Partie usitée. — La racine
Récolte» dessiccation. —La plante est arrachée en entier à l'aide d'un bâton pointu ; la racine est ensuite convenablement séparée,
HÉRAUD. PLANTES MED.
J70 CÉPHÉLIDE IPÉCACUANHA
puis séchée au soleil. Elle perd sensiblement la moitié de son poids par la dessiccation ; elle arrive en France par la voie de Bordeaux, dans des surons de peau de 30 à 50 kilogr.
Cette racine (flg. 60) (ipécacuanha annelé ou officinal, L gris annelé du Brésil, et par abréviation ipéca) est en fragments allongés, de la grosseur d'une plume d'oie, irrégulièrement contournés, simples ou rameux, formés : 1° d'une écorce gris noirâtre à l'extérieur, grise à l'intérieur, épaisse, à petits anneaux saillants, inégaux, réparés par des étranglements plus étroits ; 2° d'un corps ligneux (meditullium) mince, d'un blanc jaunâtre et continu. Elle est cassante, lourde; sa cassure est brunâtre; sa saveur aromatique assez acre; son odeur nauséabonde. L'ipéca gris rougeâtre de Guibourt ^st une variété qui se distingue par son écorce moins foncée et rougeâtre, cornée et demi transparente, son odeur moins forte, sa saveur moins aromatique. Elle est un peu moins estimée que la première. Quant à la racine désignée, dans le commerce, sous le nom d'ipéca annelé majeur, elle paraît devoir être rapportée à un Oephœlis autre que le G. ipéca. On connaît aussi deux sortes inférieures, savoir : Vipécacuanha strié (flg. 61), fourni par la Psychtria fmetiea Mut., Rubiacées-Psychotriées ; et Vipécacuanha ondulé (flg. 62), produit par le Richardsonia scabra A. H. S., Rubiacées- Spermacoccées; ce dernier ne se trouve plus dans le commerce.
Composition chimique. — La racine d'ipéca officinal contient : émétine, cire végétale, gomme, amidon, ligneux, extractif non vomitif, acide ipécacuanhique , matière grasse odorante. L'émétine, C56H40AzO10, est le principe actif. Cet alcaloïde est pulvérulent, blanchâtre, inodore, amer, très alcalin, fondant à 70°, se colorant légèrement en brun au contact de l'air, mais non déliquescent, très •soluble dans l'alcool concentré et le chloroforme, assez soluble dans l'eau, peu soluble dans l'éther et les huiles grasses. Ses solutions sont précipitées par le tannin et l'iodure ioduré de potassium. L'émétine produit de violents vomissements à la dose de quelques centigrammes ; elle n'est pas employée en médecine, à cause de son énergie et de son prix élevé ; on lui substitue l'émétine brune ou médicinale, qui n'est quun extrait hydro-alcoolique déterminant des vomissements prolongés à la dose de 10 centigr.
Formes pharmaceutiques, doses. — 1° Poudre, 50 centigr. à 2 gram., comme vomitif; quand on donne cette dernière dose, on l'administre en quatre prises à 10 minutes d'intervalle, pour que tout ne soit pas vomi d'un seul coup; dose incisive, 1 à 5 centigr. 2° Tablettes de 1 centigr. de poudre chacune. 3° Hydrolé : ipéca, 8 gram. ; eau, 375 gr. — Ipéca à la brésilienne : poudre d'ipéca, 2 à S gram. ; eau bouillante, 200 à 250 gram. ; faites infuser pendant
CÉVADILLE 171
dix à douze heures ; on fait par ce procédé deux autres infusions avec le marc de la première. 4° Teinture : dose vomitive, 5 à 20 gram.; diaphorétique, expectorant, 2 à 5* gram. 5° Extrait : vomitif,. 10 à 30 centigram. ; expectorant, { à 5 centigram. 6° Sirop, 10 à 60 gram. 7° Vin : vomitif, 10 à 30 gram.; expectorant, 1 à h* gram. L'ipéca fait partie de la poudre de Dower, des pilules de Segond, du liniment de Hannay, du sirop de Clérambourg ou de Desessarts.
Action physiologique. — C'est un irritant plus ou moins vif pour toutes les surfaces tégumentaires. Aspirée par le nez, la poudre d'ipéca produit des éternuements fréquents, s'accompagnant d'un écoulement de mucus; quand elle pénètre dans les voies respiratoires, elle détermine de la dyspnée, de l'anxiété précordiale, de la suffocation, un véritable accès d'asthme très pénible, mais éphémère. L'action de la poussière d'ipéca peut se manifester à des distances assez considérables. Mise en contact soit avec l'estomac, soit avec le rectum, cette poudre produit une action locale assez intense. Ingérée à faible dose, elle occasionne un malaise particulier avec nausées, salivation, dépression musculaire, tendance aux syncopes, sueurs générales, pâleur. A dose plus élevée (5 décigram. à 1 gram.),. elle détermine des nausées et bientôt des vomissements accompagnés de refroidissement de la peau, de sueurs profuses, de ralentissement et d'affaiblissement du pouls, de résolution subite des forces. Quelquefois il n'y a pas de vomissements, et alors il se manifeste un effet purgatif. A haute dose, il arrive parfois qu'au bout de quelques vomissements la tolérance s'établit, et l'on observe alorsquelques-uns des phénomènes de la médication hyposthénisante.
