CHALEUR ANIMALE. — PHYSIOLOGIE
Il est aujourd'hui nettement établi que tous les êtres vivants dévelop* pent ou peuvent développer de la chaleur. On désigne abréviativement par l'expression de chaleur animale celle que produisent les êtres animés. Une partie seulement de cette chaleur est traduite à notre observation par la température animale ; il importe donc de distinguer soigneusement l'une de l'autre ces deux expressions que P« Bérard conseillait de considérer comme synonymes; la température d'un animal dépend, en effet, dans un rapport direct, de la chaleur qu'il produit et de celle qu il reçoit; €lle dépend, en outre, dans un rapport inverse, des pertes dues à Faction des milieux ambiants (contact, rayonnement) et des transformations de la chaleur en travaux divers (travail mécanique, vaporisation, etc.).
Dans la première partie de cet article, nous étudierons d'abord les phénomènes auxquels est liée la production de la -chaleur, ou les sources de la chaleur animale, et ensuite les causes de refroidissement qui font inces- , samment équilibre à Tincessante production delà chaleur.
Dans la seconde partie, nous montrerons les résultats de ces actions simultanées, les unes refroidissantes, les autres calorifiantes, etc. Nous devrons donc alors passer en revue successivement la température de l'homme ei des animaux dans ses rapports avec diverses circonstances dépendantes ou indépendantes du sujet, puis celle des différentes parties du corps chez les animaux voisins de l'homme et chez l'homme lui-même.
1. Cliale«v anlnaale (prodocUon, nMM^ivtloB). — Les connaissances récemment acquises à la science sur la nature de la chaleur, nous permettent de ne pas insister sur les preuves de cette vérité, que les sources de la chaleur produite par les êtres vivants, sont les mêmes que celles de la chaleur produite en dehors d'eux. La chaleur n'étant autre chose qu un mode de mouvement, il serait oiseux aujourd'hui de discuter l'hypothèse d'une propriété caloriGanto du prétendu principe vital, de la 4ialoricUéy comme on l'a souvent appelée, hypothèse qui mène directement à la recherche du mouvement perpétueL
L'être animé peut être assimilé à une machine consommant du combustible et produisant principalement de la chaleur et du travail. Pour y arriver, il fait comme les machines du même ordre, il emprunte à des matériaux des forces que, de l'état potentiel ou de tension {SpannKràfte, Hehnholtz), il fait passer à l'état effectif ou libre. Ea d'autres termes, le mode de groupement des molécules, lorsqu'elles sont introduites sous forme d'aliments dans le corps de l'animal, exige plus de force de tension que celui qu'elles présentent, lorsqu'elles en sortent ; la différence, rendue libre par l'animal, devient, selon les circonstances, chaleur, électricité, lumière, etc., ou travail mécanique. C'est ainsi que, dans le foyer d'une machine à vapeur, le conflit de l'oxygène et du combustible donne naissance à une quantité déterminée de chaleur qui, à son tour, par une transmutation aujourd'hui bien connue, devient partiellement du mouvement.
752 ClIALEOR. — chaleur animale (production, absorptior).
Mais les choses ne se passent pas aussi simplemenA-datts un corps vWaet que dans une machine à sapeur; entre les deux termes d'entrée etik sortie, les matériaux traversent une série parfois très-complexe d'élait» moléculaires, dont T existence momentaiiée nécessite plus ou moi» 4e force de tension, et laisse par conséquent libre plus ou moms de cfailoir, d'électricité, etc. Ou, pour employer l'ancien langage de Fécole : Les Wh difications d'ordre chimique ou d'ordre physique que subttfaent les éléments introduits dans le corps de l'aninu^, ne sont pas toutes de nature à développer de la chaleur ; quelques-unes en absorbent, au contraire, et il ta faire intervenir ici la question des chaleurs latentes, comme Fayait dgà remarqué Bichat, et celle des chaleurs spéciGques. De là, dans le problème des sources de la chaleur animale, de grandes difficultés pour faire à chacune d'elles sa part exacte.
Mais si nous nous plaçons au point de vue de la comparaison à établir entre la valeur de la force* introduite à l'état de tension, puis d^ag^ dans le corps (aliments, oxygène), et celle de la (brce manifestée à létat de chaleur, de travail mécanique, etc., ces oscillations dans la prodoetioD ou l'absorption de la chaleur ne doivent plus être prises en considération.
