopplémest]

par Filehne, observée plus tard par Queirolo (de Gênes), n’est pas constante. Souvent, sans doute, le nombre des pulsations est moindre, après une administration d’antipyrine, mais dans bien des cas il reste élevé, de sorte qu’on ne peut établir un parallélisme absolu entre la chute de la température et celle du pouls : même lorsque celui-ci bat moins vite, ce retard n’est pas en rapport avec l’étendue de la défervescence.

Relativement à la tension artérielle, les avis sont partagés : Cahn la regarde comme diminuée ; Mûller la considère comme augmentée. D’après Marigliano et Queirolo, la diminution de tension a lieu seulement dans les cas où le pouls avait une grande fréquence avant l’action du médicament. De nouvelles expériences élucideront sans doute la question.

Etat du sang. Action hémostatique. — Hénocque, examinant au spectroscope le sang d’un phthisique qui, une demi-heure après l’absorption de 2 grammes d’antipyrine, avait un abaissement de température de 6 dixièmes de degré, ne constata pas de réduction exagérée de l’oxylîémoglobine, encore moins de production de méthémoglobine.

Chez les animaux, avant la période asphyxique, le sang est seulement un peu plus épais. Dans la période de paraplégie, les globules rouges d’un cobaye étaient notablement plus colorés, plus gros, plus arrondis ; les globules blancs n’étaient plus animés de mouvements amiboïdes. A la période asphyxique, l’oxyhémoglobine était remplacée par l’hémoglobine réduite.

L’action hémostatique de l’antipyrine a été mise en lumière par les expériences suivantes. Sur quatre cobayes, Hénocque et Arduin pratiquèrent l’ablation des trois orteils d’une patte postérieure : cette patte ayant été plongée, pour le premier cobaye, dans une solution d’antipyrine au l’hémorrhagie dura 4 minutes ; elle dura 9 minutes chez le second animal, dont la patte plongea dans le perchiorure de fer déliquescent; 7 minutes chez le troisième, pour lequel on avait employé une solution alcoolique d’ergotine au ^ ; elle persista plus longtemps encore sur la quatrième patte en contact avec l’eau. L’hémostase ne fut définitive qu’avec l’antipyrine : ailleurs, il y eut de nouvelles pertes de sang.

Dans une seconde expérience, faite avec Arduin et Déjardin, Hénocque mit à nu, sur un lapin de 1800 grammes, les vaisseaux fémoraux de la patte postérieure gauche, les sectionna, et recouvrit la surface de section d’abord d’une rondelle d’amadou imbibé d’une solution d’antipyrine au ensuite d’une cuillerée à café de cette solution, enfin d’une plaque d’amadou légèrement comprimée; l’hémorrhagie, arrêtée en quelques minutes, ayant reparu à la suite de mouvements de l’animal, cessa par l’emploi du même moyen.

Enfin, sur un enfant de deux ans chez lequel une hémorrhagie assez notable avait été produite par l’incision d’un abcès ganglionnaire de l’aine, Hénocque arrêta immédiatement l’écoulement sanguin en appliquant sur la plaie un tampon imbibé d’une solution d’antipyrine.

L’action hémostatique de cette substance ne peut donc être mise en doute, quoique la thérapeutique n’en ait encore obtenu aucun bénéfice.

[Sopplément] antipyrine. — pharsiacodynamiqüe. 51

Respiration. — A l’état physiologique, l’antipyrine n’agit pas directement sur la respiration, ne diminue pas la fréquence des mouvements respiratoires par une action propre sur les fonctions mécaniques du poumon. Mais, lorsque cette fréquence est exagérée pathologiquement, par le fait de l’élévation thermique, elle peut jusqu’à un certain point l’atténuer en combattant l’exagération de la chaleur dont elle dépend.

Appareil digestif. — Le plus souvent, l’antipyrine n’influence ni l’appétit, ni la digestion. Quelquefois pourtant on observe un peu de constriction pharyngée et quelques signes d’intolérance gastrique ; répugnance, nausées, et même vomissements. Outre la question d’idiosyncrasie, qui se pose ici comme pour toute autre substance, il ne faut pas perdre de vue que ces phénomènes ont été observés surtout chez les phthisiques, lesquels, on le sait, vomissent souvent en l’absence de toute médication.

Le docteur Gouël, médecin de l’hôpital des phthisiques de Villepinte, a constaté que, dans la phthisie, l’antipyrine semble diminuer la diarrhée, et enlève souvent leur fétidité aux selles diarrhéiques.

