FRÊNE A MANNE
tout en Calabre et en Sicile ; il est aujourd'hui naturalisé dans le midi de la France.
Culture. — On cultive le frêne à manne sur des collines en pente, tournées vers l'orient; il produit de la manne pendant trente ou quarante ans, et on commence à l'exploiter vers l'âge de dix ans, qui est l'époque où il est en plein rapport. On ne le cultive point dans les jardins, à cause de son feuillage, qui attire les cantharides. Le frêne à feuilles arrondies est celui qui donne le plus de manne.
Partie usitée. — Le suc concret, de saveur sucrée, connu sous le nom de manne. Ce suc s'écoule naturellement des frênes par les pores de l'épiderme ou les fissures du tronc ; mais, comme la quantité que l'on obtient ainsi est fort minime, on pratique sur le tronc des incisions longitudinales et profondes qui laissent échapper la sève élaborée. On commence ces incisions en juillet, et on les continue autour de l'arbre jusqu'en septembre ou en octobre. Une partie de ce suc se concrète sur l'arbre, l'autre s'écoule à terre sur des feuilles dont on a eu soin d'entourer le pied du végétal. La partie qui s'est concrétée sur l'écorce est la plus pure et constitue la manne en larmes; celle qui s'est écoulée sur les feuilles forme, suivant sa pureté, la manne en sorte ou la manne grasse. On obtient la manne en canons, qui est la plus estimée de toutes, en plaçant dans l'incision un brin de paille : le suc forme, autour du cylindre de paille, des espèces de stalactites dont la grosseur est variable. Les produits varient d'ailleurs en pureté suivant l'époque de la récolte et suivant que la saison a été plus ou moins pluvieuse. La manne en larmes, qui constitue avec la manne en canons la première qualité, se présente en morceaux allongés, de la grosseur du doigt, inégaux, rugueux, poreux, d'un blanc plus ou moins pur. Sa cassure est cristalline ou granuleuse, son odeur nulle, sa saveur douce et sucrée; elle fond au bain-marie comme la cire, et se dissout dans trois parties d'eau et huit parties d'alcool.
La manne en sorte présente deux variétés commerciales, la if. de Sicile ou if. Géracy et la M. de Calabre ou if. Capacy. Elle est en larmes d'un jaune blond, agglutinées par une pâte plus foncée, molle, visqueuse, fermentant et jaunissant au bout d'une ou deux années. Sa saveur est douceâtre, un peu nauséabonde et légèrement aigre. La manne de Calabre est en larmes plus nombreuses, plus blanches et plus belles que celle de Sicile. Enfin, la manne grasse est molle, gluante, humide, poisseuse, presque en consistance de miel, remplie de corps étrangers de toute espèce, d'odeur nauséabonde, de saveur sucrée et désagréable ; elle provient soit de sucs recueillis au commencement de l'hiver, soit d'anciennes mannes qui ont subi la fermentation.
Composition chimique. — La manne contient : sucre de canne, sucre interverti, manhite, substance mucilagineuse, résine, acide organique, matières azotées, dextrine, sels minéraux (Buignet). La mannite, C12HU012, est une substance incolore, cristallisant en prismes rhomboïdaux droits, inodore, de saveur sucrée, douce et agréable, soluble dans l'eau, peu soluble dans Palcool froid, très soluble dans l'alcool bouillant; elle ne fermente pas.
Formes pharmaceutiques, doses. — On donne la manne à la dose de 15 à 30 gram. chez les enfants, et de 30 à 60 gram. chez les adultes, dissoute dans de l'eau, du lait ou du café. On l'associe souvent à d'autres purgatifs, tels que : la crème de tartre, le séné, le sulfate de soude. Elle reçoit également la forme de pastilles, de tablettes, de conserves (marmelade de Tronchin, de Zanetti).
Action physiologique. — A faible dose, c'est un aliment ; administrée en plus grande quantité, elle n'est pas digérée et produit des effets laxatifs qui s'accompagnent quelquefois de coliques, de flatulences, d'inappétence. Elle a pourtant l'avantage de ne pas laisser de constipation. La mannite n'est point son principe actif, et c'est probablement à la résine qu'il faut attribuer son action purgative, car la résine se développe à l'air, avec le temps, et plus la manne est ancienne, plus son effet est marqué.
Usages. — C'est un purgatif doux, dont on peut faire usage lorsqu'il est nécessaire de provoquer des évacuations dans les maladies aiguës et surtout dans les affections abdominales inflammatoires, telles que l'entérite, la dysenterie. On la prescrit souvent aux enfants, à cause de son absence de mauvais goût. A petite dose et sous forme de tablettes, elle est employée pour calmer la toux ; elle agit alors comme lubrifiant à la manière du sucre.
FROMENT CULTIVÉ. Triticum sativum Lam., T. vulgare Will. Blé. Graminées.
