‹ Nouveau dictionnaire des plantes médicinalesChapitre 185 sur 226 · POLYPORES · texte numérisé non relu

POLYPORES

les aplatit en les battant sur un billot et en les étirant, on les lave ensuite et on les fait sécher.

Amadou. — L'amadou ainsi préparé est employé en chirurgie. On doit le choisir épais, souple, moelleux. Il sert pour arrêter les faibles jets de sang, les hémorrhagies capillaires, celles qui résultent de la piqûre des sangsues; dans l'épistaxis, on remploie découpé en lanière et roulé en spirales à la façon d'une allumette de papier. On l'introduit alors, en lui imprimant un mouvement de rotation,. dans la narine qui est le siège de l'écoulement sanguin. II agit en. favorisant la formation du caillot. On rapplique aussi en couches épaisses sur les parties du corps qu'on veut comprimer énergiquement. Gomme il est très absorbant et très doux, il peut fonctionner comme une éponge âne, soit pour entretenir l'humidité sur les surfaces, soit pour dilater certaines cavités. Une rondelle d'amadou percée au centre permet de préserver les cors enflammés de la pression de la chaussure. Il est naturellement combustible ; quand on veut augmenter cette propriété, on trempe les tranches dans une dissolution de nitre. Il peut alors servir à faire des moxas.

3° POLYPORE DU MÉLÈZE (Poli-

porus laricis Duby,P. offieinalis, Fries, Boletus laricis Jacq.

Agaric blanc, Agaric ou Bolet du mélèze (flg. 226). — C'< un champignon sans tige, se présente sous la forme d'une masse épaisse comme le poing et plus, irrégulière, conique, convexe au-dessus, d'un blanc jaunâtre. La chair, blanche, légère, spongieuse, est recouverte* d'une couche plus ou moins épaisse, rude, ligneuse, âpre au toucher et marquée de sillons concentriques. Il croît sur le tronc des mélèzes ; on le trouve dans les forêts de la Garinthie, de la Circassie et du Dauphiné ; ce dernier est le moins estimé de tous. Lorsqu'il commence à se fendre, on le détache, on enlève la couche extérieure, on l'expose au soleiIT pendant quelques semaines, pour le dessécher et le blanchir, puis on le bat avec un maillet pour rendre le tissu plus compact. Il ren-

Fig. 226. — Polypore du mélèze.

W>2 QUASSIER AMER

ferme : résine, acide agarieique, fungine, extrait amer. La résine paraît être la substance active.

On le trouve, dans les pharmacies, sous la forme de masses irrégulières de grosseur variable, légères, sèches, comme pulvérulentes et d'un blanc jaunâtre. Sa saveur, douceâtre d'abord, devient amère et très acre, il est inodore, mais irrite vivement la gorge quand on en respire la poussière. C'est un drastique qui produit de violentes coliques, des nausées, des vomissements et cfue l'on a à peu près abandonné ; on l'a vanté pour combattre les sueurs nocturnes des phthisiques. On l'administre sous forme de poudre, 25 à 75 centigrammes, et sous forme d'extrait alcoolique, 5 à 20 centigrammes.

POMME DE TERRE — Voy. Morelle tubéreuse.

PYRÈTHRE. — Voy. camomille pyrèthre.

QUASSIER AMER. Quassia amara L., Quassia de Surinam. Bois amer de Surinam. Rutacées-Simaroubées. (Du nom du nègre Quassi, qui a fait connaître cette plante.)

Description (fig. 227). — Arbrisseau de 2 à 3 mètres de hauteur, dont toutes les parties sont très amères; rameaux naissant irrégulièrement; écorce cendrée. Feuilles alternes, pétiolées, composées, pennées avec impaire, à 3-5 folioles, sessiles, oblongues, pointues aux deux extrémités, glabres et entières, à nervures rougeâtres et saillantes. Pétiole commun, rougeâtre, ailé, membraneux comme dans les citronniers. Fleurs rouges, inodores, hermaphrodites, régulières, en grappes allongées, presque unilatérales, écartées, à pédicelle court, articulé, portant deux bractéoles latérales et naissant à la base d'une petite bractée, spatulée, recourbée. Calice très petit, à 5 divisions ovales, profondes. Corolle à 5 pétales, alternes avec les sépales, plus longs que le calice, linéaires, légèrement canaliculés, dressés, formant une sorte de tube allongé. Étaroines 40, disposées en, 2 verticilles; filets filiformes fort longs, offrant à leur base une écaille poilue; anthères ovoïdes, oblongues, biloculaires, introrses. Ovaire supporté par un disque hypogyne qui donne égament attache à la corolle et aux étamines ; cet ovaire est globuleux, à 5 côtes, à 5 logés uniovulées; style simple, filiforme; stigmate globuleux, capitulé, à 5 dents rapprochées. Le fruit consiste en 5 drupes distinctes, noires, ovoïdes, portées par le disque devenu un réceptacle rougeâtre; chaque drupe renferme une noix monoloculaire, mohosperme, contenant une graine sans endosperme. £.