État des urines. — L’antipyrine s’élimine surtout par les urines (peut-être aussi par les sueurs). Une heure après l’avoir administrée, on peut en reconnaître la présence dans l’urine des malades traités, ou des animaux intoxiqués, par la coloration bleu noir que donne l’addition d’une goutte de perchlorure de fer, coloration plus brunâtre que celles prises dans les mêmes conditions par la solution aqueuse d’antipyrine ou par l’urine dans laquelle on a directement dissous cette substance. Cette réaction qui se manifeste encore après 36 et 48 heures est la même que celle qui est fournie par l’urine des sujets ayant absorbé un phénol, et tend à faire croire que l’antipyrine se dédouble par oxydation dans l’économie (Bardet). Au spectroscope, on retrouve dans cette urine la bande d’absorption étendue de l’orangé au violet, mais avec quelques rayons jaune verdâtre et verts, suivant que le liquide est plus ou moins concentré ou contient plus ou moins d’autipyrine (Hénocque).

Cette élimination par les urines doit être prise en sérieuse considération par les cliniciens, qui trouveront peut-être dans les diverses affections du rein (congestion, dégénérescences, etc.), contrairement à ce qui a été dit, une contre-indication à l’emploi de l’antipyrine.

Celle-ci a une action marquée sur la polyurie : de ses recherches faites à Lyon, dans le service de Bouveret, le D‘' Favre conclut qu’à la suite de l'administration de l’antipyrine la quantité d’urines émises en 24 heures subit une diminution qui varie de 300 à 1800 gramm., et que ta transpiration concomitante ne suffit pas à expliquer. Les mêmes auteurs ont constamment vu le chiffre de l’urée abaissé, proportionnellement à la diminution de l’urine, ou même d’une façon encore plus marquée.

Fonctions de la peau. Sueurs, Exanthème. — Dès le début de ses expériences, Filehne avait constaté l’existence de sueurs pouvant durer 10, 20, et jusqu’à 45 minutes après l’administration du médicament. Cette transpiration a pris dans certains cas une abondance telle qu’il a

52 ANTIPYRINE. — pharmacodynamique. [Supplément]

paru urgent de chercher les moyens de l’atténuer, sinon de la prévenir. Le conseil donné par Riegel (de Giessen) de prescrire, 1 5 minutes avant la première prise d’antipyrine, une pilule de 5 milligr. d’agaricine ou d’un dem-imilligr. d’atropine, n’est pas infaillible : l’abaissement des doses d’antipyrine, racheté par leur répétition, maintient ordinairement la transpiration dans des limites telles qu’elle ne puisse contre-in diquer l’usage du médicament, mais n’entrave pas complètement la diaphorèse.

La peau manifeste encore l’influence qu’elle subit par une dilatation des vaisseaux périphériques, ordinairement légère, mais pouvant aller jusqu’à l’apparition d’un exanthème rubéoliforme. Observé et décrit par Ernst, Masius, Cahn, Alexander, Debove, Denux, cet exanthème est constitué par de petites taches rougeâtres, irrégulièrement circulaires, disparaissant par la pression du doigt en laissant une pigmentation brunâtre; larges de 2 à lo millimètres; surtout marquées sur la poitrine, le dos, le ventre; plus abondantes aux membres du côté de l’extension que du côté de la flexion; quelquefois prurigineuses; cédant définitivement en quelques jours, sans même qu’on interrompe la médication antipyrétique. Cet exanthème ne serait pas, d’après Jaccoud, aussi insignifiant qu’on l’a dit : outre qu’il cause des démangeaisons pénibles et peut être l’origine d’une augmentation de la fièvre, il constitue un danger pour des téguments dont la vitalité est déjà menacée du fait de la cachexie. Cette conception, tout hypothétique qu’elle paraisse, puisque nous ne connaissons encore aucun exemple de cette mortification consécutive des tissus, est en somme rationnelle et commande une surveillance attentive.

Système nerveux. — Chez l’homme, à dose médicamenteuse, l’antipyrine ne détermine ni maux de tête, ni vertiges, ni éblouissements, ni surdité, ni bourdonnements d’oreille. Cependant certains sujets éprouvent un malaise vague, une angoisse mal définie, qui est pour ainsi dire l'ébauche de la dépression des forces, du collapsus, de l’état syncopal, signalés pour la première fois par Dujardin-Beaumetz et Debove : ces accidents doivent être présents à l’esprit du médecin, qui se rappellera « qu’un médicament modifiant aussi puissamment les phénomènes thermiques doit avoir une influence considérable sur le fonctionnement intime des centres nerveux et sur les actes vitaux essentiels. » Observés depuis par Blore, Boldt, Bouveret, Gœtz, Lepine, ces phénomènes doivent d’autant plus attirer l’attention que les chances de collapsus, dépendant de l’individualité du malade, et non des doses administrées, peuvent se présenter à chaque nouvelle prise du médicament, ainsi que Jaccoud en a cité des exemples.