Description. — Tige souterraine, épaisse, simple ou ramifiée. Rameaux aériens (chaume) herbacés, creux dans certaines variétés, médulleux dans d'autres. Feuilles alternes, embrassantes, ligulées ; limbe rubané, aigu, lisse. Fleurs terminales (juin) en épi (fig. 133) constitué par un axe central marqué de dents ou entailles saillantes, alternant de chaque côté et servant de support aux fleurons ou épillets. Chaque épillet forme un groupe de 3-5 fleurs, dont 4 ou 2 sont ordinairement stériles; il est embrassé latéralement par les 2 valves de la glume, qui sont aiguës ou tronquées, échancrées ou mucronées. Dans quelques variétés, la glume est munie d'une petite arête dorsale ou carène. Chaque fleur contenue dans la glume comprend : 3 étamines, 1 ovaire sessile, 2 styles plumeux, à insertion terminale,, et 1 enveloppe propre ou glumelle formée de
2 valves , dont l'inférieure, plus grande, plus renflée, porte une longue arête rigide, dans les espèces dites barbues. Le fruit (caryopse) est ovoïde, allongé, présentant sur Tune de ses faces un sillon longitudinal étroit et plus ou moins profond. ® et®.
Habitat. — On ignore la patrie du blé ; il ne croît plus à l'état sauvage. C'est une plante de grande culture ; nous ne dirons rien, par conséquent, ni des soins que nécessite ce végétal, ni de la récolte et de la conservation de son fruit, vulgairement nommé grain du blé. Ce fruit se compose de deux parties : l'enveloppe ou péricarpe et le grain proprement dit. Le péricarpe est constitué par trois couches minces placées les unes sur les autres. Le grain proprement dit comprend, outre une enveloppe externe et un petit embryon, un péri sperme ou albumen dont la portion centrale donne par la mouture ce qu'on appelle la fleur de farine ; tandis que les parties extérieures, qui affectent la forme de grains durs et solides, constituent les gruaux. Le son provient de la déchirure du péricarpe, auquel adhèrent l'enveloppe de la graine, les cellules externes du périsperme et quelques cellules placées en dessous, contenant des globules d'amidon.
Composition chimique. — Le grain de blé contient : matières grasses , matières azotées insolubles (gluten), matières azotées solubles (albumine), dextrinc, amidon , cellulose , xz. sels minéraux. Fi*- 134- - Amidon de blé-
Partie usitée. — Le blé trouve des applications en médecine, sous forme de farine, d'amidon, de dextrine, de gluten, de pain et de son. Fig 133. — Fro- *° La farine> <Iue l'on obtient par la mouture du ment cultivé. Épi. grain et la séparation du son, appliquée sèche sur
les surfaces irritées et enflammées qui exhalent des liquides séreux ou séro-purulents, absorbe ces derniers et calme l'inflammation; on l'applique. dans l'intertrigo des enfants ou des personnes obèses ; sur les écorchures causées par le contact de l'urine ou le frottement. Elle a l'inconvénient de se réduire en pâte et de subir la fermentation acétique. On Ta recommandée pour calmer l'inflammation érysipélateuse. Délayée avec q. s. d'eau ou de décoction mucilagineuse, elle sert à faire des cataplasmes émollients ; on l'ajoute aux bains généraux dans les affections cutanées chroniques accompagnées d'irritation. Elle sert d'excipient au chlorure de zinc, dans la pâte de Canquoin.
2° L'amidon, Cl2H1o01o, est une substance pulvérulente, grenue, formée de granules arrondis ou ellipsoïdes, ovoïdes et lenticulaires (flg. 134), toujours mélangés d'une certaine quantité de granules écrasés par la meule ; les plus gros granules ont 40 à 50 millièmes de millimètre. Quand on délaye l'amidon dans un peu d'eau et qu'on le soumet à l'action de la chaleur, les granules augmentent de 30 fois leur volume, adhèrent les uns aux autres et forment une masse gélatineuse, l'empois. Sous l'influence de l'iode, il prend une couleur bleue d'autant plus intense que sa texture est plus serrée. On obtient l'amidon dans l'industrie : 1? en faisant fermenter dans l'eau les farines avariées ; le gluten et le sucre entrent en dissolution et constituent Veau sure des amidonniers, l'amidon se précipite, il ne reste qu'à le laver et à le sécher ; 2° par un lavage mécanique de la farine, ce qui permet de le séparer du gluten. Ce dernier produit peut, dans ce cas, être utilisé. L'amidon se présente en pains carrés ou en morceaux aiguillés.
C'est un aliment respiratoire ; il agit comme émollient, adoucissant sur la muqueuse des voies digestives ; on le donne dans les inflammations intestinales, la diarrhée, la dysenterie, soit en décoction (pp. 8 à 15 : 1000), soit en lavement, pp. 8 à 15 ; 500. En poudre et à l'extérieur, c'est un absorbant physique que l'on emploie dans les mêmes cas que la farine, ainsi que dans les éruptions cutanées (lichen, herpès, eczéma, impétigo, acné) ; pour calmer le prurit de l'anus, des bourses, des aines ; en insufflations contre la leucorrhée, en injections dans la blennorrhée uréthrale; sous forme d'empois, on l'applique sur les parties enflammées, excoriées, dartreuses et sur les brûlures ; il sert à confectionner le bandage amovo-inamovible de Seuten, l'appareil inamovible de Laugier contre les entorses ; sous forme de glycérolé d'amidon, il trouve d'utiles applications dans les affections inflammatoires de la peau, les gerçures des mains, du mamelon. C'est le contre-poison chimique de l'iode. L'iodure d'amidon a les mêmes propriétés que