‹ Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiquesChapitre 74 sur 75 · CHALEUR. — CHALEUR AKIMALE DANS LES MALADIES CHIRURGICALES. S · texte numérisé non relu

CHALEUR. — CHALEUR AKIMALE DANS LES MALADIES CHIRURGICALES. S

lorsque celui-ci siège sur un des membres, on a depuis longtemps constaté une élévation de température en faveur du membre affecté, élévation d'autant plus sensible qu'on s'éloigne davantage du siège de Tanévrysme. Ainsi dans un cas d'anévrysme artériel poplité, la température du malade, prise sous la langue, é^nt de Z&*y9^ Broca a noté les chiffres suivants :

CÔTÉ 8Ain. CÔTÉ MALADB. DIVFéREIfCB.

Entre les orteils 28»,0 31«»,4 3»,4

Sous le mollet 31%4 33%8 2«>,4

Sous le jarret 3.V,8 34%0 0»,8

Deux jours après, on a recommencé Texpérience et on a obtenu les mêmes résultats. Dans quelques cas analogues, où l'on s'est occupé de prendre la température, on a également constaté une élévation de 1 à 5*, dans les mêmes conditions que dans le fait de Broca.

A quoi peut-on attribuer cette modification accusée par le thermomètre? Faut-il la croire produite par la congestion des capillaires (Broca)? La congestion peut, Û est vrai, donner lieu un moment à une élévation de température ; mais ce phénomène ne peutrétre que passager, car si la congestion persiste, il se produit une stase du sang dans les vaisseaux, stase qui doit entraver la combustion des matériaux oxydables de l'organisme. Si nous avons bien compris la théorie de Robert de Latour sur la chaleur animale, cette dernière étant Tagent principal du mouvement du sang dans les capillaires, elle devra naturellement être augmentée lorsque les agents auxiliaires de la circulation se trouvent amoindris, et par agents auxiliaires nous entendons ici la diminution de la quantité A de la force d'impulsion du sang. Cette explication, comme la précédente, rendrait compte du fait de l'élévation plus considérable de la température, à mesure qu'on s'éloigne du centre de Tanévrysme. Malheureusement il y a là une relation de cause à effet qui n'est nullement dmnontrée physiologie quement. Nous serions plus porté à croire que la cause réelle de cette élévation de température est dans le développement que prennent les eol-^ latérales dans les cas d'anévrysmes, et dans les phénomènes ultérieurs qui en sont la conséquence ; répartition d'une même quantité de sang sur une plus grande surface vasculaire, ralentissement local de la circu* lation, et comme résultat final, oxydation plus complète des matériaux fournis par les tissus. Nous ne donnons pas cette explication comme nous étant personnelle ; mais c'est celle qui nous a semblé la plus satis* faisante et s'appliquer au plus grand nombre de conditions diverses d'élévation de la température.

Anévryimes artério-veineux. — Nous avons, un des premiers, constaté une élévation de température de 1* à 2*^ 1/2 dans les membres affectés d'anévrysme arlério^veineux. Ce fait observé sur plusieurs malades fut vérifié, il y a une dizaine d'années, par Monneret. Henry (de Nanies)^ dans sa thèse, a rapporté deux faits de ce genre : dsms im cas d'anévrysme artério-veineux de la fémorale gauche, le thermomètre appliqué sur la bce interne des mollets indiqua du côté afifeaé35''5/4, et du côté sain 324/4;

828 CHALEUR. — chàleùr axihale dass les haudics chirurgicales.

il y avait donc élévation de ^H|^. Dans l'autre cas, il s'agissait d'unaoévrysme artério-veincux du pli du coude droit; le thermomètre placé daot la main marqua à droite57^oet àgauche 37*". Ces modifications deUtempérature ont, dans la grande majorité des cas d'anévrysme artério-vrineai, passé inaperçues ; cela tient à ce qupMes malades aflectés de cette lé^ioii accusent une sensation plus ou moins intense de refroidissement, phêoomène d*aberration de sensibilité analogue à celui que présentent, im d'une manière bien plus marquée, les individus atteints de fièfre iolRmittente, pendant le stade de frisson. L'explication que nous avons donnét de l'élévation locale de la chaleur animale s'adapte à toutes les lésion artérielles que nous passons ici en revue. L'élévation de la température, dans les cas dont il s'agit en ce moment, parait ébre en rapport <lirecl avec les dimensions de roriiice de communication artério-veinetee, et avec le volume de Tartère lésée (Uejiry).

