‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 109 sur 163 · MOT · texte numérisé non relu

MOT

injure qui ne suppose que de la colère. La raillerie est une dérisioa qui désapprouve simplement^ et qui tient plas de la pénétration de Tesprit que de la sévérité du jugement : elle peut être offensante, si elle tend à découvrir ou a exagérer les vices du cœur^ à dépriser les qualités de Tesprit auxquelles on a des prétentions; hors de là elle peut même être agréable à celui qui en est l'objet. La plaisanterie est un badinage fin et délicat sur des objets peu intéressants; l'effet ne peut en être que de réjouir, pourvu que l'usage en soit modéré. — La moquerie est ontrageuse : la raillerie peut être innocente, obligeante, ou piquante : la plaisanterie est agréable, si elle est ingénieuse; et fade, si elle manque de sel. (B.)

MORDANT. V. Caustique.

MORIBOND, MOURANT, a Moribond, dit l'Académie, signifie qui va mourir : mourant , qui se meurt. » Ainsi , le premier exprime la disposition à Tacte : le second présente le sujet dans l'acte même. Le ênoribond lauguit dans un état de mort, flotte entre la mort et la vie (53, page 17) : le mourant meurt en effet (40, page 12).

MORNE. V. Sombre.

MORT. V. Trépas et Trépassé.

MORTIFIÉ. V. Affligé.

. MOT, PAROLE. La parole exprime la pensée; le mot représente ridée qui sert à former la pensée. C'est pour faire usage de la parole que le mo^ est établi. La première est naturelle, générale et univer- . selle chez les hommes : le second est arbitraire, et varie selon les divers usages des peuples. Le oui et le non sont toujours et en tous lieux les mêmes paroles; mais ce ne sont pas les mêmes mots qui les expri* ment en toutes sortes de langues et dans toutes sortes d'occasions. — On a le don de la parole et la science des mots. On donne du tour et de la justesse à celle-là : on choisit et l'on range ceux-ci. — Il est de l'essence de la parole d'avoir un sens et de former une proposition : mais le mot n'a pour l'ordinaire qu'une valeur propre à faire partie de ce sens ou de cette proposition. Ainsi les paroles diffèrent entre elles par la différence des sens qu'elles ont; le mauvais sens fait la mauvaise parole; et les mois diffèrent entre eux ou par la simple articulation de la voix, ou par les diverses significations qu'on y a attachées; le mauvais mot n'est tel, que parce qu'il n'est point en usage dans le monde poli. (G.)

MOT, TERME, EXPRESSION. Le mot est de la langue; l'usage en décide. Le terme est du sujet; la convenance en fait la bonté. Vexpression est de la pensée; le tour en fait le mérite. — La pureté du langage dépend des mots; la précision dépend des termes; et son brillant dépend des expressions. — Tout discours travaillé demande aue 1ns mots soient français, que les termes soient propres, et que les ifxp7^essions so\eni nobles. (G.)

Mot me parait principalement relatif au matériel^.ou à la significa-

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tion formelle qiii coDstitue l'espèce : tei^me se rapporte plntôt à la signification objectire qui détermine l'idée, ou aux différents sens dont elle est susceptible. ^ Leurrer, par exemple , est un mot de deux syllabes : voilà ce qui en concerne le matériel^ et par rapport à la signification formelle, ce mot est un verbe au présent de l'infinitif. Si Ton vent parler de la signification objective dans le sens propre^ leurrer est un terme de fauconnerie; et dans le sens figuré^ où nous l'employons au lieu de tromper par de fausses apparences^ c'est un terme métaphorique. Ce serait parler sans justesse et confondre les nuances, que de dire que leurrer est un terme de deux syllabes et que ce terme est à l'infinitif; ou bien (^w^ leurrer, dans le sens propre, est un mot de fauconnerie; ou dans le sens figuré^ vskmot métaphorique. — On dit terme d'art, terme de palais, terme de géométrie, etc., pour désigner certains mots qui ne sont usités que dans le langage propre des arts, du palais, de la géométrie, etc. ; ou dont le sens propre n'est usité que dans ce langage, et sert de fondement à un sens figuré dans le langage ordinaire et commun. -* Les mots sont grands ou petits, d'uue prononciation facile ou embarrassée, harmonieux ou rudes, simples ou composés, primitifs ou divisés, etc. ; tout cela tient au matériel du signe, ou à la manière dont il signifie. Les termes sont sublimes ou bas, énergiques ou faibles, propres ou impropres, clairs ou obscurs, etc. : tout cela tient aux idées de la signification objective. (B.)

