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KOUV. DICT. MÉD. ET CHIB. VI

242 GANTHàRIDES. — tuébapeutique.

minent sur les organes génito-urinaires, une action irritante plus on moins vive, qu'il importe au plus haut point d'éviter. Pour obvier à cet inconvénient, on est dans l'usage de camphrer les vésicatoires, soit en étendant à leur surface une couche de camphre finement pulvérisé, soit en les arrosant, selon le conseil de Cadet de Gassicourt, de quelques gouttes d'une teinture éthcrée de cantharides saturée de camphre. Suivant Morcl Lavallce, cette pratique, déjà ancienne, serait purenaent illusoire. D'après Bretonncau, on diminue grandement les chances d'absorption en interposant, entre le vésicatoire et la peau du malade, on papier brouillard imprégné d'huile. Par ce moyen, on évite certainement qu'une portion et la masse emplastique demeure adhérente à l*épiderme après que l'emplâtre a été détaché de la peau, inconvénient que présente souvent les compositions vésicantes de consistance molle, l'emplâtre vésicatoire anglais, par exemple.

Pommades épispastiques. — Il existe deux sortes de pommades épispastiques, l'une verte dans laquelle les cantharides entrent en nature i l'état de mélange, l'autre jaune, obtenue par solution. La pommade verte se prépare en incorporant une partie de poudre de cantharides dans un mélange de cire blanche, 4 parties, et onguent populeum, 28 parties. la pommade épispastique jaune s'obtient en faisant digérer au bain-marie pendant quatre heures, dans 210 parties d'axonge, 15 parties de cantharides en poudre grossière et 1 partie de curcuma pulvérisé, passant avec expression, ajoutant 30 parties de cire jaune préalablement fondue et, lorsque la pommade est presque refroidie, une partie d'essence de citron.

Si l'on veut avoir du papier épispastique, on étend une composition cintharidée, ayant quelque analogie avec la pommade jaune, sur des bandes de papier vélin au moyen du sparadrapier ou d'un appareil approprié. Ces papiers servent à panser les vésicatoires.

Lorsqu'on juge utile d'entretenir un exutoire, ce qui devient de plus en plus rare, il faut se rappeler que la pommade verte, bien que renfermant moitié moins de cantharides que la jaune est cependant beaucoup plus active ; ce qui tient à ce que les cantharides y existent en nature. Il ne faut pas oublier non plus que l'une et l'autre de ces pommades sont i base de cantharides, et qu'elles sont, par conséquent, susceptibles de produire très-souvent des symptômes de cystite, auxquels ne donne jamais lieu la pommade épispastique au garou, laquelle, pour cette raison devrait être seule employée. Fait regrettable, bien loin qu'il en soit ainsi, la pommade au garou n'existe que dans peu de pharmacies, et à moins que le médecin n'insiste pour en obtenir, c'est presque toujours la pommade jaune qu'on lui délivre lorsqu'il prescrit la pommade au garou.

Louis Hébert.

Thérapeutique. — Les propriétés vésicantes des cantharides les caractérisent essentiellement; mise à la surface de la peau, la poudre de cantharides amène, peu d'heures après son application, de l'engourdissement, puis un sentiment de douleur brûlante; la peau rougit, de petites bulles

CANTHARIDES. — raiBAPEOTiQOE. 245

se forment sous répiderme ; soulevées comme les phlyctènes d'une brûlure, elles s^agrandissent, se réunissent les unes aux autres, et forment une large collection séreuse; de la sérosité citrioe s'en écoule lorsque la mince pellicule épiderraique soulevée vient à se rompre ; en enlevant cette pellicule, on trouve à la surface de la peau une couche de lymphe semicoagulée; et parfois une gelée tremblotante, épaisse et adhérente, tient h'eu de sérosité, et apparaît seule sous Tépiderme soulevé.

Les fausses membranes, qui s'enlevaient facilement aux premiers pansements, sont plus adhérentes les jours suivants, et forment des lamelles scarieuses et sèches, à Pabri desquelles Tépiderme se reforme mince et rosé, comme celui d'une cicatrice récente.

La poudre de cantharides, mise à la surface d'une muqueuse, donne lieu à une exsudation pseudo-membraneuse, à une concrétion de lymphe semi-coagulée.

La poudre de cantharides doit la plus grande partie de son action irritante à un principe immédiat cristallin, la cantharidine. La cantharidine, dissoute dans Phuile ou l'éther, produit sur la peau une irritation vésicante plus rapide et plus vive que la poudre de cantharides.

On a voulu savoir quelles étaient, des parties de la canthariile, celles qui renferment en plus grande quantité le principe actif. Ferrer pense que toutes les parties du corps, et surtout les parties molles, sont vésicantes. Suivant Pereira, le principe vésicant ne se trouverait que dans les organes génitaux de Tanimal : telle est aussi l'opinion de Zier. Leydy regarde comme actives, outre le sang et les œufs, les glandes accessoires des organes mâles et femelles de la cantharide.

bdépendamment de la cantharidine, il existe encore dans l'insecte une matière huileuse verte et une autre huile vésicante, d'une odeur acre •et pénétrante.

La cantharidine pure n'est point soluble dans l'eau ; mais comme elle est très-soluble dans les huiles grasses et les éthers, les matières huileuses précédemment énumérées la tiennent en solution, et en rendent l'action immédiate, facile et sûre.

L'épiderme soulevé laisse écouler une sérosité citrine, albumineuse et alcaline ; or le principe actif vésicant de la cantharide, insoluble dans l'eau, se dissout, au contraire, dans le sérum alcalin, et, par l'intermé- -diaire de cette sérosité citrine, qui distend et soulève l'épiderme, il baigne les papilles dénudées; il'est rapidement absorbé, et de là une série d'accidents généraux qui tiennent à son absorption, et que hous allons examiner maintenant.

I. Lorsqu'il y a près de deux siècles, Baglivi entreprit, avec la teinture <le cantharides, des expériences sur les animaux, il fit des injections dans la veine jugulaire : les animaux moururent rapidement après quelques accidents convulsifs ; chez l'un d'eux on trouva la vessie rouge et enflammée.

De la lecture de ce mémoire, le premier où il soit question d'expériences, on ne peut rien conclure, mais on voit déjà indiqué un fait im-

244 CANTHARIDES. — tiiérapkdtiqde.

portant, essentiel, qui n'a été bien établi, bien démontré, que de nos jours ; nous voulons parler de la cystite cantharidienne.