Cette influence est manifeste chez les animaux auxquels on a fait absorber des doses toxiques d’antipyrine. Dans ces conditions, llénocque et Arduin ont observé de la faiblesse d’abord, puis une paralysie complète des pattes postérieures; l’abolition de la sensibilité et des mouvements réflexes; les convulsions cloniques, puis tétaniques, dans les quatre membres, avec opisthotonos ; un état cataleptiforme d’une portion des

[SüPPLÉMENTj ANTIPYRINE. — isdicatioks thérapeutiques. 55

membres; enfin un ensemble phénoménal très-analogue au strychnisme.

Il est certain que l’antipyrine agit sur la moelle allongée et sur le cerveau (Bouchard). Est-on en droit d’en conclure que c’est par l’intermédiaire du système nerveux qu’elle amène l’abaissement de la température morbide? Nous sommes porté aie croire. N’agissant pas sur la contractilité cardiaque, ni, à ce qu’il semble, sur la tension artérielle, elle n’inüuence ])as la température par une action directe sur la circulation centrale. Agit-elle sur la circulation périphérique, sur les petites artères? en d’autres termes, est-ce une substance vaso-motrice? C’est l’opinion de Queirolo, qui invoque la dilatation des vaisseaux cutanés, laquelle, d’après lui, précédei’ait l’abaissement de la température et le produirait : mais ces deux phénomènes sont ordinairement contemporains, ce qui exclut tout rapport de cause à effet entre eux.

On a dit encore que l’action sur la température était indirecte, l’antipyrine s’attachant d’abord à l’élément infectieux de l’état morbide ; mais où est cet élément infectieux dans le rhumatisme articulaire, où Bernheim a obtenu les beaux résultats que nous ferons connaître?

Par voie d’exclusion, et aussi d’hypothèse, il faut l’avouer, on arrive à penser que l’antipyrine agit sur les centres nerveux qui régularisent la production de chaleur, ou sur les propriétés thermogènes exaltées de la substance grise nerveuse. C’est donc la moelle qui serait d’abord influencée; c’est par son intermédiaire que se produirait l’abaissement de la température.

Indicatioîss thérapeutiqdes. — Par son action sur la température, l’antipyrine est indiquée dans un grand nombre de maladies qui comptent l’hyperthermie, la continuité de la fièvre, au nombre de leurs éléments. Il est vrai qu’en supprimant la fièvre elle ne supprime pas plus la maladie elle-même que tous les antitliermiques connus, mais en diminuant l’élévation thermique elle atténue ou fait disparaître la plupart des symptômes fonctionnels que celle-ci engendre. Malheureusement son effet est passager, son emploi détermine presque toujours des sueurs, et quelquefois, chose plus grave, une hypothermie qui peut devenir mortelle : c’est ce qui explique l’arrêt très-rigoureux porté contre elle par Jaccoud, arrêt qui n’est pas sans appel, mais qui diminuera certainement l’enthousiasme des premiers adeptes de cette médication.

C’est dans la tuberculose ‘pulmonaire, dans la fièvre hectique des phthisiques, qu’elle a été expérimentée d’abord par Filehne, et qu’elle manifeste le plus efficacement son action. Chez les tuberculeux, plus que chez tout autre malade, les doses doivent être fractionnées, en raison de leur faiblesse : une première prise de 25, 50, 75 centigr., abaisse la température de 1° environ; la seconde la fait descendre davantage, et, avec l’hyperthermie, on voit diminuer l’épuisement, l’accélération de la respiration, l’inappétence, l’insomnie, qu’elle entretenait. De cette façon, on évite souvent les sueurs et presque toujours les vomissements : le malade accuse une sensation de bien-être qui se maintient, ainsi que la

54 ANTIPYRINE. — isdicatioss thérapeutiqdes. [SopplémestI

chute thermométrique, non-seulement le jour de l’administration, mais aussi les jours suivants.

Dans la pneumonie, l’antipyrine rend aussi des services, en agissant non sur te parenchyme pulmonaire, mais sur l’hyperthermie : une dose de 50 centigr., 1 gramme au plus, abaisse sûrement la température de 1 à 2 degrés.

Dans ldi fièvre typhoïde, outre une défervescence constante, on observe souvent une heureuse modification de l’état général, un amendement du malaise général, de la céphalalgie; le dicrotisme du pouls disparaît (Millier, Hucliard); la durée de la maladie est abrégée (May, Rapin, Sécrétan), Malheureusement pour obtenir ces résultats il faut donner des doses relativement élevées : 1 à 2 grammes en deux doses à une heure d’intervalle ; les médecins allemands ont même administré 5,6, et jusqu’à 8 grammes en quelques heures. C’est alors qu’on voit apparaître des sueurs profuses, parfois excessives, moins redoutables sans doute que dans la phthisie, mais néanmoins fâcheuses dans une maladie à tendance adynamique.

