‹ Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 36 sur 75 · Curahilité · texte numérisé non relu

Curahilité

Tardive

Se produit tardivement. . . .

Très-rare. ....•••..

Fréauente. .........

n convient de réfuler dès à présent une opinion émise presque au début des recherches microscopiques. D'après Mayor, quand la dialhèse cancéreuse se localise sur la peau, elle prend la forme de tumeurs épidermiques. On ne peut adopter cette manière de voir : il n'est pas trèsrare, en eflet, d'observer sur le tégument externe des manifestations cancéreuses autres que le cancroïde, par exemple l'encéphaloïde et le squirrhe; et d'autre part, le cancer épithélial, loin d'être spécial à la peau, peut se rencontrer à peu près dans tous les tissus.

Nous prendrons comme type le cancroïde de la peau, parce qu'il est le plus fréquent, que dans cette région la lésion se présente avec des caractères bien définis, et qu'on peut en suivre pas à pas les progrès.

.Anatomie pathologique. — Le cancroïde est constitua par l'infiltration,

KOirV. micT. HÉD. ET CfllR, VI — 14

no CANGROIDE. — lésions primordiales.

dans l'épaisseur des tissus, de cellules et de lamelles épithéliales qui se rapprochent beaucoup, par leurs formes et leur apparence, de celles qu'on rencontre à l'état normal et spécialement à la surface de la peau et dans la cavité buccale.

Mais on n'aurait qu'une idée incomplète du cancroïde si Ton se bornait à Tétudier à son état de complet développement ; il importe de déterminer comment il débute, recherche beaucoup plus facile pour cette forme de cancer que pour les autres, puisque la lésion, reconnue dès soo origine, est souvent enlevée de bonne heure, ce qui permet de Fétudier à ses premiers âges.

Comme pour les autres cancers, on peut ordinairement constater que le cancroïde est le résultat d'une hypergénèsc d'éléments préexistants^ d'une hyperplasie. Presque toujours la production des cellules épitbé* liales se fait en des points où il en existe à l'état normal, par exemple à la surface même de la peau ou dans les glandes sudoripares ou sébacées ; mais d'autres fois, dès le début, il y a hétérotopie véritable, c'est-à-dire que des éléments épidermiques se montrent d'emblée en des points où il ne s'en trouve pas à l'état normal. Cette origine variée du cancaroîde entraîne la multiplicité des lésions élémentaires ou primordiales, par l'étude desquelles nous devons commencer.

I. liéalons primordiaiea. — A. Le cancroïde papillairCj bien étudié par Yirchow, est la forme la plus superficielle. Il se montre d'abord soos l'apparence d'une hypertrophie des papilles de la peau. Une préparaticm faite pour l'examen microscopique montre des papilles présentant encore leur apparence fibroïde, mais augmentées de volume et parcourues par des capillaires plus gros et plus nombreux qu'à l'état normal.

De son côté, l'épiderme, participant à celte espèce d'exubérance, forme des gaines épaisses constituées par la superposition de nombreuses lamelles épithéliales.

Ainsi, hyperémie des papilles (surtout vers leur base), hypertrophie de ces petits organes et épaississement de l'épiderme, tels sont les trois faits constitutifs de cette lésion. On peut remarquer qu'il n'y a rien là de caractéristique, et, comme Ta fait observer Yirchow, on ne peut différencier ces productions ni de la simple tumeur papillaire, ni du condylome.

Ce n'est point encore du cancroïde ; mais au bout d'un temps variable,. à cette lésion se joint la formation , dans l'épaisseur des papilles et du derme lui-même, de petits éléments épithéUaux d'abord sphériques, qui plus tard s'aplatissent sous forme de lamelles, et qui en se multipliant finissent par se creuser des cavités ou alvéoles (cavités macroseaj^^ies de Yirçhow) dans lesquelles s'entassent en grand nombre les éléments épithéliaux.

B. CancrcUde dermique. — Bien que débutant à la surface même du derme, le cancroïde peut ne pas s'accompagner d'hypertrophie des papilles, et généralement alors il s'empare assez promptement de toute l'épaisseur de la t)eau. Cette variété, que j'ai désignée sous le nom de

CANCROIDE. — lisio^Ns primordiales. 21 i

cancroîde dermique, correspond au cancroîde diffus deLebert; et, quoiqu'il soit rare de la trouver à Tétat d'isolement, elle me parait mériter une description spéciale.

Au niveau du point malade, Tépiderme, épaissi, se décolle avec la plus grande facilité et renferme souvent, surtout dans les couches profondes^ ces agglomérations de lamelles que nous étudierons plus loin sous le nom de globes épidermiques. Le derme épaissi lui-même, est friable et d'un blanc laiteux^; il se montre constitué par une matière amorphe, fibroîde» granuleuse, ne contenant pas encore d'éléments épithéliaux.

Si j'en juge par ce que j'ai vu, on trouve donc dans cette forme du cancroîde, comme lésion primitive, un épaisissement de la couche épidermique coïncidant avec une sorte d'hypertrophie du derme. Il est imr possible de ne pas voir l'analogie qui existe entre ce fait et celui que nous avons indiqué au début du cancroîde papillaire. Plus tard, des éléments épithéliaux infiltrent la substance du derme; celui-ci est quelquefois coo- ▼erli complètement en matière amorphe ; d'autres fois il contient encore quelques libres conjonctives et surtout des fibres élastiques, ou enfin des cellules fusiformes de tissu conjonclif embryonnaire. Enfin, des alvéoles s'y produisent à une époque plus avancée par le même mécanisme que les cavités profondes du cancroîde papillaire.

C. Cancroîde folliculaire. — Ce nom, proposé par Lebert, doit être appliqué aux cancroïdcs qui débutent par une lésion des glandes annexées aux téguments ou des iollicules pileux.

Yemeuil et Remak ont, presque à la même époque, appelé l'attention sur les lésions des glandes sudoripares. Une hypcrgénèse épilhéliale se produit d'abord dans l'intérieur de la glande. Le tube qui constitue cette glande augmente de volume, ses parois s'amincissent et se laissent distendre en des points circonscrits, ce qui leur donne un aspect variqueux et bosselé ; ces bosselures, d'abord sessiles, s'allongent, prennent la forme de doigts de gant, se renflent à leur extrémité et semblent alors se rattacher au tube par un pédicule rétréci. Les diverticules développés autour du tube primitif sont quelquefois si multipliés, que la préparation offre l'aspect d'une glande en grappe.

Plus tard les parois de la glande se trouvent détruites par distension excessive, et les éléments épithéliaux s'insinuent dans les tissus voisins et les envahissent graduellement.

La lésion des glandes sébacées est ordinairement secondaire et accessoire, mais elle peut être primitive. Comme pour les glandes sudoripares, il y a d'abord une simple hypertrophie par hypergénèse de l'épithélium glandulaire; puis les parois deviennent minces, se détruisent, et enfin l'épithélium gagnant les tissus voisins, le cancroîde se trouve constitué.

Les follicules pileux eux-mêmes peuvent sans doute être le point de départ de lésions analogues, ainsi que cela semble résulter de Texameu d'une pièce analysée par Remak. Je n'ai jamais constaté leur altération.

D. Cancroîde par hétérotopie. — Dans tout cancroîde confirmé il y a hétérotopie véritable, puisque des éléments épithéliaux se rencontrent

$12 CANGROiDE. — cancroIde cohhriié ou adulte.

dans des lissus où Ton n^en trouve pas à l*état normal ; mpis ce fait est la conséquence des progrès de la lésion, car, au début, l'épithélium s'était multiplié en des points où il préexiste. Dans la variété que nous siofnalons actuellement, les cellules épithéliales se produisent dès Tabord sans lacune connexion avec l'épithélial normal, dans le tissu conjonctif, pir exemple, ou dans un os, ainsi que cela a été vu par Yirchov^ pour le tibia. Ordinairement cette variété débute sous une forme enkystée, et ce n'est que plus tard, par suite de Taccumulation de l'épithélium, que les éléments cellulaires usent la membrane qui les a isolés pendant un temps plus ou moins long, et s'infiltrent dans les tissus.

II. Oanorolde oonllriiié oa mdalle. — Le cancroîde adulte est ce qu'on trouve décrit dans presque tous les ouvrages où Ton s^est occupé de Tanatomie pathologique de cette affection.

La tumeur se présente rarement sous forme d*une petite masse bien circonscrite; c'est plutôt une tuméfaction diffuse ou une ulcération à base

indurée, qui souvent s'étend -^ J^ beaucoup plus en largeur qœ

dans les couches profondes. Sa consistance est ferme, élastiqœ et comme fibreuse. A rextérieor, le produit morbide offre ordinairement une couleur roo^'^ sombre, due au développement des capillaires superficiels; si l'un des points de sa surface est ulcéré, on y trouve habituellement des éminences papilli-

FiG. 38. — PapiUc hypertrophiée, grossie trois cents formes qui, examinées au mifois. —A, papille.— a, fl, Cellules épidermiques croscope, se montrent COUTertes arrondies, — c, c, Cellules épidermiques vues de , u^î^ii^ A^UkAi:«i«« /«/, '^Si profil, d'apparence fusiforme. avec leurs noyaux, de lamelles épithelialcs (fig.oSl.

B, Cellules épidermiques isolées. — a, Paroi de la Ceséminences résultent quelque ceiiuie. — *, Noyau (Lebert). f^jg j^ Thypertrophie des pa-

pilles de la région; mais, le plus souvent, ce sont des productions nouvelles nées de la surface de ruicèw cancroîde, et quand elles sont nombreuses et très-développées, elles font donner à la lésion le nom de cancroîde papillaire.

Les cancroïdes des téguments externes sont le plus souvent recouverts de croûtes brunes ou jaunâtres, qui peuvent acquérir une épaisseur telle qu'on les a confondues avec de véritables cornes.

Divisé avec le scalpel, le tissu malade crie souvent quand on le conp^) comme le tissu squirrheux ; d'autres fois il ne présente pas ce caractère. Dans le premier cas, la surface de section est dense, sèche, blanche, comine fibreuse; dans l'autre, on trouve un parenchyme opalin, gris blanchâtre, mollasse, parcouru çà et là par de petits vaisseaux.

En examinant avec soin la surface de section, on remarque habitueUement, mais non toujours, de petits grains arrondis ou allongés, venm-

CONCROÏDE.

COKCAOIOE COifFlBllé OU ADULTE.

formes, d'un blanc perlé ou jaunâtres, qui peuvent atteindre, et même dépasser, le volume d'une tête d'épingle. Ces petits corps, qu'on peut extraire de leur cavité avec la pointe du scalpel, et qui se réduisent en pulpe à la plus légère pression, se dissocient dans Teau sous forme de lamelles, sans se mélanger intimement avec ce liquide. Ils sont constitués par un amas de cellules épithéliales. Si Ton comprime la tumeur, il n'est pas difficile d'en faire sortir d'autres, qu'on n'apercevait pas d'abord, sous forme de petits vers qui ont la même origine et la même composition {vermiothes cancrdides de Virchow).

Quand on gratte avec le tranchant du scalpel la surface coupée, on ne peut extraire de la tumeur qu une très-petite quantité d'un liquide qui ne ressemble point au suc dit cancéreux, car il est assez transparent et tient en suspension quelques grumeaux caséiformes de même nature que les petits grains jaunâtres disséminés au milieu de la tumeur.

Examiné au microscope, ce liquide présente des éléments variés. Ceux qui en font la base, les éléments épithéliaux, se montrent àMifférentes périodes de développement. Ce sont : 1° des noyaux libres, sphériques ou ovalaires, de petit volume, dont les nucléoles, ordinairement uniques, sont petits et de couleur blanche; 2^ des cellules plus ou moins exactement arrondies ; 5'' d'autres cellules devenues polygonales par la pression réciproque de leurs parois ; 4® enfin des lamelles épithéliales qui se rencontrent ordinairement en très -grand nombre et sont caractéristiques (fig. 39). Ces lamelles .ressemblent beaucoup à celles qu'on trouve à la

FiG. 59. — Cellules épithéliales d'une intiltration épidemnique de la langue (Lebirt, Ânatomie pathologique),

surface de la langue ; elles sont très-minces,'ordinaijrement pourvues d'un noyau ovoide, petit; quelques-unes cependant ne contiennent pas de noyau. D'autres lamelles sont plissées, ratatinées, contournées sur ellesmêmes. On rencontre souvent, en outre, des cristaux de cholestérine.