Usages. — C'est un vomitif journellement employé pour provoquer l'évacuation de l'estomac dans les empoisonnements, les indigestions, l'état saburral. Sa valeur dans la dysenterie aiguë est incontestable; c'est sous la forme d'ipéca à la brésilienne qu'il est administré dans cette maladie. On l'a également indiqué associé à l'opium et au calomel dans la dysenterie chronique, la diarrhée,, dans les fièvres intermittentes, au début du choléra. Son action dans l'état puerpéral n'est utile qu'autant qu'il y a embarras gastrique ou phlegmasie pulmonaire, car ce n'est point un spécifique. On l'a aussi conseillé comme expectorant, sudorifique, antispasmodique, dans le catarrhe pulmonaire chronique, l'asthme sec ou humide, la coqueluche, le croup, les pneumonies catarrhales et typhoïdes, les hémorrhagies, particulièrement l'hémoptysie. A l'extérieur, on l'emploie quelquefois sous forme de pommade, comme rubéfiant.
CÉVADILLE. — Voy. Schœnocaule officinal.
CHAMPIGNONS COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX. — Les
champignons, par suite de la nature de leurs principes pauvres en carbone, riches en azote, constituent pour l'homme un aliment presque aussi réparateur que la chair musculaire. Si plusieurs espèces sont recherchées à cause de leur goût fin et délicat, il en est d'autres, moins agréables peut-être, qui sont précieux pour les personnes peu fortunées et qui jouent un rôle important dans l'alimentation en Russie, en Hongrie, en Toscane, dans les Vosges. Les principales espèces usitées en France sont :
1° La truffe (Tuber cibarium Bul.), ou truffe noire de France.
2° L'agaric comestible (Agaricus campestris L.).
3° L'agaric mousseron ou champignon muscat (Ag.albellus DC).
4° L'agaric délicieux (Ag. deliciosus L.).
5° L'agaric élevé (Ag. procerus Pers.).
6° L'oronge vraie (Amanita aurantiaca Pers.).
7° Le bolet comestible (Boktus edulis DC). Cèpe, girolle, brugnet, potiron.
8° Le bolet bronzé (Boletus œreus DC, Bul.). Cèpe noire, champignon noir.
9° La chanterelle comestible (Cantharellus cibarius Fries). Girolle, jaunet, jaunelet.
10° La clavaire coralloïde (Clavaria coralloides L.).
11° La morille ordinaire (Morchella esculenta Pers., Phallus escukntus L. et Bull.).
12° La trémelle mésentère (Tremella mesenteriformis).
13° L'helvelle comestible (Helvella esculenta Pers.).
14° Les hydnes.
On peut diviser les champignons comestibles en deux classes ; les voici dans l'ordre décroissant de la valeur alimentaire que chacun d'eux représente :
La première classe comprend le champignon de couche ou agaric comestible, le mousseron, le faux mousserom (Ag. tortilis DC), l'agaric atténué (Ag. attenuatus DC), le bolet comestible, le palomet (Ag. palometus Th.), la chanterelle, l'oronge vraie, la golmote ou golmette vraie (Amanita rubescens), la morille ordinaire et la truffe.
La deuxième classe, plus étendue et d'importance moindre, renferme les espèces ci-après, prises parmi les plus usitées : l'agaric boule de neige (Ag. campestris var.), le bolet circinal (B. circulons Pers.), l'agaric alutacé (Ag. alutaceus L.), l'agaric du panicaut (Ag. eryngii DC), le bolet rude (B. scaber DC), le bolet bronzé (B. meus DC), le bolet foie (B. hepaticus DC); les clavaires, qu'on plonge dans l'eau bouillante et dont on fait des conserves pour l'hiver, telles que les Clavaria Coralloides Pers., Cl. pistillaris Bol.,
Cl. Botrytis Pers.; les hytlnes, tels que l'H. sinué {Hydnum repandum L.), TH. écailleux (H. imbricatum L.), TH. lisse (H. lœvigatum Fr.) ; la spathulaire citronnée (S. flavida DC), le polypore blanchâtre ÇPolyporus ovinus Fr.) ; on mange aussi plusieurs lycoperdons quand ils n'ont pas été rendus spongieux par le développement des spores.
Dans les départements du centre et du nord de la France, on mange surtout le champignon de couche, le mousseron, la morille
Fig. 63. — Agaric comestible.
Fig. 64. — Oronge vraie.
et la truffe; dans l'ouest, le faux mousseron; dans l'est, lagalmote; dans le sud-ouest et le midi, le palomet, le cèpe, l'oronge et la chanterelle (Roumeguère).
Malheureusement les avantages que présentent les champignons au point de vue alimentaire sont plus que compensés par la présence dans ce groupe végétal d'un grand nombre d'espèces toxiques pouvant produire les accidents les plus redoutables. Dans les grandes villes, les empoisonnements par les champignons sont rares ; en effet, les marchands ne sont autorisés à mettre en vente que quelques espèces parfaitement connues et faciles à distinguer; c'est ainsi qu'à Paris, et en dehors des truffes, deux espèces seulement peuvent être vendues sur les marchés publics : ce sont l'agaric comestible et la morille.
L'agaric comestible (fig. 63) (Ag. edulis Bul., Ag. campestris L.), ou champignon de couche, est aisément reconnaissable à son pied pourvu d'un anneau, son chapeau blanc ou grisâtre muni en dessous
de lames roses ; il est cultivé en grand dans les galeries souterraines des carrières et dans les caves. La morille a l'aspect et la couleur d'une éponge et ne peut être confondue avec aucune espèce dangereuse.