Il en est de même dans V érysipèle : ici non-seulement des doses élevées sont nécessaires, mais l’abaissement de température qu’elles produisent, et qui est de 1° environ par prise, ne se prolonge guère au delà de deux heures.

Dans la péritonite (Offret, de Cherbourg), dans la fièvre puerpérale (lluchard), la chute de la température a été suivie de bons effets généraux : toutefois les observations sont encore trop peu nombreuses pour être concluantes.

Dans Xerhumatisme articulaire aigu et subaigu, Bernheim (de Nancy) a confirmé les bons résultats obtenus en Allemagne par Alexander, Termaun, Pribram. Dix malades, qui ont pris de l’antipyrine pendant 42 jours consécutifs, ont vu leurs arthropathies disparaître ou diminuer notablement : elle agit probablement en exerçant, grâce aux manifestations qu’elle imprime aux centres nerveux, « une action analgésiante spéciale sur les manifestations articulaires, à la faveur de laquelle la maladie évolue avec peu ou pas de douleurs. »

La fièvre intermittente n’est pas tributaire de l’antipyrine. Celle-ci peut, à la rigueur, diminuer l’intensité de l’accès fébrile; elle ne peut en prévenir le retour, même à la dose énorme de 25 gramm. en 24 heures donnée par Masius (de Liège) : c’est un antithermique, ce n’est pas un antipériodique.

Si nous citons encore les fièvres éruptives; les fièvres éphémères qui marquent le début de certaines affections aiguës, telles que l’amygdalite (C. Paul); la grippe; la granulie, nous aurons épuisé la liste des maladies dans lesquelles l’action antithermique de l’antipyrine pourra être utilisée. Mais, de toutes les pyrexies, c’est la fièvre des tuberculeux qui reste l’indication la plus formelle : sur ce terrain, elle l’emporte sur tous les antithermiques, et réussit là où ils ont échoué.

Quant à sa propriété hémostatique, nous avons vu qu’elle avait été

[Supplément] ANTIPYRINE. — doses, modes d’administration. déjà mise à profit par Hénocque dans un cas d’hémorrhagie capillaire : mais l’action bienfaisante qu’elle aurait, d’après Secchi (de San Remo), sur l’hémoptysie, est infirmée par les observations de Bielschowsld et de Ch. Favre, qui ont vu celle-ci apparaître pendant la période d’administration de l’antipyrine et cesser avec elle.

Doses, modes d’administration. — La méthode allemande consiste à administrer, une demi-heure avant l’accès de fièvre, 2 gramm. d’antipyrine: 4 heures après, 2 autres gramm.; 1 dernier gramme 4 heures après la seconde prise (Filehne, Guttmann, May, Alexander, etc.), il est vrai que chez les tuberculeux ces médecins ont admis eux-mêmes la nécessité de doses plus faibles : 1 gramme seulement à la fois. Huchard et Dujardin-Beaumetz pensent que ces doses sont encore trop fortes chez l’adulte : des prises de 50 centigr., de 25 même, suffiraient à abaisser la température : mieux vaudrait les réitérer dès que celle-ci s’élève. Daremberg fait prendre un premier gramme d’antipyrine avant que le thermomètfe ait atteint 3 7°, 5, par conséquent avant le début de la fièvre, puis un nouveau gramme toutes les fois qu’en une heure le thermomètre a monté de plus de 3 dixièmes : la nécessité de prendre la température toutes les heures rend cette méthode d’une application difficile.

En résumé, le mode d’administration auquel nous donnerions la préférence est celui qu’indiquent Bouveret et Favre, et qui est en somme un procédé mixte : il consiste à donner une première dose d’un gramme, 1 gr. 50 au plus, et à administrer de nouvelles prises de 50 centigr. chacune, dont le nombre sera proportionné à la rapidité et à l’intensité de l’ascension thermique, et dont le total ne devra pas dépasser le chiffre de 3 grammes par jour.

La voie stomacale doit être préférée à toute autre pour l’administration du médicament : chaque dose sera prise dans un demi-verre d’eau sucrée, aromatisée avec l’eau de menthe ou de fleur d’oranger.

En cas d’intolérance gastrique, on aura recours à la voie rectale ; lavement de 200 gramm. d’eau, additionné d’une cuillerée à soupe d’une solution d’antipyrine au 1/15.

Quant aux injections hypodermiques, auxquelles Bank attribue une action plus forte et plus rapide, elles déterminent des accidents locaux (douleur, abcès) sans avantages sur les autres modes d’administration.

