DE LA CHALEL'R ANIMALE DANS LES MALADIES CHIRURGICALES
En chirurgie, Tétai fébrile vient compliquer une foule de lésions «la que toutes les grandes opérations (fièvre traumatique) ; il survient encore dans les accidents urémiques (fièvre urineu$e)^ dans les maladies ckoniques, telles que le cancer, la tumeur blanche (fièvre hectique), etc.,€k. Aussi avons-nous à examiner les changements survenus dans la température générale sous Tinfluence de ces divers états pathologiques.
John Hunter avait étudié l'état de la température des plaies^ et en a^ conclu i( que Tinflammation locale a peu d'influence pour élever la température du corps au-dessus de la température naturelle» Jors méraeque l'inflammation agit sur lui par Tintermédiaire de la sympathie que Tod appelle fièvre symptomatique. » Plus loin il syoute : « Une ipflammatkn locale ne peut pas élever la chaleur de la partie au-dessus de la t€»i|)énture naturelle de l'animal, et lorsqu'elle a son siège dans des parties doal la températiure naturelle est inférieiure à celle qui existe à la source deli circulation, elle ne l'élève jamais jusqu'à cette dernière. » Quant à et fait général qu'une inflammation locale a peu d'influence pourélerah température du corps au-dessus de la normale, on pourrait jrépondrepr Tétat de la chaleur animale dans la pneumonie, la pleurésie, le rfaïuB^ tisme, la péritonite, etc., toutes affections remarquables par Télévatiâi de la température générale. Il en est de même des lésions trau^Iati<pK^ graves accompagnées de réaction fébrile : la clinique nous le montre t^ les jours, et l'expérimentation physiologique vient également à lai^^ ce fait. Sur un chien chez lequel nous avions oQvert l'articulatiiMi homéro-cubitale, nous avons vu la températiure ^'élever de 58* 1/2, eUl normal, à 59"* 1/2. Ayant pratiqué une large plaie daas la région asilaire sur un autre chien, et après avoir inmiédiatement constaté que daB< la plaie et dans le rectum la température était de 38*", nous avoB$ m celle-ci s'élever, dans l'espace de quarante heures, ju^u'à 39* 1/2 à li
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fois dans la plaie et dans le rectum. Ces expériences, jointes à d'autre» en tous points analogues, me paraissent parfaitement concluantes, et je ne vois pas trop ce qu'on pourrait objecter. Billroth a publié récemment le résultat d'expériences faites dans ce but sur les animaux, et il est ar* rivé à constater les mêmes phénomènes chez les animaux. De plus, expérimentant sur rhomme, dans deux cas de plaies résultant Tune de larges incisions faites dans un phlegmon diffus, Tautre de l'ablation d'un lipome, ce chirurgien a trouvé dans le premier cas 39%2 pour la plaie, et39'',5 pour le rectum; et, dans le second, 38'',8 pour la plaie, et 38*,9' pour le rectum. Il est facile de voir que ce ne sont pas là des températuresphysiologiques; aussi ne comprenons-nous pas qu'après tous ces faits^ BiUroth se croie en droit de tirer la conclusion suivante : a II est peu probable que dans une plaie ou une partie enflammée il se produise une> quantité de chaleur ayant une influence appréciable au thermomètre sur la calorification de la masse totale du sang, et par conséquent nous devons^ aller à la recherche d'autres causes pour expliquer la fièvre traumatique et inflammatoire. » Évidemment, ces lignes en disent plus que ne veut Billroth, ou bien elles traduisent mal le résultat de ses expériences, car îl est parfaitement clair qu'une phlegmasie locale est susceptible de produire une élévation de la température générale du corps, comme le montrent du reste les expériences même de Billroth ainsi que les nôtres; il est même possible, contrairement à l'opinion de ce dernier auteur, que la température d'une partie enflammée soit supérieure à celle du rectum prise dans le même moment. Il n'y a rien là d'ailleurs d'anti-pliysiologiqne, car nous savons que la chaleur n'est pas la même dans tous les organes. J'aurai encore l'occasion de revenir sur cette question de l'inflammation au point de vue de la température, quand je parlerai de Tinfluence de la ligature des vaisseaux sur la fonction qui nous occupe.
Si maintenant nous passons des plaies simples à réaction inflammatoire franche aux plaies accompagnées de résorption punûente, alors nous voyons les phénomènes devenir encore plus tranchés. J'ai, en effet, constaté dans ces cas une élévation assez considérable de la température, et d'autres observateurs ont été à même de voir comme moi. Est-ce uniquement à une augmentation de l'état fébrile qu'il faudrait rapporter ce fait? Nous croirions plus volontiers, — et nos recherches cliniques sur Tabsorplton par les plaies viennent à l'appui de notre opinion, — que cette suractivité de la chaleur animale est due à l'absorption de quelque principe spécial renfermé dans les matières putrides on purulentes. Billroth. a même cru, après un examen comparatif de l'action physiologique de chacun des principaux composés renfermés dans ces matières, pouvoir aUriboér cet effet à la leucino.