Sur les marchés de quelques villes du Midi, on autorise la vente de plusieurs espèces d'agarics et de l'oronge vraie (Amanita aurantiaca Pers.) (fig. 64), reconnaissable à son chapeau rouge orangé, à ses lames jaune de soufre, au large anneau qui entoure son pied et à l'espèce de voile blanc qui, enveloppant le champignon au moment où il sort de terre, le fait ressembler à un œuf.
Mais, dans la campagne, il arrive souvent que, par imprudence, •par suite d'une détermination vicieuse, d'une erreur dans la récolte, de terribles empoisonnements viennent frapper parfois des familles entières. Le cadre de ce livre ne nous permet point d'établir la diagnose de toutes les espèces vénéneuses ; nous indiquerons seulement les caractères de celles qui sont les plus redoutables et que l'on rencontre le plus souvent.
Les champignons vénéneux appartiennent aux genres amanite, agaric et bolet. Toutes ces espèces se font remarquer : 1° par un pédicule (stipe) quelquefois renflé à la base; 2° un chapeau tantôt convexe, tantôt concave, muni inférieurement de lames perpendiculaires (amanites, agarics) ou de tubes étroits (bolets). Souvent la face inférieure du chapeau est recouverte d'une membrane horizontale (vélum) qui, partant du bord de ce chapeau, va s'attacher à la partie supérieure du pied; quand elle vient à se rompre, par suite du développement du végétal, elle forme autour du pied un anneau qu'on nomme anneau, bague, collerette. Dans les amanites, il existe, en plus, une poche (volve ou volva) qui enveloppe complètement le champignon. Celui-ci, en s'élevant et s'étalant, compt la volve, et alors, si la rupture a lieu au sommet du chapeau, le pédicule est entouré d'un large sac ; si au contraire la rupture se fait à la base, la volve reste adhérente au chapeau ; si enfin elle se produit circulairement autour du bord, le chapeau reste couvert d'une espèce de coiffe, et le pédicule entouré par une sorte de manchon.
AMANITES. — Deux champignons de cette espèce, l'amanite fausse oronge et l'amanite bulbeuse, sont la cause des cinq sixièmes des empoisonnements.
!• Amanite fausse oronge. Amanita muscaria Pers., Agaricus muscarius L., A. pseudo-aurantiacus Bul. Agaric aux mouches (fig. 65). — Elle ressemble beaucoup par son port et ses couleurs à l'oronge, dont on peut la différencier par les caractères suivants : Pendant sa jeunesse, elle est incomplètement recouverte par la volve. Le chapeau, arge de 12-18 centimètres, d'abord convexe, puis hori-
zontal, à surface un peu visqueuse, est d'un beau rouge écarlate plus foncé au centre, souvent rayé sur les bords et présentant des taches blanches irrégulières provenant des débris de la volve. Les lames sont larges, inégales, non adhérentes, blanches et non d'un jaune tendre comme dans l'oronge vraie; dans la jeunesse, elles sont recouvertes d'une membrane qui laisse plus tard un anneau blanc, large, membraneux. Le pédicule, haut de 8-16 centim., est blanc, plein, un peu bulbeux et écailleux à la base. Odeur nulle. Saveur salée (?). Chair blanche ne changeant pas de couleur à l'air. Elle croît en automne dans les bois.
Fig. 65. — Oronge fausse.
Fig. 66. — Amanite bulbeuse.
2° Amanite bulbeuse. Agaricus bulbosus Bul., Amanita bulbosa Lam., A. phalloïdes. Oronge-ciguë (fig. 66). — On la confond souvent avec l'agaric comestible. Dans sa jeunesse, ce champignon est recouvert en entier par une volve qui se fend en laissant une partie adhérente à la base du pédicule et l'autre au chapeau. Celui-ci est par suite un peu verruqueux, sa largeur est de 6-8 centim.; il est plus ou moins convexe, visqueux, luisant, non strié sur les bords, sa peau adhère fortement à la chair, il ne pelle pas; sa teinte est variable. Les lames sont blanches et non rosées comme chez le champignon de couche; le pédicule, long de 15 centim., cylindrique, toujours renflé à la base, est entouré par une partie de la volve. Anneau large, à bords entiers, régulier, blanc ou jaune, humide. Chair peu épaisse, ferme, blanche. Odeur nauséabonde, devenant cadavéreuse avec l'âge. Croît dans les bois en automne. On en con-
naît trois variétés toutes vénéneuses : 1° l'A. bulbeuse blanche ou Oronge-ciguë, blanche de Paulet (Agaricus bulbosus-vernus Bul.), qui est blanche dans toutes ses parties ; 2° l'A. sulfurine ou Orongeciguë jaunâtre de Paulet (Amanita citrina Pers., Bul.), dont le chapeau et Panneau sont d'un jaune citron ; on remarque de plus, sur le chapeau, des verrues brunes; 3# TA. verdatre ou Oronge-ciguë verte de Paulet (Amanita viridis Pers.). Son chapeau, d'un vert plus ou moins foncé, est ordinairement lisse et sans verrues; l'odeur et la saveur de cette variété sont plus fortes et plus nauséabondes que celles des espèces précédentes.
AGARICS. — Les principaux agarics vénéneux de la France sont au nombre de sept : 1° Vannulaire, 2° l'amer, 3° le brûlant, 4° le meurtrier, 5° le caustique, 6° Vagaric de V olivier, 7° le styptique, que Ton peut ainsi différencier d'après Moquin-Tandon :
Pédicule
i„™« «rtn;a» $ Par fait- • • *• A. annulaire avec collier jfmparfait 2. A. amer, sans collier 3. A. brûlant.