Ligatures^ oblitérations et compression des vaisseaux. — Dans les m divers que nous venons d'énunvérer, il y a ordinairement élévation de h température ; mais cette élévation est précédée d'un abaissement aanlessous de l'état normal. Hodgson avait observé ce fait, et il l'avait décrit très-nettement. « L'afflux extraordinaire du sang, dit-il, dans les wàications les plus déliées après l'oblitération soudaine d'une principale a^ tère, est, en général, suivi d'un accroissement remarquable dans la tespérature du membre. Dans le plus grand nombre des circonstances, immédiatement après l'opération de l'anévrysme, la température dB membre malade est au-dessous de celle du reste du corps ; eUe augmatte au bout de quelques heures, et le second et le troisième jour, elle esté quatre ou cinq degrés plus élevée que celle du membre opposé. Elle rete dans cet état pendant plusieurs jours, c'est-à-dire pendant tout le leffij» que les canaux d'anastomose sont dilatés; elle diminue ensuite graduellement, et le membre revient à la même température que les autres parties du corps. » Mais Hodgson avait remarqué aussi que les choses ne^e passent pas toujours aussi régulièrement, et la cause ne lui en paraissait pas bien claire. Depuis lors, les phéoomènes en question ont été mien étudiés, et aujourd'hui on sait à quoi s'en tenir sur les variations de b température dans les cas de ligature. Immédiatement après la ligaiore Je L'artère principale d'un membre, on constate ordinairement un abaiss6 ment de la température dans la partie située au-âes8<Mis de la ligature, ce qui se comprend facilement puisque le fluide saoguin, véhicule des éléments calorificateurs, n'arrive plus dans cette partie qu'en faible quioti^ à l'aide des collatérales. Si k sang fourni par ces dernières est ii^ttsant pour nourrir cette partie, la gangrène se manifeste et rabaissement de température devient de plusien plus prononcé. Si au contnâr e l'aflkx de sang est encore assez considérable, les collatérales prennent un graad développement, et ce travail organique, joint à l'activité, locale de la drculation, produisent une élévation. de la température, celle. du meoibre sain étant prise pour terme de comparaison*

Brown-Séquard a voulu expliquer le fait de l'élévation de la lempén-

CHALEUR. — CHALEUR AKIMALE DAfïS LES MALADIES CHIRURGICALES. 829

ture par la ligature simultanée des fllets vaso-moteurs avec Tartère; mais les expériences de Kussmaul et Tenner ont prouvé que la calorification n'est pas sous la dépendance spéciale du système nerveux, et qu^on peuft couper le grand sympathique au cou et obtenir un abaissement de ht température, si on lie en même temps la carotide ; et par suite que si oa fait la ligature de la carotide des deux côtés et si on coupe le grand sympathique au cou d'un seul côté, la température reste la même des deux côtés, c'est-à-dire qu'elle est également abaissée.

Nous avons voulu voir si la ligature de l'artère principale d'un membre serait capable d* empêcher l'inflammation de se développer dans ce membre. L'expérience nous a, en effet, démontré que l'inflammation produite dans un membre où l'artère a été liée, ne donne point, dans les premiers jours, la même température que celle que Ton constate du côté opposé affecté de la même lésion inflammatoire, mais qu'à mesure que la circulation collatérale se développe et que l'inflammation suit son cours, l'équilibre de température se produit d'abord et peut être suivi d'une augmentation du côté où Tartère a été liée. Toutefois, nous avons eu beau essayer d'abaisser la température d'un membre où nous avions établi un foyer inflammatoire en liant l'artère principale de ce membre, nous n'ayons pu obtenir la moindre modification : nous voulons dire que l'élévation de la température due à la phlegmasie n'a pu être nullement diminuée.