C'est là, comme nous allons le voir, ce qu'ont tenté de faire Lavoisier, puis Dulong et Despretz ; 4)our eux, en effet, il s'agissait de déterminer la quantité de chaleur dégagée pendant un temps donné par un animal, «( de la comparer à la quantité de chaleur nécessaire pom* donner naissance aux produits ultimes de combustion sortis de son corps (acide carbonique, eau). Or, il est évident que si nous supposons l'animal resté pendant tout le temps de Texpérience identique à lui-même , nous n'aoro» pas à nous occuper des phénomènes dus à l'état physique ou ebnniqii^ des oxydations intermédiaires, car les pertes et les gains de cbaleor devront avoir été exactement compensés. II. en est, dans ce cas, do travail moléculaire calorilique, comme du travail mécanique produit parue corps qui se meut dans l'espace, sollicité par b pesanteur; qudie que soit la courbe qu'on l'astreigne à parcourir, les oscillations s'en compenseat exactement, et la valeur du travail n'en est en rien modifiée.
Cette remarque enlève toute valeur pratique à l'observation théoriquement importante de Bichat sur la chaleur dégagée par les liquides se solidifiant dans le corps. Car il est évident que les phénomènes par lui signala ne peuvent aucunement affecter la t^npérature, pvîsque leur influence devra être détruite par celle d'autres phénomènes s'exerçant en sens iaverse. Ils ne peuvent avoir quelque effet que dans les circonstances où l'animal est notablement modifié, comme il advient d'une femelle en ges- * tation, ou d'un enfant en voie de développement. Nous nenossy arréteroas donc pas davantage.
Une conséquence tout aussi importante de ce principe est la suivante ' pour arriver à un degré déterminé d'oxydation, un corps développe toajours la même quantité de chaleur, quelles que soient les comlmaisons intamé* diaires qu'il ait formées. Favre et Silbcrmann ont vu, par exemple, qœ
CHALEUR. — CHALEUR AKIMALE (PRODOCTIOK, ÂBSORPTIQ?!). 753
le carbone, pour devenir directement acide carbonique, produit autant de calories (8,080), que lorsqu'il passe par Tétat d'oxyde de carbone pour seswoxyder ensuite (2,475+5,607 calories). Les expérimentateurs dont nous allons bientôt analyser les travaux, ont donc été en droit de prendre pour base de leurs caltals sur la quantité de chaleur développée, les produits ultimes d'oxydation (acide carbonique, eau) qui s'échappent du corps de TanimaL
Nous n'avons parlé jusqu'ici que des transformations chimiques ; mais cène sont pas là les seules sources de la chaleur animale. Bien que celle-ci ne soit, en effet, le plus souvent, que la mise en liberté de forces dissimulées à Tétat de tension, il arrive aussi qu'elle se présente comme une simple transformation de forces Tives (lebendige Kràfle^ Helmhoitz) ; poulr les forées TÎves d'ordre physique, comme l'électricité, la preuve expérimentale manque, mais il n'en est pas de même pour les forces vives d'ordre mécanique, ainsi que nous en donnerons la démonstration dans un paragraphe spécial.
De même, les causes de disparition de la chaleur produite peuvent appartenir i l'ordre chimique (transformation de chaleur en forces de tension), ou aux ordres physique et mécanique (transformation en forces vives, production de travail); nous devrons passer en revue tous ces faits.
i^ Db la MiODUcTiœi DBI.A CHALEUR ANMALE. — Il uous parait inutile de rappeler ici la longue série des hypothèses qui tour à tour régnèrent dans la science etservirent à l'explication de la production de la chaleur ; les affirinattons des anciens sur la puissance calorifiante du cœur, les théories des mécaniciens et même celles des chimiâtres, dont plusieurs furent au moins dans la voie de la vérité, ne doivent pas pins nous arrêter aujourd'hui que les ofttnions rétrogrades de Chossat et des physiologistes qui veulent, à tout prix, bannir de l'organisation les forces physico-chimiques. Il est hors de doute que les oxydations dont l'économie animale est le siège ne peuvent s'opérer sans calorification, et personne ne conteste plus que celte source de la chaleur animale ne soit de beaucoup la plus im« portante.
Nous devons donc nous occuper en premier lieu des combustions, ou, plus généralement, des phénomènes chimiques dans leurs rapports avec la production de la chaleur.