QUASSIER AMER

Habitat. — Il croît spontanément à Surinam. On le cultive dans plusieurs parties de la Guyane.

Partie usitée. — La racine, connue sous le nom de bois de quassia. On la rencontre dans le commerce sous forme de bâtons cylindriques de 3-5 centimètres de diamètre. L'écorce, très mince, est unie, blanchâtre, tachetée de gris, peu adhérente; le bois est jaunâtre, léger, d'une texture assez fine. Il est inodore, doué d'une amertume forte et franche, plus prononcée dans l'écorce que dans le bois. La racine de quassia du commerce est souvent mélangée avec celle du Quassia excelsa Swartz (Bittera febrifuga Bellangé), qui est moins amère et moins estimée. Dans les .officines, on trouve le bois de quassia en copeaux minces.

Composition chimique. — La racine du quassier amer contient :

huile volatile, quassine, extrait gommeux, pectine, fibre ligneuse, sels.

La quassine (quassite ou bittérine), Ca0H"O6(?), est une substance cristallisant en prismes blancs, opaques, inodore, incolore, très amère, inaltérable à l'air, fusible à chaud, soluble dans l'eau et l'éther, très soluble dans l'alcool, précipitable par le tannin.

Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Tisane par infusion ou macération, pp. 5 : 1000. 2° Poudre, 3 décigrammes à 2 grammes. 3° Extrait, 1 à 5 décigrammes. 4° Teinture, 5 à 15 grammes «n potion. 5° Lavement, 15 à 30 grammes de décoction. 9° Vin, 20 à 100 grammes. Le bois du Quassia excelsa étant en morceaux plus

Fig. 227. — Quassier amer.

volumineux, on a pu en fabriquer des gobelets qui communiquent à l'eau qu'on y laisse séjourner pendant quelques minutes, la saveur amère du quassia ; mais, outre que les vases ainsi construits doivent s'appauvrir de plus en plus de matière active, ils ont encore l'inconvénient de prendre rapidement une odeur de moisissure.

Action physiologique. — C'est un amer franc, dépourvu de toute astringence, qui a l'avantage, même à haute dose, de ne point accélérer la circulation ni d'augmenter la caloricité. Son action tonique vis-à-vis des tissus et du canal digestif, quoique très réelle, ne s'accompagne point de la constipation, des nausées, des évacuations alvines qu'entraîne l'emploi de certains toniques. Il est toxique pour les animaux inférieurs, et c'est à cette propriété qu'il doit d'entrer dans la confection des papiers tue-mouches. L'extrait, employé à hautes doses, chez l'homme, peut occasionner des vertiges et des vomissements.

Usages. — On l'a administré dans toutes les circonstances où l'emploi des toniques est indiqué, et particulièrement dans la dyspepsie atonique, la débilité générale, dans certains cas de goutte, dans les catarrhes chroniques et les écoulements muqueux dérivant de l'atonie des organes, tels que dans les diarrhées non inflammatoires, les blennorrhées, la leucorrhée, les fièvres intermittentes; il donne également de, bons résultats dans le vomissement purement spasmodique. On l'a aussi vanté comme fébrifuge. Il est toxique pour les ascarides lombricoïdes et les oxyures : aussi est-il employé sous forme de lavement pour détruire ces entozoaires. — On emploie la décoction de quassia, pp. 40 : 700 pour protéger la vigne, les pêchers et autres arbres fruitiers contre les attaques des insectes. On a également indiqué cette décoction pour préserver l'homme de l'attaque des cousins et des moustiques. On se lave les mains et la figure avec ce liquide et on laisse sécher sans essuyer.

QUINQUINA. Cinchona L. (De kina-kina, mot péruvien qui signifie écorce des écorces.)