Dans le cancroïde type, les éléments essentiels diffèrent donc des éléments dits cancéreux par la présence de lamelles épithéliales, la petitesse

214 CANCROIDE. — cancroïde confirmé ou adulte.

«i la régularité plus grandes des cellules, et surtout parle petit volume des noyaux et des nucléoles. Ajoutons que, le plus ordinairement, dans le cancer épithélial, la cellule est pourvue d un seul noyau, et celui-ei d^un seul nucléole.

Dans la plupart des tumeurs que nous étudions, on trouve çà et là des

FiG. 40. — Éléments d'une (umear épidermique de U face dans les couches profondes du derme. — a, Globules épidermiques grossis cinquante fois. — b. Globules épidermiques grossis trois cenU fois (Lebert, Anatomie pathologique, pi. XVni).

cellules épithéliales agglomérées spus forme de petites masses arrondies

que Lebert a mentionnées le premier, et qu'il a appelées globes éjndermiques (fig. 40). a Ces globes, ovoïdes ou sphériques, ne sont composés que d*un véritable tassement concentrique de feuillets épidermiques, qui, dans la partie périphérique, sont si étroitement juxtaposés, que ces globes en prennent un aspect tout à fait fibreui; et ce n'est que vers le centre, et plus généralement lorsqu'on ajoute de l'acide acétique, que l'on y reconnaît les cellules propres de l'épiderme. » Dans le globe épidermique, les lamelles épithéliales forment donc des couches emboîtées et so-

Pre. 41. — Cancroîde à cellules pavimenteuses pcrposées COmme les écailles d'uE (grossissement de 250 diamètres). oignon.

Quand le cancroîde se développe dnsune région pourvue d'un épithélium cylindrique, les cellules, dans leur

CANCROIDE. — CAMCRoiDB coKPiiaii ou adulte. 215

hypergénèse, coiiser?ent habiUielIement leur forme normale, ce qui donne aux éléments de la tumeur ua caractère tout spécial (fig. 41 et 42).

Dans le suc extrait des cancroïdes on peut trouver, en outre, comme accessoires, de très-petits éléments cellulaires et nucféaires, des éléments embryo-plastiques,des fibres 4e tissu] connectif et de tissu élastique, de la matière amorphe, des «matières grasses.

Les vaisseaux sont de la nature des capillaires, peu nombreux et de petit volume.

Un fait important de l'histoire du '7gJ!:-^:SlT''4.*di*:^t^,^--îitï:^

Cancroîde, c'est que les limites de la iules cylindriques déUchées. — b, Cavité fol-

iésion ne sont ni régulières, ni bien 'Meuleuse vue suivanl sa longueur. — c. Cavilé

. ,, *.i*iA' Ai i semblable vue sur une section transversale.

tranchées : ça et la le tissu patholo- Toutes sont tapissées par une couche de cd-

gique s'enfonce sous forme de traî- luies cylindriques.

nées blanches ou jaunâtres, espèces

de rayons qui vont porter au loin le germe du mal, et sont de la plus haute

FiG. 43. — Cancroïde i cellules cylindriques (grossissement de 80 diamètres). — g g, Glapdes en tubes hypertrophiées. — p, Papilles libres à la surCice ulcérée ou végétant sur la pafW des cavités h. Les papilles et la paroi des cavités sont tapissées par les mêmes cellules cylindriques.

importance dans la question de récidive. Les limites de l'altération sont •donc représentées habituellement par une ligne très-inégale, qui donne la mesure du degré de résistance opposé par les organes à Faction destructiye du cancroïde. C'est un point qui mérite d'être étudié, parce qu'il rend, jusqu'à un certain point, compte de la façon dont les récidives se produisent. Examinons les limites du cancroïde, successivement sur les bords et dans les couches profondes. La peau qui environne le tissu mor-

'216 CANCROIDE. — caïvcroÎde co^fibhé od adulte.

bide est altérée dans une certaine étendue : Tépidenne, épaissi, se détoche facilement ; le derme est blanc, opaque, friable, granuleux, infiltré d'éléments épithéliaux dans une zone parfois beaucoup plus étendue qn'oi ne pourrait le supposer au premier abord. Cette diffusion du mal, qu'il est facile de reconnaître sur la. plupart des pièces, est de la plus hîale importance, et n'a peut-être pas encore attiré suffisamment Tattaitioo des praticiens. Prévenu de ce fait, le chirurgien doit explorer avec som les environs du cancroïdc, tenir compte de la vascularisation de ses borè, et surtout de cet état de l'épiderme que j'ai signalé et que je crois trèspropre à fournir de bonnes indications.

Du côté des couches profondes, le cancroïdc se propage de préférence dans le tissu cellulaire. Ainsi c'est à la faveur des traînées celluleuses que se font ces prolongements qui s'irradient au loin, entre les faisceaux musculaires, ou bien le long des vaisseaux et nerfs de la région. Ab lèvre inférieure, par exemple, après avoir franchi la commissure, le cancroïdc s'étend horizontalement dans Tépaisseur de la joue, en suivant le tissu conjonctif lâche qui unit les fibres du muscle buccinateur; et d^un autre côté, dans Fépaisseur de la lèvre, il rencontre le faisceau des Taisseaux et nerf mentonniers, qui, à la faveur de son tissu cellulaire, le conduit jusque dans le canal dentaire, où il fait de nouveaux progrès.

Ces lésions du tissu cellulaire offrent une importance pratique qu'on ne peut nier : l'opérateur doit les connaître ; et s'il est vrai que le cancroïdc reparaît le plus souvent parce qu'il a été incomplètement enleTé, peut-être sera-t-il possible de diminuer les chances de récidives, en ^mi égard à la direction dans laquelle se fait l'extension du mal.

Ce n'est pas la seule voie de propagation du cancroïdc : de proche en proche l'altération envahit tous les autres tissus ; il n'y en a pas un seul, muscles, os, aponévroses, etc., qui soit plus respecté par le cancer ^ithélial que par les cancers les plus malins ; mais leur degré de résistance est très-variable. Les muscles ne se laissent détruire qu'avec une certaine lenteur. Les artères résistent assez longtemps ; elles finissent cependant par être atteintes, mais leur destruction ne s'opère le plus souvent qu'après l'effacement de la cavité du vaisseau : aussi les hémorrhagies sérieuses sont-elles rares dans le cours du cancroïdc. Toutefois Paget a vu trois fois des hémorrhagies de l'artère fémorale dans des cancroïdes secondaires des ganglions de l'aine. Les veines et les lymphatiques sont envahis parle mécanisme indiqué à l'article Cakcer. Les tissus fibreux, aponévroses, ligaments, etc., résistent assez longtemps; ainsi, à la verge, Lisfranc avait remarqué que le cancer reste longtemps limité aux couches superficielles, et la connaissance de ce lait avait été le point de départ duo mode opératoire qui consiste à respecter les corps caverneux.

Quoique fibreux, le périoste est assez promptement atteint, car il offre

de nombreux vaisseaux qui ne lui sont pas destinés, il est vrai, mais

dont le passage trace une voie aux progrès du mal. C'est par cette voie

' que les os finissent par être atteints eux-mêmes. Les canaux de Havers

s'élargissent, on voit s'y enfoncer des espèces de cônes composés deccl-

CANCROÎDE. CAKCROÏOE CONPIRMé ou ADULTE. 217

Iules épithéliales tassées et assez régulièrement disposées côte à côte; le tissu osseux se raréfie donc par un mécanisme qui offre, avec celui de l'ostéite, une certaine analogie. A une époque avancée, les lamelles qui persistent entre les canaux de Havers élargis deviennent de plus en plus minces, se brisent, et de petits fragments osseux, privés de leurs connexions, tombent sous forme d'un détritus plus ou moins grossier dans les cavités dont l'os s'est creusé.

Telles sont les lésions qu'on rencontre dans le plus grand nombre des cas; il reste à dire quelques mots de certaines variétés de cancroïdes qui ont une structure en quelque sorte anomale.

Les cancroïdes de la partie supérieure du visage contiennent quelque^ fois un fort petit nombre de cellules épithéliales. Il y en a d'autres dont les lamelles, longues et minces, légèrement renflées à leur partie moyenne, peuvent au premier abord être prises pour des éléments fibro-plastiques lùg. 44). II suffit d'un peu d'attention pour éviter cette erreiir. Quelques-uns renferment des éléments offrant tout à fait les caractères de ceux qu'on a appelés cancéreux. Ces éléments ainsi modifiés peuvent être en nombre très-considérable, mêlés aux lamelles épithéliales et aux globes épidermiques. — Enfin des tumeurs se rattachant, du reste, entièrement au cancer épithélial, peuvent offrir un dépôt pigmentaire, de façon à constituer de véritables cancroïdes mélauiques.

U infection ganglionnaire est très-commune dans le cancroïde, mais sa fréquence Fig. 44. — Éiémenu d'une tumeur relative a été très-diversement appréciée, épidermique de la ftce. — a, Cei- Dans mes observations personnelles celle in- rproff- ? Les'''É IZ fection existait dans un peu plus du tiers de face (Lcbbrt, Anatome pathodes cas, ce qui ne veut pas dire que les ^inç^f pl- XVIII.) deux tiers des cancroïdes échappent à cette ^

complication. II me paraît probable, au contraire, que tout cancroïde dont la marche ne serait entravée par rien finirait par occasionner l'engorgement des glandes lymphatiques correspondantes; toutefois il est bien difficile de démontrer l'exactitude d'une pareille assertion, puisqu'on peut voir des malades qui portent des cancroïdes depuis vingt ou trente ans sans que le système lymphatique soit envahi. Ici, comme pour les autres cancers, l'engorgement peut être sympathique ou spécifique.

Vinfection générale est infiniment plus rare, car je n'en connais que orne observations, ce qui établit un contraste frappant entre le cancer épithélial et les tumeurs encéphaloïdes ou squirrheuses, qui entraînent si souvenMa formation de tumeurs secondaires dans les organes internes.

318 CANCROÏDE. — puïsiologib pathologique, simptomatologib.

C'est un caraclère différeniiel qui a une immense valeur, et suffirait k kn seul pour faire du cancroïde une affection spéciale. Les tumeors secon* daires, développées dans les organes internes, rappellent, par leur siège et leur multiplicité, les lésions qu*on rencontre si souvent chez les malades qui ont succombé au squirrhe du sein ; elles occupent de préferenoe les poumons, le foie, les plèvres, les os, le coeur. Ces tumeurs ont urne structure analogue à celle des cancroïdes cutanés et muqueux.

On ne doit pas confondre avec Finfection proprement dite les cas où il est question de cancroïdes multiples, développés à la fois sur plusiems points du tégument externe; ce sont des faits à part, qui n'iropKquent pas la nécessité d une infection générale.

Physiologie pathologiqce. — Quand on suit le cancroïde dans ses diverses phases, on ne tarde pas à y reconnaître trois âges, ou, si Ton veut, trois périodes distinctes. Dans la première, nous assistons à la naissance de la lésion, qui n'a encore rien de caractéristique. La seconde est caractérisée par l'infiltration épithéliale : c'est Tâge adulte du cancroïde, dont les caractères nous sont connus. Dans la troisième enfin, ou période de destruction, Tulcération se produit pA* le mécanisme signalé à Particle Cancer, par usure des tissus qui constituent la trame de la tumeur. C'est au même mécanisme qu'est due la formation, au centre de certains cancroïdes, de ces masses jaunâtres que Ton a comparées i an mastic, et qui sont uniquement composées d'épithélium. Le tissu du cancroïde tend donc à se détruire lui-même; mais, comme pour les autres cancers, cela n'aboutit point à une guérison, car pendant que la destruction fait un pas, la lésion en fait deux, de sorte que le mal tend sans cesse à s'accroître.