A. Production de chaleur par des phénomènes d* ordre clùmique. — Dès 1777, Lavoisier écrivait : « L'air pur, en passant par le poumon, éprouve une décomposition analogue à celle qui a lieu dans la combustion du charbon. Or, dans la combustion du charbon, il y a dégagisment delà matière du feu (calorique), donc il doit y aToir également dégagement de la matière du feu dans le poumon dans l'intervalle de l'inspiration à l'expiration, et c'est cette matière du feu, sans doute, qui, se distribuant avec le sang dans toule l'économie animale, y entretient une chaleur constante... Il y a une relation constante entre la chaleur de Tanimal et la quantité d'air entrée, ou au moins convertie en air fixe (acide carbonique) dans
754 CHALEUR. — chaleur ammale (pboooctio5, absôrptid!»).
les poumons. » Plus tard, il fît intervenir la peau comme siège fum absorption d'oxygène et d'une exhalation d'acide carbonique.
Le fondement de la doctrine de Lavoisier, la production de chaleur pat les combustions qui s'opèrent dans le corps de Tanimal, étant une sorte d'évidence, se trouva établi par son énoncé raèmé. L'illustre chimie poursuivit ce principe dans toutes ses conséquences, et démontra, par exemple, que, si la température d'un animal reste constante, l'abaissement de la température extérieure détermine une plus forte consoramalioB d'air vital; que, dans la même condition, le développement d'une pk grande quantité de chaleur par l'exercice, etc., entraîne la formation d'une plus grande quantité d'air fixe, etc., tirant ainsi de ces coroIlair6 vérifiés une démonstration expérimentale de sa théorie.
Hais il ne s'en tint pas là. Après avoir montré que les combustions qui aboutissent à la formation d'acide carbonique, doivent être et sonteo effet une source de chaleur, il voulut chercher si la chaleur ainsi produitt est égale à la quantité totale de chaleur développée par l'animal.
Les expériences qu'il institua dans ce but, et dont nous allons m&' quer la méthode et les causes d'erreur, lui montrèrent qu'il existe entre ces deux valeurs un écart assez considérable ; il constata, en outre, qnt sur 100 parties d* oxygène absorbé, 81 seulement sont rejelées part respiration sous forme d'acide carbonique, et il émit alors comme m hypothèse très-vraisemblable l'idée « qu'une portion d'air vital (oxygène se combine avec une portion d'air inflammable (hydrogène) pourfonscf de l'eau. »
Dulong et Desprelz qui répétèrent les expériences de Lavotsier en n'apportant à sa méthode que quelques perfectionnements de détail, admirent comme une vérité démontrée, que tout l'oxygène absorbé qui ne sere trouvait pas dans l'acide carbonique exhalé, avait été employé à brûler de l'hydrogène. Il était réservé à Boussingault de fournir la preuve eij^ rimentale de cette affirmation, par une méthode que nous ferons connaître dans un instant. Disons encore que Lavoisier s'était demandé si h aliments ne pourraient pas fournir une partie de l'acide carbonique de produits respiratoires; nous verrons plus loin que cette opinion a êtt reconnue exacte dans certaines circonstances. Dulong ni Despretz n'ei ont tenu aucun compte.
Ouoi qu'il en soit, les expériences de ces physiciens consistent, d'une part, à mesurer la quantité de chaleur cédée par un animal à un milici donné (calorimètre à glace de Lavoisier, à eau de Dulong et Desprelzl d'autre part, à recueillir les gaz rejetés par l'animal et à supputer h quantité d'oxygène* disparu et celle d'acide carbonique formé. Dans l'opinion des expérimentateurs, tout l'oxygène absorbé devait avoir sem' î -brûler du carbone qu'on mesurait directement et de Khydrogène (p<^ estimait par différence. Il ne restait plus qu'à calculer la chaleur àèrtloppée par la combustion de ce carbone et de cet hydrogène, et à la comparer à la chaleur recueillie dans le calorimètre. En opérant ainsi, o« a trouvé entre les quantités de chaleur, les rapports moyens 75,2 p. 1^
CHALEUR. — CHALBoa akiiule -(pbodcction, absouwjou). 755
(Dulong), 81,1 p. 100 (Despretz), proporlions qui, d'après les corrections qu'il faut apporter aux valeurs de» chaleurs de combustion du carbone et de l'hydrogène admises par ces physiciens, s'élèvent à 90,6 et 92,3 p. 100 (Gavarret).