MOTEUR, MOUVANT. Qui produit le mouvement, — Moteur (fém. motrice) est substantif et adjectif, il signifie qui fait mouvoir, qui donne le mouvement : « Muscles moteurs; force, puissance, faculté, vertu motrice Ji, (Acad.) Mouvant est toujours adjectif: ce mot se prend dans différentes acceptions; mais il n'est synonyme de moteur que quand il signifie qui a la puissance de mouvoir, et dans ce sens il n'est usité qu'avec le mot fbree,

La force motrice est celle qui agit par elle-même, ou bien c'est une force considérée dans son action, au moment où elle produit, en effet, le mouvement. La force mouvante a bien la propriété de produire le mouvement, la puissance de mouvoir; mais elle n'agit pas d'ellemême, il faut la mettre en action. L'eau est une force mouvante; elle ne devient force motrice que quand on l'emploie comme moteur (40, page 12).

MOTEUR, PROMOTEUR. Moteur signifie qui meut; promoteur qui meut ou pousse en avant {i% page 5). Le moteur donne la première impulsion, le promoteur soutient, accélère, étend le mouvement.

Le moteur est la cause première, sans lui la chose n'existerait pas : « Dieu est le premier moteur de toutes choses ». (Acad.) Sans le promoteur, la chose n'existerait pas moins, seulement elle ne recevrait pas le développement qu'il lui donne.

Cependant, comme le fait observer l'Académie, promoteur se dit aussi de celui qui donne la première impulsion pour quelque chose^

mais pour qiiel<iae chose qnî se produit au dehors : « Il fut le promo^ teur de cette querelle » ( Acad.) ; taudis que moteur sera le terme propre pour des choses qui restent cachées^ conrertes : « Il fut le principal moteur de cette conjuration ». (Id.)

MOTIF. V. Mobile.

MOU^ INDOLENT. Un homme mou ne soutient pas ses entreprises; Un indolent ne veut rien entreprendre. Le premier manque de courage et de fermeté; on Tarrète, on le tourne, on l'intimide^ et on le fait changer aisément : le second manque de volonté et d'émulation ; on n& peut le piquer ni le rendre sensible. — L*homme mou ne vaut rien à la tète d'un parti : Thomme indolent n'est pas propre à le former. (6.)

MOURANT. V. Moribond.

MOURIR, SE MOURIR. V. Passer.

MOUSQUET, FUSIL. « Mousquet, arme à feu qui était en usage avant le fusil, et qu'on faisait partir au moyen d\iQe mèche allumée. » (Acad.) Le fïtsil est la même arme à laquelle on a adapté une batterie qui la fait partir, au lieu d'une mèche allumée.

Le mot fusil signifie proprement une petite pièce d'acier avec laquelle on bat un caillou pour, conome on dit, en tirer du feu. Lorsqu'à la mèche allumée on substitua la batterie formée d'une pièce d'acier couvrant le bassinet de l'arme, et d'une pierre portée par ce qu'on appelle le chien, l'arme à feu s'appela d'abord mousquet à fusil, puis^ simplement fusil. Aujourd'hui on a remplacé la pièce d*acier et la pierre par une capsule fulminante, et nous appelons toujours fusit cette arme, quoiqu'elle n'ait plus de fusil proprement dit.

MOUVANT. V. Moteur,

MOYEN. V. Voie,

MULTITUDE. V. Affluence,

MUNIR (SE), SE PRÉMUNIR. Il y a entre ces deux mots la même différence qu'entre méditer et préméditer. (Voir ces mots.) Se prémunir, c'est se munir par précaution et bien avant Tévénement (18,. page 5) : « Se munir d*un bon manteau; se prémunir contre les acci* dents de la fortune ». (Acad.)

MUR, MURAILLE. « Le mur est un ouvrage de maçonnerie : 1& muraille est une sorte d'édifice. Le mur est susceptible dé différentes dimensions : la muraille est une suite de murs (87, page tl) , un mur étendu dans ses différentes dimensions. L'architecte, le mnçon distinguent différentes espèces de murs; ils considèrent surtout les qualités de leur construction. Le voyageur, le curieux, s'arréteront plnt6t à l'espèce appelée muraille : ils en considéreront surtout la force, la grandeur ou la beauté, comme à l'égard des murailles de Babylone, une des sept merveilles. Le propre du mur est d'arrêter, de retenir, de séparer, de partager, de fermer. L'idée particulière de la muraille est celle de couvrir, de défendre^ de fortifier, ou de servir de rempart, de boulevard. » (RO

4^78 STlfORTUES FRANÇAIS.