Le même mécanisme rend compte d*un fait qu'on observe souvent du côté des glandes lymphatiques. Quand ces organes sont infectés par Toisinage, l'hypergénèse épithéliale se produit au milieu d*une trame délicate qui n^oppose qu'une faible résistance à ces éléments parasites développés dans son sein. La coque fibreuse du ganglion résiste au contraire assez longtemps avant de se laisser détruire par le produit morbide. B en résulte qu'au moment où cette coque ganglionnaire a été usée, lorsque le travail ulcératif a détruit la peau sus-jacente, on voit sortir un liquide épais tenant en suspension des grumeaux caséeux, ou même une matière crémeuse, assez homogène, qui peut être prise pour du pus : mais le trajet fistuleux se perpétue, et loin de se cicatriser, l'ulcération s'élargit et prend tous les caractères du cancroïde.

Sympt(»iatologie. — Nous pouvons encore prendre comme type le cancroïde cutané, nous réservant de signaler en passant ce qu'il y a de spécial au point de vue symptomatique dans celui des autres régions.

L'affection débute sous des formes variables, insidieuses, qui peuvent

se combiner entre elles, et dont l'étude a de l'importance, car il serait

à désirer qu'on pût en reconnaître la nature au moment même de leur

apparition.

A. Souvent ce sont des bouquets de papilles hypertrophiées, reposant

CANCROIDE. — STMPTOIIATOLOGIE. S19

oo non sur une base unique et englobées dans une gaine épidermique ; ou bien des gnuratations groupées au nombre de cinq ou six, grosses comme des grains de millet, faisant à la surface de la peau une saillie hémisphérique. C'est à ces formes qu'on a donné le nom de tumeuns pajMaireSy nom qui mérite d être conservé, parce qu'il rappelle Torigine de la lé^ sion. La couleur de ces petites productions est grisâtre ou rosée, et Ton ' distingue souvent dans leur voishiage des stries dont la teinte est plus vive et qui sont formées par des capillaires dilatés.

Cette forme peut s'observer partout, mais on la rencontre surtout au dos de la main, au talon, et à la lèvre inférieure.

B. D'autres fois on observe dès l'origine une petite squame épidermique dont les bords sont nettement délimités ou confondus d'une façon insensible avec l'épiderme des parties voisines. Cette écaille ne lait souvent aucune saillie et même semble excavée; dans quelques cas, au contraire, la squame d'épiderme est assez épaisse. La surface en est tantôt molle et in^le, tantôt unie, sèche, fendillée et d'un aspect nacré.

C. Enfin le cancroïde délmte quelquefois par un tubercule grisâtre ou rosé, dont le volume varie depuis la grosseur d'un grain de froment jusqu'à celle d'une petite noisette. Cette production fait ordinairement à la surface cutanée une saillie hémisphérique ou inégale et comme lobulée, quelquefois déprimée à son centre; rarement elle est pédiculée. Presque toujours on trouve à sa surface une pellicule au-dessous de laquelle est mae surface à peu près unie.

Quand elle a pour point de départ les glandes sudoripares, la lésion présente souvent une certaine largeur, parce qu'elle occupe un assez grand nombre de ces petits organes. Dans ce cas, la surface malade est ordinairement limitée par un bourrelet épais, ondulé et sinueux, de couleur rougeâtre.

Ainsi, au début, le cancroïde peut offrir les formes papillaires, squameuse on tubéreuse.

Quelquefois, peu de temps après son apparition, la lésion offre l'aspect d'une fissure grisâtre ou pointillée de rouge, dont les bords, coupés à pic et indurés, n'ont aucune tendance à la cicatrisation. Ce n'est point une forme anatomique spéciale : la petite ulcération dont je parle se voit presque toujours au voisinage des orifices naturels où les tissus sont exposés à des alternatives continuelles de resserrement et de distension. C'est aux lèvres et à la langue que celte variété se rencontre le plus souvent.

Presque toujours le cancroïde est unique; il n'est cependant pas rare de trouver des sujets qui portent à la fois deux ou plusieurs de ces productions parfaitement distinctes. Paget a même vu sur quelques ramoneurs une centaine ou plus de productions verruqueuses paraissant être des cancroïdes au début.

Dans l'origine, l'affection ne révèle sa présence que par de petits picotements et un léger prurit ; tout cela parait si insignifiant que bien souvent le chirurgien n'est pas consulté. Le malade, cédant au désir de s^

320 CÂNGROiDE. — stmptoiiatologie.

gratter, arrache de temps en temps la pellicule qui recouvre la tumeur; la surface grenue mise à découvert ne tarde pas à se recouvrir d^une nouvelle écaille.

La lésion peut rester stationnaire pendant plusieurs années ; mais il -arrive un moment où une ulcération superficielle s'établit. Cette surface ulcérée laisse écouler une faible quantité d'une humeur claire, citrine, qui se concrète à la surface et donne lieu à la production de croûtes inégales de couleur jaune ou grisâtre, quelquefois même presque noire, quand une petite quantité de sang s'y est mêlée.

Ces croûtes de nouvelle formation peuvent acquérir une épaisseur qui leur donne une certaine ressemblance avec des cornes ; elles produisent des tiraillements et des démangeaisons, tombent d'elles-mêoies ou sont arrachées par le malade, se reproduisent; la même série de phénomènes se renouvelle ainsi à quelques jours d*intervalle, et à chaque fois Tolcénh tion fait de nouveaux progrès.

L'envahissement du cancroïde est donc continuel, et, quand ses premières périodes ont été abandonnées à leur marche naturelle, Fulcère, qui en est le résultat, présente dc^ caractères dont la vue seule peut donner une juste idée.

La surface ulcérée a des dimensions qui peuvent aller depuis 1 os 2 centimètres jusqu'à 10 ou 12, quelquefois même plus. Le fond de cet ulcère est taillé de la façon la plus irrégulière : en quelques points ce sont des excavations profondes ; ailleurs, des bourgeons charnus exubérants, saignant au moindre contact, qui dépassent le niveau des parties saines voisines. Cette surface est tantôt rouge terne et violacée; tantôt grisâtre, pointillée de rouge, ou couverte d'un enduit pulpeux; elle sécrète un liquide sanieux, d'une odeur fétide, analogue à celle qu'on a regardée comme spéciale aux tumeurs squirrheuses et encéphaloïdes ulcé- Tées. Dans les espèces de cavernes dont est creusé Tulcère, il n'est pas rare de remarquer une matière blanchâtre, caséeuse, composée de grumeaux, offrant une ressemblance grossière avec un peloton de fil, et constituée par un détritus d'éléments épithéliaux qu'on enlève avec facilité.

Les bords de Tulcère ont la forme de bourrelets saillants, rugueui, inégaux, renversés en dehors, d'une dureté squirrheuse, et sont parsemés de bourgeons exubérants ; ici taillés à pic, ailleurs ils conduisent par une pente douce des parties saines vers le fond de l'ulcère ; leur côté interne, qui répond à l'ulcère, continuellement lubrifié par les liquides sécrétés, reste humide et rosé ; leur face périphérique se dessèche, se couvre de croûtes provenant de la dessiccation de l'humeur sanieuse qui a coulé sur les parties voisines, ou bien on y voit quelques écailles épidermiques, tout à fait analogues à celles tpxi marquent le début de li plupart des cancroïdes, et dont l'anatomie pathologique nous a donné h Taleur.

Au delà de ces bords indurés, fréquemment la peau est marquée^de stries vasculaires qui peuvent s'étendre au loin, comme dans les cas où le

CANCROfDE. — màbchb, TBBmifAisoKS. 221

tégument, soulevé par une tumeur cancéreuse, est aminci et sur le point de s*ulcérer.

A une période avancée, la base dure sur laquelle repose Tulcère perd la mobilité qu'elle avait au début. On sent une masse empfttée, diffuse, qui confond toutes les couches anatomiques de la région. S'il est vobin de quelque partie du squelette, Tulcère attaque le tissu osseux, le corrode; on peut, avec le stylet, en détacher des parcelles; des cloisons osseuses disparaissent et établissent des communications anomales entre des cavités voisines, telles que les fosses nasales et la cavité buccale.

Ce travail de destruction ne s'accompagne pas toujours de douleurs très-vives. Certains malades éprouvent seulement un peu de prurit au Toisinage de l'ulcère et de loin en loin quelques petits élancements, tandis que d'autres sont en proie à des souffrances horribles et ressentent des douleurs lancinantes aussi aiguës que celles qui accompagnent les tumeurs squirrheuses et encéphaloïdes.

L'ulcère cancroïde n'a pas toujours les mêmes caractères : tantôt il y a formation de bourgeons charnus exubérants et papillaires qui peuvent dans leur développement excessif dépasser le niveau des parties saines Yoisines ; c'est la forme végétante. D'autres fois l'ulcère se creuse profondément et devient anfractueux, ce qui constitue la forme rongeante de Taffection.

Au point de vue symptomatique, le cancroïde des muqueuses ofire avec celui de la peau de nombreux points de contact; mais l'ulcération y est précoce. Quant aux caractères spéciaux, ils ne peuvent être indiqués ici.

Marche, tershnaisons. — Un des traits les plus caractéristiques du cancroïde est la lenteur habituelle de sa marche, non-seulement au début, mais encore lorsque Fulcération s'est produite. Boyer a vu un bouton ne s'ulcérer qu'après vingt-sept ans. De pareils exemples sont fort rares, mais on peut assez souvent voir le cancroïde ne dépasser cette preiçière période qu'après plusieurs années.

Cependant, par exception, le cancer épitbélial peut suivre une marche très-rapide.

Fréquemment des cancroïdes qui ont marché tout d'abord avec la lenteur habituelle prennent tout à coup un grand accroissement. Quelq[uefois on ne peut se rendre compte de ce changement, mais presque toujours on en trouve la cause dans une irritation mécanique portée sur la partie malade. Il est en effet remarquable de voir l'influence que les irritations locales de toute nature ont sur la marche de cette aflection, et c'est pour cela que les anciens chirurgiens donnèrent à cette espèce de cancer le nom de noli tangere.

Le siège du cancer épitbélial a de l'influence sur sa marche : quand la lésion occupe la peau, le nez et les joues en particulier, elle parcourt ses périodes avec une extrême lenteur. Sur les muqueuses ou à leurs orifices, l'affection suit une marche beaucoup plus rapide ; ainsi, de tout

322 CÂNGROiDE. — mabche, teb]iiiiai90ks«

temps, on a remarqué combien le cancroide des lèvres est plus grave que celui du tégument externe.

La nature de la lésion a également de rimportance ; le cancroide dermique parcourt ses périodes avec rapidité, si on le compare aux autrei formes et surtout au cancroide papillaire.

A une époque variable de son évolution, le cancroide s'accompagne d'engorgement ganglionnaire et de cachexie.

V engorgement ganglionnaire est la moins grave des deux conséqueaces ultimes du cancer épithélial. Tout semble encore se passer dans la région atteinte, car c'est le ganglion le plus voisin de la partie malade qui est tout d'abord envahi. L'époque où l'infection du système lymphatique se produit est très-variable. Dans mes relevés, la plupart des engorge* ments ganglionnaires existaient chez des sujets malades depuis un à Irob ans. Toutes choses égales d'ailleurs, on comprend que les chances de cette complication deviennent d'autant plus grandes que la lésion est pins ancienne ; mais il n'y a là rien d'absolu.

L'envahissement des glandes lymphatiques est d'autant plus prompt et plus sûr que le cancroide suit lui-même une marche plus rapide. D eo résulte que ce sont surtout les cancroïdes des lèvres et de la langue qui donnent lieu à l'infection ganglionnaire, tandis que ceux du tronc et des membres ne la produisent que fort tard.

Au début, les glandes engorgées ont une consistance ferme ; plus tard elles se ramollissent, deviennent adhérentes à la peau et s'ulcèrent.

