‹ Nouveau dictionnaire des plantes médicinalesChapitre 62 sur 226 · Partie usitée. — Toute la plante fleurie · texte numérisé non relu

Partie usitée. — Toute la plante fleurie

Récolte, dessiccation. — On le récolte en juin, alors que les fleurs ne sont pas épanouies. Il est alors plus actif, car il est gorgé d'un suc rougeâtre. On réunit les tiges et les sommités en paquets minces qu'on sèche à l'étuve ou au soleil.

Composition chimique. — Le chardon bénit contient : matière grasse verte, huile volatile, gomme, traces de soufre, nitrate de potasse, sels, cnicin. Ce dernier corps est une substance neutre, cristalline, blanche, très amère, peu soluble dans l'eau, l'étber et les acides, soluble dans l'alcool et les alcalis, provoquant le vomissement à la dose de 3 décigr.

Formes pharmaceutiques, doses. — 49 Poudre, 1 à A gr. 2° Infusion, pp. 46 à 60 : 1000; la décoction est lourde et difficile à digérer. 3° Infusion vineuse, 30 à 80 : 1000 de vin, par cuillerées avant le repas. 4° Suc, 30 à 100 gr. 5» Extrait, 2 à 4 gr. en pilules, bols. 6* Eau distillée, 60 à 120 grammes. 7° Teinture, 2 à 5 grammes.

Usages. — Le chardon bénit a joui d'une réputation dont il est aujourd'hui bien déchu. C'est un médicament que son amertume permet d'utiliser dans les fièvres intermittentes, légères, les fièvres éruptives avec atonie, les fièvres continues. Son action tonique lui assure un emploi dans l'anorexie, la dyspepsie. Il serait également sudorifique, et comme tel on l'a recommandé dans les affections de poitrine, telles que la pneumonie, la pleurésie. Il a été pendant longtemps considéré comme alexipharmaque. Les propriétés émétiques du cnicin ont empêché de l'employer en médecine ; ce serait pourtant un fébrifuge supérieur à la sa Heine. La décoction et l'eau distillée de chardon bénit ont été indiquées, à l'extérieur, sur les ulcères atoniques, gangreneux et cancéreux.

CHÊNE A GALLES. — Quercus tusitanica orientons infeetoria A. DC. Chêne des teinturiers. Amentacées-Cupuufèhes. (Infectorh*, qui sert à teindre, par allusion à ses usages en teinture.)

Deaertptian (fig. 79). — Végétal ayant le port d'un buisson rabougri. Racines dures, pivotantes, ligneuses, ramifiées. Tige de 43 à 46 décim., tortueuse, noueuse, ainsi que les branches. Feuilles alternes, courtement pétiolées, petites, arrondies ou cordées à la base, se terminant en pointe au sommet et présentant latéralement des dents inégales, coriaces, lisses, glabres et luisantes en dessus, pubescentes et ternes en dessous, tombant à l'automne. Fleurs monoïques. Mâles en chatons longs et grêles à la partie inférieure des jeunes rameaux ; périgone à 4-5 segments ; étamines 8-40 à filets courts. Femelles solitaires, groupées à l'aisselle des feuilles

Fig. 79. — Chêne à galles.

supérieures, à involucre globuleux, formé par des écailles foliacées imbriquées et serrées, devenant plus tard une cupule. Calice propre, très petit, à 6 dents aiguës, adhérent à un ovaire infère, allongé, à 3 loges confuses, biovulées. Style épais, cylindrique, assez court; stigmates 3, spatuliformes. Fruit (gland) allongé, sessile, presque cylindrique, long d'environ 2 à 3 centim., et 2 ou 3 fois plus long que la cupule; celle-ci sessile, légèrement cotonneuse, formée d'écaillés petites, imbriquées, très serrées. Le gland, dont le sommet est légèrement ombiliqué, est monoculaire, monosperme, et contient une graine unique remplissant toute la capacité du péricarpe. ^.

Habitat. — Croît dans toute l'Asie Mineure, jusqu'aux frontières de la Perse ; il s'est acclimaté dans le Portugal et le midi de l'Espagne. On peut le cultiver dans nos départements méridionaux.

Partie usitée. — Les galles, qui naissent aux bourgeons des jeunes rameaux. Ce sont des excroissances morbides produites par la piqûre d'un insecte.