Enfin les suppositoires contenant 50 centigr. ou 1 gramme d’antipyrine, moins bons que les lavements comme, antithermiques, pourraient être utilisés contre le flux hémorrhoïdaire (Huchard).

Chez les enfants, Penzoldt et Sartorius donnent trois fois autant de décigramraes d’antipyrine que le petit malade a d’années, entrois doses, à une heure d’intervalle, par la voie stomacale; en lavements, ils administrent trois à six fois autant de décigrammes que l’enfant a d’années, en une seule dose. Demme, plus prudent, conseille de ne pas dépasser 20 centigr. chez l’enfant du premier âge, et de s’en tenir à la dose maximum de 50 centigr. jusqu’à 5 ans.

56 ARENARIA RUERA. — composition chimique. [Supplément]

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AREIVARIA RURRA L. [Spergularia rubra Pers.; — vulg. Sabline rouge]. — Plante de la famille des Caryophyllées Ahinêes qui, en raison de son action diurétique, a été récemment introduite dans la thérapeutique du catarrhe vésical et de la gravelle urique.

Histoire katdrelle. — Le genre Arenaria, dont les représentants sont nombreux en France et surtout en Algérie, offre les caractères suivants i herbes annuelles ou vivaces, à feuilles petites, opposées, tubulées, dépourvues de stipules; fleurs terminales, en têtes ou en cymes, rarement axillaires; 4-5 sépales libres; 4-5 pétales entiers, à onglet court, blancs ou rouges; étamines en nombre double des pétales, ou moindre par avortement, sur un disque plus ou moins prononcé; 5 styles, plus rarement 2 ou 5; graines nombreuses, réniformes, renfermées dans une capsule globuleuse ou ovoïde, uniloculaire.

h’Ar. rubra, seule espèce du genre utilisée jusqu’ici, a une racine pivotante, blanchâtre; une tige rameuse, étalée, haute de 12 à 20 centimètres ; des fleurs roses, qui paraissent au mois de mai. Elle croît trèsabondamment dans les terrains sablonneux et pierreux des environs d’Alger. Son odeur rappelle celle du foin fraîchement coupé.

Composition chimique. — F. Vigier, traitant VAr. rubra par l’éther, ou par l’alcool à 90°, a obtenu une solution d’un beau vert-émeraude, dont l’évaporation laisse de la chlorophylle et une petite proportion d’un principe résineux aromatique, à odeur de benjoin ; la chaux et le chloroforme enlèvent également un produit blanc, résineux, aromatique; l’alcool à 60° dissout une matière extractive qui contient du chlorure de sodium.

100 grammes de plante sèche épuisés par l’eau bouillante donnent 33 gramm. d’extrait mou, lequel est grumeleux et déliquescent, et 24 gramm., 7 d’exlrait sec, qui, desséché à 100°, est encore soluble dans l’eau et en grande partie dans l’alcool à 60°, et, calciné, donne

[SdpplémentJ ARENARIA RüBRA. — effets physiol. et thérapeüt. 57 8 gramrn., 72 de cendres. L’extrait ne contient pas d’azotates, mais renferme 3, 4 pour 100 d’azote provenant de matières végétales albuminoïdes. La plante cède à l’eau, sur 100 parties :

Phosphate de chaux . /

Phosphate de magnésie . M,09

Phosphate de fer . »

Carbonate de chaux . î

Chlorure de sodium . 2,31

Sulfate de soude . 0,75

Carbonate de soude . 1,0S

Carbonate de potasse . 3,40

L’analyse chimique n’a fait découvrir aucun alcaloïde; le spectroscope n’a montré que les raies du sodium et du potassium, sans trace de lithium.

Les semences, traitées par le sulfure de carbone, fournissent une petite quantité de matière grasse. L’eau distillée à'A7\ rubra, saturée par l’acide chlorhydrique, donne 3 gramm.de chlorhydrate d’ammoniaque par kilogramme de plante : aucun autre végétal, en dehors de l’état de putréfaction, ne fournit d’ammoniaque.

Effets PHYSIOLOGIQUES et thêbapeutiqües. — Comme tant d’autres médicaments, celui qui nous occupe a été mis à contribution par un empirisme ignorant, quelque peu mêlé de charlatanisme, avant de prendre droit de cité dans le domaine de la thérapeutique rationnelle. La Sabline rouge (nom qui lui vient de son habitat ordinaire) était, paraît-il, depuis longtemps usitée en Sicile et à Malte, lorsqu’un habitant de cette dernière île en importa l’usage en Algérie sous forme de remède secret, qui n’était autre chose qu’une décoction à’Ar. i^ubra. Plus tard, Bertherand (d’Alger), après en avoir étudié les propriétés, en préconisa l’emploi et en précisa le mode d’administration (1878).

