MUGUET DE MAI
fleurs suspendues à un court pédicelle. Fleurs (avril, mai) blanches, d'odeur agréable, en forme de grelots, alternes, dirigées toutes du même côté. Calice pétaloide, gamosépale, à 6 dents, roulées en dehors. II est susceptible de se doubler et de devenir rose par l'effet de la culture. Etamines 6, insérées à la base du limbe. Style 1, un peu plus long que les etamines; stigmate de forme triangulaire paraissant divisé en 3 petites dents. Fruit (baie) sphérique, tacheté avant sa maturité, puis rouge, à 3 loges monospermes; semences arrondies. ^.
Habitat. — Il est commun dans les bois et dans les lieux ombragés.
Culture. — On le multiplie de rejetons ou de racines ; on peut également l'obtenir à l'aide des graines. On doit le cultiver à l'ombre et dans une terre substantielle.
Parties usitées. — Les rhizomes, les feuilles, les fleurs et les baies.
Récolte, dessiccation. — Les fleurs sont récoltées au moment de l'épanouissement. On sépare les sépales et on les sèche à l'étuve. Par la dessiccation, ils perdent leur odeur, qui a quelque analogie avec celle de la fleur d'oranger, tout en conservant leur saveur, qui est acre, amère, nauséeuse. La racine peut être récoltée en toute saison ; elle est acre et très amère ; cette saveur se retrouve dans les baies.
Composition chimique. — Les fleurs de muguet contiennent : huile essentielle, principe colorant jaune, cire, mucilage, extratif, fibre végétale y acide maïalique, maïaline (Saint-Martin). La maïaline serait un alcaloïde, mais son existence est douteuse. On y trouve encore deux substances cristallisées, la convallarine et la convaUamarine : ce sont deux glycosides qui, sous l'influence des acides étendus, se dédoublent la première en sucre et en convallarétine, le deuxième en sucre et en convallamarétine (Walz).
Formes pharmaceutiques. — A. Fleurs. 1° Infusion de fleurs fraîches, pp. 8 à 20 : 1000. 2° Eau distillée, 17 à 50 gram. en potion. 3° Sirop, 30 à 60 gram. en potion. 4° Extrait alcoolique, 2 gram. B. Baies. Poudre, 2 à 16 gram. C. Extrait aqueux préparé au moyen des fleurs et des hampes, additionnées d'un tiers de leur poids de racines et de feuilles. Dose, 1 gr. à 1 gr. 50 par jour.
Action physiologique. — Le muguet de mai possède une action éméto-cathartique qui n'est pas douteuse; non seulement la racine présente cette propriété, mais on la trouve encore dans les fleurs et à des doses relativement faibles, telles que 1 à 2 grammes. Les feuilles pulvérisées après dessiccation et prisées, à la manière du tabac, provoquent l'écoulement des larmes et la sécrétion d'un ma-
eus nasal plus ou moins fluide. Les fleurs passent pour antispasmodiques.
Usages. — L'action éméto-carthartique du muguet est utilisée dans le traitement des fièvres intermittentes. On Ta également vanté dans la migraine, les convulsions, l'épi lepsie. On Ta indiqué comme . succédané de la scammonée et de l'aloès. Sous forme de poudre, la racine est employée comme sternutatoire, pour calmer les vertiges succédant à la suppression du mucus nasal ; elle passe pour avoir calmé des céphalalgies invétérées, des écoulements chroniques des yeux et des oreilles.
MUSCADIER AROMATIQUE. Myristica fragrans Houtt., M. moschata Thunb., M. officinalis L. F. et Gœrt., M. aromatica Lam. Myristicacées.
Description (flg. 195). — Arbre d'environ 40 mètres de haut, à
Fig. 195. — Muscadier aromatique.