* laiteux ; chapeau I Fous^tre *• A- meurtrier.
laiwu^ , ""»fw»« j jaunâtre 5. A. caustique.
i.t^..i <,„«„«„ i ferrugineux 6. A. de l'olivier.
I latéral; spores } blan&âtres 7. A. styptiqae.
1° Agaric annulaire. Ag. annularis Bul., Tête de Méduse Paul.
— Il vient, dans les bois, par groupes de quarante à cinquante individus, croissant soit à terre, soit sur les vieux arbres. Le chapeau, large d'environ 10 centim., est convexe, mamelonné au centre, un peu écailleux, strié, fauve ou roux. Pédicule de 8-10 centim., charnu, cylindrique, quelquefois un peu contourné à la base, écailleux en haut et muni dans cette partie d'un collet annulaire, redressé et concave. Lames blanchâtres d'abord, puis un peu brunâtres, larges, inégales. Odeur peu agréable. Saveur styptique. On n'est point d'accord sur les propriétés de ce champignon : pour les uns, il est vénéneux; pour les autres, il est inoffensif. Peut-être ses propriétés changent-elles avec le climat ou se modifient-elles par la cuisson. D'un autre côté, comme ses effets délétères n'ont été constatés que sur les chiens, il serait possible qu'il fût inoffensif pour l'homme.
2° Agaric amer. Ag. amarus Bul., Ag. lateritius Schœf. (flg. 67).
— 11 croît au pied des vieux arbres, dans toutes les saisons. Son chapeau, de 4 centim. environ, d'abord bombé, puis plan et enfin creux, présente une surface sèche d'un jaune rougeâtre, souvent foncée au centre. Pédicule de 6-7 centimètres, cylindrique, un peu tortueux, jaunâtre, montrant dans sa partie supérieure et près des lames les débris d'un anneau. Lames serrées, inégales, d'un gris
verdâtre, noircissant avec Page. Odeur agréable, saveur amère, nauséabonde; il perd en partie par la cuisson ses propriétés délétères ; mais Peau qui a servi à cette opération devient éméto-cathar tique. 3° Agaric brûlant. Ag. urens Bul. (flg. 68). — Son chapeau, assez régulier, de 4-5 centim. de diamètre, convexe d'abord, plan ensuite, rarement concave, est fauve ou gris roussàtre avec des taches noirâtres dans le centre. Lames d'un roux plus ou moins foncé, étroites, inégales, se terminant à 2 millimètres d'un pédicule de 40-15 cent, de long, plein, cylindrique, grêle, glabre, un peu renflé et velu à la base, sans anneau, d'un gris roussàtre. Chair ferme, mince, blanche. Saveur poivrée et brûlante. Cette espèce est très vénéneuse; on prétend que grillée elle perd ses propriétés toxiques.
Fig. 67. — Agaric amer. Fig. 68. — Agaric brûlant.
Fig. 69. — Agaric meurtrier.
4° Agaric meurtrier. Ag. necator Bul. Morton, Rafifoult, Mouton zone (flg. 69). — Très commun dans les bois en automne. Chapeau de 6 à 8 centim., d'abord convexe, puis plan, et enfin se creusant au centre, d'un brun roux, marqué quelquefois de zones concentriques et recouvert de petites pellicules inégales, à bords roulés en dessus. Lames inégales, roussâtres ou bleuâtres. Pédicule de 8 à 10 centimètres, cylindrique, aminci ou renflé à la base, épais, d'un blanc sale. Chair mince, blanchâtre, jaunissant à l'air; suc blanc ou jaunâtre, acre et caustique. La cuisson paraît lui enlever son principe vénéneux ; néanmoins on doit s'en abstenir.
5° Agaric caustique. Ag. pyrogalus Bul. (flg. 70). — Chapeau de 10-16 centim., un peu convexe sur les bords, concave au centre, d'un rouge assez vif avec des zones concentriques de couleur plus foncée, tomenteux dans sa jeunesse, glabre plus tard; lames iné-
gales, rougeâtres ou jaunes; pédicule de 3-4 centim., cylindrique, plein, nu, jaunâtre, un peu aminci à la base. Chair ferme, épaisse, blanche, ne changeant pas de couleur à Pair. Suc d'un blanc jaunâtre, saveur acre et caustique. L'âcreté semble disparaître par la cuisson, mais l'espèce est vénéneuse.
Fig. 70. — Agaric caustique.
Fig. 71. — Agaric de l'olivier.
6« Agaric de l'olivier. Ag. olearius DC, Oreille de Volivier (flg. 71).
— 11 naît ordinairement par touffes sur les racines dejl'olivier et de quelques autres arbres, tels que le charme, le lilas, lejlaurier-tin, l'yeuse. 11 est souvent phosphorescent pendant la nuit. Chapeau grand, flexueux, ondulé, contourné, convexe d'abord, puis [étalé et enfin infundibuliforme; d'un brun rouge plus foncé au centre et sur les bords; lames inégales, décurrentes sur le pédicule. Celui-ci souvent très excentrique, un peu recourbé, atténué en bas, et roussâtre. Chair dure et filandreuse. Saveur fraîche et aigrelette. Il est fort vénéneux.
7° Agaric styptique. Ag. stypticus Bul., Oreille d'homme (flg. 72).