Ce que nous avons dit de la température à propos des plaies en général, s'observe également à la suite de la plupart des opérations. J'avais^ déjà constaté, en 1847, et j'aide nMvean établi, en 1856, que la chaleur aninnrale est très-sensiblement influencée par les opérations, et qu'il se produit ordinaitiement une élévation en rapport avec la gravité du tria-
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matisme et Tintcnsité de la réaction inflammatoire consécutife. Mb Simon a vu chez un malade ayant subi Yamputaîion de lajanéCy uhIosus du genou, pour un ostéosarcome du tibia, la température s'ëner de 36°,50, état avant l'opération, à 39**,1 le quatrième jour après To^ ration. Chez un autre malade à qui on avait fait une mjeclion de tfôàm dHode dans Tarticulation du genou pour une hydrarthrose chroiw^Ja température a monté de 56'',5 à 38'',5. Dans un autre cas, à la swkk V opération de Syme, le malade en observation eut plusieurs frisM» pi* dant lesquels la température notée avec soin s'éleva, à quatre hèuRi d'intervalle, de 37^^5 à 39%4 une fois, et de 36%4 à 39**,4ttiieaHK fois. Pour les autres particularités consécutives à Vopéraiion et leur iifluence sur la température, on consultera avec intérêt le tableau rapporta par John Simon.
Nous mentionnerons, à propos des lésions traumatiaties, les intcresantés recherches faites par ce dernier auteur avec Ednaund liontgeom. sur la température dans les cas de fractures compliquées. Leurs ofériences ont été faites sur des chiens, et Tétai de la calorifieatMii i él^ noté à Taide d'un appareil thermo-électrique. Voici à quds résultantes auteurs sont arrivés : dans le premier cas, dans Tespace de 72 heere^. de 38**, 2 à 59°,5; dans le second, au bout de 48 heures, de r»8*,li 39**,3, et dans le troisième, au bout de 19 heures, de 37",6 à 5^,9 Dans ces cas, l'élévation de température est due évidemment à la fifrn développée par le traumatisme.
Cette question de la température dans les léaions traumatiques ef4i^ sez complexe : il faut, en effet, faire la part de l'élément douleur, k l'hémorrhagie, de Télément inflammatoire, et enfin de la nature datrismatisme lui-même. Pour ce qui est de la douleur^ nos expériences surir animaux nous ont démontré qu'elle amène une élévation de 1/2 Jej en moyenne. Tout récemment, Mantegazza a publié le résultat d espériences nouvelles sur ce sujet, et a émis une opinion contraire à \* mienne, chose nullement étonnante, car il a opéré sur des lapim, ^ poules et des petits oiseaux, tous animaux qui offrent une résistanoeTh taie assez faible. Par conséquent, nous croyons être en droit de mamtenirnos premières conclusions relatives à l'influence de la douleur sir b température. Quant aux hémorrhagieSy nous avons pu constater, ^b sans quelque surprise, qu'elles ne donnaient lieu à aucune moditkatiii de la température, du moins si nous devons nous en rapporter 3£ quelques expériences que nous avons faites. Les saignées, il est wa, produisent une diminution sensible, maris il se pourrait bien que cd efl^et tint en grande partie aux circonstances dans lesquelles m ^ pratique : c'est ce que d'ailleurs de nouvelles reoherelies nous appr@r dront.
La question des plaies nous amène à parler du lélmoSj aecident pesdant lequel on a observé des élévations considérables de températare Ainsi Leyden a vu dans un cas la température, déjà élevée avant la mwi continuer à augmenter d'intensité pendant les quinte premières mn^
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après la cessation de la yie. Wuiiderlich, en 1861, et Ferber, en 1863, ont observé également des cas de tétanos remarquables par Félévation de la chaleur animale, et nous avons nous-méme tout récemment constaté mi fait du même genre : nous avons vu sur un tétanique la température s'élever à 58^. Les expériences de Helmholtz sur les grenouilles, et celles plus précises de fiéclard sur Thomme, concernant l'influence comparée de la contraction musculaire statique et dynamique, sont une éclatante confirmation de ces faits pathologiques.
Jusqu'à présent, tous les états morbides que nous avons examinés nous . ont présenté une élévation de la température générale. Nous arrivons à ceux bien moins nombreux dans lesquels au contraire on a constaté une dminution de la chdeur animale. Sous ce rapport, nous avons à signaler d'abord Tinfluence des lésions graves de l'intestin sur la calorification. Mes nombreuses expériences sur les chiens, jointes. à ce qu'on observe journellement dans la pratique chirurgicale, permettent d'établir que dans les cas de het*nie étranglée ou d'étranglement interney il se produit un abaissement notable de la température, abaissement d'autant plus prononcé que la lésion se trouve sur une partie de l'intestin plus rapprochée de l'estomac. Ce fait est d'autant plus juste et frappant qu'il est arrivé plus d'une fois, surtout en temps d'épidémie, de prendre pour un * cholérique un individu affecté de hernie étranglée ou d'étranglement interne. Il arrive parfois, dans ces cas, qu'à l'abaissement de température succède une élévation assez considérable : c'est qu'alors il est survenu une péritonite dont Taugmentation de la chaleur générale est un des symptômes les plus constants.