écorce rougeâtre, très touffu et ressemblant à un oranger, à rameaux grêles et alternes, dont toutes les parties sont aromatiques ; couvert de fleurs et de fruits toute Tannée. Feuilles alternes, pétiolées, simples, entières, ovales, lancéolées, acuminées à 8-9 nervures latérales, coriaces, d'un vert foncé en dessus, blanchâtre en dessous , sans stipules. Fleurs régulières, dioïques. Mâles, disposées en fausses grappes de 3-5 fleurs axillaires ou supra-axillaires, pédonculées. Chaque pédi celle est accompagné à sa base d'une bractée caduque et porte à une hauteur variable, mais ordinairement tout près de la fleur, une autre bractée caduque. Périanthe gamosépale,
campanule, urcéolé, charnu, à 3 divisions ovales, aiguës, pubescentes, inséré sur un petit réceptacle convexe qui se prolonge, dans l'intérieur du périanthe, en une colonne renflée à sa base, portant supérieurement une vingtaine de loges d'anthères, verticales, linéaires, longitudinalement déhiscentes. Femelles, formant des espèces de cymes; périanthe semblable à celui des mâles; ovaire ovoïde, libre, uniloculaire, uniovulé; styles 2, très courts, terminés chacun par un stigmate petit et capitulé. Fruit (baie) piri forme, de la grosseur d'une petite pêche, s'ouvrant en 2 valves épaisses et charnues, contenant une graine grosse, ovoïde, solide, entourée d'un arille charnu, de couleur rouge, plus ou moins lacinié, remontant plus ou moins entre la graine et le péricarpe, et connu sous le nom de macis. L'épisperme qui recouvre l'amande est épais et solide. 5»
Habitat. — Il croît naturellement aux Moluques.
Culture. — On le cultive aussi depuis longtemps à Gayenne, aux Antilles, à Maurice, à Bourbon, à Madagascar, Java, Singapore. On le reproduit avec la graine dépouillée de son épisperme, pour la faire germer plus vite. On est dans l'usage de greffer, dès la deuxième année, tous les semis avec des branches femelles, un seul pied mâle pouvant, dans une plantation, suffire à 100 pieds femelles. Dans nos climats, on le cultive en serre chaude.
Partie usitée. — La graine et son arille. La partie connue dans le commerce sous le nom de noix muscade est la graine moins l'arille et l'épisperme, c'est-à-dire l'embryon qui est logé vers l'une de ses extrémités. Elle est de la grosseur d'une petite noix, globuleuse ou ovoïde, ridée et sillonnée, d'un gris rougeâtre sur les parties saillantes, d'un blanc grisâtre dans les sillons, grise et veinée de rouge à l'intérieur, d'une odeur forte, aromatique et agréable, d'une saveur huileuse, chaude, acre, cassante, mais assez tendre pour être coupée au couteau.
Récolte. — Quand les fruits sont parvenus à la maturité complète, on les fend et on enlève la graine recouverte de son macis. Celui-ci est détaché et séché au soleil pendant deux ou trois jours, puis trempé dans l'eau salée, afin de lui conserver une certaine souplesse qui l'empêche de se réduire en morceaux. Les graines sont ensuite séchées et débarrassées de leur tégument, que l'on rejette comme inutile, plongées dans de l'eau de chaux, pour les mettre à l'abri de la piqûre des insectes, puis définitivement séchées. Les muscades de Gayenne sont plus petites et toujours renfermées dans une coque d'un brun foncé un peu brillante. On doit les choisir grosses, pesantes, non piquées. Le macis forme une espèce de sac ouvert par un bout, fragile, d'aspect corné; il doit être choisi de couleur jaune orangé, épais, et cependant souple et onctueux,
d'odeur forte très agréable, d'une saveur acre et aromatique. Composition chimique. — La muscade contient : myristine; huile grasse butyreuse jaune, huile volatile, matières féculentes et gommeuses. L'huile volatile bien rectifiée est liquide, très fluide, incolore, de saveur acre et brûlante. Sa densité est de 0,853 ; elle est peu soluble dans Peau et complètement insoluble dans l'alcool absolu. La myristine est une matière grasse incolore qui se dédouble, par la saponification, en acide myristique ou séricique et en glycérine. Le macis contient deux huiles fixes, dont Tune est rouge, l'autre jaune, une essence incolore, très fluide, très suave. C'est à l'huile volatile que la muscade et le macis doivent leurs propriétés. Formes pharmaceutiques. — 1° Poudre, 2 à 6 décigr. et même jusqu'à 4- gr. 2° Huile essentielle, 2 à 10 gouttes. 3* Teinture, 8 gr. 4° Beurre de muscade (huile de macis, baume de muscade). On l'obtient par expression à chaud, c'est un mélange de myristine, d'huile grasse butyreuse et d'essence ; dans le commerce, elle est en pains carrés prismatiques, du poids de 25*0 gr., onctueux au toucher, d'une odeur forte de muscade, jaunes et marbrés de rouge, enveloppés dans une feuille de palmier. La muscade fait partie des élixirs diaphœnix et de Garus, de l'eau de mélisse des Carmes, de la thériaque, de l'esprit carminatif de Sylvius, du baume de Fioraventi, du baume nerval, du vinaigre des quatre voleurs.