Après Tapplication d'un vésicatoire, après Tingestion de poudre ou de teinture de cantharides, on voit souvent survenir de fréquentes envies d'uriner ; Turine foncée est troublée par de légers enéorèraes ; puis une sensation brûlante,* bientôt suivie d'une vive et cuisante douleur, se fait sentir au méat ; les urines, qui sont rendues avec peine, ont une couleur citrine plus ou moins foncée; quelquefois elles sont sanguinolentes: des fausses membranes, dont quelques-unes sont comme enroulées sur elles-mêmes, s'aperçoivent dans l'urine, laquelle est albumineuse. On dirait qu'il s'est fait à la surface de la vessie une exsudation de sérosité albumineuse avec fausses membranes, telle qu'elle se produit sur la peau. C'est là une explication très-ingénieuse et très-vraie de la cystite et de l'albuminurie concomittante ; mais l'albuminurie peut tenir encore à une lésion rénale.

Morel-Lavallée, et plus tard Andral, ont vu souvent après des applications de vésica^oires, lorsqu'on avait occasion de faire des autopsies dans les deux ou trois jours qui suivaient, la vessie injectée, vivement ecchymosée, recouverte d'un exsudât membraneux. Morel-Lavallée est donc le premier qui ait signalé la cystite cantharidienne; Bouillaud fit connaître l'albuminurie, suite de l'application de vésicatoires ; il en donna l'explication en montrant, dans ce cas, les reins injectés, les bassinets enflammés et couverts de fausses membranes.

Les travaux de Morel-Lavallée remontent à plus de vingt-deux ans, et tous les observateurs qui sont venus après lui n'ont fait qu'étendre et confirmer le résultat de ses recherches sur ce sujet.

Quant à l'albuminurie cantharidienne, on comprend très-bien qu'elle puisse être liée à la fois à l'exsudation vésicale, et aussi à l'altération du rein, néphrite parenchymateuse.

Si nous rapprochons de cette albuminurie les faits d'éruptions cutanées observés par OEsterlen, et l'action très-réelle des préparations de cantharides prises à l'intérieur, sur la guérison d'affections cutanées rebelles, nous sommes amenés à rattacher ces faits les uns aux autres, et nous comprenons facilement que le principe actif, irritant, de la cantharide, venant à s'éliminer par les reins et par la peau, produise dans un cas l'irritation rénale et l'albuminurie, et, d'autre part, l'irritation cutanée, et plus tard des éruptions plus ou moins étendiies.

Leriche et Maxwell ont vu survenir de la salivation après l'application d'un vésicatoire : c'est un accident du même ordre que ceux auxquels nous venons de faire allusion .

Ainsi donc le principe actif de la cantharide absorbée circule dans les vaisseaux, les traverse sans laisser traces de son passage, et ce n'est que dans les cavités d'excrétion qu'il exerce son action irritante. Voici comment on a cherché à rendre compte de ee fait :

Dissoute dans le sérum alcalin du sang, et combinée avec lui, la cantharidine devient libre dans la sueur et dans l'urine acide; si donc on

CANTHARIDES. — THiRAPEuriQUB. 245

parvenait à rendre l'urine alcaline, la canlharidine maintenue combinée, traverserait les voies d'excrétion rénale sans déterminer nulle part d'actipn irritante.

Hartin-Damourette, qui, le premier, a donné cette explication fort ingénieuse, indique un moyen simple d'éviter aux malades les souffrances très-vives de la cystite cantharidienne : il conseille de leur donner auparavant 10 à 15 grammes de bicarbonate de soude, de façon à rendre l'urine alcaline.

L'indication est très-nette, mais elle n'est pas toujours facile à remplir; nous avons nous-mêmes, dans le service du professeur Grisolle, donné à un malade, pendant 5 ou 4 jours, 10 grammes de bicarbonate de soude en 24 heures, et cela sans avoir pu rendre son urine alcaline, et lui éviter les douleurs de la cystite cantharidienne.

Il sera donc souvent impossible d'alcaliniser l'urine, et, dans tous les cas, nous ne croyons pas qu'il soit indifférent de donner à un malade jusqu'à 10 grammes de bicarbonate de soude par jour, et cela dans le cours d'une autre médication dont les effets ne peuvent manquer d'être contrariés par l'administration des alcalins.

Cette absorption du principe actif de la cantharide à la suite d'un vésicatoire, n'a pas toujours lieu : cette fausse membrane qui, le plus souvent, reste à la surface des papilles dénudées lorsqu'on a laissé écouler la sérosité, peut s'opposer à l'absorption. Il convient donc, pour qu'il y ait absorption, que le vésicatoire soit resté longtemps sur la peau, que le malade ait fait dans son lit des mouvements qui aient dérangé, séparé en partie de la peau l'exsudat sous-séreux. L'absorption se tait mieux encore lorsque la peau sous-jacente au vésicatoire a été récemment scarifiée, comme cela arrive souvent lorsqu'on fait succéder le vésicatoire aux ventouses, comme un moyen révulsif plus énergique et plus continu.

IL Nous venons de montrer ce qui a lieu lorsque la poudre de cantharides est mise sur une étendue relativement petite de la surface du corps ; nous avons dit que, sur une muqueuse, l'action locale est plus vive, et que, sur cette peau qui n'a point d'épiderme, la vésication se fait plus rapidement; l'absorption est aussi plus active.

Lorsque la cantharide est ingérée, on peut donc compter sûrement sur les accidents d'élimination qui suivent son absorption. Le principe actif, mêlé à l'urine, exerce son action irritante le long des uretères, de la messie et du canal urélhral.

S' éliminant par la peau, le principe actif de la cantharide peut, dans certains cas d'affections chroniques de la peau, produire une irritation substitutive fort avantageuse.