Caractères du genre. — On donne ce nom à un grand nombre de plantes appartenant à la famille des Rubiacées. Ce sont des arbres ou des arbrisseaux toujours verts, à tronc et rameaux arrondis, à branches le plus souvent subtétragones, montrant les cicatrices des feuilles et des stipules tombées. Feuilles opposées, pétiolées, très entières, parcourues par des nervures décroissantes, glabres ou velues , pourvues de stipules interpétiolaires le plus souvent libres et très caduques. Fleurs disposées par 4 ou par 6, en cymes paniculées, blanches, rosées ou pourprées, très odorantes, présentant une bractée. Calice à tube turbiné, adhérent à l'ovaire,

pubescent, limbe persistant à 5 dents. Corolle hypocratériforme à tube arrondi ou légèrement pentagonal ; limbe à 5 lobes lancéolés, garnis, sur leurs bords, de poils laineux, blanchâtres. Etaminçs 5, alternes, glabres ; anthères biloculaires, introrses. Le développement des filets est toujours en raison inverse de celui du style; il en résulte que si les anthères sont incluses, les stigmates sont exsertsr et réciproquement. Ovaire infère, à 2 loges multiovulées ; style simple, glabre; stigmate bifide. Fruit (capsule) ovoïde, oblong ou bien linéaire ou lancéolé, couronné par le calice persistant, à côtes légères ou peu prononcées, glabre ou pubescent, biloculaire, polysperme, se séparant de la base au sommet en 2 loges, dont chacune s'ouvre par une suture longitudinale sur sa face interne, à pédicelle se fendant en long. Les graines sont nombreuses, imbriquées en montant, comprimées, à noyau central oblong, bordé d'une aile membraneuse inégalement denticulée. Embryon petit, droit, axillaire; endosperme charnu.

Classification des quinquinas. — Pendant longtemps les quinquinas ne furent connus en Europe que par leur écorce ; aussi les elassait-on d'après l'aspect de cette partie de la plante, et de là leur division en quinquinas gris, quinquinas jaunes, quinquinas rouges, quinquinas blancs. Voici la description que Guibourt a donnée de ces caractères :

« Les quinquinas gris (à épiderme gris) consistent, en général, en des écorces roulées, médiocrement fibreuses, plus astringentes qu'amères, donnant une poudre d'un fauve grisâtre, plus ou moins pâle, contenant surtout de la cinchonine et peu ou pas de quinine. Les quinquinas jaunes peuvent offrir un volume plus considérable, sont d'une texture très fibreuse et d'une amertume beaucoup plus forte et plus dégagée d'astringence. Ils donnent une poudre jaune ou orangée et peuvent contenir une assez grande quantité de sels à base de chaux et de quinine pour précipiter instantanément la dissolution de sulfate de soude. Les quinquinas rouges tiennent le milieu pour la texture entre les gris et les jaunes ; ils sont à la fois très amers et très astringents, leur poudre est d'un rouge plus ou moins vif, ils contiennent à la fois de la quinine et de la cinchonine. Les quinquinas blancs se distinguent par un épiderme naturellement blanc, uni, non fendillé, adhérent aux couches corticales. Ils contiennent soit un peu de cinchonine, soit un autre alcaloïde plus ou moins analogue. Ils sont peu fébrifuges et ne peuvent compter au nombre des quinquinas médicinaux. » (Histoire des drogues simples, 4e édition, t. 111.)

Ce mode de classification, essentiellement artificiel, est encore généralement adopté dans les traités de matière médicale. II a pourtant un inconvénient majeur, car, ainsi que le fait remarquer

le Codex* de 1866, ces appellations ont été appliquées à des écorces de nature et d'efficacité bien différentes. Ainsi, on a confondu sous le nom de quinquina gris les jeunes écorces de sept ou huit Cinchona, parce qu'à cet âge elles sont toutes plus ou moins grises à l'extérieur. On a donné le nom de quinquina jaune aux écorces grosses et moyennes des Cinchona calisaya, micrantha, condaminea et cordifolia, et enfin ie nom de quinquina rouge a été appliqué aux écorces des Cinchona succirubra, nitida, scrobiculata , magnifolia ou oblongifoUa, dont la dernière est complètement dépourvue

d'alcaloïdes, et qu'on a par suite rangée avec raison au nombre des faux quinquinas. Il est donc indispensable de mieux préciser les écorces qui peuvent être utilement employées en médecine. Les trois sortes de quinquina admis par la pharmacopée légale de 1866 sont le quinquina gris Huanuco ou quinquina gris-brun de Lima, le quinquina calisaya, le quinquina rouge non verruqueux et le quinquina rouge verruqueux. Ce sont ces espèces que nous allons décrire.