La cachexie se montre comme dans tous les autres cancers et n'oflire rien de spécial. Il est fort rare, même quand la cachexie est profonde, que des tumeurs secondaires se développent dans les organes internes; si pourtant elles se produisent, elles hâtent la terminaison fatale par leur multiplicité même ou par les troubles qu'elles apportent dans les font* tiens d'organes importants. A l'autopsie, on trouve alors des tumeurs qui ont ordinairement la structure des cancroïdes, mais quelquefois ce sont des encéphalôides véritables, ainsi que Paget et Schrôder van der Kolk en ont vu chacun un exemple.

La mort est la terminaison naturelle de cette afiection, alors même qu'il ne survient aucune complication qui permette de l'expliquer ; mais elle est quelquefois hâtée par des troubles spéciaux dépendant du siège de la lésion : si la lèvre inférieure est détruite dans une grande étendue, l'écoulement continuel de la salive au dehors peut amener un afEaiblissement dont les conséquences sont promptement funestes; un cancroide de l'oesophage peut faire périr d'inanition avant que la lésion soit encore bien avancée.

Quelquefois, entin, des complications y telles que l'érysipèle et les hémorrhagies, peuvent tuer prématurément le malade.

Jusqu'à ces derniers temps, la guérison du cancroide sans opération n'avait été observée que deux fois à ma connaissance, par Lebert et Velpeau. Récemment, on parait en avoir guéri un certain nombre ptf l'emploi du chlorate de potasse ; nous reviendrons sur ces faits.

CÂNCROiDE. MARCHE, TBRMI!fA1S0ICS. 223

La gangrène a été vue, mais elle est fort rare. Elle ne frappe ordinairement qu'une partie de la production et n'empêche point la terminaison fatale.

Enfin une cicatrisation partielle peut se faire sur un ulcère cancroide, mais elle n'est que temporaire, et le mal ne tarde pas à reprendre bientôt aa marche envahissante.

Étiolooie. — 1* Siège. — La peau est le siège de prédilection du caneroïde, et la face à elle seule l'emporte sur tous les autres points de l'économie, puisque sur 250 faits j'en ai trouvé 190 pour la face et 60 pour tous les autres points du corps réunis.

Les régions les plus maltraitées sont les suivantes : lèvres 85, paupières i9, nez 22, joues 29, cavité buccale 22, etc. Comme on le voit, l'affection est surtout très-commune aux lèvres, et c'est presque toujours à la lèvre inférieure qu'on l'observe, sans qu'on puisse s'expliquer cette prédilection d'une façon satisfaisante. J'ai trouvé la moitié gauche de la lèvre inférieure plus souvent atteinte que la droite, dans la proportion de 5 à 1. — Aux paupières, il y a également prédominance en faveur de la paupière inférieure, mais dans une proportion moindre qu'aux lèvres.

Pour les régions autres que le visage, le cancroîde se rencontre le plus souvent à la face dorsale de la main et des doigts, au talon, au prépuce, à la vulve.

Ce qu'on a appelé en Angleterre cancer des ramoneurs, n'est autre ehose qu'un cancroîde du scrotum. Cette affection parait très-rare en France.

2* Age. — Le cancroîde est une affection de la seconde moitié de la vie. C'est de 40 à 60 ans qu'on en trouve le plus grand nombre ; mais si l'on tient compte de la diminution progressive et rapide qui survient dans le chiffre de la population, on doit reconnaître que l'aptitude à contracter le cancroîde, loin de s'affaiblir avec l'âge, a de la tendance à augmenter. L'âge du malade n'influe pas beaucoup sur le siège occupé par la lésion.

3^ Sexe. — Le cancroîde est beaucoup plus commun chez l'homme ; ainsi sur 247 malades, il y avait 182 hommes et 65 femmes, ce qui donne à peu près le rapport de 3 à 1 .

Le sexe a une singulière influence sur le siège de prédilection du cancroîde : ceci est frappant surtout pour la lèvre inférieure, où certainement les neuf dixièmes des cas au moins appartiennent à l'homme, sans qu'on puisse en apprécier les motifs. La cavité buccale est aussi, chez la femme, bien plus rarement atteinte. Aux autres régions de la face, l'affection se montre avec une égale fréquence dans les deux sexes, si ce n'est aux joues où elle conserve encore sa prédominance chez l'homme.

4^ On a remarqué presque de tout temps que le cancer épithélial se montre de préférence dans les classes pauvres, chez les habitants des campagnes et chez les gens qui négligent les soins de propreté.

5^ Une irritation répétée ou permanente est souvent la cause du cancroïde, et c'est l'un des arguments dont on s'est servi pour nier la nature

224 CÂNCROÏDE. — diaghostic.

diathésique de cette affection ; mais il ne faut voir là qu'une cause provocatrice, susceptible tout au plus de faire éclater la maladie chez les individus prédisposés : c^est ainsi qu'agit le phimosis quand il détermine le cancer de la verge, car il n'est pas rare de rencontrer la même affection chez des gens qui ne présentent pas ce vice de conformation.

Pour expliquer la prédominance extrême du cancroïde de la lèm inférieure chez Thomme, Roux, Bouisson et quelques autres chirurgiens en ont voulu trouver la cause dans l'habitude de fumer et particulièrement dans Tusage du brûle-gueule. A leurs assertions, on peut objecter qu'il est commun de rencontrer le cancroïde des lèvres chez des hommes qui ne font point usage du tabac, et que dans certaines localités du Finistère, où les femmes ont l'habitude de fumer, le caucroïde de la lèvre inférieure, dans le sexe féminin, parait aussi rare que dans les autres contrées. Il faut donc admettre que l'homme est spécialement prédisposé au cancer épithélial de la lèvre intérieure.

6"* Hérédité. — Dans un vingtième des cas, Paget a trouvé des antécédents héréditaires. Pour ma part, j'en ai trouvé dans le dixième desfkits que j'ai observés ; mais il faudrait de nombreux chiffres pour fixer avec exactitude la valeur de cette condition étiologique. Lorsqu'il y a hérédité, elle est assez complexe : ainsi la lésion chez les ascendants est tantôt k cancroïde, tantôt une autre manifestation cancéreuse, Pencéphaloïde et le squirrhe par exemple ; et d'un autre côté, à un cancroïde on peut voir succéder chez les descendants des lésions cancéreuses plus malignes.

DiAGiNOSTiG. — i^ Au début ^ quand il revêt la forme de papilles, de squame, d'un petit tubercule, le cancroïde n'est pas toujours d'un diagnostic facile.

Les verrues^ surtout celles qui sont rugeuses et dont la surface est hérissée d'éminences papillaires, ressemblent quelquefois si complètement à l'hypertrophie papillaire qui se montre au début de certains cancroîdes, qu'on ne peut indiquer aucun caractère essentiel qui permette de les ai distinguer. Il y a lieu de craindre un cancroïde, lorsque la petite tumeor se montre à un âge avancé, et parait avoir de la tendance à un accroissement progressif. On sera à peu près fixé sur la gravité de l'hypertrophie papillaire, quand celle-ci sera le siège de desquamations fréquentes, et quand, à la chute de l'épiderme, on remarquera à la surface des papilles une érosion même superficielle. A plus forte raison, on devra regarder comme graves les tumeurs papillaires qui s'accompagnent d'un épaississèment de la peau, d'une sécrétion épidermique exagérée dans leur voisinage, ou celles qui se produisent aux environs d'un ulcère cancroïde déjà ancien.

Le condylome cutané est fixé à la peau par un pédicule large, dense, quelquefois directement chargé de papilles hypertrophiées; mais le plus souvent on y trouve des pédicules secondaires et même tertiaires, ceqra donne à la tumeur une apparence ramifiée et la différencie du cancroUe papillaire. Sur les muqueuses, le même caractère ne suffit plus : en effet, dans ces régions, et en particulier au col de l'utérus, le cancroïde débute

CANCROÏDE. — DIAGNOSTIC. 225

souvent sous la forme de choux-fleurs (végétations en choux-fleurs du col de la matrice).

On doit au reste se rappeler que les condylomes et les verrues peuvent devenir exceptionnellement le point de départ du cancroïde.

On pourrait prendre pour des cancroïdes ces petites plaques d'épiderme qu'on remarque fréquemment sur le visage des personnes âgées, et qu^on désigne vulgairement sous le nom de crasses des vieillards. L'erreur est d'autant plus facile à commettre que ces petites croûtes peuvent se détacher et se reproduire ; mais la surface qu'elles recouvrent ne s'ulcère pas. Il est possible cependant que ces productions soient susceptibles de devenir le point de départ de véritables cancroïdes, au moins au même titre que les condylomes et les verrues.

Vacné sébacée peut quelquefois embarrasser le chirurgien à cause de sa longue durée et de l'aspect des croûtes qui couvrent la peau, et qui, de temps en temps, tombent et se reproduisent. Mais dans cette aflection, les croûtes sont plus molles et plus gluantes que dans le cancroïde, et quand on les détache on trouve la peau saine et Ton aperçoit les orifices des follicules sébacés distendus par leur produit de sécrétion. Du reste, il suffit ordinairement d'employer quelques topiques et en particulier la glycérine pour modifier favorablement l'acné sébacée, tandis que le cancer épithélial n'est point influencé par ces applications.

La verrue acrochordon occupe habituellement les paupières, le nez et le cou, s'attache à la peau par un pédicule rétréci sous forme de collet; sa consistance est molle et comme celluleuse, sa couleur ne diffère pas sensiblement de celle de la peau voisine ; la surface en est unie, sans écaille d'épiderme, et fréquemment elle donne insertion à quelques poils. Le tubercule du cancroïde n'onre pas cet ensemble de caractères.

Les tubercules du lupus sont le plus souvent multiples; ils sont aplatis, mous, rougeâtres; leur sommet est terne et comme exfolié; ils surviennent^resque toujours chez de jeunes sujets et sont indolents. Le tubercule du cancroïde est à peu près constamment unique, dur, se rencontre chez des personnes âgées ; sa surface est couverte d'une croûte sèche et souvent nacrée ; il est le siège d'un prurit incommode et de quelques picotements.

La syphilide tuberculeuse se présente aussi sous forme de tubercules multiples, comme le lupus ; mais elle se distingue du cancroïde, surtout par l'étude des antécédents et par la coïncidence très-habituelle d'autres mapifestations syphiliques.

La kéldide offre d'ordinaire l'aspect d'un bourrelet dur, allongé, dont la surface est unie et qui s'ulcère rarement et tardivement.

S"" A rétat d'ulcèrCj le cancer épithélial doit être distingué des ulcères scrofuleux et syphilitiques et de quelques ulcérations dont la persbtance tient à certaines conditions locales.

Les ulcères syphilitiques ont quelquefois été pris pour des cancroïdes. C'est presque toujours le chancre induré qui, par l'aspect de sa surface, l'induration de sa base et l'existence d'un engorgement ganglionnaire, a

■OCT. DICT. ViO. ET CHU. VI. — 15

226 CANCROÏDË. — pronostic.

été Tobjet de semblables erreurs, surtout quand son siège insolite éloigne tout d'abord Tidée d'un pareil accident. Je connais deux erreurs de cette nature, toutes deux relatives à des chancres de la lèvre inférieure. — A h verge, les mêmes difficultés se présentent, aussi Ton comprend pourquoi Ricord insiste beaucoup sur le diagnostic différentiel : a Si la maladie existe depuis plus d'un an et qu'il n'y ait pas eu d'accidents secondaires syphilitiques, on peut dire que ce n'est point un chancre induré, mais un cancer. » Ici comme aux lèvres, quand il y a doute et que rulcératloo est de date récente, on doit temporiser et soumettre le malade au traitement mercuriel.

Les ulcérations qui appartiennent à la période tertiaire de la syphilis et sont la conséquence de la suppuration des gommes et des inflaiadmations spécifiques du système osseux, seront généralement distinguées par leur marche, le peu d'induration de leurs bords, les accidents syphilitiques concomitants ou antérieurs, et par l'action curative de Tiodure de potassium.

Les ulcérations scrofulettses^ surtout celles qui accompagnent le lupus, peuvent être confondues avec le cancroîde, spécialement quand elles siègent aux lèvres et à la région vulvo-anale.