Telles sont les seules données certaines sur lesquelles reposent les applications thérapeutiques que l'on a tenté de faire de la cantharide, applications presque toujours incertaines en dehors de l'action vraiment héroïque des cantharides comme révulsif local. C'est à ce titre qu'il convient d'abord de les étudier.

a. Nous n'avons point à faire ici l'histoire de la révulsion ; nous dirons

246 CANTHARIDES. — thérapeutique.

seulement que, de tous les agents révulsifs, le vésicatoire à la cantharîde est celui qui est employé le plus souvent et avec le plus d'avantages. Lorsqu'on laisse suppurer un vésicatoire, il devient un exutoire dont il convient de surveiller la marche ; difTérents cas peuvent alors se présenter: lorsque le vésicatoire sèche, il faut le ranimer par des pommades et des taffetas épispastiques (cela a lieu surtout chez les enfants et les vieillards); lorsque le vésicatoire se recouvre de fausses membranes (et on ne peut, après les expériences de Bretonneau, contester que rinflammatioii cantharidienne ne soit essentiellement membraneuse), un moyen trèssimple, indiqué par Trousseau, consiste à appliquer sur la plaie un nouveau vésicatoire ; nous parlons ici de fausses membranes adhérentes, et non point de ces concrétions molles, grisâtres, pultacées, d'odeur fétide, que Ton observe à la suite de certains vésicatoires, et que Ton aggraverait en les traitant par des applications épispastiques. Un vésicatoire peut être le point de départ d'un érysipèle, de vésicules d'eczéma, de pustules d'impétigo ; d'autres fois le vésicatoire se recouvre de végétations.

EnGn, ainsi que nous l'avons fait pressentir, l'application d'un vésicatoire sera souvent accompagnée de dysurie, de cystite, quelquefois de priapisme, et même de métrite, etc.; nous ne mentionnons que comme exceptions, et sous toutes réserves, ces cas cités par GuibourI, et où Tempoisonnement cantharidien, suite de l'application de vésicatoires, aurait amené la mort. Contre cette dysurie, nous avons dit ce que nous pensions de l'usage des sels alcalins ; quant au camphre dont on saupoudre les vésicatoires, ou que, depuis Groenvelt, on associe comme médicament interne à l'usage externe des cantharides, nous le croyons peu eHicace, et nous ne pensons pas que, de cette façon, on ait grande chance d'éviter les accidents qui se manifestent du côté des reins et de la vessie.

b. Il résulte des expériences de Siegmund, que la cantharidine à trèspetites doses amène une accélération du pouls avec augmentation d'urée dans l'urine; cette légère excitation doit-elle entrer en ligne de compte dans l'appréciation des effets révulsifs que produisent les vésicatoires? nous ne le pensons pas.

Le vésicatoire à la cantharide n'est pas le seul mode de vésication ; il y a bien d'autres moyens de faire à la peau des brûlures avec larges pblyctènes, mais c'est le plus simple, le plus sûr et le meilleur de tous. Nous avons fait connaître ce qui a trait aux vésicatoires à la cantharide ; nous ne croyons pas devoir, à l'exemple de Stillé, parler de toutes les maladies dans lesquelles les vésicatoires ont été administrés; c'est là une question beaucoup plus générale et qui se rattache entièrement à celle des indications et des contre-indications de la médication révulsive (voy. Révulsion).

III. Oribase est le premier qui ait fait mention de l'emploi des cantharides comme épispastiques ; pendant tout le cours du seizième siècle^ Tusage des vésicatoires fut presque abandonné; plus tard on crut trouver, dans Texutoire produit par le vésicatoire, un moyen d'amener en dehors les humeurs peecantcs, et il fallut que Baglivi, dans son mémoire De

CÂNTHARIDES. — tuébapectique. 247

ustt et abuiu vesicantium^ reprit la question, pgur fixer les indications et les contre-indications d'une méthode qui, si elle avait rendu quelques services, avait déjà fait plus d'une victime.

Hais où était le danger? C'était surtout dans l'emploi irraisonné, comme médicament interne, de la cantharide et de ses préparations ; on le sentit si bien qu'on en proscrivit Tusage, etGroenvelt fut mis en prison pour s'être servi, très-prudemment cependant, de préparations de can* tharides.

Aujourd'hui on ne met plus en prison ceux qui, à tort et à travers, usent de dangereux médicaments ; aussi voyons-nous la cantharide préconisée contre l'épilepsie, l'hystérie, la rage, etc. Comme Trousseau le fait remarquer avec juste raison, il suffît malheureusement qu'un remède soit héroïque, et que Tadministration en soit périlleuse, pour qu'il se trouve des médecins qui croient devoir le tenter dans le traitement des affections aiguës et chroniques réputées incurables; et comme on se résout difficilement à avoir fait des essais infructueux, on exagère souvent les vertus du remède dont on a' étudié les effets, et on finit quelquefois par s'abuser soi-même et par tromper les autres.

£n traitant de l'action physiologique des cantharides, nous avons, parlant de la cystite et des értiptions cutanées, laissé pressentir quelles étaient les seules indications précises de l'usage interne des cantharides.

Le père de la médecine, Hippocrate, donnait la poudre de cantharides dans les cas d'hydropisie, d'apoplexie, d'ictère; et comme il connaissait bien les propriétés abortives de ce médicament, il en conseillait l'usage dans les accouchements laborieux, pour solliciter l'expulsion du fœtus et du placenta.

Comme hydragogue, la cantharide fut préconisée par Richter, Blackall, Lîeutaud ; Rayer l'employa avec quelque succès dans l'hydropisie liée à la maladie de Bright; on l'a conseillée également dans les épanchemenls pleurétiques (Faivre).

On l'a préconisée contre la dysurie (Groenvelt, Werlhof), contre la paralysie de la vessie, l'incontinence et la rétention d'urine.

Burdach et Murray l'ont ordonnée dans des cas d'aménorrhée et de dysménorrhée rebelles.

Lorsque la dysurie est sous la dépendance d'un état d'atonie de la vessie, comme cela a lieu souvent chez les vieillards, on comprend que la cantharide puisse avoir un salutaire effet. Dans un de ces cas de paralysie vésicale, Lisfranc guérit son malade en portant, à l'aide d'un cathéter, la cantharide jusque dans la vessie.

On a conseillé l'usage de la cantharide dans le traitement de la pyéUte, du catarrhe vésical. Bartholin, et, plus tard, Mead, et, de nos jours, Robertson, ont donné avec succès la teinture de cantharides dans le traitement de la blennorrhagie, et surtout de la blennorrhée ; on comprend comment, dans ce cas, la cantharide peut agir en déterminant sur la muqueuse uréthrale une inflammation substitutive.

Trousseau assimile avec raison l'emploi des cantharides données à l'in-

248 CANTHARIDES. — médecine légale.

térieur à ces injections.irritantes que l*on fait dans la yessie et l'urèthre, pour modifier et guérir les inflammations de la membrane muqueuse, qui en revêt les parois.