— Chapeau oblong ou réniforme, à bords enroulés en dessous et ressemblant assez à une oreille d'homme, présentant 3 centim.|environ dans son plus grand diamètre, d'un brun cannelle ou jaunâtre, souvent farineux à la surface. Lames inégales, blanches ou roussâtres; pédicule de 10-15 millim., latéral, un peu comprimé, plein, se dilatant vers le haut. Chair d'abord mollasse, puis coriace. Odeur peu marquée; saveur amère, acre, astringente. II n'est peut-être pas vénéneux, mais il purge fortement. 11 croît sur les vieux troncs
d'arbres coupés à ras de terre. VAgaricus nigricans est au moins suspect.
BOLETS. — D'après certains auteurs, tous les bolets peuvent être mangés impunément quand ils sont jeunes et sains; tandfsque, d'après Moquin-Tandon, plusieurs espèces de la France sont vénéneuses; ce sont le pernicieux, le cuivré, Yindigotier, le chicotin, que Ton peut distinguer aux caractères suivants :
l rouges 1 . B. pernicieux:
TllUa ) jaunes 2. B. cuivré. •
lunes < i bl 3 B indigotier.
( blancs; cassure devenant J roge ^ 4 fi ch£Z.
On peut ajouter à cette liste les Boletus purpureus, satanas, piperatus, viscidus.
Le Bolet pernicieux, Boletus luridus Schœf., B. perniciosus Roq., Bolet à tubes rouges (flg. 73), présente un chapeau de 3-4 décimè-
Fig. 72. — Agaric styptique. Fig. 73. — Bolet pernicieux.
très, arrondi, bombé, dont la surface un peu cotonneuse et olivâtre devient rougeâtre et visqueuse. Tubes presque libres, très longs, jaunes, à surface rouge. Pédicule cylindrique, gros, renflé à la base, atténué au sommet, présentant dans le haut un réseau rougeâtre. Chair molle, jaunâtre, passant au bleu, au vert, puis au vert noirâtre, quand on brisé le champignon. Odeur forte, nauséeuse; très ■dangereux; il produit sur les animaux des vomissements répétés avec mouvements convulsifs.
Parmi les polypores, l'agaric blanc (Polyporus officinalis Fr.) est drastique, les deux amadouviers sont au moins suspects, les Polyporus sulfureus et lucidus sont vénéneux.
Caractères des champignons vénéneux. — Existe-t-il des caractères à l'aide desquels on puisse reconnaître au premier coup
d'œil les champignons vénéneux? Y a-t-il des règles permettant de choisir à coup sûr les champignons comestibles? Les botanistes répondront toujours négativement à cette question; mais il est des personnes qui prétendent la résoudre à l'aide de procédés empiriques : les uns conseillent, dans ce cas, de faire cuire les champignons avec une cuiller d'argent ou d'étain, qui conserve son brillant, si l'espèce est inoffensive; les autres recommandent l'intervention du lait, qui ne se caille qu'autant que la plante est malfaisante; les autres enfin ont recours aux oignons blancs, qui ne doivent pas noircir en cuisant en même temps que le champignon, si celui-ci est comestible. Cet empirisme grossier vaut celui des anciens, qui rejetaient comme nuisibles les champignons trouvés près d'un trou de serpent, d'un drap moisi, d'un arbre vénéneux, d'un clou rouillé. La crédulité de nos jours ne le cède en rien à celle du temps passé.
Les caractères généraux que l'on a essayé de tirer de la couleur, de l'odeur, de la saveur, ne présentent pas plus de garanties. D'après quelques auteurs, en effet, le jaune pur ou doré, le brun mat, le violet, le blanchâtre, le rouge vineux, appartiennent à des espèces malfaisantes, mais ces signes n'ont rien de bien certain; l'odeur et la saveur fourniraient peut-être de meilleurs caractères", mais il ne faut point accorder à ces indices une valeur absolue. Il y a, il est vrai, présomption défavorable pour tous les champignons dont la saveur est acide, styptique, acerbe, amère, poivrée, acre, brûlante, ou dont l'odeur est nauséabonde ou fétide, car les champignons comestibles ont un goût fin, un parfum agréable; mais la règle n'est pas infaillible, car la saveur des hydnes, des chanterelles, de quelques russules, de plusieurs bolets alimentaires, est acre et amère; par contre, YAgaricus pileolarius Bul., dont l'odeur est douce et agréable, constitue une espèce vénéneuse.
On a remarqué que les bonnes espèces ont le plus souvent une cassure nette, une texture compacte, que leur chair est le plus souvent blanche, et que ces espèces croissent de préférence dans les lieux secs et découverts ; il faudrait, par suite, s'abstenir de ceux dont la chair molle et aqueuse change de couleur quand on les entame, et qui viennent dans les cavernes, les souterrains, les matières animales en putréfaction. Nous ferons pourtant observer que certains bolets comestibles ont la chair molle et aqueuse; que la cbair blanche de l'agaric comestible sauvage prend une couleur citrine ou rougeâtre quand on la froisse; que plusieurs coprins venus sur le bois mort, le fumier, sans être de bon goût, sont inoffensifs; que dans les bois sombres et humides aussi bien que dans les plaines se rencontrent des espèces toxiques vivant côte à côte d'espèces alimentaires.