Les ulcères scrofuleux des lèvres occupent plutôt la supérieure que rinférieure, leur fond est rougeàtre, les bords en sont mous et viol^; s'ils sont indurés, l'induration n'a pas la consistance qu'on trouve dans la base de Fulcère cancroîde; ajoutons que le lupus ne s'accompagne d'aucune douleur et se montre de préférence chez de jeunes sujets.

A la vulve, où le lupus porte le nom d'esthiomène, le diagnostic sera fondé sur l'aspect violacé de l'ulcère, l'empâtement mou des bords, sur la marche serpigineuse de l'affection et la possibilité de la guérir par des modiGcateurs généraux et locaux qui ne suffiraient pas s'il s'agissait d'un cancroîde.

Certains tUcères entretenus par une causse locale ont pu être confondus avec le cancroîde. Cette erreur a été commise dans toutes les régions, mais nulle part peut-être aussi souvent qu'à la langue, où l'irritation produite par une dent cariée peut entretenir une ulcération de mauvais aspect. Pour obtenir la guérison de ces ulcère3 il sufGt d'en supprimer h cause.

Si le cancroîde a gagné le tissu osseux, on peut le prendre pour une carie ou une nécrose. La marche de la lésion suffit le plus souvent pour en préciser la nature ; si l'ulcère n'a pas de caractères bien tranchés, il faut accorder une grande valeur aux grumeaux caséeux qui fréquemment peuvent être remarqués à la surface et dans lesquels on reconnaît sans peine au microscope les éléments épithéliaux. Ce précepte est applicable à tous les cas où le diagnostic d'un ulcère offre des difficultés.

Quant au cancroîde des glandes lymphatiques, son diagnostic sera établi par une étude suivie des phases de la lésion.

Prokostic, — La marche envahissante du cancroîde, sa tendance à infecter les glandes lympliatiques et à produire la cachexie en font une

CANCROÏbE. — PROHOCTic. 2Î7

lésion très-sérieuse; cependant c'est Tune des formes les moins graves des manifestations cancéreuses, la moins grave de toutes peut-être, puis- ^pi'elle peut exister pendant de nombreuses années sans porter atteinte à la santé générale, et que sa destruction par des moyens chirurgicaux est assez souvent suivie d'une guérison complète et définitive.

Le siège a beaucoup dMnfluence sur le degré de malignité de la lésion : c'est aux joues et au nez que Taffection est le plus longtemps compatible avec un état général excellent et progresse avec le plus de lenteur. Parmi les orifices muqueux, les lèvres occupent le premier rang pour la gravité qu'y revêt le cancer épithélial, tandis qu'aux paupières la marche est ordinairement assez lente, même dans le cas où la conjonctive est déjà envahie. Entre tous, le cancroïde de la langue se fait remarquer par sa pernicieuse influence, et cependant on possède, même pour cette région, quelques exemples de guérison durable.

n est presque inutile de faire remarquer que Texistence d'un engorgement ganglionnaire et surtout un commencement de cachexie sont des circonstances extrêmement fâcheuses.

Quand le malade a été opéré, la récidive est fréquente, mais quelle en est la proportion réelle? Il n'est pas facile de le dire ; cela tient, en grande partie, à la longue durée du cancroïde, et dès lors aux difficultés qu'on éprouve à suivre les malades pendant un nombre d'années suffisant pour qu'il soit possible de conclure à la non-récidive. On doit remarquer, en outre, que souvent les malades ne viennent pas retrouver le chirurgien qui les a opérés une première fois, de sorte que les observations sont en réalité presque toujours incomplètes. En tenant compte indistinctement de tous les sujets qui sont venus consulter pour des cancroïdes récidives, on n'a pas non plus de données rigoureuses ; c'est pourtant le seul élément qui nous reste, et, s'il n'est pas de nature à nous éclairer sur la fréquence des récidives, il peut du moins donner, sur d'autres points de -cette question, des notions importantes.

Sur 242 faits que j'ai vus ou consultés, 52 fois il est question de récidives. Relativement au siège, ces récidives se répartissent de la façon suivante : 34 fois la reproduction s'est faite sur place; chez 6 malades, elle a eu lieu dans les ganglions correspondants; chez 9 autres, à la fois sur place et dans les ganglions lymphatiques ; trois fois la récidive a eu lieu à quelque distance.

Il est donc certain que, d'une façon générale, la récidive est locale, ce qui a fait dire à quelques chirurgiens que le cancer épithélial est une affection localement maligne. J'ai déjà insisté sur un point très-important, c'est rétendue réelle du cancroïde. Il m'est arrivé si souvent de trouver sur les limites des parties enlevées des tissus déjà malades, que je n'hésite pas à regarder la repullulation comme due presque toujours à ce que l'opération n'a pas détruit tout le produit morbide ; il s'agit donc non d'une véritable récidive, mais d'une simple continuation de la maladie. Je dis presque toujours, car dans certains cas il y a une véritable récidive au voisinage du lieu primitivement affecté.

228 CANCROÏDE. — traitement médical.

Quand la récidive se fait dans les ganglions correspondants, le mécanisme est le même; c*est encore presque toujours la lésion primiiÎTe qui continue sa marche.

La variété anatomique de Taffection a beaucoup d'influence sur la fréquence et la forme de la récidive :

a. Plus le cancroïde a des tendances envahissantes, plus il a de chances de récidiver soit sur place, soit dans les ganglions, soit dans ces deux points à la fois. Les deux régions les plus maltraitées sous ce rapport sont la langue et la lèvre inférieure.

b. Tandis que les récidives locales sont fréquentes dans toutes les variétés, presque toutes les récidives ganglionnaires se rapportent à des cancroïdes qui siégeaient à la langue et à la lèvre inférieure.

Tant que la récidive se fait sur place, elle ne présente pas, à part quelques exceptions, une plus grande gravité que la lésion primitive; pourtant Ycipeau a remarqué que certaines récidives sont remarquables par les vives douleurs qui les accompagnent. C'est encore à la langue et aux lèvres que s'observe cette aggravation; sur tous les autres points du t^ument externe, hormis le cas où un caustique insuffisant a été appliqué, les récidives ont ordinairement la même marche que la lésion primitive, et peuvent, sans altérer beaucoup la constitution, se succéder en nombre presque indéfini.

Quant à l'époque à laquelle la récidive se montre, elle est très-variable; ordinairement c'est dans l'année qui suit l'opération, mais quelquefois c'est seulement après six ou huit ans, même pour des cancroîdes trèsgraves, tels que celui de la lèvre inférieure ; et il est probable que dans ces derniers cas il s'agit d'une véritable reproduction du mal.

TRArrEMENT. — Traitement médical. — Le cancroïde était regardé comme une affection réfractaire aux médicaments, lorsque dans ces dernières années on a appelé l'attention sur l'action curative du chlorate de potasse. Bergeron l'avait déjà employé une fois avec succès à Alfort, lorsque Milon et W. Cooke, appliquant à l'homme cet agent thérapeutique, obtinrent chacun une guérison. Depuis lors, d'autres succès ont été signalés par Leblanc fils et Bergeron : Leblanc a expérimenté sur des animaux atteints de cancer épilhélial des lèvres, Bergeron a employé le médicament chez l'homme et a cité quelques faits assez extraordinaires qui paraissent concluants.

Le chlorate de potasse a été administré à l'intérieur et employé localement. A part un fait observé dans le service de Charcot oiî le médicament, donné seulement à l'intérieur, a produit une amélioration notable du mal, la médication interne a été sans résultat; chez quelques malade même l'emploi longtemps continué du sel a produit un état de dyspepsie qui en a nécessité la suspension. D'une façon générale, il faut donc préférer les applications topiques.

Il y a des cas cependant où la médication interne est seule applicable, par exemple s'il s'agit de lésions de l'œsophage ou de reslomac supposées de la nature des cancroîdes. — Dans le cancer épithélial de la bouche,

CANCROÏM:. — TRAITEMEICT CHIRURGICAL. 229

Fadmiuistratioa interne du médicament doit être très-favorable à son action sur le tissu morbide, car l'élimination du chlorate de potasse par la salive rend continuel le contact de ce sel sur les différents points de la cavité buccale. — Quand on se décide à employer le chlorate à Tinter rieur, il convient de commencer par des doses modérées, 0*^*^,50 cent, à i gramme, et de ne pas dépasser la dose de 2 grammes par vingt-quatre heures, a6n d'éviter les troubles digestifs. Le médicament doit être ingéré par doses réfractées.

Localement on doit, à l'exemple de Milon et Blondeau, se servir d'une solution aqueuse saturée dont on imbibe des plumasseaux de charpie qui sont, s'il est possible, maintenus en permanence sur les parties malades.

Dans tous les cas, l'amélioration ne se montre guère qu'après quelques semaines, si toutefois la médication doit être couronnée de succès ; nliis il est, quant à présent, impossible de dire quelle proportion de guérisons on doit en attendre, et de l'aveu de Bergeron lui-même, les insuccès sont nombreux. Pour ma part, j'ai employé ce traitement chez huit ou dix malades sans le moindre résultat avantageux.

Traitement chirurgical. — Parmi les anciens chirurgiens, plusieurs étaient d'avis de respecter ces petits boutons qui marquent souvent le début de l'affection. Par malheur, ces idées sont encore répandues dans le monde et partagées même par quelques médecins qui prennent à la lettre le nom de noli tangere. Cette erreur a les plus déplorables conséquences et amène journellement dans les hApitaux des malheureux qui sont inopérables à l'époque où ils réclament le secours de la chirurgie.

On doit, au contraire, opérer de très-bonne heure, dès qu'un bouton suspect existe quelque part. On n'est autorisé à retarder l'opération que dans les cas exceptionnels où l'oapeut hésiter entre le cancroïde et une manifestation syphilitique : il convient alors de commencer par un traitement spécifique qui sert de pierre de touche et ne tarde pas à fixer sur la nature de la maladie.

Les détails qui ont été donnés à propos du traitement chirurgical du cancer en général nous permettront d'abréger beaucoup celui du cancroïde.

Dans le cancer épithélial il est permis de compter sur de solides guérisons, même quand la tumeur, déjà volumineuse, a envahi les os et les glandes lymphatiques. Ainsi, Bauchet a cité le cas d'un homme qu'il a re¥u guéri sept ans après qu'il lui eut enlevé un cancroïde de la lèvre inférieure avec une portion du bord inférieur du maxillaire et plusieurs glandes sous-maxillaires altérées. De pareils succès sont encourageants et autorisent le chirurgien à opérer même quand les désordres locaux sont très-é tendus.

C'est principalement dans cette forme de cancer que des chirurgiens, s'en laissant imposer par l'apparence superficielle du mal, ont préconisé la médication caustique. Adoptée d'une façon générale, la cautérisation serait une méthode dangereuse. On doit se rappeler que la lésion est tou-

230 CANCROÏDE. — traitemekt chikdrgical.

jours beaucoup plus étendue en largeur et en profondeur qu'elle ne le parait au premier abord; et si en effet, dans quelques can(TOÎdes pcQ profonds, les caustiques peuvent être mis en usage, il convient de ne pas s'en servir avec timidité, car il faut d'un seul coup désorganiser f oos les tissus malades. Si Ton se borne à détruire une partie du mal, Tanectioo qui jusque-là avait progressé avec une lenteur extrême prend une marche beaucoup plus rapide. Ledran avait déjà remarqué que les caustiques sont une arme à double tranchant : bien ou mal administrés, ils conduisent le cancroïde à une heureuse fin ou le rendent plus rebelle.

Il en résulte qu'on doit exclure de la thérapeutique de cette affection tous les caustiques superficiels ou cathérétiques, et en particulier le nitrate d'argent, si aveuglément appliqué par quelques praticiens sur toute surface ulcéreuse qui ne marche pas franchement vers la cicatrisation.

Les substances escharotiques elles-mêmes doivent être rejetées lorsmie le cancroïde repose sur une base dure, profonde et diffuse, parce que leur action est toujours plus ou moins incertaine.

D'une &çon très-généi^le on doit donc préférer Tinstrument tranchant, et il fnut l'employer en particulier : pour les cancroïdes des surfaces muqueuses; — lorsque la lésion occupe le voisinage d'organes qu'il im» porte de ménager; — quand l'ulcère repose sur une base dure, étendue et dont les limites ne sont pas précises ; — enfin quand il est nécessaire de combler immédiatement la perte de substance pour conserver les fonctions d'un organe.