Galle verte d'Alep, galle du Levant. — Elle est produite par la piqûre du Cynips ou IHplolepis gallœ tinctoriae (fig. 80), insecte hyménoptère, appartenant au sous-ordre des térébrants. La femelle perce les bourgeons à peine formés, à l'aide d'une tarière dont son abdomen est pourvu, et dépose un œuf dans la blessure. Le bourgeon, dénaturé par la présence de cet œuf, se développe irrégulièrement ; les sucs nourriciers y abondent, et au bout de quelque temps il s'est complètement transformé en un corps arrondi qui ne retient plus de sa forme primitive que des aspérités dues à l'extrémité des écailles soudées. L'insecte éclôt au milieu de la galle, y subit toutes ses transformations, et, quand il est arrivé à l'état parfait, il perce sa prison et s'envole. La galle d'Alep, sauf les aspérités dont nous venons de parler, est de forme hémisphérique, du volume d'une noisette, d'un vert noirâtre, glauque, quelquefois un peu jaunâtre, dure, compacte, plus dense que l'eau. Coupée par le milieu (flg. 80), elle présente plusieurs couches concentriques,

d'épiderme, de parenchyme et de tissu cellulaire rempli d'amidon. Au centre de la couche amylacée se trouvent la cavité a occupée par l'insecte, et autour de cette cavité de grandes lacunes ou cellules b qui, d'a- Fig. 80. - Galle d'Alep. Près Guibourt, contiennent

l'air destiné à la respiration de l'animal. On doit recueillir la galle en juillet, avant que l'insecte l'ait abandonnée ; on reconnaît que la sortie de l'animal a eu lieu au trou rond de 1 à 2 millimètres dont la paroi est percée. La galle s'est alors décolorée (galle blanche), elle a perdu, avec une partie de son poids, une grande quantité du tannin qui la faisait rechercher. On estime la valeur des galles en déterminant la quantité de tannin qu'elles contiennent. La galle de Smyrne est plus volumineuse, moins colorée, moins dense que celle d'Alep. La petite galle couronnée d'Alep vient sur les bourgeons terminaux ; elle est de la grosseur d'un pois et se termine par des tubercules disposés en couronne.

Composition chimique. — La galle d'Alep renferme : chlorophylle, huile volatile, gomme, amidon, fibre ligneuse, sucre liquide, albumine, acides lutéogallique, ellagique, gaUiquet tannique. La

quantité de l'acide tan nique oscille entre 26 et 65 pour 400.

Formes pharmaceutiques, doses* — 4° Poudre de noix de galle, 5 décigr. à 2 gr. 2° Teinture, 2 à 8 gr. 3° Infusé, pp. 4 à 8 : 1000. 4° Pommade avec la poudre fine incorporée à l'axonge. 5° Teinture de noix de galle composée de Lepère. Incompatibles : sels métalliques, gélatine, alcaloïdes.

Usages. — C'est un tonique, un hémostatique, un astringent très énergique, mais dont l'activité est très variable, par suite de l'inégale quantité de tannin qu'elle contient ; aussi lui préfère-t-on aujourd'hui cet acide. Néanmoins elle est encore employée pour combattre les hémorrhagies du tube digestif et les hémorrhagies hémorrhoïdales, les leucorrhées, les blennorrhées, le relâchement du vagin, les fissures à l'anus, pour modifier les ulcères atoniques, pour contracter les sphincters relâchés ; on l'applique en pommade sur les hernies des nouveau-nés. C'est le contre-poison des alcaloïdes et de l'émétique. L'extrait a été préconisé contre le tœnia.

CHÊNE ROUVRE. Quercus robur L. Amentacées-Cupulifères. Il comprend deux sous-espèces fondées sur le caractère des glands portés sur des pédoncules allongés ou sessiles. Ces sous-espèces se divisent elles-mêmes en plusieurs variétés. Les sous-espèces sont : 4° le Ch. Pédoncule (Q. pedunculata Wild., 0. robur a L.), Ch. blanc, Ch. à grappes, Gravelin, Rouvre; 2° le Ch. a glands sessiles (Q. sessilifolia Sm., 0. robur 6 L.), Ch. rouvre, Ch. à trochets, Durelin.

Description. — Arbre de haute taille, à branches étalées, à bois dur, surtout dans la variété pedunculata. Feuilles alternes, plus ou moins longuement pétiolées ou sessiles, oblongues, plus larges vers le sommet, inégalement et profondément découpées sur les bords en lobes arrondis et sinueux ; leur face supérieure est lisse et verte, l'inférieure presque glauque, marquée de nervures latérales et obliques ; elles sont munies à la base de 2 stipules linéaires très étroites. Fleurs (avril-mai) monoïques. Mâles, jaunâtres, formant un chaton long, mince, large et pendant, placé au-dessous des fleurs femelles ; périgone membraneux, monophylle, à 5 segments. Etamines 6-8 ; filets courts ; anthères ovales, à 2 loges. Femelles, rousses, solitaires, groupées sur les jeunes rameaux, à l'aisselle des feuilles supérieures, tantôt sessiles, tantôt soutenues par un pédoncule commun. Calice monophylle, hémisphérique, coriace, rugueux en dehors. Ovaire supère, à 3 loges biovulées, 3 styles courts et épais. Fruits (gland) (août-septembre) sessiles sur un pédoncule très court ou bien 5 ou 6 fois plus long que le pétiole. Ce fruit, ovoïde, présentant au sommet une petite pointe mousse, à péricarpe coriace et luisant, ne contient qu'une seule graine et est enchâssé,

par sa base, dans une cupule hémisphérique assez épaisse, lisse en dedans, formée en dehors par des écailles courtes et apprimées. 5-