Les faits d'oblitération artérielle par embolie présentent, au point de vue de la température, à peu près les mêmes phénomènes que les ligatures, mais moins tranchés. Ainsi, on a constaté généralement sur les animaux, dans le système artériel desquels on injectait des corps oblitérants, un abaissement immédiat de la température bientôt suivi d'une élévation tantôt due à l'embolie même, tantôt à la pneumonie développée sous rinfluence du corps étranger (Virchow). Chez l'homme, les choses se passent de même, et ici l'emploi du thermomètre peut devenir un précieux moyen de diagnostic, en se basant sur ce iait que dans les cas d'oblitération artérielle du membre inférieur — pour prendre le fait le plus ordinaire — la température est normale au-dessus du point où est situé l'obstacle au cours du sang, exagérée au niveau même de l'obstacle, et diminuée au-dessous, tout cela à condition que l'oblitération date déjà de quelques jours et qu'elle n'existe que dans une petite étendue (Broca). Un fait assez intéressant vient à l'appui de ces idées et montre quels enseignements apportent les modifications de la température. Dans un cas de gangrène du pied consécutive à une oblitération de l'aorte abdominale vers sa bifurcation, survenue chez un paralytique de 61 ans, l'étude de la température faite à l'aide du thermomètre de Walferdin, donna le résultat suivant:

Sous les jarrets à gauche 1 . . . 56-,5 j différence 4- 3-, 5

— — A droite. »>'ï',0 ' '

Derrière les malléoles internes à gauche. . . . 28»,5 |- r^-ffi^^^ g^ ^ ^ - adroite. . . . 28%G > Différence - 0-,.>

830 CHALEUR. — application au traitement des maladies CHiRCRciaLEs.

Or, il y avait à ce moment une gangrène du pied gauche qui resta limitée pendant une quinzaine de jours au cinquième métatarsien. )iab en une nuit, la plus grande partie dii pied se trouve envàliie par b gangrène humide, et l'examen thermométrique fait constater alors:

, Sous les jarrets à gauche 54%ô ) ^-im.»,^^ ç^a

- adroite 34-,8 I Différence - 0-,2

A la face interne des jambes à gauche 31»,8 j T^nA;^^^^^ — !• 8

— — — à droite 33«,6 )

A Tautopsie, on trouve une oblitération des deux iliaques primitives d des deux iliaques externes jusqu'à la naissance des épigastriques, à partir de Panneau du troisième adducteur, oblitération à gauche de la fémorale^ de la poplitée et de la partie supérieure des trois artères de la jambe (Broca). Nous avons publié des cas analogues et montré que Ifô 9011grènes survenues dans le cours du diabète et liées à cette afTection étaient généralement accompagnées de l'élévation de température du membre affecté, tant que la gangrène n'a pas pris une extension trop considérable. Cette augmentation de la température est d'autant plus remarquable que plusieurs observateurs ont noté chez les diabétiques un abaissement de h chaleur générale. Il est vrai que considérant les gangrènes glycosuriqnes comme étant ordinairement consécutives soit à de vrais phlegmons, soit 3 d'autres foyers phlegmasiques moins conséquents, il n'est nullement étonnant qu'il se produise une augmentation locale de la température.

On observe dans les cas de compression des vaisseaux les mêmes phénomènes du côté de la température qu'à la suite des ligatures. Broea 1 rapporté une observation remarquable de compression de la fémorak pour un anévrysme poplité, dans laquelle on peut suivre les modifications successives de la température de la jambe, toutes les quatre minâtes, pendant plus d'une heure, à partir du début de la compression. Un de no? élèves a publié, en 1865, un cas tout à fait analogue, et qui nous a présenté absolument les mêmes phénomènes.

Page 1