Daas les derniers siècles de la domination romaine, nous voyons faire grand usage des cantharides. Pline raconte l'histoire d'un chevalier romain qui s'empoisonna avec un hreuvage contenant des cantharides, et qu'il prenait pour se guérir d'une affection cutanée rebelle. Ce n'esl guère que vers la fin du dernier siècle que Lorry conseilla la cantharide dans les cas d'affections cutanées. Suivant Biett, Leroy, Cazenave, la teinture de cantharides modifie souvent, de la façon la plus heureuse, des affections cutanées rebelles, psoriasis, lèpre, eczéma, lichen, etc.; soos l'influence du médicament, la peau s'anime, les plaques rougissent, les papules s'affaissent, les squames se détachent et tombent, et au beat d'un mois à six semaines, souvent plus tôt, la guérison est obtenue.

Sans croire que la teinture de cantharides soit responsable de toutes les guérisons qu'on a voulu, dans ce cas, lui attribuer, nous pensons que le principe actif de la cantharide, s'éliminant par la peau, peut amener, dans certains cas, une inflammation substitutive, et que cette inflammation, dans le cours d'une affection squameuse rebelle, ne peut produire qu'un heureux et salutaire effet.

Telles sont les applications thérapeutiques que l'on a essayé de faire de la teinture de cantharides. On ne saurait être trop prudent, trop réservé dans l'administration d'un médicament dangereux et dont on ne peut obtenir d'effets utiles que dans quelques cas, et suivant certaines indications souvent difficiles à bien préciser.

Nous n'avons pas, jusqu'ici, parlé de la cantharide comme aphrodisiaque, car la thérapeutique, art bienfaisant et sage, n'a rien à voir dans la composition des breuvages abortifs et de ces philtres clandestins ou l'homme épuisé va chercher, au péril de sa vie, une jeunesse factice et des plaisirs longtemps regrettés. (Voy. t. III, p. 17, art. Aphrodisiaques parRicord.)

Médecine légale. — En se reportant aux chiffres qui, dans le tableau donné par Tardieu de la fréquence relative des empoisonnements, nous font connaître le nombre de cas où la cantharide a servi de poison, nous voyons que le nombre en est grand (23 sur 617) (Leçons sur les empoisonnements, p. 164). Les quelques lignes par lesquelles nous avons terminé l'histoire thérapeutique des préparations de cantharides, laissent assez deviner dans quelles circonstances le médecin légiste doit s'attendre à observer l'empoisonnement par les cantharides : nous voulons pari^ des attentats aux mœurs et des avortements. (Foy.art. AvoRTEiiEKT,t.IV, p. 342.)

I. Les accidents de l'empoisonnement par les cantharides varient suivant la quantité du poison absorbé.

C'est d'abord un sentiment de douleur brûlante avec constriction dans la bouche et l'arrière-gorge ; une soif vive que les boissons ne peuvent calmer, car le malade ne peut avaler quelques gorgées de liquide qu'après

CANTHARIDES. — MiraciiiE LicALB. 349

de Tives souffrances, tant sont grandes la constriction douloureuse de la gorge et la dysphagie.

Il éprouve bientôt de yiolentes coliques ; le yentre tendu, ballonné, est très-douloureux à la pression. Le malade est pris de nausées, de yombsements glaireux et sanguinolents ; il se plaint de téoesme et a des selles sanguinolentes. La douleur est surtout vive, cuisante au bas-ventre, mais il n'y a point de dysurie, car les urines se sont supprimées.

Dans cette première période la peau est chaude, les yeux injectés, délirants ; puis les vomissements continuent, la face se refroidit et s'altère, les yeux sont excavés, cernés, sans expression et presque sans mouvement ; la peau se recouvre d'une sueur froide et visqueuse, et après quelques secousses convulsives suivies d'une légère roideur tétanique, le malade tombe dans le coma et succombe bientôt après.

Ce sont là les accidents de l'empoisonnement suraigu; ils ne durent généralement qu'un petit nombre d'heures.

Dans une forme plus lente, les troubles génito-urinaires sont plus nettement accusés : douleur cuisante tout le long du canal, et surtout au méat, envies fréquentes d'uriner, urines rares, sanglantes, dans lesquelles nagent des stries pseudo-membraneuses ; ténesme rectal, diarrhée sanguinolente; érections presque continues avec tension extrême de la verge, érections douloureuses presque toujours frustes, sans qu'il y ait là ces pollutions voluptueuses, cette excitation satyriasique dont de prétendus observateurs nous ont complaisamment tracé le tableau.

L'anxiété, l'agitation sont très-grandes; la soif est vive; les nausées, les vomissements surviennent presque à chaque instant; le malade salive abondamment.

On a souvent observé du délire, de l'agitation, des soubresauts, des mouvements convulsifs, de véritables accès épileptiformes ; puis, à cette agitation, à ce délire, succèdent une très-grande prostration et toujours un ralentissement du pouls, avec défaillances et affaissement de plus en plus prononcés. Le malade peut s'éteindre ainsi après un, deux ou trois jours.

Mais la mort n'est pas toujours la conséquence de l'empoisonnement par les cantharides, et n'arrive pas nécessairement dans les cas même où les accidents ont débuté avec le plus de violence et d'intensité ; cela tient en effet à la différence qui peut exister entre l'intensité de l'action locale et la quantité du poison absorbé, qui seule peut donner la mort.

Le ralentissement du pouls, les accidents nerveux convulsifs, et l'altération profonde des traits, succédant à Tinjection de la face animée et vultueuse, font pressentir l'aggravation des accidents et une mort presque certaine.

U. En présence d'un cas d'empoisonnement par les préparations de cantharides, le médecin légiste doit se préparer à répondre à cei*taines questions qui ne se représentent pas pour la plupart des autres empoisonnements.

11 doit chercher, par l'examen attentif des organes génitaux, si une femme qui a pris de la cantharide, ne l'a pas fait dans le but d'amener

250 CANTHARroES. — médecinb légale.

un avortement ; il doit se préoccuper de savoir si les préparations de cantharides n'ont pas été données pour provoquer et faciliter un attaitat aux mœurs, et si l'excitation génésique qui a pu se produire a été le point de départ de tentatives ou d'actes dont le corps et les parties sexuelles de la victime peuvent avoir conservé des traces.