De ce travail et des essais qui depuis cette époque ont été tentés en France il résulte que le nouvel agent est un diurétique d’une certaine puissance, dont l’emploi reste inoffensif, ne détermine aucun accident, aucune fatigue du tube digestif ou des autres organes, même lorsqu’il est prolongé pendant trente jours consécutifs. Aussi est-il particulièrement indiqué dans tous les cas où il y a intérêt à provoquer une augmentation durable de la diurèse, soit qu’il s’agisse d’empêcher la stagnation de l’urine dans une vessie paresseuse ou enflammée, soit qu’on mette le flux liquide à profit pour chasser mécaniquement les graviers engagés dans les conduits excréteurs de l’urine. On comprend, dès lors, les propriétés très-efficaces qui lui ont été attribuées, à juste titre, contre la cystite, contre le catarrhe vésical, aigu ou chronique, d’une part, et, d’autre part, dans le traitement de la gravelle urique : facilitant l’expulsion des graviers, il contribue énergiquement à diminuer la durée de la colique néphrétique.

A quel principe cette plante doit-elle ses propriétés? Par quel mécanisme augmente- t-elle la quantité des urines émises? L’analyse citée plus haut

58 ATHREPSIE. [Süpplémekt]

montre qu’elle cède à l’eau une forte proportion de sels alcalins ; à l’éther, à l’alcool et au chloroforme, des principes résineux aromatiques : or, si l’on se reporte à l’article Diurétiques (t. XI), on voit que les végétaux aromatiques, ou contenant des sels à hase de potasse et de soude, excitent les reins, par lesquels ces principes s’éliminent, et dont ils favorisent la fonction sécrétoire. L’^lr. rw&ra rentre donc dans la classe des diurétiques directs, et son emploi dans les cas précédemment indiqués est aussi bien justifié par la théorie que par la pratique.

Doses, modes d’administration. — La meilleure préparation est la décoction (50 gramm. de plante pour 1000 gramm. d’eau), dont le goût, légèrement salé, n’a rien de désagréable, et dont la réaction est légèrement alcaline.

Bertherand (d’Alger) a employé les formules suivantes :

1" Extrait aqueux d’Ar. rubra . 4 grammes.

Poudre de réglisse . q. s.

F. 26 pilules : 4 à 5 avant le déjeuner et le dîner.

2» Plante entière avant floraison . 40 grammes.

Eau . 250 —

Réduire à 200 gramm. Ajoutez : sucre . 400 —

6 à 7 cuillerées par jour.

F. Vigier a proposé les préparations suivantes :

1» Extrait aqueux i’Ar. rubra . 10 grammes.

Sucre pulvérisé . 50 —

Divisez en 5 doses, à prendre dans 5 vei-res d’eau dans la journée.

2“ Extrait aqueux à’Ar. rubra . 10 grammes

Glycérine pure . 5 —

Eau distillée . 85 —

5 cuillerées par jour dans 5 verres d’eau.

Chacune de ces préparations équivaut à 1 litre de tisane.

H. Baillos, Dict. Botan , t. I. — Bertiieeasd (d’Alger), Journ. de méd. et de pharm. d’Algérie, juin 1878. — F. Vicier, Bull, de la Soc. de thérap., 9 juillet 1879.

Ch. D’Ivors.

ATHREPSIE. — Sous le nom à’athrepsie (de a privatif, et 6péiiii, nutrition) le professeur Parrot a décrit une « maladie constituée par un ensemble d’affections qui ont pour point de départ le tube digestif et aboutissent à une perturbation nutritive profonde. »

Ce terme a été vivement critiqué, ainsi que la définition qui lui a été appliquée par son créateur. Pour ce qui est du mot lui-même, on l’a déclaré impropre parce que, d’après son étymologie, il devrait signifier absence de nutrition, et qu’en réalité il désigne seulement le trouble ou l’insuffisance de cette grande fonction : mais le terme à’ atrophie n’est-il pas accepté par tous les médecins contemporains dans le sens de diminution aussi bien que de suspension de la nutrition des tissus? Cette querelle de mots ne vaut guère qu’on s’y arrête.

Est-il juste de considérer l’athrepsie comme une maladie? Cette seconde question, plus intéressante que la première, semble devoir être

[SoppLÉMEHi] ATHREPSIE. — sïuptômes et diagnostic. 59

résolue par la négative, en raison surtout de l’extrême variabilité des lésions anatomiques auxquelles se rattachent les symptômes observés pendant la vie. Ceux-ci ont bien un point de départ unique, le vice de l’alimentation ; ils tendent à un résultat commun, l’insuffisance de la nutrition : mais ils n’ont aucun substratum anatomique propre, ils ne correspondent à aucune altération déterminée et constante des solides ou des liquides. Comment dès lors leur accorder une place, dans le cadre pathologique, parmi les maladies? dans quel ordre, dans quel genre de maladies les classerait-on?