Action physiologique. — La muscade présente la plus grande analogie d'action avec les autres substances contenant des huiles essentielles. C'est d'abord une excitation gastrique que l'on observe, excitation qui ne tarde pas à se généraliser ; et, si la dose est un peu trop forte, on constate des phénomènes de narcotisme qui ont un certain rapport avec ceux que déterminent les substances anesthésiques.
Usages. — La muscade et le macis sont surtout usités comme condiments ; ils relèvent la saveur des mets fades, favorisent la digestion des substances peu nutritives et indigestes. C'est un médicament rarement employé seul : on l'utilise en l'associant à d'autres aromatiques dans certains états maladifs où il importe de tonifier, de stimuler les organes digestifs, tels que la diarrhée chronique, l'anémie, la cachexie paludéenne, la consomption, le marasme, Comme masticatoire, on l'a préconisée contre la paralysie de la langue; le beurre de muscade a été indiqué, en frictions, contre la gale, le rhumatisme chronique, la paralysie.
On nomme muscade verte, M. mâle ou sauvage, les petites muscades dont le macis n'atteint pas le sommet de la graine. Elles paraissent produites par le Myristica tàmentosa Thun. MYRRHE. — Voy. Baumier porte-myrrhe.
NERPRUN CATHARTIQUE
NERPRUN CATHARTIQUE. Rhamnus catharticus L. Nerprun, Bourguépine, Nerprun purgatif. Rhamnées.
Description (fig. 196). — Arbre de 2-3 mètres. Tige dressée, rameuse, à écorce lisse, d'un brun grisâtre. Rameaux opposés, très
étalés, grisâtres, souvent terminés en pointe épineuse à leur sommet. Feuilles pétiolées, opposées sur les jeunes rameaux, fasciculées sur les anciens, ovales, aiguës, dentées, glabres, d'un vert clair, munies de chaque côté de la nervure médiane de 2-3 nervures convergentes, stipules subulées beaucoup plus courtes que le pétiole. Fleurs (mai-juin) petites, d'un jaune verdâtre, dioïques ou polygames, rapprochées plusieurs ensemble à la base des jeunes rameaux. Calice urcéolé, persistant, tubuleux à sa base, partagé à son limbe en 4 lanières étalées, lancéolées, aiguës. Pétales 4, dressés, très petits, linéaires.
Dans les fleurs mâles, on trouve 4 étamines opposées aux pétales et un pistil rudimentaire. Les fleurs femelles ont un ovaire globuleux déprimé à 4 loges monospermes; le style quadriflde au sommet se termine par 4 stigmates obtus. Fruit (baie) sphérique, luisant, vert, puis noir, contenant 3-4 graines ovoïdes, trigones, marquées du côté extérieur d'un sillon plus large à la base. £.
Habitat. — Le nerprun est fréquent dans les bois, les haies, les taillis humides de presque toute la France.
Culture. — Sa culture est facile, car il est très rustique, ne craint pas le froid et prospère dans tous les terrains et à toutes les expositions. On le reproduit le plus souvent de marcottes, mais on peut également le multiplier par les graines, que l'on sème en platebande de bonne terre, aussitôt après la maturité. Elles ne lèvent que l'année suivante; on repique les jeunes plants à l'automne.
Fig. 196. — Nerprun cathartique.
NICOTIANE TABAC 419
Partie usitée. — Les fruits. Ils ont une odeur désagréable, un peu nauséabonde, une saveur amère acre. Leur suc, d'abord de couleur safranée, passe au rouge verdâtre, puis au rouge violet très foncé, quand la maturité est complète.