La cautérisation en flèches, Texcision suivie de cautérisation, méthodes exceptionnelles, sont suffisamment indiquées (aux articles Ca^ccer et Caustiques) pour qu'il n'y ait pas lieu d'y revenir ici.

Opérer de bonne heure et très-largement^ voilà les deux conditions les plus favorables pour obtenir une guérison définitive. Que l'on se serve du bistouri, des caustiques ou de l'écraseur, il faut d'abord explorer avec le plus grand soin les environs de la tumeur, pour reconnaître les parties qui commencent à s'altérer, et alors même qu'on a déterminé ces limites apparentes, on doit bien au delà porter la destruction.

Pour apprécier l'étendue de la tumeur, on doit successivement examiner les couches superficielles et profondes. Du côté de la peau, il faut tenir compte des moindres saillies, de la rougeur qui avoisine le cancroïde ; des écailles larges ou furfuracées, un épaississement de la couche épidermique, annoncent que la peau sous-jacente est malade.

Par le toucher, on doit s'enquérir des moindres prolongements qui, sous forme d'éperons, s'avancent dans l'épaisseur des tissus et révèlent la marche de la lésion. En se fondant sur les connaissances anatomiques, on ne tardera pas à reconnaître que ces irradiations suivent de préférence les espaces celluleux.

Toutes les parties malades doivent être largement détruites; il faut donc subordonner le procédé opératoire à l'étendue présumée de la lésion. Trop souvent, pour enlever à la lèvre inférieure un lambeau en forme de Y, et réunir les bords de la plaie par la suture, on a été conduit à

CANNE DE PROVENCE. — matière médicale, description. 231

respecter quelques parties suspectes qui sont bientôt le point de départ d'une récidive.

Dès que l'ablation du cancroïde a été faite, on doit examiner la pièce^ la couper en divers sens pour voir si l'on ne découvrira point de ces traînées blanches qui s'étendent quelquefois iort loin dans le tissu cellulaire; si les limites du tissu malade n'ont pas été dépassées, on peut compléter l'opération soit en reportant le bistouri au niveau des points dont l'altération est reconnue, soit en faisant, quelques jours plus tard, l'application d'un caustique.

Les glandes engorgées doivent être enlevées avec soin; les os malades seront réséqués dans une étendue bien plus considérable que celle où ils paraissent envahis.

Enfin, quand un organe de protection important, comme la lèvre inférieure ou la paupière supérieure a été détruit, il est indiqué de le réparer avec un lambeau autoplastique.

Outre les ourrages indiqué? à la bibliographie du Cancer, on consultera plus particulièrement les travaux suivants :

EcKER, Ueber den Bau der unter dcm Namen Lippenkrebs zusammengefasslen Geschwûble der

Lippe, etc. [Archiv fiur physiologische Heilkunde^ 1844). Mator, Recherches sur les tumeurs épidermiques et leurs relations avec Taflection cancéreuse

(Thèse de Paris, 1846).

ViRCHow, Ueber Kankroîde und Papillargeschwaiste [Yerhandlungen der GeselUchaft in Wûrz-

bwr§y 1851). — Trois observations de tumeurs épithéliales généralisées [Gazette médicale^

1855, p. 208). Hakhover, Das Epiihelioma. Leipzig, 1852. Vebnevil, Observations pour servir à l'histoire des tumeurs de la peau [Arch. gén. de mùl , mai,

août et décembre 1854).

DrpcT, Du cancroïde ou cancer épilhélial, surtout au point de vue de la généralisation (Thèse de

Paris, 1855).

Heurtaux (A.), Du cancroïde en général (Thèse de Paris, 1860). Bazik, Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées artificielles et sur la lèpre, les

dialhèses, le purpura, etc., rédigées et publiées par Guérard. Paris, 1862, p. 382. Lkvlanc nu. Des tumeurs épithéliales chei les animaux domestiques, et en particulier du cancroïde des lèvres chez le cheval et chez le chai {Bull, de VAcad, de médec, séance du 4 mai

1863, t. XXVIII, p. 635).

BEIUÎER05, Note sur le traitement du cancroïde par le chlorate de potasse (Bull, de VAcad. de

méd,, séance du 22 décembre 1863, t. XXIX, p. 273).

Alfked Heurtaux.

CASiN^ AliliaiATI91JE. Voy. Calamus aromatighs.

CAinirE DE PIi#¥EK€E. — Matière médicale. — Elle est fournie par YArtmdo donax Lion., Roseau cultivé, famille des Graminées. C'est le rhizome ou lige souterraine, que, dans le commerce, on appelle improprement racine. Cette plante croît en abondance et spontanément dans le midi de la France, le long des ruisseaux. On la cultive pour (aire des clôtures.

Descrb»tion. — Elle arrive en morceaux assez longs (15 à 20 cent.), en tronçons de la grosseur du poignet, informes, bizarrement contournés, présentant des sillons circulaires, traces de l'implantation des feuilles des années précédente»; rugueuse, striée, d'un jaune-luisant extérieurement,

252 CANNE DE PROVENCE. — usages, pbopriétés, dose, etc.

elle est blanchâtre et spongieuse à l'intérieur. Dans les pharmacies, ces morceaux sont coupés par tranches de diverses grosseurs. L'odeur est nulle, la saveur est douce, sucrée, mais à peine marquée.

Chevallier en a retiré de la silice et une matière résineuse, à odeur de Vanille.

Usages et propriétés, dose et mode d'admiiostration. — Presque Ums les médecins sont d'accord pour regarder cette substance comme complètement inerte. Pourtant c'est Tantilaiteux par excellence, tout au moins pour le peuple, et le praticien est souvent obligé de prescrire delà décoction de canne. On ne peut nier qu'il se produise un effet sudorifiqne, mais il peut être dû à Teau tiède qu'absorbent les malades et nullement aux tranches de canne de Provence qu'on y a mis bouillir.

Dose : 30 gr. pour 1 litre, en décoction.

Hygiène. — VArundo donaXy est devenue dans nos contrées méridionales l'objet d'un commerce assez important. Au moment deli maturité, les tiges sont coupées, ramassées en tas et laissées pendant des temps variables exposées aux intempéries des saisons. Quand on veut les utiliser, on les débarrasse de leurs longues feuilles engainantes, et oo leur fait subir les transformations auxquelles elles sont destinées.

Vers la (in du siècle dernier, Poitevin signala une singulière maladie survenue sur un homme qui avait manié ces cannes : les parties génitales s'enflèrent prodigieusement. Chaptal ajoute a qu'un chien qui avait dormi sur ces mêmes cannes eut le même sort et fut affecté dans les mêmes parties. »

Cette observation passa inaperçue ; mais en 1840, Trinquier présenta à la Société de médecine pratique de Montpellier une série de faits du même genre. Plusieurs ouvriers Cannissiers ou Vanniers j des enfants qui avaient joué avec des tiges à^Arundo donax^ furent pris d'accidents analogues à ceux signalés dans le cas rapporté par Poitevin.

Cinq ans plus tard, Michel (de Barbantane) publia sous le titre : a Un mot sur une maladie non encore décrite^ communiquée à Ihovme par la canne de Provence^ » des faits tout à fait semblables, mais plus graves, car.dans l'un d'eux la mort survint en quelques jours. Dans les vingtquatre heures qui suivirent la manipulation, il vit survenir les symptômes suivants : fièvre, cardialgie, pesanteur de tête, vertiges ; puis cuisson, chaleur à la figure, gonflement des yeux et delà bouche; le volume de la tête augmente considérablement, elle devient monstrueuse; des vésicules et des pustules apparaissent bientôt, et s'il y a eu pénétration dans les voies respiratoires et digestives, on voit cet état déjà si alarmant se compliquer de toux, de dyspnée, de coliques, de gastro-entérite, de diarrhée et de vomissement : a et chose curieuse, ajoute Tauteur, il y a turgescence douloureuse des organes génitaux, l'homme est tourmenté de satyriasis et la femme de nymphomanie. »

Michel attribue ces accidents à une production particulière, à une moisissure qui se fait à la surface des roseaux. Cette moisissure donne naissance à des poussières (que l'auteur appelle pollen) qui agissent

CANNELLES. — camnbllb blanche. 233

comme corps irritant' sur la peau et sur les muqueuses, a Notre opinion, dit-il, est que cette poussière proyient de quelque cryptogame qui se développe à la surface. Mais il nous serait impossible de dire quelle est l'espèce de champignon yénéneux qui s'attache ainsi au roseau. » Il avait remarqué que les accidents n'étaient à craindre que pour ceux des cannissiers qui dépouillent les cannes ou les transportent, et il avait noté qu'il n'y avait aucun danger s'il avait plu dans la nuit, » le pollen se trouvant collé sur le roseau. »

En 1859, Maurin (de Marseille) reprit la question et décrivit cette affection à laquelle il donne le nom de Dermatose des Vanniers dits Canmssiers. L'examen microscopique a fait reconnaître que la poussière blanche, onctueuse au toucher, acre et corrosive, qui recouvre les roseaux altérés, est constituée par une moisissure pédiculée dans laquelle on reconnaît, outre les cellules propres à la moisissure, d'autres cellules arrondies qui, selon toute apparence, sont des spores prêtes à éclore. Comme prophylaxie, IMaurin (de Marseille) conseille de mouiller les roseaux et de les laver à grande eau. Quant au traitement de la dermatose, ce sont, dans la période d'acuïté, des émoUients, des bains d'eau de son, de légers purgatifs, et plus tard des bains alcalins, des tisanes alcalines; on couronne le traitement par quelques bains simples.

Chaptal, Éicroents de chimie. Paris, 1790, t. III, p. 182. %

TRnfQ0TER, Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier el Gazette médicale

de PariSr 7 noTembre 1840.

Michel, Bulletin de thérapeutique, 1845, t. XXVIII, p. 414, Sur une maladie non encore décrite, communiquée à l'homme par la canne de Provence (fîitl-

letitt de thérapeutique, 1845, t. XXVIII. p. 414). S. E. Maurin [de Marseille), Dermatose des Vanniers dits Cannissiers [Revue thérapeutique du

Midi. Montpellier, 1859. — Moniteur des hôpitaux, 28 mars 1859. — Ann. d'hygiène et de

médecine légale,i^6\y 2« série, t. XV, p. 197).

Léon Mahchand.

CJLSSNKWaMa'EH. — On trouve en pharmacie plusieurs écorces qui portent le nom de Cannelles, et qui n'ont souvent de commun entre elles que l'odeur aromatique et la saveur chaude. Pour éviter toute confusion, nous séparerons leur étude en deux parties. Nous étudierons d'abord la Cannelle blanche^ qui est fournie par les Guttifèkes, et nous réserverons la plus grande partie de cet article aux Cannelles qui proviennent de la famille des Lauri^nées.

I. Cannelle blanche. — Description. — La Cannelle blanche est l'écorce du Winterana Cannella Linn. (Guttipères). Elle est en morceaux roulés de 10 à 20 centimètres de longueur et même quelquefois 50 centimètres et 1 mètre, elle a de 5 à 40 millimètres d'épaisseur ; sa surface extérieure est raclée, d'un jaune orangé pâle, sa surface intérieure semble couverte d'une pellicule blanche. Sa cassure est grenue, blanchâtre, comme marbrée. Sa saveur est aromatique, amère, piquante ; son odeur a^éable.

Propriétés et usages. — Elle est bien peu employée maintenant ; on peut cependant la prescrire comme excitante, tonique, stimulante.

On peut la donner en poudre et en teinture.

254 CANNELLES. — cannelles fournies par la. famille des laurinées.

Les commerçants pea consciencieux sont les seuls, pour ainsi dire, à en faire usage, et cela pour la substituer à l'Écorce de Winter.

II. CâKNELLES FOURINIES PAR LA FABULLE DES LAURINÉES. — DESCRIPTION.

— Elles sont nombreuses. Nous décrirons la plus ordinaire; nous ne

ferons ensuite que mentionner les autres variétés.