Quant à la question qui a été soulevée une fois en cour impériale, de savoir si la cantharide est bien réellement un poison, nous ne croyons pas qu'elle se représente jamais ; tous les faits prouvent manifestement que les préparations de cantharides appartiennent à la classe des poisons les plus énergiques et les plus redoutables.

A quelle dose les préparations de cantharides peuvent-elles donner la mort? La question est difficile pour la poudre et la teinture de cantharides,. dont l'énergie dépend de la qualité et du degré de conservation des mouches broyées. Taylor donne comme dose limite une once de poudre. 4 ou 5 grammes de cantharide en poudre suffisent pour tuer un chien d'assez forte taille.

Au delà de 50 centigrammes, la cantharidine peut amener la mort; à la dose de 4 à 10 centigr., elle amène chez l'homme des accidents graves.

Comme traitement de cet empoisonnement, il faut avant tout et par* dessus tout, éviter de donner des huiles qui dissolvent et disséminent le poison, en favorisant son absorption; on devra prescrire des boissons mucilagineuses et délayantes, ipais non en grande quantité, pour ne pas provoquer une trop grande sécrétion d'urine, dont l'émission cause de si vives souffrances aux malades. Stillé conseille l'opium dans la période d'excitation ; on devra mettre les malades dans des bains tièdes, appliquer sur le ventre de larges cataplasmes laudanisés.

Comment reconnaîtra- t-on un empoisonnement par les cantharides, en outre des accidents qui, au point de vue clinique, peuvent le carac^riser ; en un mot, quelles seront sur le cadavre les lésions observées, et quel sera le moyen de retrouver le poison ?

Comme lésions anatomiques, on trouve la bouche, la langue et Farrière-gorge phlogosées, couvertes d'une couenne blanchâtre ; la muqueuse gastro-intestinale, rouge, injectée, ramollie par places, enduite de mucosités sanguinolentes; la vessie, vide, épaisse, ramollie, et présentant en certains points des fausses membranes. ,

Le sang est à demi-poisseux, peu coagulé. Les organes génitaux ont été trouvés phlogosés, gangrenés.

L'urine est quelquefois sanguinolente, et toujours renferme de Tattiumme et des stries pseudo-membraneuses.

Pour démontrer le poison, quand il a été donné à l'état de poudre, le procédé de Poumet permet, en insufflant et faisant dessécher l'intestin, de voir par transparence, incrustées en ses parois, les débris d'écaillés vert doré des cantharides. L'examen des matières fécales, durcies et cou* cassées, montre aussi, dans la masse, ces mêmes paillettes disséminées; les malières suspectes, quelles qu'elles soient, délayées dans un peu d'al* cool, puis étendues sur des lames de verre, laissent voir à la lumière ré-

CANTHABIDES. — bibliographie. 254

fléchie les paillettes vert brillant dont elles sont parsemées. Mais, dans le cas où il s'agit soit de teinture de cantharides, soit de cantliaridine, ce procédé est insuffisant; sans recourir à Texamen histologique du résidu . cristallin obtenu, ainsi que le conseille Taylor, on devra suivre de préférence le procédé de Bamiel, procédé tout aussi exact et beaucoup plus pratique.

D consiste essentiellement à épuiser par Téther le résidu des matières alimentaires ou digestives sur lesquelles on opère, et à se servir ensuite de la solution éthérée pour en frotter les lèvres, les bras, et chercher à déterminer, comme l'a fait Barruel, l'apparition d'une érosion, d'une phlyctène, qui ne laissent plus alors aucun doute sur la nature vésicante de la substance provenant d'aliments ou de matières suspectes.

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Auguste Ollivier et Georges Bergerox.

CAUTTHARIBINIi. Voy. Cantharides.

CAOUTCHOIfC. — Histoire naturelle. — On a donné ce nom à plusieurs substances dont le caractère principal est de présenter une très-grande élasticité. Cette dénomination, qui vient du mot indien cahuchu^ a été appliqué non-seulement au produit végétal < que tout le monde connaît, mais encore à une espèce de bitume élastique qu'on nomme caoutchouc minéral ou caoutchouc fossile. On a aussi fabriqué on caoutchouc artificiel en mettant couches par couches des huiles rendues siccatives. Nous ne parlerons ici que du caoutchouc végétal.

Description. — On connaît dans le commerce deux caoutchoucs qui dilfèrcnt par leur couleur : Pun est noirâtre, c'est le plus doux, celui qui se prête le mieux à la distension ; l'autre est brunâtre, plus sec, moins élastique. Dans les collections on en trouve parfois un troisième, rouge, qui, dans le pays où on le fabrique, sert à faire des parures.

Le caoutchouc le plus connu est une substance opaque, quand elle est en masse, demi-transparente, au contraire, quand elle est en lame mince. Il est très-élastique, et cette élasticité augmente avec la température. Il est imperméable aux gaz et à la plupart des liquides ; il est insoluble dai^ Teau et Talcool; l'élher ne le dissout que très-difficilement; il est soluUe dans le sulfure de carbone, les huiles volatiles et le naphte, et, suivant Bouchardat, dans l'essence de térébenthine distillée sur la brique. Son meilleur dissolvant est un mélange de six à huit parties d'alcool anhydre et de cent parties de sulfure de carbone. L'acide sulfurique le charbonne difficilement, l'acide nitrique le dissout en dégageant de Tazote, de Tadde carbonique, de Tacide cyanhydrique, et en formant de l'acide oxalique. Il fond au feu, se boursoufle et brûle avec flamme en répandant une odeur empyreumatique désagréable.

Le caoutchouc pur et récemmenPpréparé, est blanc, presque diaphane, très-élastique. Pour le préparer ainsi, on étend d'eau le suc de la plante, l'eau se charge des matières étrangères, et le caoutchouc surnage.

Le caoutchouc jouit de la propriété singulière de se combiner avec le soufre dans certaines circonstances. Alors il acquiert une souplesse et une élasticité qui ne varient plus avec les températures. Ce caoutchouc est dit volcanisé. Il est une branche d'industrie qui s'occupe de la vulcanisation du caoutchouc.

CAOUTCHODC. — awaltsb, origines. 255

AwALYSE. — Faraday a démontré dans le suc de caoutchouc récent : eau, acide, etc., SôS'',? décigrammes; caoutchouc pur, 317 grammes; substance colorante, azotée, amère, 70 grammes; matière soluble dans Teau et l'alcool, 29 grammes; matière albumineuse, 19 grammes; cire, 1*',50 centigrammes.

