CANCER. — BIBLIOGRAPHIE
jours de suite, et le renouvelant trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures, on a pu désorganiser complètement des tumeurs cancéreuses ; cependant ce mode de cautérisation doit être réservé pour détruire la putridité.et les fongosités des ulcères.
L'état général ne doit pas non plus être négligé : une alimentation réparatrice et des médicaments toniques, tels que les vins de quinquina, de gentiane ou de quassia,les ferrugineux, seront employés pour soutenir les forces sans cesse décroissantes du malade.
Les articles et les travaux publiés sur le cancer sont trop nombreux pour ôtre tous mentionnés ; je me borne à signaler, en choisissant surtout parmi les plus récents, ceux qui peuvent être consultés avec fruit.
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Alfred Ueuhtaux.
CANCROÏDE. — SYifoimiiE, déhnitio.x, caractères ciifiRAUx. 205
CA]fCR#iDi;. — Le cancroide ou cancer épithélialy Vune des roanirestations les plus communes de la diathèse cancéreuse, a déjà été mentionné à Tarticle Cancer, mais son importance nécessite une description spéciale. J'ai emprunté à ma thèse inaugurale la plupart des matériaux qui m'ont senri à la rédaction de cet article.
Longtemps confondue avec les autres formes du cancer, cette affection n'est bien connue que depuis les recherches microscopiques ; mais déjà bien avant qu'il fût question d'appliquer le microscope à l'étude des tumeurs, beaucoup de chirurgiens, en tête desquels il faut citer Ledran, avaient été frappés des différences cliniques qui séparent les ulcères caqcéreux du visage des autres cancers. Les progrès récents de l'anatomie pathologique ont, jusqu'à un certain point, rendu compte des résultats fournis par la clinique.
Synonymie. — Dans les anciens ouvrages, le cancroide est décrit sous les noms de Noli tangere^ chancre malin, ulcère chancreux, ulcère rongeant, cancer cutané, ulcère cancéreux primitif. — Depuis 1844, époque où cette lésion est devenue l'objet d'études plus approfondies, on a plus particulièrement employé les noms suivants : cancer faux^ cancer bâtard (Eckcr), epithelioma (Hannover), épithéliomey cancroide (Lebert), cancer épithélial.
Nous emploierons indifféremment, dans le cours de cet article, les . deux dernières dénominations; les autres manquent de précision ou d'exactitude.
Définition; caractères généraux. — Le cancroide est une lésion constituée par l'infiltration, dans la trame des tissus, d'éléments épithéliaux qui se rapprochent beaucoup de Tépitliélium normal. Bien qu'on puisse le rencontrer dans tous les tissus, il se montre de préférence sur le tégument externe et au voisinage des orifices naturels, et débute sous forme de papilles, de squame, ou d'une petite tumeur qui ne prend pas un accroissement considérable sans s'ulcérer. Cette affection, dont la marche est ordinairement lente, n'infecte que tardivement les ganglions lymphatiques et se généralise très-rarement.
Comme on le voit, tout en admettant que le cancroide doit être décrit à titre d'affection distincte, nous pensons que des caractères multiples sont nécessaires pour le définir, parce qu'il n'y en a pas un seul, soit au point de vue analomique, soit au point de vue clinique, qui lui soit absolument propre. Pour s'en convaincre, il suffirait de se reporter aux détails contenus dans cet article ; mais dès le début de ce travail, il n'est pas inutile de présenter sommairement les caractères généraux sur lesquels on s'est fondé pour établir l'existence de cette lésion.
C'est avec les formes de cancer les mieux avérées et les plus graves, l'encéphaloïde et le squirrhe, qu on a comparé le cancroide. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, quand on considère que ces divers tissus présentent des cellules entre lesquelles il est impossible de ne pas trouver une certaine analogie, et quand on compare les caractères, communs à bien des
206 CÂNCROÏDE — DéFiNinoii, caractères généraux.
égards, des ulcères cancroïdes, squirrheux et encéphaloîdes. C'est pour ce double motif que les cliniciens et les micrographes se sont toujours efforcés de saisir les caractères communs et difTérenticIs de ces lésions malignes. Nous devons envisager la question sous le même jour, et comparer ces manifestations cancéreuses au double point de vue de l'anatomie pathologique et de la clinique.
Au point de vue anatomo-pathologique^ y a-t-il une différence réelle entre le cancroïde d'une part, et les tissus squirrheux et encéphaloîde d'autre part; et, si elle existe, cette différence est-elle toujours appréciable?