A. Ganoelle de Geylan el de C^ayenne. — LeCannellier {Cinna-

momum Zeylanieum Breyn.) (fig. 45; est l'arbre qui donne U Cannelle appelée Cannelle de Ceylan. On enlève l'écorce avec un instrument tranchant; on la roule en tubes, on la bit sécher et on la livre au commerce. Alors on la trouve sous forme de tuyaux de diamètres divers emboîtés les uns dans les autres, plus ou moins longs, plus ou moins roulés. — Ces petits tuyaux sont minces comme du papier, de couleurjaune rougeâtre, uniforme, leur texture est iibreuse et cassante. La Cannelle de Ceylan a une odeur agréable, très-suave, Fig. 45. — Cannellicr [Cinnamomum Zeylanieum Breyn.). q^ ^^q saveur chaude

aromatique,piquante, en même temps un peu sucrée; ces propriétés la font rechercher comme condiment.

Elle provient de branches de plus de trois ans, mais on peut en retirer du tronc quand il a été abattu; Ton a alors ce qu'on appelle Cannelle mate.

Le Cannellier est originaire de Ceylan ; on Ty cultive encore dans un endroit nommé pour cette raison Champs de Cannelley mais on Ta importé aux iles Maurice, à Cayenne et aux Antilles, qui, maintenant, envoient aussi de ses écorces en Europe. Telle est la Cannelle de Cayenne; elle est n^ins estimée que celle de Ceylan; elle s'en dislingue par ses écorces plus larges, plus pâles. Les Anglais ayant propagé le Cinnamomum Zeylanieum dans Tlnde, on a de même la Cannelle des Indes encore connue sous le nom de nouvelle Cannelle du Malabar.

CANNELLES. — cahnelle de cuihe et cannelle giroflée. 335

B. Caooeiie «e Chine. — Elle est due aux Cinnamomum Cassia G. Nées. Elle est en faisceaux plus courts; les écorces sont plus épaisses, roulées, mais non emboîtées les unes dans les autres ; son odeur a quelque chose de peu agréable, et on a cru démêler dans sa saveur chaude et piquante un goût de punaise. C'est l'ancienne Cannelle du Malabar, ou cannelle ordinaire du commerce.

C. CAMMelle yiroOée. — Elle provient du Dicypellium caryophyllatum. Elle doit son nom à son odeur; sa saveur aromatique, acre et piquante, la fait ressembler pour les propriétés aux précédentes; au reste, elle est inusitée.

Propriétés et usages. — « Les auteurs des meilleurs traités modernes de thérapeutique et de matière médicale font à peine mention de la Cannelle. Nous croyons que cette substance ne mérite pas I oubli dans lequel elle est tombée » (Chomier).

Comme peut-être tous les agents de la matière médicale, les Cannelles ont été vantées dans toutes les maladies; puis après avoir été réduit à ne les regarder que comme des toniques stimulants, on les a vues céder le pas au Quinquina et au fer. Si Ton consulte les auteurs, on voit cependant que plusieurs insistent sur une propriété qui semble être tout à fait méconnue de nos jours : la Cannelle serait un antimétrorrhagique.

Van Swieten est le premier qui ait constaté ses effets dans ce cas, mais, depuis lui, de nombreux observateurs sontvenus confirmer ses assertions; Schmidtmann,' Plenck, Tanner, Frank, Gendrin, Teissier, Chomier, ont insisté sur son utilité dans les hémorrhagies utérines dans des cas où les astringents, où Tacétate de plomb, Tacide gallique, Toxyde d'argent, la teinture de sesquioxyde de fer avaient échoué (Tanner). La métrorrhagie par atonie semble surtout être lafTection dans laquelle on doit recommander ce médicament; mais cependant, d'après Teissier, la Cannelle agit mieux que l'ergotine dans les hémorrhagies symptomatiques de cancers de la matrice, parce qu'elle ne provoque pas comme cet agent des contractions de l'organe, et par conséquent des exacerbations de souflrances ; dans les hémorrhagies qui suivent l'accouchement et qui dépendent de l'inertie de la matrice. Teissier donnait encore la Cannelle de préférence à l'Ergot, surtout si les femmes étaient lymphatiques et Bioniques.

DoîEs, mode d'administration. — On l'administrera en teinture à la dose de 5 à 6 gouttes, jusqu'à 5 à 6 grammes. La poudre se donne de 50 centigrammes à 1«',50 centigrammes ; Teau de Cannelle orgée de 15 à 30 grammes ; l'huile essentielle de 4 à 5 gouttes. On en a fait en outre une potion cordiale ; on la fait entrer dans toutes les poudres stomachiques, excitantes, digestives. Elle fait partie des sirops antiscorbulique, de rhubarbe composé; des alcoolats de Fioraventi, de mélisse composé, de Garus; du diascordium, de la thériaque, du laudanum de Sydenham, etc....

Succédanées. — Les feuilles de notre Laurier commun, Laurus nobilis

236 CÂNTHARIDES. — caktharidb ordinaire.

linu. , sont quelquefois employées pour remplacer les écorces de Cannelle.

TiNiŒR, EiTcts remarquables de la teinture de Cannelle dans .certaines formes de métrorrhagies [The Lancet, octobre 1853, et Bulietin de thérap., 1853, t. XLV, p. 577).

Cbomibr, Préparations de Cannelle principalement dans la métrorrbagie {Bulletin de théref^ 1855, t. XLIX, p. 70).

Léon Marchand.

eJkXTMA.WkUD'EM. — Histoire naturelle médicale. — Insectes vésicants de l'ordre des Coléoptères hétéromères, de la famille des Trachélides et de la tribu des Cantharidiens.

La tribu des Cantharidiens (genre Meloe de Linné) comprend aujourd'hui treize genres parmi lesqueb neuf sont constitués par des espèces vésicantes. Ces espèces sont :

1** Cantharis vesicatoria^ Geoffroy (Midi de l'Europe) et les nombreuses espèces du même genre qui habitent le Brésil, le Sénégal, rAmériquedu Nord, la Grèce, etc.; 2** Mylabris cichoriiy Dejean (Chine); Af. variMis^ Dejean (France); M. dioscoridiSy A. Richard (Grèce); M. cyanescenSyW\' ger (France); Mylabris sidx, Fabricius (Chine); M. pusttdata^ Bilberg (Indes orientales); M. flexuosaj Olivier (France); Mylabris olex^ Chevrol (Algérie); M. Indica^ Fùssl. (Indes); 3** Meloe variegatus^ Leach (France); Af. tucciay Rossi (France)^ M. maialis^ Linné (France); Af. proscarabam^ Linné (France); Af. rugosus^ Marsh (Midi de la France); M. autumndis^ Olivier (Environs de Paris); 4** Cerocome Schœfferi, Geoffroy (Midi de TEurope); 5** IIycleus Bilbergi, Latreille (Espagne); fl. Argus (Sénégal); 6** Œnas segetum^ Olivier (Nord de l'Afrique); OE. Syriacus, Latreille (Europe méridionale) ; 7** Tetraonyx tigridipennis et T. quadrilineata, Dejean (Brésil); 8** Decatoma lunataj Fabricius (Cap de Bonne-Espérance) ; 9" Lt- Dus flavipenniSj Dejean (Europe).

Parmi ces diverses espèces, toutes épispastiques, et qui comme telles sont ou pourraient être utilisées en médecine, les plus importantes appartiennent aux genres cantharide^ mylabre^ méloé et cerocome y les seuls dont il sera question dans cet article. Ces quatre genres se distinguent par les caractères indiqués dans le tableau suivant :

i, / ( filiformes Cantharide.

T^IT^IT Antennes ^^ -r,,^^, ( onze arUcIes. . . Mylabre.

développées. I I chviformes. | ^^^^ ^^^.^^^^ C&ocome.

membraneuses nulles Méloé.

I. Cantliaricle ordinaire. — Cantharis vesicatoria^ Geoffroy ; Ljftto vesicatoriOy Fabricius; Meloe vesicatoriusy Cantharide des boutiques; mouche d'Espagne, Linné (fig. 46).

Caractères. — Longueur, 14 à 23 millim.; largeur, 5 à 7 millim. Corps allongé, cylindroïde; tète cordiforme et un peu inclinée en dessous; antennes longues, filiformes, noires, composées de onze articles; corselet petit et plus étroit que la base de la tête; prothorax presque carré; élytres flexibles d'un vert doré, finement guillochés et pourvus de deux nervures longitudinales vers leur bord interne ; ailes membra-

CANTHARIDES. — cantharide ordwaire. 257

neuses transparentes ; pattes grêles, à tarses filiformes terminés par une paire de crochets très-recourbés et couverts en dessous de poils serrés.

La cantharide ordinaire est un insecte commun en France, en Italie et surtout en Espagne. Elle se montre dans notre climat, vers le solstice d^été, sur les Jasminées (frêne, lilas, troène, jasmins), quelques Caprifoliacées (sureau, chèvrefeuille) et aussi sur les rosiers, les pommiers, les saules, les peupliers, les noyers et le chamœcerasus. La récolte des can-

-, . , r 'x 1 *• É. t Fi6. 46. — Cantharide ordinaire. — a. Plu-

tharides se fait le matm, avant le sieuw œufs agglomérés.- *, Un œnf isolé

lever du soleil, lorsque ces insectes considérablement grossi.

sont encore engourdis. On secoue

fortement les rameaux des arbres ou des arbrisseaux qui les portent, après avoir étendu à terre de grands draps pour les recevoir. Pour les faire périr, on les place sur des tamis que l'on expose à la vapeur du vinaigre ou du chloroforme (Lutrand). On les fait ensuite sécher à l'étuve et on les conserve à l'abri de l'humidité, dans des vases que Ton ferme exactement. Même en prenant cette précaution, les cantharides deviennent bientôt la proie de divers insectes : elles sont attaquées par la mite (acartis domesticus) et les larves des dermestes^ des ptinus ou de Vanthrenes mtisœorum. On a cherché différents moyens pour les préserver. Le camphre qui réussit bien contre les mites, n'a pas la même vertu contre les anthrènes. On a conseillé de traiter les cantharides par le procédé d'Appert (Wislin) ou de placer un peu de mercure au fond des vases qui les renferment (Soubeiran).

On mélange quelquefois aux cantharides d'autres insectes qui ne sont nullement vésicants, notamment le callichrome musqué ^ la cétoine dorée (Guibourt) et aussi la chrysomèle fastueuse (Emmel).

Les cantharides sont composées, d'après Robiquet, de : Cantharidiney huile grasse jaune^ huile concrète verte^ substance jaune visqueuse, substance noire, osmazome, adde uriquCy acétique et phosphorique, phosphates terreux, chitine.

La cantharidine est le principe vésicant des cantharides. Elle est blanche, cristallisée, excessivement acre; appliquée sur la peau, elle fait naître rapidement des ampoules. Elle est insoluble dans l'eau, soluble dans les huiles, dans l'alcool et surtout dans Téther. Elle est très-volatile. Sa composition répond à la formule C*WO* (Regnaud).

La cantharidine se trouve-t-elle indistinctement dans toutes les parties de l'animal? Hippocrate regardait comme inertes les antennes, la tête, les élytres, les ailes et les pattes et conseillait de les rejeter. Linné assurait, au contraire, que le principe vésicant réside à peu près également dans tout le corps de l'insecte. H. Cloquet et Audouin ont partagé cette manière

238 CANTHâRIDE. — mylabrb de la chicorée.

de voir. Cependant Farines a constaté que Tapplication, pendant trente heures, d'un emplâtre préparé avec la poudre des antennes, des élytres, des aile^ et des pattes, ne produisait aucun effet. Berthoud s'est livré tout récemment à de nouvelles recherches qui lui ont démontré que le principe actif, la cantharidine, existe dans les parties cornées de même que dans les parties molles, mais en proportion quatre fois moindre.