Il est certain que l'anneau existe plus souvent chez les champignons comestibles que chez les champignons vénéneux; que dans les premiers le pédicule se creuse plus souvent que dans les seconds ; que c'est chez ces derniers que l'on rencontre plus fréquemment des champignons visqueux, verruqueux, parsemés de débris de membrane; mais, nous le répétons, il n'y a rien d'absolu dans ces indications; on pourrait se trouver entraîné aux plus fatales méprises si Ton s'y fiait aveuglément. On ne saurait voir non plus la preuve qu'un champignon est comestible, dans ce fait qu'il a été dévoré par des limaces, des vers; car ces animaux attaquent les espèces les plus toxiques. La présence d'un lait acre ne constitue pas davantage un motif d'exclusion; car plusieurs lactaires, VAgaricus deliciosus entre autres, sont comestibles. Mais, dans tous les cas, un champignon doit devenir suspect lorsqu'il a éprouvé un commencement d'altération et alors même qu'il est cueilli depuis plus de vingtquatre heures; car les propriétés toxiques peuvent se développer lorsque le champignon vieillit ou se dessèche.
Quelle conclusion tirer de cet exposé, où, les faits négatifs l'emportant sur les faits positifs, on arrive à rejeter aussi bien les espèces nuisibles que les espèces comestibles, sans pourtant entourer le choix que l'on fait des dernières, de garanties absolues? On doit reconnaître chaque espèce aux caractères botaniques; les différencier soigneusement, avec cette aide, des espèces voisines, surtout quand le même genre contient des espèces comestibles et des espèces vénéneuses. La forme, la taille, la couleur, le port, l'odeur, la saveur, viendront compléter les indications botaniques. A défaut des données combinées de la science et de l'expérience, on pourra s'en rapporter à la pratique de certaines personnes qui, quoique peu lettrées, connaissent parfaitement les espèces comestibles; mais ici encore l'erreur est possible, puisque Moquin-Tandon rapporte avoir vu mourir, à Montpellier, empoisonnés par les champignons, deux individus qui en récoltaient et en vendaient depuis vingt-cinq ans.
Il est vrai que, d'après E. Gérard, on parvient à rendre comestibles certains champignons vénéneux en les réduisant en fragments que l'on met à macérer, pendant 30 à 45 minutes, dans de l'eau salée ou acidulée (2 cuillerées de sel de cuisine ou 3 cuillerées de vinaigre dans un litre d'eau, pour 500 grammes de champignons). La pratique paraît sûre pour la fausse oronge et l'oronge-ciguë ; reste à savoir s'il convient de la généraliser et surtout de la vulgariser, quand on songe que F. Gérard est peut-être mort empoisonné par les champignons. Dans tous les cas, si ces champignons sont devenus inoffensifs par suite de ce traitement, ils sont aussi devenus détestables au goût. On a également indiqué la chaleur, qui en coa-
HÉRAUD. PLANTES MÉD. 11
Jgg , CHAMPIGHONS
Kulant le suc de certains champignons, VAgaricus acris par exemple, peut détruire leur action délétère; mais, comme les expériences de ce genre qui ont été tentées sont peu nombreuses, rien ne prouve nue ce mode d'opérer soit toujours efficace.
Composition chimique — Les champignons contiennent de 70 à 94 pour 100 d'eau de végétation. Le reste est formé de sels et de substances organiques, parmi lesquelles figurent des huiles essentielles spéciales à chaque espèce et toujours en petite quantité; des matières colorantes, résinoïdes, cireuses, grasses {agwrwine de Gobley adipocire de Vauquelin) ; de la glycose, de la mannite, des acides organiques divers, des matières visqueuses (viscosine de Boudier mycétine) ; rarement de la fécule ; de la cellulose (fungtne de Braconnot), de l'osmazone, des substances albuminoïdes et Quelquefois des alcaloïdes plus ou moins bien définis, tels que la hulbosine trouvée par Boudier dans l'amanite bulbeuse, Vatnamtineil) signalée par Letellier. La fausse oronge contient un alcaloïde la muscarine, qui, par son action antimydriatique, présente une certaine analogie avec la pilocarpine et la physostigmine. Cest un poison redoutable déjà dangereux pour l'homme à la dose de 5 mHlterammes, qui détermine la mort en paralysant la circulation, la respiration et dont les effets peuvent être neutralisés par l'atro- Dine.ou la duboisine.
E«iM,I««-ne«-«« P~ le. eh—plg..-* - I*s champignons vénéneux donnent naissance aux accidente suivants : quelque temps acres l'ingestion, c'est-à-dire 7, 8, 10, 12 heures et quelquefois 16 et 24 heures, gêne et douleur à l'épigastre, vomissements violents, soif Tive, tranchées, selles nombreuses, sensibilité excessive de l'abdomen et de l'épigastre, pouls petit, fréquent, irrégulier, faiblesse extrême, puis vertiges, pesanteur de la tête, stupeur, délire, assoupissement, léthargie. Le corps se refroidit, la face devient hiDDOcratique, presque cholérique. Dans les cas mortels, la terminaison survient au bout de 2 ou 3 jours; dans les cas moins graves, il reste une inûammation gastro-intestinale dont la gue-
rison est lente. .