1° Quinquina gris Huanuco (Q. grisbrun de Lima, grey bark des Anglais). — Il est fourni, d'après le Codex, par le Cinchona micrantha R.et Pav., qui est un arbre (fig. 228) ^^-.^pto^ /* //i% de 6 à 10 mètres de hauteur, à

^flr-"j' rWf^fl Û^W ê tronc droit> à rameaux touffus, à If y E3 \J \Z feuilles largement ovales, obovales

ou arrondies, plus ou moins atténuées à la base, glabres en dessus, pubescentes en dessous, ayant des touffes de poils à l'aisselle des nervures secondaires. Ses fleurs, relativement petites, sont disposées en grandes panicules thyrsoïdes. La corolle est blanche, les anthères incluses; les filets égalent les anthères. Ses capsules sont lancéolées ou oblongues-lancéolées, glabres, unies. Il habite le Pérou, dans les districts de Huanuco et de Carabaya, près de la Bolivie. D'après M. G. Planchon, il proviendrait du G. nitida R. et Pav., du G. peruviana How., et du C. micrantha R. et Pav. Ce quinquina a la forme de tubes régulièrement cylindriques de 5 à 20 millimètres de diamètre. Les petits tubes sont

Fig. 228. — Quinquina gris Huanuco.

recouverts d'un épiderme finement fendillé , d'un gris un peu bleuâtre et bien adhérent au liber, qui est compact, rougeâtre et comme formé de couches agglutinées. Les grosses écorces sont extérieurement d'un gris blanchâtre, ont les fissures plus prononcées et présentent en outre de distance en distance des fentes transversales plus marquées. Le liber est généralement peu épais, d'apparence ligneuse et d'un jaune fauve, un peu orangé, qui se ternit avec le temps. Le Q. Huanuco contient de 0,012 à 0,036 de cinchonine (en moyenne 0,027). C'est l'espèce de quinquina gris qu'il faut préférer pour l'usage médical.

2° Quinquina calisaya (quinquina jaune royal). — Il est fourni

Fig. 229. — Quinquina calisaya.

par le cinchona calisaya (flg. 229). C'est un arbre élevé, à tronc droit ou incurvé, de la grosseur du corps humain, dont les rameaux sont opposés, chargés de feuilles opposées, pétiolées, munies de stipules ovales, lancéolées ou oblongues, obtuses au sommet, atténuées à la base, glabres, lisses, brillantes à la face supérieure, pubescentes à

la face inférieure, scrobiculées à l'aisselle des nervures. Fleurs en panicules de cymes, bractées lancéolées, dents du calice triangulaires ; filaments des étamines beaucoup plus courts que la moitié de Panthère. Fruit (capsule) ovale, ayant à peine la longueur de la fleur, relativement court. Graines elliptiques-lancéolées, à bords fortement frangés, denticulés. Il croit sur les pentes des montagnes et dans les prairies qui descendent vers les vallées chaudes de la Bolivie et du Pérou, depuis 1500 jusqu'à 1800 mètres environ d'altitude au-dessus du niveau de la mer. Son aire de végétation s'étend de 13° à 30° de latitude sud et de 68° à 70° de longitude occidentale. Il se rencontre principalement dans les provinces boliviennes de Yungas, Inquisivi, Larecaja, Caupolican, et dans le district péruvien de Carabaya. Il y fleurit au mois d'avril et de mai.

t Ce quinquina constitue deux sortes commerciales distinctes : 1° il est pourvu de son péridcrme et roulé sur lui-même en forme de tuyau; il provient des branches ou des rameaux de l'arbre; 2° il est mondé ou privé de son périderme et provient surtout du tronc et des gros rameaux ; il a la forme d'écorces plates plus ou moins épaisses. La première sorte est devenue rare, et cependant sa richesse en alcaloïdes en fait un des meilleurs fébrifuges que Ton puisse employer. Elle.se distingue du quinquina Huanuco par son périderme, qui est plus profondément crevassé et facile à séparer du liber, sur lequel il laisse de légers silions répondant à ses propres fentes transversales. Le liber est aussi plus fibreux, plus amer et moins astringent. Le calisaya mondé est uniformément fibreux et composé de fibres courtes, très aiguës, qui s'introduisent facilement sous la peau; il faut le prendre épais de 3 à tf millimètres, compact, pesant, d'une couleur fauve, uniforme, et d'une forte amertume. 1000 parties de ce quinquina fournissent 30 à 32 parties de sulfate de quinine (et 6 à 8 gram. de sulfate de cinchonine); il faut rejeter les écorces très minces, légères et grossièrement fibreuses, qui contiennent beaucoup moins d'alcaloïde. » (Codex.)

3° Quinquina rouge. — Ce nom a été donné au Pérou à un grand nombre d'écorces, dont deux seulement sont officinales.

a. Quinquina rouge non verruqueux. — L'origine botanique en est incertaine : les uns l'attribuent au Cinchona micrantha que nous venons de décrire, d'autres au C. nitida R. et Pav. Ce dernier est un arbre de 10 à 12 mètres, à tronc droit, à feuilles obovales, lancéolées, atténuées à la base, glabres, brillantes, sans scrobicules, à stipules oblongues et obovales, obtuses, décidues, rarement connées à la base. Le calice est à limbe subcampanulé, à dents triangulaires; la corolle rose, à tube cylindrique, à poils blancs; les

étamines exsertes, présentant des filets de la longueur des anthères ou un peu plus courts. La capsule est étroitement lancéolée et deux fois

Fig. 230. — Quinquina rouge.

longue que large. Il croit sur les hautes montagnes, vers 40 de [de australe, principalement à Huanuco, Casapi, Cuchero, etc.