Est-ce à dire, à l’exemple de certains auteurs, que le mot nouveau ne réponde pas à une idée neuve et juste, que la description de l’athrepsie soit inutile? Non certes. Sans doute, les désordres dont il s’agit ont été souvent décrits avec la dyspepsie des nouveau-nés, avec la gastro-entérite aiguë et chronique, avec le choléra infantile; mais ce qui n’avait pas été mis en lumière avant les leçons professées par Parrot en 1874, c’est l’ensemble morbide constitué par la réunion de ces désordres, débutant toujours sous une même influence, se déroulant avec une régularité remarquable, aboutissant enfin à un trouble des fonctions d’assimilation et de désassimilation incompatible avec l’existence, pour peu qu’il se prolonge. C’est ce groupement, sur un même sujet, de symptômes appartenant à des états maladifs différents, qu’il est nécessaire de connaître : entité factice, si l’on veut, mais réalité clinique indiscutable.

Symptôjies et diagnostic. — Parmi les troubles de l’économie dont la réunion constitue l’athrepsie, aucun ne lui appartient en propre, aucun n’est caractéristique par le fait seul de son existence : ce qui donne à chacun d’eux une valeur diagnostique, ce sont certaines nuances qu’il ne prend que dans le cours de cet état morbide ; ce sont surtout les rapports de concomitance ou de succession qu’il affecte avec d’autres symptômes également connus. Nous avons à passer en revue les troubles des fonctions digestives, les altérations de la cavité buccale, les accidents cutanés, l’état des urines, les troubles circulatoires, respiratoires et nerveux, les cris et l’habitus extérieur, enfin l’émaciation générale et l’endurcissement des tissus que détermine l’athrepsie confirmée.

Troubles digestifs. — ■ Au début, l’appétit semble exagéré; l’enfant cherche constamment le sein, mais le quitte assez vite, comme s’il était immédiatement rassasié : il boit en somme moins qu’à l’état normal. Bientôt il le demande et le prend mollement; quelques gorgées de lait lui suffisent. A la fin, l’appétit est complètement perdu; le sein ou le biberon, pris avec peine, est immédiatement abandonné.

La diarrhée est constante ; elle existe pendant tout le cours de l’atbrepsie, sauf, dans certains cas, à la période ultime. Les selles sont très-nombreuses, très-abondantes, précédées de vives douleurs intestinales dont l’enfant témoigne par des cris, des contorsions qui cessent momentanément entre deux garde-robes. Les matières sont remarquables par leur fluidité et leur manque d’homogénéité : simplement plus molles au début, elles deviennent rapidement très-aqueuses, et contiennent, au milieu d’un liquide aussi

60 ATHREPSIE. — symptômes et diagkostic. [Supplémekt|

peu dense que l’eau, des grumeaux blanchâtres, des stries verdâtres, et enfin des gaz, dont l’expulsion explique le caractère bruyant des évacuations; malgré cela, le ventre est rarement ballonné, mais plutôt déprimé, comme vide, surtout à la fin. La couleur et l’odeur des matières varient avec leur composition : après avoir perdu la coloration jaunâtre habituelle chez le nouveau-né, tantôt elles deviennent blanchâtres ou grisâtres, et sont constituées par du lait à peine attaqué par les organes digestifs, mais ayant subi un commencement de putréfaction dont l’odeur forte se communique aux selles et se répand dans le voisinage de l’enfant; tantôt elles renferment en proportions variables, quelquefois même exclusivement, de la bile, qui leur donne une coloration verte, analogue à celle d’herbes cuites hachées, et une odeur acide, nauséeuse, moins repoussante que la précédente. Il n’est pas rare de voir, dans les dernières heures, les selles se raréfier, reprendre un aspect presque normal, ou même cesser complètement, ce qui lient, dit Parrot, à ce que dans tout l’organisme l’élément liquide est réduit au minimum.

Les vomissements sont moins fréquents que la diarrhée et n’existent jamais sans elle. Les matières rejetées sont tantôt blanches, constituées par du lait mal digéré, ayant l’odeur des matières en état de fermentation butyrique; tantôt jaunâtres ou verdâtres, très-rarement vertes, par mélange d’une certaine quantité de bile; tantôt teintées par un mucus noirâtre. Au début, ce sont de simples régurgitations laiteuses, puis des vomissements rares, n’ayant lieu qu’un certain temps après le repas; à mesure que leur fréquence augmente, ils se rapprochent du moment de la tétée; à la fin, ils se font sans effort, par sputation, par les narines aussi bien que par la bouche, ce qui peut amener l’asphyxie par entrée des matières dans les voies respiratoires.