Les cantharides perdent-elles avec le temps leur principe actif? C. Doméril a constaté que des cantharides vermoulues avaient encore au boA de vingt-quatre ans conservé leurs propriétés vésicantes. D'un autre côté, Forster assure que lorsque ces insectes sont tombés en poussière, leurs débris n'ont plus aucune action. Cette dernière assertion n'est point fondée; mais il ne faut pas croire non plus, avec quelques auteurs, que le principe actif des cantharides ne soit pas attaqué parles parasites de ces insectes. S'il en était ainsi, les cantharides rongées, au lieu^de diminuer de valeur, deviendraient, au contraire, de plus en plus actives, ce qui n'est pas. D'après Farines (de Perpignan), la vermoulure des cantharides présente, comparée à la poudre de cantharides non altérées, une action moindre exprimée par le rapport 7 : 10,5. Berthoud a retiré de 125 grammes de vermoulure 94 milligrammes de cantharidine, c'est-à-dire environ les trois cinquièmes de ce que fournit ordinairement un même poids de cantharides. Robiquet, Guibourt et Yirey ont trouvé aussi de la cantharidine, mais en quantités plus faibles, dans les vermoulures qu'ils ont analysées. Le genre cantharide comprendrait, d'après Audouin, jusqu'à soixantequatre espèces, mais la plus importante et presque la seule usitée est la cantharide ordinaire, Cantharis vesicatoria,, qui vient d'être décrite.

D'après Courbon, la cantharide pointillée (Cantharis osp^^a) de Montevideo peut produire une excellente vésication et même dans un temps plus court que la cantharide ordinaire. Cette espèce vit sur la betterave; elle est longue de 13 à 16 millimètres. Sa tète, son corselet et son abdomen sont d'un gris cendré, uniformément criblé de petits points noirs. Ses antennes sont noires et ses pattes roussâtres.

n. Mylabre de la cliicorée, Mylabris cichom, Fabricius; Meloe

Ctc/iorti, Linné; Cantharides de la Chine.— Le mylabre de la chicorée

(fig. 47) est long de 14 à 16 millimètres, large de 5 environ; son corps

est cylindrique, couvert d'élytres jaunes avec trois

\/^yr^ bandes transversales disposées en zigzag et de

AJtf couleur noire. Il paraît très-probable, dit Guibourt,

/^^ que cet insecte est celui que Dioscoride et Pline

^nB\. ^^^ désigné sous le nom de cantharide. Il se trouve

J V^ sur les fleurs de la chicorée sauvage et sur plusieurs

' ^ autres plantes de la famille des synanthérées. Il est

^' de*h dJico?éf "^ employé en Italie, en Grèce, en Egypte et en Chine.

Quelques auteurs croient que l'insecte des contrées

chaudes de l'Europe diffère de celui de la Chine, et

que ce dernier seul constitue le vrai Mylabre de la chicorée.

On compte aujourd'hui près de deux cents espèces de mylabres; celles

CANTHARIDES. — cérocone de schiipfer. 239

qui^ par leurs caractères «oologiques et leurs propriétés vésicantes, se rapprochent le plus du mylabris cichorii^ sont :

Le mylabris variabilis qui existe, dit-on, en abondance dans le centre de la France et qui a été préconisé par le docteur Brelonneau, comme ayant une action vésicante égale, sinon supérieure à celle des cantharides. Le M. sidsty grande espèce qui vit en Chine et dont on fait en Allemagne un très-fréquent usage ( Soubeiran ) .

Le M. cyanescens sur lequel Farines (de Perpignan) a appelé l'attention des médecins, et qu'il considère comme le plus actif des insectes vésicants, après la cantharidc.

IILMéioéposoaraliée. Meloe proscarabeuSy Linné; Scarabée onctueux (fig. 48, grandeur naturelle). — Insecte long de 28 millimètres et large de 11 environ, de forme ovoïde oblongue, d'un noir violacé. Élytres mous, courts, ne recouvrant qu'une partie de Fabdomen ; point d'ailes ; tête plus large que le corselet et pourvue d'antennes et d'articles grenus arrondis comme des grains de chapelet, et amincis en pointe à leur extrémité.

Cette espèce et le méloé de mai, Meloe maiaUsj improprement appelé ver demain se trouvent au printemps dans toute l'Europe, sur les gazons, les plantes herbacées, notamment sur les ranunculus et les veralrum. '"'"• ^^' "^'^^^^ proscarabée.

Le méloé proscarabée et le méloé de mai, appliqués sur la peau, l'enflamment, causent une cuisson mordante, peu durable, mais ne produisent pas de vésication. Ils n'exercent pas non plus d'action irritante sur les organes génito-urinaires. Ils étaient autrefois employés en médecine. On en composait des exutoires et on les administi^ait aussi à l'intérieur. On les croyait efficaces contre la rage.

On pourrait employer également comme rubéfiants le Meloe rugosuSj Marsh, commun aux environs de Montpellier, et le Meloe variegatus^ que Ton trouve aux environs de Paris (Moq. -Tandon).

IV. Cérooome «e «cliieffer, Cerocome Schxfferi^ Fabricius (fig. 49).

— Insecte de 10 à 15 millimètres de longueur,

pubescent, à tête petite, noire ; corselet noir, antennes et pattes jaunes, élytres flexibles d'un vert

doré. Le cerocome vit sur les graminées, les om-

bellifères et les synanthérées. 11 existe aux environs

de Paris. Bretonneau Ta trouvé en Touraine, sur

les fleurs de VarUhemis coiula^ et a signalé son

action éminemment épispastique. Fie. 49. — Cerocome

Pharmacologie. — La cantharide officinale (Can- ^® Schœfîer.

tharis vesicatoria) est le plus actif des insectes qui

viennent d'être mentionnés. C'est elle que l'on emploie de préférence en

France et dans les contrées septentrionales de l'Europe, soit à l'extérieur

240 CANTHARIDES. — pharmacologie.

comme vésicanl, rubéfiant ou épispastique, soit à Fiiitérieur pour mettre à profit l'action élective qu'elle exerce sur les organes génito-urinaires.

Les formes pharmaceutiques principales sous lesquelles on administre les cantharides sont les suivantes :

Poudre. — La poudre de cantharides était employée autrefois pour recouvrir la surface des emplâtres vésicants, pratique aujourd'hui complètement abandonnée. On ne devra jamais prescrire la poudre de cantharides pour l'usage interne, pour cette raison que, malgré l'extrême ténuité que Ton pourrait lui donner, on aurait toujours à craindre qu'elle ne se déposât sur quelques points de la muqueuse digestive et n'y déterminât de graves accidents locaux.

Teintures. — Les teintures de cantharides (alcoolé et éthérolé) se préparent au huitième et non au cinquième comme les autres teintures. La teinture alcoolique s'obtient avec huitparties d'alcool à 56*" cent. (21 Cart.) pour une de substance ; elle est presque la seule préparation de cantharides que l'on emploie à Tintérieur, mais on la fait souvent entrer dans les liniments révulsifs avec l'huile camphrée, l'huile d*olives ou Thuile d'amandes douces comme véhicule. La teinture éthérée est préparée avec une partie de poudre de cantharides et huit parties d'éther acétique ; ék est exclusivement réservée pour l'usage externe.

Huile de cantharides, — Cantharides pulvérisées, une partie; huile d'olive, huit parties. On fait digérer au bain-marie pendant six heures, on passe avec expression, on laisse déposer, on décante et Ton filtre. Cette huile est très-active. Bien que la cantharidine pure se dépose en entier de sa dissolution dans les huiles fixes, elles persiste en dissolution dans l'huile de cantharides, où elle se trouve accompagnée des autres principes de l'insecte, les matières grasses, jaune et verte (Soubeiran).

Collodion cantharidé. — Cantharides grossièrement pulvérisées, cinq cents parties; éther vinique, cinq cents parties; éther acétique, cent parties. Opérez par lixiviation et ajoutez : fulmicoton, une partie.

Emplâtre vésicatoire. — Poix résine, axonge, cire jaune, poudre de cantharides : parties égales. Après avoir fait liquéfier la résine, l'axonge et la cire, on ajoute à l'aide d'un tamis, la poudre de cantharides. Il est préférable, d'après le conseil de Muller, de laisser digérer le mélange sur un feu doux, pendant quelques heures. En opérant ainsi, les principes vésicants de la cantharidé se dissolvent dans la masse emplastiquc et rendent son action plus prompte et plus efficace. En été, pour obtenir un emplâtre de consistance convenable, on doit augmenter un peu (d'un 1/4 environ) la quantité de cire et diminuer d'autant celle de l'axonge. Les vésicatoires que l'on prépare avec cette masse emplastique sont saupoudrées de cantharides.

Emplâtre vésicatoire anglais. — Cire blanche, 3 ; axonge, 7 ; suif, 5 ; poix blanche, 1 ; poudre de cantharides, 7 ; F. S. A. Cet emplâtre, contenant le tiers de son poids de cantharides, agit plus énergiquement que l'emplâtre ordinaire; de plus il est moins adhérent et fait par conséquent moins souRrir le malade lorsqu'on le détache de la peau. Cet emplâtre vésicant est aujourd'hui généralement employé. On l'étend sur du spara-

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drap ou sur de la peau blanche. Dans ce dernier cas, il y a avantage à l'entourer d'un bord de diachylon.

Vésicatoire perpétuel de Janin. — Poudre de cantharides et d'euphorbe, de chaque une partie, térébenthine et mastic pulvérisé, 12 parties. On iait liquéfier la térébenthine et Ton y incorpore à chaud l'euphorbe et les cantharides ; on ajoute ensuite le mastic et l'on agite jusqu'à parfait refroidissement.

Mouches de Milan. — Poix résine, cire jaune, axonge et poudre de cantharides de chaque 64 parties, térébenthine, 16 parties ; essence de lavande et de thym de chaque une partie. F. S. A. (Mouchon). On étend cette masse emplastique sur du taffetas noir de manière a obtenir de petits épithèmes que Ton applique, comme substitutifs, contre les douleurs névralgiques, les maux d'yeux, etc. On laisse ces mouches appliquées jusqu'à ce qu'elles se détachent d'elles-mêmes.

Papier vésicant.— Pour le préparer, on imbibe, avec l'extrait éthéré de cantharides évaporé en consistance sirupeuse, un morceau de papier Joseph de la grandeur et de la forme du vésicatoire que l'on veut établir, et l'on place ce papier sur une rondelle de sparadrap de dimension un peu plus grande. Ce moyen indiqué par Trousseau réussit fort bien : l'épiderme est soulevée sept à dix heures après l'application.

Sparadraps vésicants, — Les sparadraps vésicants , aujourd'hui fort employés, sont obtenus en étendant sur du calicot ou mieux sur de la toile écrue, diverses compositions emplastiques ayant pour base la poudre, l'extrait alcoolique ou l'extrait éthéré de cantharides. Ces sparadraps doivent être conservés en rouleaux dans des boîtes en métal fermant exactement et placées dans un endroit frais. Au fur et à mesure du besoin, on découpe, dans la pièce, des emplâtres de la grandeur prescrite.

Le vésicatoire Leperdriel est une toile vésicante dont la face libre est divisée en centimètres carrés par un tracé qui permet d'obtenir très«facilement des emplâtres de dimensions précises.

Les vésicatoires préparés de la sorte ne présentent pas de bord libre et par conséquent ne peuvent être entourés d'un liséré d'emplâtre diachylon, destiné à faciliter leur application et à les maintenir en place. Il faut donc, pour les fixer, avoir recours à l'emploi de quelques bandelettes agglutinatives ou se servir d'un bandage de corps. Mais, à côté de cet inconvénient, ces vésicatoires ont l'avantage d'être, pour ainsi dire, tout faits et de présenter une couche emplastique qui, étant d'une épaisseur peu considérable, égale partout et à surface très-unie, s'applique plus exactement sur les parties de la peau qu'elle doit recouvrir, et tend à produire une vésication plus parfaite et plus prompte.

Suivant la durée de leur contact avec la peau et suivant aussi leur richesse en principes vésicants, les topiques cantharides donnent naissance à des phénomènes inflammatoires bien connus, qui peuvent aller de la simple rubéfaction au véritable vésicatoire. Mais outre cette action substitutive toute locale, que dans un très-grand nombre d'indications, le médecin cherche à produire, les cantharides, par leur absorption, déter-

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