Récolte. — On les récolte pendant le mois de septembre et d'octobre, quand ils sont en pleine maturité. On choisit les plus gros, les plus luisants et les plus riches en suc. On ne les fait pas sécher, car ils perdent leur propriété par la dessiccation.
Composition chimique. — Le suc des fruits contient : rhumnégine, acide acétique, mucilage, sucre, matière azotée. La rhamnégine, C*8H82028, se présente sous forme d'aiguilles très fines, d'un jaune pâle, très solubles dans l'eau et l'alcool, peu solubles dans la benzine, le sulfure de carbone. C'est un glycoside qui, au contact de l'acide sulfurique étendu et bouillant, donne de la glycose et de la rhamnétine, C2*H10O10. La rhamnine est également un produit qui résulte de l'action de l'acide sulfurique sur la rhamnégine et dont la formation précède celle de la rhamnétine. Le principe purgatif serait la cathartine, substance cristalline, jaunâtre, amère, soluble dans l'eau et l'alcool faible, déterminant la purgation à la dose de 40 à 50 centigram. Il y aurait en plus, dans le nerprun, un autre agent purgatif, car il est certain que, si vingt-cinq à trente fruits de nerprun produisent un effet purgatif, il faut administrer 30 grammes de suc pour obtenir le même résultat.
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Sirop, 20 à 60 gram. : c'est à peu près la seule préparation usitée ; sa saveur est fort désagréable. 2° Suc, 15 à 30 gram. 3° Décoction, 4 à 12 gram. pour 250 gram. d'eau.
Action physiologique. — Les baies de nerprun constituent un purgatif fort énergique qui a le défaut d'occasionner des coliques assez vives, quand on l'administre en nature. On prévient cet inconvénient en donnant immédiatement après une tisane mucilagineuse et adoucissante.
Usages. — On n'emploie ce médicament que pour obtenir une purgation énergique, dans les paralysies et les hydropisies, les dartres chroniques. L'écorce moyenne du tronc est, dit-on, vomitive. La couleur usitée sous le nom de vert de vessie se prépare avec les baies de nerprum, de la chaux ou de l'alumine. *
NICOTIANE TABAC. Nicotiana tabacum L., N. havanensis Log. Nicotiane ordinaire, Tabac, Petun, Herbe à la reine, dédiée à J. Nicot» introducteur du tabac en France. Solanacées.
Description (flg. 197). — Plante de 2 mètres et plus, glutineuse, couverte sur toutes ses parties de poils visqueux, très courts, d'odeur vireuse, désagréable. Tige cylindrique, droite, rameuse au sommet.
420 NICOTIANE TABAC
Feuilles alternes, sessiles, amplexicaules, grandes, ovales, oblongnes, lancéolées, entières, molles, d'un beau vert. Fleurs grandes, roses, munies de bractées, disposées en une sorte de panicule aux extrémités des rameaux. Calice tubuleux, ventru, à 5 divisions linéaires, aiguës. Corolle gamopétale, infundibuliforme; tube cylindrique, deux
Fig. 197. — Nicotiane tabac.
fois plus long que le calice ; limbe partagé en b* divisions aiguës, étalées. Etamines h*, incluses; anthères ovoïdes, obtuses, bifides inférieurement. Ovaire ovoïde, tronqué à la base, appliqué sur un disque hypogyne jaunâtre, à 2 loges multiovulées; style simple; stigmate en tête. Fruit (capsule) ovoïde, à sillons externes, biloculaire, entouré par le calice persistant, à déhiscence septicide, renfermant des graines noires très petites et très nombreuses. ©.
Habitat. — Originaire de l'Amérique tropicale.
Culture. — Le tabac, bien qu'originaire des contrées chaudes du globe, prospère dans les contrées tempérées et froides. Onjle
NICOTIANE TABAC 421
reproduit de graines semées sur couches; les jeunes plants, que Ton a soin de protéger contre la gelée, sont repiqués à la belle saison, dans un terrain ameubli par plusieurs labours et bien fumé. La plante se développe rapidement.