On a été longtemps peu d^accord sur la composition chimique du caoutchouc; on le croyait composé de carbone, d*hydrogène, d oxygène et d'azote, et cela parce que celui du commerce, décomposé au feu, donnait de l'ammoniaque ;^mais cela tient à ce que, dans le caoutchouc, il y a toutes les matières organiques que nous avons énumérées plus haut. D'après les recherches de Faraday, si l'on agit sur le caoutchouc pur, obtenu comme nous Tavons indiqué, on le trouve composé de : carbone, 87^,2 décigrammes; hydrogène, 12«',8 décigrammes. Sa formule serait donc CW.

En distillant le caoutchouc on obtient différents carbures d'hydrogène, parmi lesquels deux, la caoutchéine et Vhévéine^ sont isomères . avec le gaz oléfiant. La caoutchéine dissout parfaitement le caoutchouc.

Origines. — Tous les sucs laiteux des plantes contiennent du caoutchouc, et c'est sa réunion avec une résine particulière qui constitue ces singulières émulsions végétales. On comprend par là combien est considérable le nombre des plantes qui peuvent fournir cette substance. On peut les classer dans quatre familles principales.

1* EuPHORBiACÊEs. — On retire du caoutchouc de VHevea Guyanensis Aubl. ou Siphonia elasHca Pers., c'est l'arbre qui en fournit le plus au commerce.

2* Urticêes. — On retire le caoutchouc de VAmbora quadrifida Poir.; du Castilloa elastica Cerv.; de VEuphorbia Punicea Sw.; de VHippomane mancenilla Linn., etc.; du Ficus elastica Lam.; du Ficus religiosa Linn., figuier des pagodes; du Ficus radula Wild.; du Ficus elliptica Kunih.; du Cecropia pellata Linn.

3** Apocytîées. — Au Brésil on obtient cette substance de VRancornia speciosa Gom.; à Bornéo, de VUrceola elastica ^oi^h.^ c'est le caoutchouc de Singapour, ou Pulopenang; à Madagascar du Vahea gummifera Poir.

4** Lobeliacées. — Cette famille fournit le caoutchouc des Popayanais. On le tire du Lobelia caoutchouc Humb.

Il serait trop long de décrire toutes ces plantes ; cependant nous dirons quelques mots du Siphonia elastica^ qui est celle qui, nous le répétons, en fournit le plus.

Le Siphonia elastica Pers. est un arbre de première grandeur, car il atteint de quinze à vingt mètres de hauteur. Son écorce est épaisse, grisâtre ou rougeâtre. Ses feuilles sont composées de trois folioles longuement pétiolées, ovales, cunéiformes, arrondies au sommet ou atténuées parfois en une pointe courte, entières, glabres, vertes en dessus, cendrées en dessous, coriaces, épaisses. Les fleurs sont petites, monoïques, disposées en grappes de cimes terminales.

!254 CAOUTCHOUC. — htgième, ikoostrie et maladie des ouvriers.

Récolte du gàoutcbouc. — Rien n'est plas simpk que de retirer du tronc des arbres le suc laiteux qui doit donner le caoutchouc. On choisit le végétal sur lequel on veut opérer ; avec de l-argile molle on façonne sur le tronc une sorte de coupe ; avec un pic on fait une plaie au-dessus de ce vase improvisé, et le suc y descend bientôt : l'on passe à un autre arbre, puis à un troisième, et ainsi de suite. Après quelque temps Ton revient au premier et l'on verse dans une calebasse le contenu de U première coupe, puis celui de la seconde, de la troisième, de la qua. trième, etc. On a remarqué que, dans une certaine limite, plus on retire de suc laiteux et plus Tarbre en produit: on peut utiliser ainsi un Siphonia pendant toute l'année, mais l'usage est de laisser reposer le sujet depuis la floraison jusqu'à la maturité des fruits.

Dans le commerce on livre parfois le caoutchouc en masses brutes et informes, en lames; mais il est plus fréquent de le trouver sous forme de bouteilles, de gourdes, d'oiseau^ etc. Pour obtenir ces formes FouTrier façonne son argile en une boule à laquelle il donne la forme qu'il désire, la fixe à Textrémitc d'un bâton, puis il applique dessus une couche do suc qu'il a recueilli, la laisse sécher, applique une seconde couche, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il y ait une épaisseur de trois à quatre millimètres; alors il brise le moule et le retire de dedans l'enveloppe.

Pour faire le caoutchouc en lame, on verse le suc dans des cadres munii d'une toile métallique et appliqués sur le sable (llantoine); ou bienoo rétend sur des planches, et on le fait sécher au soleil et au feu (Carré). Si l'on abandonnait le suc à lui-même, il se séparerait en deux parties, l'une solide, l'autre liquide ; aussi quand on veut avoir le caoutchouc en masse, faut-il le coaguler, ce qui se fait au moyen du rhum (Hantoine)*

Le caoutchouc est d'abord mou et de couleur peu foncée ; ce n'est que par le temps et par l'action du soleil qu'il prend la consistance et la couleur que nous lui connaissons. Léon Marchand.

ACCIDENTS déterminés PAR LE SULFURE DE CARBONE CHEZ LES 0UTRUS8S QUI TRAVAILLENT A LA FABRICATION DU CAOUTCHOUC SOUFREE.

Le sulfure de carbone est un des agents les plus employés en chimie industrielle ; on s'en sert pour la vulcanisation du caoutiAouc, Tépu'sèment des tourteaux d'olive ou de colza, le dégraissage des laines, l'extraction de la paraffine, des bog-heads, ainsi que du bitume et da soufre de certains schistes et grès, tels, par exemple, que les grès de Forcalquier ; on s'en est encore servi pour isoler certaines essences aromatiques (Millon), préserver les grains conservés en silos (Doyère), et pour la fabrication en grand du collodion (Aubert et Girard).