Ces expériences sont entachées de causes d'erreurs dont nous devons signaler les plus graves. En premier lieu, l'animal n'est pas à la fin de l'expérience identique en poids à ce qu'il était au début, et sa température s* est certainement abaissée, comme l'avait déjà pensé Lavoisier. En second lieu, on n'a pas tenu compte des produits d'oxydation incomplète qui, par les excrétions urinaire, sudoripare et intestinales s'échappent de l'organisme; l'oxygène ainsi empbyé est attribué hypothétiquement à la combustion de l'hydrogène, ce qui, vu l'énorme chaleur de combustion de ce corps (54,462 calories), doit considérablement modifier les résultats. Enfin, les calculs effectués supposent que la chaleur de combustion des composés carbures et hydrogénés qui s'oxydent dans l'organisme, est égale à la chaleur de combustion de leur carbone, ajoutée à la chaleur de combustion de leur hydrogène, hypothèse que ne permettent plus d'accepter les recherches de Favre et Silbermann.
On voit qu'il est impossible de reconnaître à celte méthode le degré de rigueur dont la croyaient susceptible Dulong et Despretz ; cependant, malgré toutes les causes d'erreur qui viennent d'être signalées, elle nous montre au moins que les oxydations dues à la respiration jouent, dans la production de la chaleur animale, un rôle prédominant, mais dont elle est impuissante à mesurer exactement l'importance.
On doit à Boussingault une méthode qui présente sur la précédente cet avantage considérable de tenir compte des excréta incomplètement brûlés ; en outre, elle permet de démontrer directement la combustion habituelle de l'hydrogène de l'organisme par l'oxygène de l'air.
Boussingault soumet, pendant un certain temps, un animal laissé en liberté à une ration d^entretien telle que le poids de son corps n'en est pas sensiblement modifié. Il pèse pendant ce temps et analyse tous les produits fournis par les évacuations, et les compare au poids des matériaux élémentaires livrés à l'animal sous forme d'aliments ; il est évident que la différence doit avoir été emportée par les exhalaisons gazeuses du poumon et de la peau (il n'a pas été tenu compte des gaz de l'intestin, qui contiennent, outre l'acide carbonique et la vapeur d'eau, des hydrogènes carbonés, etc.).
Ajoutons, pour compléter l'exposition de la méthode, que Tanimal est supposé, durant Texpéneoce, ne rien emprunter à l'atmosphère, sinon l'oxygène, fait rendu extrêmement probable par les recherches de Regnault {voy. l'article Respuuthmi).
Dans une de ses expériences, que nous prendrons pour exemple, Boussingault a montré qu'il a dû être éliminé sous forme gazeuse, 80 p. 100 de l'oxygène, 80 p. 100 du carbone, 81 p. 100 de l'hydrogène, et 55 p. 100 de l'azote fournis par la matière desséchée des aliments; ces gaz se sont échappés à l'état d'azote libre, d'eau et d'acide carbonique.
73B CHALEUn. — chaleur AnmALi^ (production, absorphos).
En considérant les chiffres absolus et non plus les rapports, on reeonimH que Toxygène des aliments ainsi éliminé ne suffirait pas i tramformer en eau la quantité d^hydrogène exhalé, d'où résulte la pr««?e directe d'une combustion hydrogénée, alimentée par Toxygène de Tair.
Ainsi se trouve vérifiée l'idée de Lavoisier, toucjiant la combustion de l'hydrogène, au moins pour ce qui se passe dans les conditions ordinaim de k nutrition.
Il est nécessaire de faire cette réserve, car il peut arriver que les ali- ■Mnts contiennent une quantité d'oxygène supérieure à celle qui est ikcessaire pour transformer en eau tout leur hydrogène, d'où il résulte nécessairement que le surplus est employé à brûler du carbone. Ce ca^^e présente fréquemment chez les herbivores, comme l'a montré Barrai; cf^ ee qui explique comment, dans quelques expériences de Regnanlt !t Reiset, Tacide carbonique exhalé contenait plus d'oxygène qu'il ny en avait eu d'absorbé.
Or, ces faits sont d'une importance capitale pour la question de la ctafeur animale. En effet, la partie de l'eau et celle de Tacide carbonique, produites directement aux dépens de l'oxygène des aliments on des matériaux propres du corps, n'ont pas occasionné le même développooei ëe chaleur que si elles provenaient de l'action de l'oxygène de l'air.