Après les expériences physiologiques faites sur la respiration cutanée, et les phénomènes remarquables de refroidissement qu'on a observés chez les animaux que l'on recouvrait d'enduit imperméable, il élait naturel de rencontrer des modiBcations analogues de la température chez les individus affectés de bîiiluree très-étendues. C'est en effet ce que nous avons observé maintes fois, et puisque notre mémoire ne nous fournit pas de chif&re bien précis, nous rappellerons que Billroth a rapporté un fait dans lequel la température du creux axillaire était de 35'' chez un homme dont près de la moitié de la surface du corps avait été brûlé à tous les degrés, moins la carbonisation complète. Plus tard, il est vrai, la température remonte, mais c'est uniquement lorsque la réaction se fait et qu'il survient un état fébrile très-prononcé et des accidents cérébraux, comme cela a été noté dans le cas que nous citions tout à l'heure, et où la température est remontée jusqu'à o^°y9 le jour de la mort du malade. On a expliqué ce fait de refroidissement par une paralysie réflexe du système nerveux central, par suite de la surexcitation émanée d'un foyer périphérique étendu ; il est plus probable que c'est par la suppression de la perspiration cutanée. Edenbuisen,voulant approfondir ce dernier phénomène, a fait des expériences, desquelles il résulte que cette suppression a pour effet d'empécber Téliminalton du phosphate ammoniaco-magnésien, contenu dans les excrétions cutanées, et qui dès lors se dépose dans le tissu
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cellulaire sous-cutané, et dans le tissu péritonéal sous-séreux, oàil eA résorbé.
Ces dépôts de ce sel ont été trouvés sur des chiens morts après avoir été recouverts d'un enduit imperméable. Chez Thomme cela n*a pu encore été constaté. Ainsi donc, d'après Edenhuisen, un corps aioté gazeux est probablement éliminé par la peau ; peut-être est-ce de Tiiimoniaque, peut-être aussi un alcali organique volatil, et la réieotîoDèe cette substance déterminerait la mort, qui serait due par conséquenii Tintoxication. Nous ne pouvons pour le moment ni admettre ni rejeter cette interprétation, car les expériences en question n'ont pas, croyonsnous, été vérifiées. Toutefois, des expériences de Billroth sur un antee sujet sembleraient venir à l'appui de ces idées. Ce savant ayant eo dfet constaté un abaissement de température, dans un cas de népkriu très-aiguë avec anurie presque complète , et fonte purulente de la prostate et des corps caverneux, ainsi que dans d'autres cas analogues, a eni dcveir attribuer ce résultat à la rétention de certains éléments de Turine, et surtout du carbonate d'ammoniaque. L'expérimentation sur les ammata lui a paru confirmer cette hypothèse, car ayant injecté dans la veioe jugulaire, chez des chiens, une solution concentrée de ce sel, il a observé un abaissement de température en rapport avec la «piantité injectée, d On comprend facilement, ajoute cet auteur, que ce résaltit donne un puissant appui à la théorie, eu vertu de laquelle rabaissenieDt de la température observé dans les vastes brûlures, ou lorsqu'on revêt le animaux d'une couche imperméable, ou dans Yurémiey peut provenir d'oi empoisonnement par l'ammoniaque. Des expériences ultérieures Mt montré qu'on ne peut évidemment considérer ui le procédé d'expérimefitation, ni l'augmentation pure et simple de la quantité de liquide introduite dans la circulation, comme cause de la forte diminution de température succédant aux injections ammomacales. i» Nous ne saurions admettre ce dernier fait sans beaucoup de réserve, car nos expérioM» sur l'action physiologique des ammoniacaux ne nous ont pas conduit am mêmes résultats. Avec le concours d'Aug. Dumàril et Lecointe, nous avons démontré — et d'autres physiologistes et thérapeuttstes admettent — l'action excitante spéciale de ces composés ; aussi, malgré les travaui de Delioux de Savignac et les expériences de Billroth, nous ne pmivons io« reconnaître une action hyposthénisante jusqu'à ce que de nouvdies esptriences, plus nombreuses et plus variées, l'aient parfaitement démontrée.
Nous en avons fini avec les principales^ lésions ehirui^cales ^m lesquelles on a constaté des modifications de la température générale. D nous reste à examiner celles qui donnent lieu à des changements dans U température locale. Le sang étant le véhicule de l^élément ealorificatenr par excellence, Toxygène, on conçoit que les testons de la cfrculatioB apportent des variations dans la température des parties ^affeclées. A ce point de vue, nous avons surtout à examiner l'influeticedes anévn^mes et des ligatures. • /
Chez les individus atteints û'anévrysme arfériel^ principâleaial