On dit également les murt et les murailles d'une ville : le premier mot exprime une idée de cl6tare9 le second une idée de défense ; Toilà pourquoi l'on ne dit pas la muraille d'enceinte^ la muraille de Poctroi, mais le mur d'enceinte, le mur de l'octroi. On dit an contraire, la muraille de la Chine : a Si l'on disait le mur de la Chine^ il semblerait qu'on Tondrait parler d*un mur qui enferme la Chine, comme on {Hurlerait du mur d'^iue Yiile^ et on ne saurait pas ce que cela Tondrait dire ». (Condillac.)

MUSÉE, MUSÉUM, a Uec destiné, soit à l'étude des lettres, des sciences et des beaux-arts, soit à rassembler les productions, les monuments qui y sont relatifs. » — Telle est la définition que l'Académie doDue du mot musée ; et elle dit que muséum a le même sens. Cependant aujourd'hui le mot musée ne s'emploie gu^re que pour désigner <une collection publique de tableaux, de statues, de toutes sortes d'objets d'art ou de curiosités : « Le musée du LouTre, le musée de Gluny > ; 4e mot muséum est réservé pour les collections d'histoire naturelle.

Cette distinction de sens entre ces deux mots est généralement admise; néanmoins quelques personnes disent encore muséum en parlant de certains musées étrangers : a Le muséum du Vatican^ le muséum i)ritannîque ».

MUTATION. V. Changement.

MUTUEL, RÉCIPROQUE. Le mot mutuel désigne l'échange; le mot réciproque, le retour. Le premier exprime l'action de donner et de recevoir de part et d'autre ; et le second, l'action de rendre selon qu'on reçoit, c'est-à-dire la réaction. — L'échange est libre et volontaire : on donne en échange, et cette action est mutuelle. Le retour est dd ou exigé : on paie de retour, et cette action est réciproque. — Les choses du même genre, celles qui s'échangent Vune contre l'autre^ «ont mutuelles. Celles même d'un genre opposé où différent, mais qui -sont corrélatives, qui se contre-balancent ou se compensent les unes les autres, sont réciproques. — L'affection est mutuelle, dès qu'on s'aime l'un l'autre : elle est réciproque, lorsqu'on se rend sentiment pour sentiment. Dans le premier cas Taffection est pure et libre : dans le second, il ae trouve une sorte de devoir et de reconnaissance. — Des s&riices volontaires, désintéressés, rendus de part et d'autre, sont mutuels: des services imposés, mérités, acquittés de part et d'autre, sont réciproques. Des amis se rendent l'un à l'antre des services mutuels : les maîtres et les domestiques s^acquittent les uns envers les autres par des services réciproques. — Mutuel ne se dit guère qu'en matière de volonté; de sentiment, de société : amitié mutuelle, Migation mutuelle, don mutuel. Réciproque s'étend sur une foule de choses éloignées de cette idée : on dit des termes réciproques, des verbes réciproques, des influences réciproques, etc., pour exprimer particulièrement la réaction, la corrélation, le retour, la réciprocation ou action de rendre la pareille. (R.)

HARRATIOlf. 379

naïf 9 NÂTOREL. Ce qui est nat/natt du sujet et en sort sans effort; «'est l'opposé da réfléchi, et c'est le. sentiment seul qui Tinspire aux bons esprits. Ce qui est naturel appartient aussi au sujet, mais il u'éclM que par la réflexion ; il n'est opposé qu*au recherché, et c'est à la finesse de l'esprit qu'il est donné d*cn reconnaître les bornes. — Tel que cette aimable rougeur qui^ tout à coup et sans le consentement de la YoloQté, trahit les mouvements secrets d'une àme ingénue, le natf écliappe à un génie éclairé par un esprit juste et guidé par une sensibilité fine et délicate : mais il ne doit rien à l'art; il ne peut être ni commandé ni retenu. On dirait qu'une pensée naturelle devrait venir à tout le monde, dit le P. Bouhours; elle parait aisée à trouver, et ne coûte rien dès qu'on la reucontre ; elle vient encore moins de l'esprit ~ de celui qui pense^ que de la chose dont on parle. — Toute pensée naïve est naturelle; mais toute pensée naturelle n*est pas naïve. (B.)