L'écorce présente tous les caractères extérieurs du quinquina Huanuco ; quand sa couleur est peu foncée, on le nomme Q. rouge pâle, mais quelquefois la couleur est d'un rouge intense. On le rencontre en écorces roulées de 1-2 cent, de diamètre, ou en morceaux cintrés, en partie privés de leur épiderme.

b. Quinquina rouge verruqueux. — II est fourni par le Cinchona succirubra Pav. (flg. 230). C'est un arbre dont les feuilles, grandes, largement ovales, brièvement acuminées, pubescentes en dessous, surtout sur les nervures, sont fortes et rouges. Il habite Huaranda dans la province de Quito.

Dans le commerce, il est en écorces roulées ou cintrées, ou en éclats de grande dimension, en partie privés de leur périderme. Celui-ci est remarquable par son épaisseur et par la matière rouge, pulvérulente, dont ii est principalement formé. On le reconnaît aux verrues dures et ligneuses placées à la surface du liber, et qui paraissent quelquefois à l'extérieur du périderme. Ces deux quinquinas rouges verruqueux et non verruqueux peuvent donner par kilogram. 20 à 25 gram. de sulfate de quinine et 10 à 12 gram. de cinchonine.

On pourrait encore employer en médecine: 1° Le Quinquina PitayOj Del. et Bouch. (Q. Pitayo de la Colombie ou d'Antioquia Guib., Quinquina brun et Q. rouge de Carthagéne Guib., Quinquina almaguer. Ramp.), fourni par le Cinchona pitayensis Wedd. (C. lanceolafa, Benth., G. trianœ Karst.). Cet arbre est caractérisé par ses feuilles épaisses, glabres, lancéolées, acuminées, atténuées à la base par les dents du calice, qui sont linéaires, par sa capsule ovoïde, allongée; il croît à la Nouvelle-Grenade dans la province de Cauca. Son écorce, que Ton place dans le quinquina jaune, est rude ou brune, lourde, ordinairement petite; les fibres du liber sont isolées, nombreuses; l'enveloppe herbacée renferme çà eUà des cellules à cristaux aiguillés.

2° Le quinquina orangé de Mutis, qui fait partie des quinquinas jaunes, et qui est produit par le Cinchona lancifolia Mut. Ce cinchona est un grand arbre à feuilles lancéolées, aiguës, atténuées à la base, souvent scrobiculées, dont les capsules sont lancéolées, et qui croît à la Nouvelle-Grenade, à une hauteur de 2500 à 3000 mètres au-dessus du niveau de la mer, entre 2° et 8° de latitude nord.

On peut encore citer parmi les quinquinas fournissant des écorces commerciales, deux variétés du C. condaminea Wedd. ; la première est le G. Uritusinga How. (fig. 231), qui fournissait le Q. jaune de Loxa dans les premiers temps de l'exploitation de cette précieuse écorce, et le C. Chahuarguera R. et Pav. (fig. 232), qui produit l'écorce désignée par Pereira sous le nom de rusty crown bark.

C'est cette écorce qui aurait été employée dans la fameuse cure de la comtesse El-Cinchon et qui mériterait d'entrer dans la pratique médicale, s'il n'était pas si difficile de la différencier du Q. pseudo- Loxa, avec laquelle elle est souvent mélangée.

Fig. 231. — Quinquina Uritusinga. Fig. 232. — Quinquina Chahuarguera.

Faux quinquinas. — On comprend sous ce nom certaines écorces . non fournies par le genre Cinchona, qui ne contiennent ni quinine ni cinchonine, et qui ont des propriétés fébrifuges nulles ou très équivoques.