On voit donc que la méthode de Boussingault nous donne directcmeoi d'une pi(rt, le poids du carbone et de l'hydrogène brûlés, celui dclâzo^ éliminé à l'état gazeux, et, conséquemment, des matières albuminoîib complètement brûlées ; d'autre part, l'état d'oxydation cl le poids fe »atières non complètement brûlées, rejetées par diverses voies (arèe^ icide urique, cholésotérine, etc.).
En outre, la méthode de Lavoisier peut nous indiquer le poids k Foxygène absorbé pendant le même temps, et moyennant certaines av Tections, la quantité de chaleur produite par l'animal. Nous pounw donc, en combinant ces notions diverses, mesurer la quantité de chaleir développée par les oxydations, et la comparer à la chaleur totale cièk par l'animal, si nous ne nous trouvions arrêtés par deux difficultés, Ci plutôt par une difficulté à double face ; je veux dire, si nous connaissios^ la chaleur de combustion des matériaux alimentaires et celle des acré^ îneomplétement brûlés; une simple soustraction nous donnerait alort chiffre demandé. Jusqu'à ces derniers temps, les recherches des physiriefs n'avaient pas encore fourni les éléments de ce facile calcul, et nous sav»ss, comme cela a été indiqué plus haut, que la chaleur de combustion die corps composé n'est pas égale à la somme des chaleurs de combuatk^ èe ses éléments composants. Regnault, Gavarret, Fick,et plus récemm^ Berthelot, auquel on doit des faits nouveaux et tk*ès-importants, ont issisté sur ce point. C'est ainsi, pour citer un exemple, cfue les corf^ gras, fournissent une quantité de chaleur un peu moindre que leurs êlf^ nents combustibles, tandis que les sucres en fournissent une plus cQo<i' dérable.
Les travaux de Frankland sont venus récemmeoi combler cette iacmi^
CHALEUR. — cuAiAiâ animale (pnoDucriOiN, AnsoRPnoK). 757
Eo effet, ce physicien a mesuré directemcrii la chaleur de combustion complote de la plupart des substances aKmentaires; il a montré, par exemple, que 1 gramme des matériaux suivants, à Tétat sec, développent en calories : pommes de terre, 3752 ; Bass' aie, 5776; pain, 3984; merlan, 4520; lait, 5093; bœuf (maigre), 5313; fromage (Cheshire), 6114; jaune d'œuf, 6460; gras de bœuf, 9069. D'un autre côté, il a déterminé semblablement la chaleur de combustion des excréta azotés les plus importants, chaleur qu'il a trouvée égale : pour Turée^ à 2206 calories (un gramme à Tétat sec) ; pour Facide urique, à 2615 calories; pour Tacide hippurique, à 5383 calories; celle de la créatine n'a pu être mesurée.
. Il serait donc possible, aujourd'hui, en appliquant au même animal (a méthode de Lavoisier et celle de Boussingault, de comparer d'une manière sérieuse et précise la quantité de chaleur qu*il a produite pendant un temps déterminé, avec celle qui a dû résulter pendant le même temps de transformation, par voie d'oxydation, de l'énergie potentielle de ses aliments en énergie libre calorifique.
Un pareil travail vaudrait certes la peine d'être entrepris ; mais il ne faut pas se dissimuler qu'il ne présente plus aujourd'hui la même importance qu'à l'époque où les physiologistes voulaient à toute force trouver une égalité absolue entre la chaleur fournie par les combustions et celle de l'animal. On sait qu'il est chez un être animé d'autres sources de cha* leur que les oxydations, et il doit nous suffire d'avoir montré que celles-ci jouent, au point de vue caloriticateur, un rôle prédominant, et que l'on peut, sans nulle prétention à la précision, évaluer aux neuf dixièmes de la chaleur totale.