Nous ne parlerons point ici de ces diverses industries ; nous ferons seulement l'étude hygiénique d'une profession qui ne s'exerce que depuis peu d'années, et qui cependant a fait à Paris surtout de trop nombreuses victimes ; nous voulons parler des ouvriers qui travaillent à la fabrication du caoutchouc soufflé. Cette question a été très-bien étudiée par le

CAOUTCHOUC. — HTGièi^E, ihoustrib et maladie des ouvriers. 355

docteur Delpecb, et nous ne sachons pas qu on ait rien ajiHité d'important aux deux intéressants mémoires qu'il a publiés sur ce sujet, et dont le plus récent remonte à 1861.

i^ Dans les fabriques de caoutchouc soufflé, on distend, au moyen de soufflets ou de machines spéciales, des vessies de caoutchouc préalable* ment trempées dans un mélange vulcanisant; on se sert le plus habituellement du mélange de Parkes, qui renferme pour 1000 grammes de sul* fure de carbone, 2, 5 à lU grammes de chlorure de soufire.

L'action de ces deux corps est différente : le sulfure de carbone amène le caoutchouc à un état dé mollesse qui distend ses mailles et permet le dépôt facile du soufre que renferme le chlorure. Il en résulte, pour le caoutchouc ainsi préparé, une souplesse sensiblement égale pour toutes les températurea, une imperméabilité plus grande ^t une moins grande facilité d'adhérence des lamelles les unes avec les autres.

C'est tantôt sous un hangar, au milieu d'une cour ou d'un jardin, comme cela se fait à Grenelle ; d'autres fois, et plus souvent, dans des ateliers mal aérés, dans des chambres situées à un étage élevé de certaines rues, certains quartiers de Paris (quartiers Saint-Denis, du Temple et de Belleville), que se pratique cette industrie.

2^ Dans les accidents que lui ont offerts les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc, Delpech distingup deux périodes : une période d'excitation et une période dépressive.

La première peut se présenter sous deux formes différentes : elle peut parcourir ses phases avec une grande rapidité et dans un temps trèslimité, ou bien les traverser lentement, d'une manière progressive et coulinue. On voit survenir les premiers accidents de l'empoisonnement au bout de quelques heures seulement ; d'autres fois après des semaines et des mois de travail : ce sont d'abord des maux de tète violents, atroces, avec battements douloureux des temporales; les membres, les articulations, sont en même temps le siège de douleurs contusives, et quelquefois la douleur prend, dans les membres inférieurs surtout, la forme de crampes et d'élancements d'une excessive acuité.

En même temps les ouvriers ont des éblouissements, des vertiges; et on les voit souvent quilter l'atelier, se mettre à une fenêtre, rester à l'air pendant quelque temps.

C'est là un des meilleurs signes du début de l'empoisonnement, un des plus caractéristiques.

La peau, en divers points, surtout à la partie interne des cuisses, au scrotum, est le siège d'irritations, de fourmillements.

En même temps que les ouvriers éprouvent des éblouissements et des vertiges, leur vue est troublée; ils ont des bruissements, des tintements d'oreilles continus et fatigants. Le goût est perverti, ils sentent constamment dans leur bouche la fétidité du sulfure de carbone ; leurs aliments paraissent en être imprégnés ; aussi beaucoup d'entre eux, très-difiiciles sur le choix des aliments, ont perdu en partie leur appétit ; le nombre est bien rare de ceux chez lesquels on peut observer, toujours au début

356 CAOUTCHOUC. — htgièhe, indushue et maladie des ouvriers.

des accidents, une exagéralion de la faim, une stimulation des fonctions digestives.

Mangeant difficilement et avec dégoût, tourmentés par des éructations fétides, des nausées et des vomissements, ces ouvriers boivent abondamment des liqueurs fortes, excitantes; c'est là un point étiologique sur lequel on n'a pas assez insisté pour séparer, dans les accidents qu'on observe ultérieurement, les conséquences de Fempoisonnement professionnel de celles que peuvent avoir des habitudes d'ivrognerie remontant souvent à plusieurs années.

Ils dut un peu d'oppression, quelquefois une toux sèche et habituelle; au début, une légère suractivité circulatoire, des palpitations de cœur, la peau chaude, et, plus tard, couverte de sueurs.

Chez beaucoup d'ouvriers, dans les premières semaines de leur travail, on a observé une suractivité très-grande des fonctions génésiques, des érections fréquentes, des besoins sexuels pressants; chez les femmes, les règles s'exagèrent, et il peut survenir de véritables métrorrhagies.

En même temps les ouvriers sont excitables, bruyants ; ils peuvoit être pris de convulsions épileptiques, et leur extrême irritabilité peut aller jusqu'à déterminer des accès de fureur et de délire maniaque.

A ces accidents succède un abattement profond ; tristes et découragés, n'ayant plus rien de cette e^^itation bruyante et maniaque des premiers jours, ils semblent indifférents à tout ce qui les entoure, et tombent dans le marasme et l'abrutissement.

Ils ont les mains engourdies; la peau est anesthésiée en divers points ; la cornée souvent insensible, à tel point qu'on peut promener à sa surface une barbe de plume sans que l'œil vieAne à se fermer.

La vue est troublée; les malades distinguent difficilement les objets; ils ont devant les yeux des phantasmes, des nuages, etc.

A la période d'excitation génésique que nous avons signalée, succède un état tout opposé ; les malades n'ont plus de désirs ni d'érections ; et chez les enfants travaillant à cette industrie, on peut voir, lorscpi'ils grandissent, un arrêt de développement des organes génitaux coïncida' avec l'absence de désirs et de besoins génésiques.

Lorsque les femmes deviennent enceintes, elles avortent presque constamment pendant les premiers mois; et les métrorrhagies, si fréquentes chez les femmes qui travaillent au caoutchouc soufBé, ne sont, dans bien des cas, que des avortements survenant au deuxième ou au troisième mois de la grossesse.

A l'excitation des mouvements, succède un affaissement, une faiblesse musculaire qui se montre aux mains, aux bras, puis aux membres inférieurs, et peut aller jusqu'à la paralysie. Les ouvriers se traînent lentement, se reposant presque à chaque pas ; ils ont la démarche chancelante et comme avinée; leurs muscles affaiblis sont souvent le siège de palpitations fibrillaires.

C'est à peine si, dans les derniers temps, ils mangent juste assez pour ne pas mourir de faim ; pâles, amaigris, épuisés, cachectiques, ils se re-

CAOUTCHOUC. -^ HTGiàfiB, industrie et maladie des ouvriers. 257

mettent difficilement du trouble profond que plusieurs années de travail, au milieu des buées du sulfure de carbone, ont amené dans leur consti» tution.