Dans les cas d'empoisonnement par tes champignons, la première indication à remplir est de provoquer le plus rapidement possible les vomissements soit en titillant la luette, soit en enfonçant les doiirts dans la gorge, soit en administrant 10 à 20 centigrammes d'émétique en 2 ou 3 prises, dans un peu d'eau. A défaut d^metique, on donne une ou deux tasses d'huile tiède, et l'on seconde l'action de ce liquide par les moyens mécaniques. Il convient également de débarrasser le tube intestinal par un purgatif tel que l'huile de rian, le sulfate de soude, l'infusion de séné, administres soit par la
CHAMPIGNONS lg3
bouche, soit en lavements. Le poison une fois expulsé, on corn-
ïlg. 74. — Tissas et basides de YAmanita bulbosa, var. citrina, avant el après la cuisson, d'après M. Boudier. — 1 . Tissa cellulaire da chapeau : a, a, filaments grêles ; b, b, grandes celloJes cylindriques. — 2. Basides ayant subi la cuisson : a, a, tissa sous-hyménial ; b, b, basides fertiles; c, c, stérigmates ; d, spore. — 3. Tissa da chapeau après la cuisson : a, a, grandes cellules cylindriques fanées et remplies de granulations d'albumine coagulée -,J>, 6, filaments grêles du parenchyme; c, e, spores. — 4. Hyménium et tissu sous-hyménial : a, a, filaments grêles du parenchyme; b, portion d'une grande cellule cylindrique; c, cellules courtes da tissu sous-hyménial ; d, d, basides stérides ; /, stérigmates ; g, spores.
battra Ja stupeur par les acides, l'ammoniaque, le café, rétfaer;
l'inflammation par les antiphlogistiques, les émollients ; la douleur par l'opium. Quant au principe toxique, il est trop mal connu pour qu'on puisse lui opposer un antidote chimique ; le tannin, l'iodure ioduré de potassium ont été pourtant proposés, mais sans efficacité reconnue. Il y aurait peut-être lieu de recourir à l'extrait de belladone, 10 à 15 centigrammes, ou aux injections d'atropine ou de duboisine. Il faut éviter d'administrer l'eau salée ou vinaigrée au début, comme on le fait malheureusement quelquefois par suite d'un préjugé populaire.
Fig. 75. — Spores de divers champignons, montrant leur apicnle ou hile (cl, a, a), d'après M. Boudier. — 5. Amanita bulbosa, var. citrina. — 6. Amanita bulbosa var. alba. — 7. Amanita muscaria. — 8. Russula emetica. — 9. Ag ariens campes* tris. — 10. Agaricus déliciosus.
En même temps, on doit recueillir avec soin et conserver dans l'eau salée les débris de champignon incriminé trouvés dans les détritus de cuisine, et ceux qui ont été évacués par les vomissements. Il y a, en effet, tout avantage à étudier à loisir, à l'aide du microscope, ces débris, et cela autant au point de vue médical, pour rapporter à une espèce déterminée les symptômes observés, qu'au point de vue médico-légal. En effet, il résulte des travaux de Boudier que la forme des spores est très souvent caractéristique d'une espèce toxique ; d'un autre côté, comme ces spores résistent aux actions digestives et à la cuisson, il devient possible de déterminer
par l'investigation microscopique l'espèce de champignon incriminé. Les figures 74 et 75, empruntées au mémoire de Boudier, montrent tout l'avantage que l'on peut retirer, dans ces cas, de l'examen des caractères anatomiques. Letellier et Speneux ont pourtant soutenu qu'il n'est pas possible de reconnaître, à ses spores, une espèce vénéneuse quelconque.
CHANVRE ORDINAIRE. Cannabis sativa Lin. Cannabinées. (fotwa&ç, chanvre.)
Description. — Plante de 1 à 2 mètres, d'odeur forte, désagréable, vireuse, pouvant déterminer des vertiges et de la céphalalgie. Racine pivotante, ligneuse, blanche. Tige dressée, raide, effilée, obscurément quadrangulaire, fistuleuse, rude, velue, simple ou rameuse, à liber constitué par des fibres textiles. Feuilles pétiolées, opposées au bas de la tige, alternes au sommet, palmatiséquées à 5-7 segments ovales, lancéolés, dentés en scie ; les supérieures réduites à 3 ou 1 segment ; les unes et les autres sont rudes, pubescentes, d'un vert pâle en dessous. Stipules libres. Fleurs (juinseptembre) d'un jaune pâle ou verdâtres, dioïques, rarement monoïques. Mâles (fig..76), pendantes, disposées en grappes de cymes au sommet de la tige ; périgone à 5 folioles presque égales, étalées, lancéolées ; étamines 5, dressées ; filets courts, capillaires ; anthères terminales, longues, biloculaires. Femelles (flg. 77), affectant la même disposition que les mâles, plus petites, presque sessiles, munies chacune d'une petite bractée ; le périgone consiste en un sépale fendu en long et ressemblant à une spathe, renflé à la base et entourant l'ovaire ; styles 2, saillants, subulés, velus ; stigmates 2, longs et filiformes. Fruit (aehaine) brun ou noirâtre, vulgairement appelé chènevis, bivalve, indéhiscent, se partageant en 2 valves par la pression, recouvert par le calice. Graine blanche et huileuse. ®. Le vulgaire nomme souvent femelles les pieds mâles qui sont plus grêles, et réciproquement.
Habitat. — Le chanvre est originaire de l'Orient ; il est cultivé aujourd'hui dans toute l'Europe. C'est une plante de grande culture ; nous ne décrirons donc pas la manière de le reproduire et de le récolter. Le chanvre indien (Cannabis indica) paraît n'être qu'une simple variété.
Parties usitées. — Les feuilles, les inflorescences, et les fruits, qu'on appelle improprement graines.