Distribution géographique des quinquinas. — Voici, d'après M. G. Planchon, quelle est la distribution géographique des quinquinas : « On ne trouve ces arbres à l'état spontané que dans les parties des Andes qui s'étendent depuis le Venezuela et la Nouvelle- Grenade, par 10° de latitude nord, jusque dans la Bolivie ou le haut Pérou, vers 19° de latitude australe. Ils forment sur ces hauteurs une vaste courbe dont la concavité, tournée vers le Brésil, sert de point de départ aux différents affluents de l'Amazone. Cette courbe n'est point continue, elle est quatre fois interrompue à des distances inégales, de manière à former quatre bandes, dont les deux premières à partir du nord ne dépassent guère les limites de la Nouvelle-Grenade et s'étendent l'une au nord de Santa-Fé de Bogota,

vers le Venezuela, l'autre du côté de Popayan et de Pitayo, vers la république de l'Equateur. La troisième bande occupe presque toute la longueur de cette république et comprend la localité de Loxa; enfin la quatrième s'étend dans le Pérou jusqu'à la Bolivie et fournit les quinquinas de Huanuco, de Cuzco, et les calisayas. » La zone des quinquinas est aussi parfaitement définie dans le sens vertical. Ces arbres craignent et les chaleurs des plaines et les froids rigoureux des hautes régions. On les trouve entre 4200 et 3270 mètres de hauteur, mais ce sont là les limites extrêmes, et le plus ordinairement on les rencontre dans les vallées situées entre 1600 et 2400 mètres de hauteur.

Récolte. — En Amérique, on abat les quinquinas avant de procéder à la décortication. L'écorce du tronc et des grosses branches est alors débarrassée de son périderme, à l'aide d'un massage, puis profondément creusée, à l'aide d'un couteau bien tranchant, jusqu'aux couches ligneuses, de manière à circonscrire de longues lames rectangulaires. Ces lames sont enlevées avec le dos d'un couteau qui pénètre jusqu'à la zone génératrice. On exécute la même opération sur les petites branches, mais sans les dépouiller de leur épiderme. La décortication est suivie d'un séchage au soleil: les grosses écorces doivent rester planes, et, pour cela, elles sont alternativement exposées au soleil et empilées les unes sur les autres, en carrés croisés que l'on charge d'un corps pesant. Les écorces minces sont abandonnées au soleil, où elles prennent la forme de cylindres ou de tuyaux. Une fois sèches, elles sont emballées dans des caisses ou enveloppées d'une peau de bœuf sauvage encore fraîche, qui, en se desséchant, les serre très étroitement. Ces espèces de ballots ou surons pèsent de 50 à 75 kilogrammes. Par ce que nous venons de dire, il est facile de voir que le mode barbare d'exploitation usité en Amérique tend à épuiser rapidement les localités les plus riches et à priver l'homme de cette précieuse écorce. C'est pour prévenir ce danger que plusieurs nations européennes ont introduit les quinquinas dans leurs colonies. T>s arbres sont depuis plusieurs années cultivés avec succès à Java, dans les Indes orientales, sur les côtes du Malabar, à Ceylan. Les écorces asiatiques ont déjà paru sur les marchés de Londres et de Paris et ne le cèdent en rien aux écorces américaines. Quelques résultats heureux ont été obtenus à l'île de la Réunion, et les essais tentés en Algérie, au jardin de Hammah, permettent de fonder quelques espérances sur sa culture dans cette colonie.

Composition chimique. — Les écorces de quinquina renferment les substances suivantes : quinine, quinidine, guinicine, cinchonine, wnchonidine, cinchonicine, aricine, quinamine, rouge cinchonique

soluble, mélange astringent formé par les acides quinique, quinovique, quinotannique, rouge cinchonique proprement dit, matière colorante jaune, corps gras, résineux, gommeux, amidon, sels, cellulose et ligneux. Les alcaloïdes et les substances astringentes sont les principes qui communiquent aux écorces leur activité. La qui- • nine, C*°H24Az20*, est un alcaloïde qui se présente en masse blanche, amorphe, poreuse, ou en masse résineuse, suivant son mode de préparation; elle est peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool bouillant, moins soluble dans le chloroforme et Féther; elle forme avec la plupart des acides des sels cristallisables dont les solutions possèdent la propriété de prendre une couleur d'un beau vert émeraude lorsqu'on y verse de l'eau chlorée, puis un léger excès d'ammoniaque. Le plus usité de ces sels est le sulfate neutre; mais, comme il faut 740 parties d'eau froide pour le dissoudre, on le transforme le plus ordinairement, au moment de l'administrer, en sulfate acide plus soluble, par l'addition de quelques gouttes d'acide ou d'alcool sulfurique. Le tannin et l'iodure ioduré de potassium précipitent la quinine de ses dissolutions salines.

La cinchonine, C*°H2*Az!02, est incolore, brillante, en prismes quadrilatères terminés par des faces obliques ou en aiguilles prismatiques; insoluble dans l'eau froide et l'éther, elle se dissout dans l'alcool et le chloroforme. Chauffée fortement dans un tube de verre, elle se décompose incomplètement et se sublirrîe en partie. Elle ne se colore pas en vert sous l'influence du chlore et de l'ammoniaque. La quinine et ses sels sont le fébrifuge par excelience; la cinchonine paraît douée des mêmes propriétés, mais à un degré moindre, les doses doivent être deux fois plus fortes que celles de la quinine. La quinidine et la cinchonidine sont presque aussi actives que la quinine, et l'on peut classer au point de vue de l'énergie d'action les alcaloïdes du quinquina dans l'ordre suivant : quinine, quinidine, cinchonidine, cinchonine.