Le pronostic est des plus graves, si Ton réfléchit que la plupart de ces ouvriers cherchent dans Tivrognerie une excitation qui, loin de les faire sortir de leur état d'alanguissement et de torpeur, les y plonge plus encorâ. Sans doute, comme le fait avec raison remarquer Delpech, on ne voit point chez les ouvriers en caoutchouc soufflé apparaître des symptômes terribles, comparables à ceux qui, dans l'intoxication saturnine, par exemple, peuvent frapper de mort dans un temps très-court les ouvriers soumis aux influences toxiques; mais si l'on considère que Pintoxication sulfo-carbonique, dans la forme spéciale que nous étudions, peut amener des troubles immédiats de la nature la plus triste ; que dans la période d'excitation elle peut porter les malades aux actes les plus graves, et les amener jusqu'à la folie ; que dans la période dépressive, elle détermine un trouble profond des facultés intellectuelles, des altérations des sens, rimpuissance, et chez les enfants, Tarrét de diéveloppement des organes génitaux ; si Ton réfléchit que de la parésie, et même de véritables paralysies, enfin une cachexie profonde peuvent en résulter, on ne saurait considérer comme indifférent le sort des ouvriers que le hasard et souvent la misère condamnent à une aussi malheureuse profession.

5^ Delpech a fait des expériences sur les animaux pour savoir si, dans le mélange de sulfure et de chlorure de carbone, les accidents doivent être attribués à Tune ou à l'autre des deux substances ; car, dans le mélange, aucun corps nouveau ne se forme.

Il résulte de ces expériences que, si active que puisse être l'influence toxique du chlorure de soufre employé à haute dose et d'une manière prolongée, cette influence doit être regardée comme à peu près nulle, ou du moins très-secondaire, dans le cas actuel. C'est donc au sulfure de carbone qu'il convient d'attribuer les accidents que présentent les animaux soumis à Texpérience, et ces accidents sont de même nature que ceux qu'ont offerts à notre observation les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc.

Le seul remède à opposer à de pareils accidents consiste à rendre obligatoires pour les fabricants certaines mesures de prudence, à les contraindre à faire travailler dans des ateliers disposés de façon à ne pas laisser, comme cela a lieu trop souvent^ d'épaisses vapeurs de sulfure se condenser pour ainsi dire tout autour des ouvriers. L'installation décrite dans le mémoire de Delpech n'est pas assurément la plus pratique qui se puisse imaginer ; les fabricants se refusent à l'employer ; il convient donc de chercher de plus simples et de meilleures dispositions.

Quant aux pilules de phosphore données pour combattre l'anaphrodisie et les paralysies sulfo-carboniques, nous ne pensons pas qu'on ait ainsi obtenu de guérisons définitives, et nous croyons que le phosphore est un poison trop dangereux par les altérations organiques graves qu'il amène à sa suite, même à très-faibles doses, pour qu*on puisse, sans

KOCT. DKT. MÉn. IT CHIR. i YL — 17

258 CAOUTCHOUC. — thérapeutique chirurgicale.

inconvénient et sans danger, le prescrire, et en continuer l'usage pendant plusieurs jours.

A. Delpech, Mémoires sur les accidents que développe, chez les ouvriers en caoutchouc, Finb. lalion du sulfure de carbone en vapeur, lu à l'Académie de médecine en 1856. Parii, 1856, in-8. — Nouvelles recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de cariMne dans l'industrie du caoutchouc soufflé [Annales d'hygiène publique el de médecine légûk 2- série, 1865, t. XIX, p. 63).

Georges Bergeron et Peliagrino Levi, Note sur l'anesthésie de la cornée par le sulfuie de evbonc dans l'empoisonnement [Comptes rendus des séances et Mùnoires de la SoàéU it biologie, 1865, p. 49).

Gallard (T.), Union médicale, 1866.

Auguste Oluyier et Georges Bergero5.

Thérapeutique chirurgicale. — Le caoutchouc est d un usage très-répandu en médecine et en chirurgie. Il sert : 1^ Comme substance imperméable, inaltérable et souple ; 2"* l'on met à profit son élasticité pour obtenir des tractions ou des pressions constantes, grâce à la force qu'il déploie pour revenir sur lui-même lorsqu'il a été distendu. Voyons comment il s'acquitte de ces deux ordres de services qu'il est appelé à rendre. i"" Étendu en couche fine sur une étoffe de coton ou de soie, il la rend imperméable sans nuire à sa souplesse. Il sert alors comme couche isolante et arrête, plus sûrement que Talèze, les liquides tels que Teau, le sang, le pus qui pourraient souiller le malade et le lit où il est couché. C'est le complément nécessaire de Talèze chaque fois qu'un liquide quelconque doit couler longtemps et avec une certaine abondance. Cette dernière, en effet, ne tarderait pas à être traversée. Sans une étoiïede caoutchouc ou une toile cirée, les irrigations continues qui rendent de si grands services en chirurgie seraient presque impraticables : le lit et le malade lui-même seraient baignés d'eau comme la partie blessée. £o France, la toile cirée est d'un usage plus répandu ; c'est une économie mal entendue, car ce tissu se détériore beaucoup trop rapidement.

On a fait des alèzes en caoutchouc; celle que nous reproduisons ici est formée d'une nappe de cette substance que Ton tend sur la surface du lit au moyen des liens que portent deux tiges rigides fixées sur ses deux petits côtés. ^ .,, »,. r^ I . . u Cette alèze a l'avantage d'être imper-

riG. 50. — Alezc dalanle en caoutchouc. — » i.i p *i ^ i • •

a. Corps de l'aièze, pièce de caouichouc de meable, lacile a nettoyer et de ne jamais 60 à 80 centimètres carrés.— b, b, Ba- faire de plis susceptibles de blesserk

guettes passées dans deux replis que pré- mal^nlp

sente latéralement Talèze. — c, c, c, c, '

Extrémités de ces baguettes sur lesquelles On se sert de VeSSics en caoutchODC

s'attachent les lacs destinés à fixer et à pour isoler les parties que l'on VCUt

tendre l'alèze dans le lit. .. < ,» .. j ? -j ^ i^

soumettre a 1 action du froid sans les mouiller. On peut donner à ces réservoirs llexibles une forme en rapport avec celle de la partie sur laquelle on veut agir, et on la remplit d'eau froide, de glace concassée, ou on y fait passer un courant continu (bonnets^ vessies à glace).

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