Composition chimique. — Il contient une matière résineuse (cannabine ou hachischine) et une huile volatile. La matière résineuse est d'un vert brunâtre foncé, d'une odeur nauséeuse et aromatique; sa saveur est poivrée, acre et persistante ; elle est soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles fixes et volatiles, insoluble dans l'eau et
l'alcool faible. L'huile essentielle est d'un jaune ambré foncé, plus
légère que l'eau, se congelant à + 12° ou + W°; respirée, elle provoque un frémissement singulier, un besoin extraordinaire de locomotion, suivi d'abattement et même de syncope ; elle est formée par la réunion de deux hydrocarbures : l'un, le cannabêne , C3fH20, qui bout entre 235° et 240°; l'autre, Ci2H14,serait un hydrocarbure de cannabêne. C'est à cette huile volatile qu'il faut attribuer les propriétés du chanvre; mais elle est si intimement unie à la résine,»
qu'il est fort difficile de l'en séparer; aussi la résine peut-elle être employée aussi efflcacement que l'huile essentielle elle-même.
Les graines contiennent une huile grasse (huile de chènevis).
Formes •*•*" »aeentiq«**> *•"
ses. — 1° Infusion des feuilles, pp. 30 à 60 : 1000. 2° Infusion des
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'& — Chanvre mâle.
semences, pp. 30 à 60 : 4000. 3° Émulsion de chènevis, pp. 60 à 430 : 40GO. Feuilles en cataplasmes.
Usages* — Les feuilles fraîches, en cataplasmes sur les tumeurs blanches, en facilitent la résolution. L'infusion des graines a été employée avec avantage dans la gonorrhée, et Pémulsion pour calmer l'irritation de la vessie dans le catarrhe vésical. L'huile de cbénevis et l'émulsion ont été proposées , la première en friction sur les seins, la deuxième à l'intérieur, pour combattre la galactorrhée. L'huile est donnée, en lavements, contre la colique de plomb.
Hachisch. — Les sommités fleuries du chanvre indien portent le nom de hachisch (herbe en arabe, Yherbe par excellence) ; elles sont employées depuis plusieurs siècles, dans l'Orient, à cause des sensations, des rêves agréables, de la stupeur voluptueuse , qu'elles éveillent chez ceux qui en f ontusage.
C'est un mélange de petits fragments de tiges, de folioles, de fleurs, de fruits imparfaitement développés, qu'on récolte au moment où la fleur commence à grainer. La plante cultivée en France ne possède que très affaiblies les propriétés de celles de l'Orient. Ces sommités sont employées de diverses manières et subissent des préparations qui varient avec les pays ; tantôt on en fait des infusions ou des décoctions, d'au-
Fig. 77. — Chanvre femelle.
très fois on les mâche, on les fume à la manière du tabac. Le madjoun des Arabes, ou esrar des Turcs, est un hachtech légèrement torréfié que Ton prend mélangé à du miel. V extrait gras (hachisch proprement dit) s'obtient en chauffant le hachisch avec du beurre et un peu d'eau. Son action est très énergique ; c'est une matière épaisse, tenace, d'un jaune verdâtre, d'une odeur désagréable, d'une saveur acre qui s'oppose à ce qu'on l'emploie seule. On l'additionne toujours de substances aromatiques. Dose, 2 à 4 gram. Le dawamesc est une pâte molle, brune, d'odeur et de saveur agréables, préparée avec l'extrait gras, le miel et des aromates ; on y ajoute quelquefois des cantharides pour le rendre aphrodisiaque. Dose, 20 à 30 gram. Dans l'Inde, on emploie les préparations suivantes : le churrus, résine extraite des feuilles ; le cunjah, tiges et sommités fleuries, que l'on fume ; le bangh, feuilles et fleurs séchées sur la tige, on les fume ou l'on en fait une boisson. Au Caire, sous le nom de chatsraky, on consomme une solution alcoolique.
Action physiologique. — Toutes les préparations de hachisch exercent une action remarquable sur le système nerveux : sous son influence, toutes les manifestations des nerfs acquièrent une plus grande activité ; cette excitation se communique également aux fonctions digestives et génésiques. A dose plus élevée, elles déterminent de l'analgésie, de l'anesthésie, un état cataleptique; la pupille se dilate. L'ivresse qu'elles occasionnent est gaie, quoique accompagnée d'hallucinations bizarres, surtout du côté de la vue et de l'ouïe. Cependant il arrive quelquefois que les mangeurs de hachisch deviennent furieux et portés à commettre toutes les violences. Les breuvages à l'aide desquels le Vieux de la Montagne, au temps des croisades, obtenait le dévouement fanatique de ses sectateurs ou hachischins (dont on a fait le mot français assassin) , avaient, dit-on, le hachisch pour base. Ces symptômes d'excitation font place, suivant la dose, soit au sommeil, soit à la stupeur. Son usage permanent détermine une intoxication (cannabisme) qui plonge ceux qui s'y livrent dans un état de torpeur, d'imbécillité et d'idiotisme. En résumé, le hachisch serait enivrant, exhilarant, soporifique, stupéfiant, anesthésique, mydriatique, hypocinétique, c'est-àdire modérateur de la contraction musculaire. Quelques-unes de ces propriétés sont utilisées en médecine.
Usages. — Les effets enivrants et exhilarants ont été mis à contribution dans certaines monomanies, pour substituer un délire artificiel et passager au délire maladif. Les effets stupéfiants, hypnotiques, antispasmodiques peuvent trouver leur utilisation dans l'hystérie, la chorée, l'épilepsie, le rhumatisme apyrétique, la goutte, la rage, le delirium tremens, l'épilepsie, partout, en un
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