Dans le groupe des cancers, nous avons établi qu'il y a trois tissus dont l'élément fondamental est analogue à la cellule épithéliale ; ce sont : l'encéphaloïde, le squirrhe, le cancroïde. C'est même pour cela que Ch. Robin embrasse ces trois productions sous le nom collectif d'épithéliome. Yirchow admet également que les cellules dites cancéreuses doivent se rattacher au type épithélial ; mais ce rapprochement, fondé snr le caractère de l'élément, ne l'empêche pas de distinguer le cancroïde du carcinome, nom sous lequel il désigne collectivement le squirrhe et l'encéphaloïde; car, si la forme des cellules n'a pas pour lui une grande signification, l'examen comparatif des tissus lui montre des différences assez tranchées pour qu'il se croie autorisé à les distinguer.
Il nous faut franchement aborder cette question; et, pour faciliter l'exposition du sujet, à l'exemple de Virchow nous désignerons provisoirement sous le nom de carcinome les tissus squirrheux et encéphaloîde.
Or, si l'on nous pose cette question : étant donnée une tumeur, est-il possible de dire s'il s'agit d'un cancroïde ou d'un carcinome? Nous répondrons que la distinction est généralement possible et même facile, mais qu'il y a des cas exceptionnels où elle est impossible.
Pour justifier cette réponse et les réserves qu'elle renferme, il convient de peser avec rigueur les caractères communs et différentiels de ces productions morbides, ce qui n'a pas toujours été fait avec l'impartialité désirable.
Nous commencerons par exposer les différences qui séparent le cancroïde du carcinome, et qui sont assez tranchées pour avoir frappé les observateurs dès le début des recherches microscopiques. Ces caractères différentiels portent sur la forme des cellules, les caractères du suc, les cavités ou alvéoles du tissu, la trame de la tumeur.
1"* Forme des cellules. — Nous avons établi l'analogie des éléments du cancroïde et du carcinome, mais cela ne veut pas dire qu'il y ait identité complète et absolue des cellules au point de vue morphologique. Nous reconnaissons, en effet, que généralement les cellules épidermidales du cancroïde sont faciles à distinguer des cellules épithéloïdes du carcinome, à l'aide des caractères suivants : dans le cancroïde, les cellules sont aplaties, feuilletées, assez régulières ; elles possèdent un noyau petit et généralement unique. En un mot, ces cellules se rapprochent beaucoup de
CANCROÏDE. — DÉFINITION, CARACTÈRES CéN^RAlIX. 207
celles qu'on rencontre à Tétat normal, à la surface de la langue ou dans les couches profondes de Tépiderme. — Dans le carcinome, les cellules sont de grande dimension, sphéroïdes ou à contours très-irréguliers; les noyaux sont eux-mêmes volumineux et pourvus de gros nucléoles. Sou^ vent il y a plusieurs noyaux dans une même cellule.
2* Caractères du suc. — Dans le cancroïde, le suc est peu abondant, grumeleux, et les grumeaux qui y sont suspendus, délayés dans Feau, se dissocient sous forme de petites lamelles. — Dans le carcinome, le suc est crémeux, lactescent et forme avec l'eau une émulsion homogène.
y Cavités du tissu ou alvéoles. — Dans le cancroïde, les alvéoles sont grandes, visibles à Tœil nu, maci*oscopiques (Virchow). — Dans le carcinome, Ie»alvéoles sont microscopiques^ visibles seulement à un grossissement plus ou moins considérable.
4** Trame. — Enfin dans le cancroïde, dit Virchow, la trame est constituée par les tissus mêmes de la région malade, dans l'épaisseur desquels les cellules épithéliales sont infiltrées; — tandis que dans le carcinome il y a une trame de tissu conjonctif de nouvelle formation.
Tous ces caractères différentiels ont une grande valeur; et si Ton prend pour les comparer Tun à l'autre un cancroïde type et un carcinome type, par exemple un cancroïde du tégument externe ou des orifices des muqueuses et un carcinome de la mamelle, la confusion entre les deux tissus morbides est impossible. Nous sommes donc autorisé à dire : une tumeur étant donnée, il est généralement facile de reconnaître s'il s'agit d'un cancroïde ou d'un carcinome.