Lésions de la cavité buccale. — La rougeur, la sécheresse de la muqueuse buccale, la saillie des papilles linguales, la gêne douloureuse qui accompagne la succion, l’acidité des liquides buccaux, sont les avantcoureurs du muguet.

C’est sur le dos de la langue qu’on voit d’abord apparaître les petites plaques blanches caractéristiques, d’abord isolées, puis réunies en groupes et même en couches membrani formes : elles s’étendent à la pointe et à la face inférieure de la langue, à la face interne des joues, à la voûte palatine, en conservant l’aspect habituel à cette affection parasitaire, dont on trouvera ailleurs la description détaillée (t. XXIII, p. 168). Ici, comme dans les autres circonstances où il se développe, le muguet est subordonné au vice de nutrition dont il est l’indice et la conséquence : il peut, par sa confluence, gêner mécaniquement la déglutition et la respiration; mais son influence, bornée à ces troubles locaux, est absolument nulle sur les désordres généraux qui font la gravité de l’athrepsie. Si donc il mérite d’être soigné comme tout autre symptôme, il ne peut guère assombrir le pronostic.

La cavité buccale peut encore être le siège ^ulcérations. C’est d’abord la stomatite ulcéreuse, dont le siège ordinaire est le frein de la lèvre

[SdpplémentJ ATHREPSIE. — symptômes et diagnostic. 61

inférieure. Ce sont ensuite des ulcérations de la voûte palatine, dont les unes, rares, allongées, profondes, occupent la partie moyenne du raphé médian du palais; les autres, presque aussi fréquentes que le muguet, arrondies ou ovalaires, larges d’un centimètre, sont toujours au nombre de deux, symétriquement placées de chaque côté de la voûte palatine, en arrière et en dedans de l’arcade alvéolaire, d’où le nom de plaque$ ptérygoïdiennes que leur a donné Parrot.

Lésions cutanées. — La plus fréquente est Vérijthème, qui, comme le muguet, est l’indice d’un mauvais état de la nutrition : le contact des matières alvines irritantes peut jouer le rôle de cause occasionnelle. Siégeant surtout aux bourses, aux grandes lèvres, au périnée, aux fosses, à la partie postérieure et interne des cuisses et des jambes, aux plis génitocruraux, plus rarement sur le tronc, exceptionnellement à la face, l’érythème se manifeste d’abord par de petites taches rouges, très-peu saillantes, isolées ou agglomérées, que remplacent bientôt des vésicules contenant un liquide louche, qui ne tardent pas à se rompre ou à se dessécher et se terminent par une légère desquamation de l’épiderme. Telle est du moins la marche de l’exanthème sur les parties qui restent à l’abri de l’humidité entretenue par les couches. Mais sur celles qui sont dans des conditions contraires, sur les membres inférieurs, au pli de l’aine, les plaques papulo-vésiculeuses prennent une coloration d’un rouge très-vif, et deviennent le siège d’un suintement séro-sanguinolent peu abondant; il se forme de véritables érosions qui, par le sang qu’elles fournissent, par l’irritation douloureuse qu’elles entretiennent, peuvent être une cause d’affaiblissement. Exceptionnellement, ces érosions aboutissent à des ulcérations superflcielles, au périnée, dans le voisinage de l’anus. Le scrotum et les grandes lèvres sont souvent le siège d’un œdème qui peut prendre des proportions considérables.

La seconde lésion cutanée, par ordre de fréquence, consiste dans des ulcérations qui apparaissent sur les points habituellement soumis à des pressions ou à des frottements, tels que les talons, les malléoles internes, les bords des pieds. La perte de substance, d’abord superficielle et étroite, comprend bientôt toute l’épaisseur de l’épiderme et la partie superficielle du derme; en même temps, elle s’élargit, surtout au niveau des talons; son fond rosé fournit une exsudation séro-sanguinolente, qui cesse seulement dans les derniers moments de l’existence.

EnGn, moins souvent que les lésions précédentes, on observe du pemphigus, formant rarement de véritables bulles, se montrant surtout au cou, aux aisselles, aux aines. Il est toujoui’s l’indice d’une atteinte grave à l’état général.

Sécrétion urinaire. — Dès le début la quantité de l’urine diminue en même temps que sa coloration se fonce, devient ambrée. Plus tard, elle est tellement concentrée que les urates qu’elle renferme se déposent sous forme de poudre jaune à l’extrémité du prépuce. A la dernière période, la suppression complète de l’urination est habituelle.

Troubles respiratoires. — La respiration est profonde, se fait avec

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