Habitat. — Le chêne géant des forêts européennes ne dépasse pas, dans les montagnes, 8 à 900 métrés d'altitude.

Parties usitées. — L'écorce, les fruits, les feuilles et les galles.

Récolte, deastceattaa. — On enlève l'écorce sur les branches de 3 ou 4 ans, un peu avant la floraison ; les feuilles se récoltent pendant Tété. Il est facile de les dessécher, à cause de leur tissu sec et résistant. On recueille les glands à l'automne ; on doit les sécher rapidement à l'étuve.

Éeorce. — Elle présente des caractères différents suivant l'âge de l'arbre et des branches. Lorsque l'arbre est vieux, elle est épaisse, rugueuse, noire et crevassée en dehors, rougeâtre en dedans; si l'arbre est jeune, elle est lisse, presque sans crevasse, d'un blanc verdàtre en dehors, d'un brun rougeâtre à l'intérieur. Son odeur est forte, sa saveur acre et astringente ; séchée et réduite en poudre, elle constitue le tan qui sert à tanner les peaux ; le tan tamisé donne une poussière, la fleur de tan, qui est employée en médecine. Le tan contient : acides gallique et tannique, sucre incristallisable, pectine, tannâtes de chaux, de magnésie, de potasse, et de la quercine, substance voisine de la salicine et se dissolvant dans l'eau, l'alcool et l'éther.

Les formes pharmaceutiques de l'écorce sont : 1° la décoction, pp. 10 à 30 : 4000; 2° la poudre (fleur de tan), 2 à 24 grammes; 3° l'extrait aqueux, 1 à 2 grammes. A l'extérieur : 4° la décoction, pp. 30 à 60 : 4000; 2* le vin, 60 à 80 : 4000. Incompatibles : les carbonates alcalins, l'eau de chaux, les sels métalliques, la gélatine.

L'écorce est un des astringents les plus énergiques. Cette astringence est telle, que son usage fort longtemps continué fatigue l'estomac. On l'a vantée comme fébrifuge sous le nom de quinquina français, en l'associant à la camomille et à la gentiane. Elle est surtout réservée à l'usage externe; on l'emploie soit en poudre, soit en décoction, pour modifier les plaies de mauvaise nature; contre la gangrène, la pourriture d'hôpital, les plaies de position ; en gargarisme dans l'angine chronique, l'angine gangreneuse ; en injections dans la leucorrhée ; sous forme de bains, chez les enfants affaiblis ou atteints de fièvre intermittente. On en fait quelquefois usage dans la dysenterie, l'hémoptysie. La poudre a été utilisée pour l'embaumement des cadavres. On a conseillé les bains de tan dans les engorgements glanduleux, les ulcères scrofuleux, les dartres. On s'est également servi de la jusée, liquide provenant des

fosses des tanneurs; on en prépare un extrait qui a été indiqué dans le traitement de la phthisie.

Glands. — Us contiennent : fécule, huile grasse, résine, gamme, tannin, légumine, extractif amer, ligneux, sels de potasse, de chaux, d'alumine, quercite. La quercite, C^H^O10, se rapproche de la mannile ; elle est en prismes transparents, inaltérables à Pair, solubles dans Peau et l'alcool. La saveur des glands est amère ; en Turquie, on les enfouit, pendant quelque temps, pour leur faire

Fig. 81. — Galle dn chêne rotLYre.

perdre leur amertume, et on les torréfie après les avoir desséchés. Leur poudre mêlée à du sucre et à des aromates constitue le palamoud des Turcs et le racahout des Arabes. Torréfiés, pulvérisés et infusés dans l'eau, pp. 30 à 60 : 1000, ils donnent une liqueur tonique, qui convient dans certaines dyspepsies, et chez les enfants dans les affections scrofuleuses, le carreau, les engorgements abdominaux. On a proposé cette infusion pour remplacer le café, chez les personnes qui ont Phabitude de cette boisson, lorsqu'il y acontre-indication à son usage. On emploie quelquefois la poudre des glands ou des cupules, 2 à 4 gram. comme tonique, astringent. Feuilles. — Les feuilles infusées dans du vin rouge et addition-

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