Structure des écorces. Siège des alcaloïdes. — D'après M. Weddell, une écorce de quinquina coupée dans le sens horizontal et vue au microscope montre les zones suivantes (flg. 233) :

1° L'enveloppe épidermique, ep, souvent détruite ou recouverte de lichens;

2° La tunique subéreuse, s', ou cercle résineux;

3° L'enveloppe cellulaire, ec', ou enveloppe herbacée formée de cellules oblongues comprimées de dehors en dedans; les extérieures contiennent de la chlorophylle, les autres se remplissent de matières résineuses ou de grains de fécule;

4° Une ou deux séries de lacunes, la, analogues aux laticifères et d'autant plus rares que l'écorce est plus âgée;

HÉRAUD. PLANTES MÉD. 28

5° Le liber ou zone libérienne, /, formée de fibres ou de cellules fibreuses. Le nombre des fibres corticales augmente avec l'âge.

Par les progrès de la végétation il se produit dans la zone subéreuse des cellules tabulaires qui isolent les plaques extérieures de la partie interne et vivante de l'écorce et amènent leur mortification et par suite leur chute. M. Weddell a donné le nom de périderme à ces portions qui tombent facilement dans les vieilles écorces ; c'est Tépiderme de beaucoup d'auteurs.

En prenant pour base les éléments qui constituent chacune des zones que nous venons d'énumérer, éléments qui varient avec l'espèce qu'on étudie, on a pu arriver à classer et à différencier les écorces officinales.

Dans quelle partie de l'écorce rencontre-t-on les alcaloïdes? D'après les uns, c'est le tissu cellulaire de la zone herbacée et celui qui environne les fibres du liber qui sont surtout - le siège des alcaloïdes. La quinine se trouverait dans le tissu cellulaire de la zone du liber, et la cinchonine dans celie de la zone herbacée (Weddell, Karsten, Wigand), tandis que, d'après d'autres observateurs (Howard, Flûckiger, Caries), il faudrait chercher le siège Fig. 233. — coupe d'une des alcaloïdes dans le parenchyme cellulaire ecorce e quinquina. et particulièrement dans les couches extérieures les moins riches ou même tout à fait pauvres en parties libériennes.

Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 5 décigram. à 20 gram. dans du pain azyme ou sous forme d'opiat avec du sucre. 2° Macération, pp. 20 : 1000, comme astringent. 3° Décoction, 30 à 60 : 1000, comme fébrifuge. 4° Décoction acidulée, pp. 20 : 1000 d'eau additionnée de 2 gram. d'acide sulfurique alcoolisé. 5° Extrait mou et aqueux de quinquina gris, 1 décigr. à 4 gram. 6° Extrait sec de Lagaraye, 5 décigram. à 4 gram. 7° Teinture, 2 à 15 gram. 8° Teinture composée ou vin d'Huxham, 5 à 30 gram. 9° Vin de quinquina du Codex, 50 à 150 gram. 10° Vin de quinquina composé, 20 à 100 gram. 11° Extrait alcoolique, 3 décigram. à 4 gram. 12° Résine (extrait résineux), 3 décigram. à 4 gram. 13° Quinium de Labarraque, on extrait alcoolique de quinquina à la chaux dosé; il contient en poids 1/3 'd'alcaloïdes composés de 4 parties de quinine et 1 partie de cinchonine. 14° Sirop de quinquina, 30 à 60 gram. par jour.

On prépare aussi des (ablettes, un électuaire, un cérat, une poudre dentifrice.

Les diverses écorces de quinquina ne contenant pas dans les mêmes proportions les substances que nous avons signalées en étudiant la composition de ce médicament, il s'ensuit que suivant son espèce le quinquina pourra remplir des indications spéciales. En général, les quinquinas gris sont astringents, et contiennent beaucoup de principe tannant et de cinchonine, peu de quinine. C'est à ces quinquinas qu'il faut faire appel quand on veut obtenir une action tonique. Les quinquinas jaunes sont plus amers, moins astringents, riches en quinine, pauvres en cinchonine; par suite c'est au quinquina jaune qu'il faut s'adresser quand on veut obtenir les effets antipériodiques au plus haut degré et sous le moindre volume de médicament. Les quinquinas rouges sont intermédiaires aux deux autres, ils sont tout à la fois astringents et amers, ils renferment des doses moyennes de quinine et de cinchonine; ce sont eux que Ton fait intervenir quand on recherche à la fois l'action tonique et l'action fébrifuge.