NAISSANCE, NATIVITÉ. « Ces deux mots expriment l'instant ou le jour où une créature humaine vient au monde; mais naissance est on terme ordinaire et commun qui s'applique indifféremnient à toute créature humaine ; et nativité est un terme consacré par TËglise, pour signifier la naissance de Jésus-Christ ou de quelque saint personnage : La nativité de Jésus-Christ, la nativité de la Vierge, la nativité de saint Jean-Baptiste », (L.)

Naissance peut se dire des animaux et môme des plantes ; au figuré, ce mot signifie origine, commencement : a La naissance d'un État, d'une ville; la naissance du jour ». (Acad.)

naïveté, candeur, ingénuité. La naïveté est Texpression la plus simple et la plus naturelle d'une idée dont le fond peut être fin et délicat; et cette expression simple a tant de grâce et d'autant plus de mérite, qu'elle est le chef-d'œuvre de l'art dans ceux à qui elle n'est pas naturelle. — La candeur est le sentiment intérieur de la pureté de son àme, qui empêche de penser qu'on ait rien à dissimuler. — Vingémûté peut être une suite de la sottise, quand elle n'est pas l'efi'et de l'inexpérience : mais la naïveté n'est souvent que l'ignorance des •choses de convention, faciles à apprendre, et bonnes à dédaigner; et la candeur est la première marque d'une belle âme. (Duclos. Considérations sur les mœurs. )

naïveté , SINCÉRITÉ. V. Sincérité.

NARRATION, NARRÉ. La narration, comme Yénonciation et Vex-

position (V. ces mots), est relative à la personne qui fait le récit, à

la forme qu'elle lui donne, etc. Elle admet des développements et des

ornements : c'est presque toujours une composition littéraire; c'est tou-

. jours un récit où le narrateur se manifeste, et d'après lequel oa juge

de son Ulent. Le narré consiste^ comme Vexposé, dans le fond môme des choses; il est simple et nu, froid et calme; mais il peat être long, et dans ce cas^ il est presque toujours ennuyeux.

NARRER. V. Conter.

NATION, PEUPLE. Dans le sens littéral et primitif, le mot nation marque un rapport commun de naissance, d'oiigine; et peuple an rapport de nombre et d'ensemble. La nation est une grande famille; le peuple est une grande assemblée. La nation consiste dans les descendants d'un même père; et le peuple, dans la multitude d'homme» rassemblés en un même lieu. •*- La môme langue dans la bouche de deux peuples éloignés, comme les Bretons et les Gallois, annonce qu'ils ne sont originairement qu'une nation. La confusion des -langues dans l'idiome d'une nation, tel que l'anglais, annonce qu'elle n'est, quant à sa composition, qu'un peuple môle. — IJupeuple étranger qui forme une colonie dans un pays lointain, est encore anglais, allemand, français; il Test de nation ou d'origine. — Politiquement parlant, la nation et le peuple conservent leur caractère propre et leurs différences naturelles. La nation est une grande famiUe politique à l'instar de la famille naturelle : le peuple est une grande multitiade rassemblée et réunie par des liens communs. La nation est le corps des citoyens : le peuple est l'ensemble des regnicoles. — Nous considérons particulièrement dans la nation , la puissance, les droits des citoyens, les relation» civiles et politiques. Nous considérons dans le peuple la sujétion, 1& besoin surtout de la protection, et des rapports divers de tout genre- Les lois se font par les représentants de la nation et en son nom; elles ne se font par les représentants du peuple que dans la démocratie. — L'État étant conquis et soumis à un nouvel ordre de choses, la nation proprement dite est détruite; mais le peuple reste. — Le peuple est encore distingué quelquefois de la nation, comme un ordre particulier de l'État. La nation est le tout; le peuple est la partie, et cette partie est composée d'une grande multitude. La nation se divise en plusieurs ordres, et \b peuple en est le dernier. (R.) • NATIVITÉ. V. Naissance.

NATUREL, naïf. V. Naïf.

NATUREL, TEMPÉRAMENT, CONSTITUTION, COMPLEXÎON. Naturel annonce les propriétés, les qualités, les dispositions, les inclinations, les goûts; en un mot le caractère qu'on a reçu de la nature, avec lequel on est né. Ce mot se prend ordinairement dans un sens moral : on le dit quelquefois dans le sens physique de consH' tution ; même au physique, il convient mieux pour désigner les qualités physiques relativement à leurs effets moraux : vous diriez plutôt un naturel ardent, qu'un naturel robuste. — Le tempérament est proprement ce qoi fait l'humeur, ce que produit dans le corps animai le mélange avec la dose des humeurs, tempérées ou modérées ruse par l'autre. L'humeur dominante forme le tempérament sanguin ou

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