Mais il ne suffit pas d'avoir prouvé et tâché de mesurer l'importance, au point de vue qui nous occupe, des combustions respiratoires; nous devons encore nous demander en quel lieu de l'organisme elles s'opèrent et où se fait la calorification. Lavoisier s'était posé cette question dès 1777 en ces termes : a Ou la portion d'air respirable, contenue dans l'air de Tatmo^phèse, est convertie en acide crayeux aériforme, en passant par le poumon; ou bien il se fait un échange dans ce viscère : d'une part, l'a^ir éminemment respirable est absoi^bé, et, d'autre part, le poumon restitue à la place une portion d'air crayeux aériforme presque égale en volume. » En d'autres termes, ou la combustion, source de la chaleur, se fait dans le poumon même, ou elle s'opère dans l'organbme entier. Lagrange, comme on sait, donna une grande probabilité à cette dernière opinion en faisant remarquer que si la combustion s'opérait tout d'un coup àwM le poumon, la température ainsi développée entraînerait la destruction de cet organe; il admit donc que l'oxygène absorbé agit. dans toute» les^ profondeurs du corps sur les matériaux du sang, pour les résoudre en aieide carbonique qui se dégage dans le poumon. Bientôt Spallanzani montra que des limaçons, renfermés dans des vases remplis d'azote ou d'hydrogène, continuent à émettre pendant quelque temps de l'acide car- L>onique. Plus tard, Willisons Edwards, expérimentant sur des grenouilles,
■ouv. DiCT. Mir. ET cmR. VI, — 47
738 CUâLELR. — CUALEC& amimàlb (pROftecriOH, âB9obi>tioi).
wiQa ce fait. Les milieux étant dénués d'oxygène, il est évidei^^ le gaz carbonique préexistait dans le sang et avait été seulement eùsik par les surfaces respiratoires; il devenait par suite certain que^àrnsh respiration normale, une partie de Tacide carbonique rejeté provient <le la même source.
Mais d'autre part, J. Ilunter, et plus tard J. Davy publièrent des.eipériences desquelles il semble résulter que la tem|)érature du sang coekoH <lans le ventricule gauche du cœur est plus élevée que celle du sang coetenu dans le ventricule droit. D'après le dernier de ces observateurs, la iiSt rence dépasse en moyenne un demi-degré centigrade. Le ventrieulegawk présente même, selon J. Davy, le maximum de température da e&c^ Bien plus tard, Becquerel constata ce fait qui parait concorder avec h précédents, que la température du sang qui sort du cœur par l'aorte est notablement supérieure à celle du sang qui y reoire par la veine tare supérieure^ et que, d'une manière générale, la température du sang triériel est toujours supérieure à celle du sang veineux pour des vaisscaoi situés au même niveau.
Si les conclusions de J. Ilunter et de J. Davy sont exaetes, il en réultt évidemment que le poumon est Torgane calorificateur, et que là s'opérer 'directement les combustions respiratoires.
Cependant quelques expérimentateurs, Autenrieth, Malgaigoe ^cité pr Collard de Martigny), avaient trouvé la température du ventricule gaucb inférieure à celle- du ventricule droit. Mais ces résultats, doat la cenlndiction avec ceux des autres expérimentateurs n'était point «^pliqnè^ n avaient fait nulle impression sur l'esprit des physiologistes, et, en 185). P. Bérard professait encore l'idée de la combustion intra-pulmoiiaire* Eo 1849, Cl. Bernard communiqua à la Société de biologie un travail daib iequel la supériorité de température du sang qui va au poumon sur «Ir qui en revient est mise tout à fait hors de doute ; CI. Bernard a expliqué. en outre, comment J. Davy, qui expérimentait sur des anînaMix d«otb poitrine était ouverte, avait été induit •en erreur par l'inégale rapidité è •refroidissement, au contact de Tair, du sang contenu dans des^rentricak* d'inégale épaisseur.
Ainsi le poumon, bien loin d'être un organe :calorifieatettr, cel, « contraire, comme l'affurmaient, mais non point eomme l'enleiidaieiit ic anciens, un organe où se rafraiehit le sang. Nous indiipieroBS phs bs^ ies causes de ce refroidissement.
Le doute n'est plus aujooird'faui possible; en dehors île la fircfi^ directe qui vient d'être donnée, les analyses du sang ont montré fK lacide cart)onique existe tout formé, soit libre, soit à Tétai de oarbonai^ dans le sang qui se rend au poumon^ et que l'oxygène est vatmeoi» ment fixé dans une combinaison très*instable aur les gtobuies da sauf <]ui sort du poumon, fie ptus, on a montré que tous testissusde ï^r^ nisme respirent directement, o*estrà-dii*e formoat de raeidb earboH^ et développent de la chaleur^ si on les plongâ, décadrés du 'Corps, tbD^ des milieux oxygénés. Le sang ne saurait faire exoèpUon^ et ildoith»*