Mais, dans quelques circonstances, la réponse pourra être embarrassante. Ainsi, il y a des tumeurs mixtes, où les caractères précités ne se montrent pas avec une netteté suffisante pour qu'on puisse rigoureusement établir qu'il s'agit de l'un ou l'autre des deux tissus. Par exemple, certaines productions qui se sont d'ailleurs comportées comme des cancroïdes, possèdent dans quelques-unes de leurs parties des cellules qui se rapprochent beaucoup de celles qu'on appelle cancéreuses, ou renferment un liquide crémeux et lactescent analogue au suc cancéreux. — Il y a des encéphaloïdes véritables dont les alvéoles, parfaitement visibles à l'œil nu, sont aussi grandes que les cavités du cancroïde. — Enfin, pour certains carcinomes il est difficile de décider s'il y a oui ou non une trame de nouvelle formation.
D'un autre côté, dans quelques régions, notamment l'utérus et le tube digestif, le cancer (mot que nous employons ici comme terme générique) revêt une forme qu'il est habituellement difficile de classer dans le groupe des cancroïdes ou dans celui des carcinomes.
Donc, il n'y a pas un seul caractère anatomiquc qui soit capable de différencier d^une manière absoltie le cancroïde du carcinome.
Au point de vue diniquey les difficultés sont quelquefois tout aussi grandes. Les caractères différentiels qu'on a donnés sont relatifs à la marche, à la cachexie, à l'action de la tumeur sur les glandes lymphatiques, à l'infection générale et à la curabilité.
208 CANCROÏDE. — définitioii, caractères GÉsiRAUx.
1^ Marche. — Le cancroïde a une marche très-lente, au point que pendant de longues années il peut rester à Tétat de petit bouton ou de plaque inoCTensive, et qu'il peut avoir une durée de 15 ou 20 ans, et même davantage. Dans le carcinome, la marche est rapide, car la maladie a généralement une durée qui ne dépasse pas 5 ou 6 ans.
2"* Cachexie. — On a dit que dans le cancroïde la cachexie se pîroduit difficilement, après un temps très-long, et que cette affection n^cntraîne une altération profonde de la santé que lorsqu'elle compromet un organe important. Le carcinome tue indépendamment de son volume et de son siège, par le fait d'une malignité particulière.
3" Action sur les glandes lymphatiques. — Elle ne surviendrait que rarement et tardivement dans le cancroïde ; elle est au contraire Irèsfréquente et rapide dans le cas de carcinome.
4** Infection générale. — C'est là un des arguments les plus sérieux qu'on ait invoqués pour séparer complètement le cancroïde du carcinome. Longtemps, en effet, on a prétendu que le cancroïde était incapable de se généraliser, c'est-à-dire de se multiplier dans les organes internes, tandis que le carcinome présente à un haut degré cette triste aptitude. On sait aujourd'hui que le cancroïde peut se développer consécutivement dans les viscères et dans tous les tissus; toutefois cela constitue une trèsrare exception.
5*" Curahilité. — Enfin la curabilité est très-différente dans les deux cas. Dans le carcinome elle est tellement rare que des auteurs distingués l'ont niée d'une manière absolue. Dans le cancroïde, au contraire, la curabilité par opération est assez fréquente. Toutefois on a peut-être exagéré cette fréquence.
Comme on le voit, au point de vue clinique, il existe des différences notables entre les deux alîections ; toutefois on peut remarquer qu'il n'y a point encore de distinction absolue à établir entre elles, car tous les jours on trouve des tumeurs intermédiaires; et si d'un côté certains carcinomes se font remarquer par l'excessive lenteur de leur marche, il y a d'autre part des cancroïdes qui, par leur évolution rapide, leur action précoce sur les glandes lymphatiques et leur funeste influence sur la santé générale, ne le cèdent en rien aux carcinomes les plus graves.
Il résulte de ces considérations qu'on ne saurait établir une ligne de démarcation tranchée tendant à séparer complètement le cancroïde des autres variétés de cancers ; cependant, toutes réserves laites pour ces variétés intermédiaires, dont il sera question à propos du cancer des diverses régions, il est incontestable que, par l'ensemble de ses caractères anatomiques et cliniques, le cancroïde mérite une description spéciale. •
Nous croyons utile de mettre sous les yeux, dans les deux tableaux suivants, les caractères distinctifs du cancroïde et du carcinome, parce que, bien que n'étant pas absolus, ces caractères, en ce qui concerne les types de ces affections, conservent toute leur valeur.
CANCI^OÏDE. — DÉFINITION, CARACTÈBES GÉNÉRAUX. 209
CARACTÈRES A^IATOMO-PATHOLOGIQUES.