Action physiologique. — Localement le quinquina agit comme tonique astringent; appliqué sur les plaies, il active la formation des bougeons charnus et les modifie si elles présentent un mauvais caractère. A l'intérieur et à dose tonique (10 à 50 centigr. de sulfate de quinine, 2 gram.. de poudre), le quinquina augmente l'appétit, facilite la digestion, rend l'assimilation plus complète et produit de la constipation; par l'usage répété du médicament, la constipation se transforme en une fausse diarrhée. Sous son influence, la tension artérielle augmente sans qu'il y ait amélioration bien notable du pouls, le visage se colore. A dose fébrifuge (75 centigram. à 1 gram. de sulfate de quinine, 8 à 40 gram. de poudre) on observe quelquefois des troubles digestifs, tels que pesanteur et douleur à l'estomac, plus rarement delà gastralgie, des digestions laborieuses, quelquefois des nausées , des vomissements , de la constipation opiniâtre ou de la diarrhée. En même temps se manifestent des phénomènes nerveux, tels que troubles de l'ouïe, ébloui ssements, incertitude de la vision, dilatation de la pupille, pesanteur de la tête, vertiges, titubalion, incertitude dans la marche (ivresse quinique). La circulation se ralentit, le pouls devient petit, faible et mou, la caloriflcation diminue, le volume de la rate, d'après quelques observateurs, devient moindre; les sécrétions et surtout la diurèse augmentent, quelquefois il se produit un peu de cystite et d'hématurie, ce qui n'a rien d'extraordinaire, car ici l'appareil rénal est le principal organe d'élimination. L'action diaphorétique est moins appréciable que l'action diurétique. Quand, au lieu du quin-

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quina, on fait appel au sulfate de quinine et qu'on l'administre en quantité considérable, 1 à 3 gram. par jour, à dose fractionnée, alors les troubles digestifs augmentent en fréquence et en intensité : des vomissements, de la diarrhée, une douleur plus forte à l'estomac, surviennent, la diurèse se prononce davantage, et quelquefois au contraire on voit survenir de la dysurie par suite de la surexcitation du rein. La circulation se ralentit encore, la calori- {ication s'abaisse, les forces diminuent, le sang se modifie dans sa composition, sa fibrine augmente, tandis que les globules, les sels et l'albumine subissent une légère diminution. Le caillot devient ferme et résistant d'après quelques-uns, diffluent d'après les autres. Les phénomènes nerveux acquièrent leur maximum d'intensité, les troubles de l'ouïe vont jusqu'à la surdité, ceux de la vision jusqu'à l'amaurose, ceux de la locomotion jusqu'à l'ivresse complète; quelquefois apparaissent des convulsions, du délire, le plus souvent un collapsus profond. Dans ce cas, qui constitue un véritable empoisonnement, on doit avoir recours aux évacuants d'abord, puis au tannin, à l'iodure ioduré de potassium, qui sont les antidotes chimiques, à l'opium, à l'alcool, qui sont les antidotes physiologiques, aux affusions froides, pour combattre le délire et le tétanos.

Usages. — C'est d'abord comme fébrifuge que le quinquina fut employé. L'espace nous manque pour rappeler la légende de son introduction dans la thérapeutique. C'est vers 1650 que la comtesse El-Cinchon, femme du vice-roi du Pérou, ayant été guérie d'une fièvre intermittente opiniâtre, par l'emploi de l'écorce du Pérou, propagea ce précieux médicament en Europe. Il fut introduit en France en 1679 par Talbot. Toutes les préparations de quinquina ont été administrées dans les fièvres intermittentes ; Tavantage est resté acquis aux alcaloïdes et à leurs sels, dont nous avons fait connaître l'ordre d'activité. Reste à préciser l'époque à laquelle on doit administrer le médicament. Trois méthodes ont été proposées : 1° méthode italienne ou de Torti, on donne le médicament immédiatement avant l'accès; 2° méthode anglaise ou de Sydenham, on administre le quinquina aussitôt après la fin de l'accès et par fraction dans l'intervalle des accès ; 3° méthode française ou de Breton neau, on donne le quinquina en une seule dose, ou à des intervalles très rapprochés et le plus loin possible de l'accès à venir. Dans le même ordre de faits, nous indiquerons l'emploi du quinquina et surtout du sulfate de quinine : 1° dans les fièvres pernicieuses, ici il n'y a plus de règle pour l'administration, le seul précepte est d'agir le plus vite possible; 2° dans les fièvres intermittentes symptomatiques ; 3° les fièvres larvées. Les heureux résultats obtenus par le quinquina dans la fièvre, maladie pério-

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