VERBES ACTIFS OU VERBES NEUTRES ET VERBES PRONOMINAUX
72. — La synonymie des ^ evbes actifs et des mêmes verbes employés comme pronominaux n*est qu'apparente; et à moins d'ignorer complètement le français, je doute qu'il soit possible de confondre des expressions dont la diû'érence de sens est aussi marquée. Qui ne sait, par exemple, (\\\^aiiaquer quelqu'un, c'est l'assaillir, exercer contre lui un acte d'hostilité; tandis que ^attaquer à quelqu'un, c'est le prendre à partie, s'en prendre à lui ou Toffenser ouvertement. De même imaginer une chose, c'est l'inventer, la produire par l'imagination; s'imagi* ner une chose, c'est se la figurer, et le plus souvent cette chose est fausse, vaine, chimérique.
Il n'en est pas des verbes neutres conrnie des verbes actifs. Employés sous ia forme pronominale, les verbes neutres prennent une signification qui ne diffère de celles qu'ils ont sous la forme ordinaire, que par . des idées accessoires, par des nuances assez délicates, dont on doit jf cependant tenir compte pour Texpression fidèle de la pensée. Dans soi? ' aiticle passer, se passer^ Roubaud a posé à ce sujet une règle générale,^
qui suffira d'autant mieux qu'il en a fait différentes applications. Y. cet aiticle.
il« VODinCATION DU SEKS DU VERBE PAR LA PLACE DE L'aDYERBE.
73. — L'adverbe placé avant le verbe caractérise davantage l'action : il semble s'incorporer an verbe, comme il s'y incorpore en efTet dau» maltraiter et malmener, tellement il contribue à l'expression vraie de l'idée. Nous pouvons poser comme règle générale que le spus de la locntioû entière est plus complet et Texpression souvent plus éaer* gique^ lorsque l'adverbe précède le verbe que lorsqu'il le suit. Voyez les articles maltraiter, traiter mal; mal parler, parler mal; mal intet^ prêter, interpréter mal; malmener, mener mal,
120 HODIFICATION du SERS PAR L^PLOI DE LA PRÉPOSITION.
Préposition à la suite dun verbe.
74. — 11 y a deux cas : 1° le môme verbe est suivi ou n'est pas suivi d'une préposition; exemples: aider quelqu'un, aider à quelqu'un; a» le même verbe est suivi de prépositions différentes : obliger à faire» obliger de faire.
Le premier cas ne renferme qu*un petit nombre de verbes ayant un sens réellement différent, selon qu'ils sont employés activement ou bien neutralement avec une préposition; tels sont aider, aider à; atteindre, atteindre à; croire, croire à; désirer, désirer de; insulter, insulter à; prétendre, prétendre à; satisfaire, satisfaire à; suppléer, suppléer à *. Pour l'étude de ces locutions je renverrai aux grammaires déjà citées ; il ne sera question ici que des locutions synonymes qui appartiennent au deuxième cas, et seulement des verbes qui peuvent être également suivis de la préposition à ou de la préposition de.
Verbes suivis des prépositions à ou de.
75. — La préposition à (du latin ad, vers) marque le but, le point où tend une chose : de (en latin de) rend cette iàée, à partir de. Donc, si l'on considère le terme qid est en avant, le point où tend l'aclion, c'est la préposition à; si l'on considère le terme qui est en arrière ou point de départ, c'est la préposition de : on va à la ville, et Ion vient de la campagne.
Mais ces deux prépositions, à surtout, expriment beaucoup d'aulres rapports. Ainsi, de ce que le mot à exprime un rapport de but, il s'ensuit qu'il marque aussi la destination : des brosses à nettoyer les habits, uns brosse à dents, sont des brosses qui ont pour but de nettoyer
i. L'Académie et les bons antenrs ne mettent pis la moindre différence entro ap^audir et applaudir à, espérer et eepérer de, hériter une chose et hériter d'une cLoae, préférer partir et préférer de partir. Le Dictionnaire de TAcadémie donne cet exemple : /( préféra de se retirer^ bien que l'on ait prétendu qii*il ne faut point de préposition lorsque riofinitif qui suit Je yerbe préférer n'est pat suiri lui-même des mots accessoires qui le déterminent.
les habits ou les dents ; elles sont destinées à cela, elles sont propres à cela. Ensuite, ce qui est propre à une chose est bon pour Texécution de cette chose ^, sert de moyen pour faire la chose. Mais l'idée de moyen pour faire conduit naturellement à l'idée de manière de faire : ainsi pécher à la ligne^ dessiner à la plume^ c'est pêcher au moyen de la ligne, dessiner au moyen de la plume, et par conséquent une manière particulière de pêcher ou de dessiner. On apprend à dessiner à la plume, c'est-à-dire on apprend à cette fin de savoir la bonne manière d'exécuter ce genre de dessin : ici donc la préposition à exprime à la fois le but et la manière. La locution apprendre à dessiner a donné nécessairement sa contraire désapprendre à dessiner.
De son côté, la préposition de ne marque pas toujours le point de départ : elle s'emploie souvent pour former avec l'infinitif qui suit ua complément déterminatif du mot qui précède; exemple *. // tdcfie de me nuire. Ce complément est analogue à celui que la même préposition forme souvent, lorsqu'elle est suivie d'un substantif^ comme dans cette phrass : Le haut de la maison. Dans ce cas la préposition de détermine simplement la nature de Faction exprimée par le premier verbe.
Remarquons enfin que la fonction primitive de la préposition à étant d'indiquer le but, elle devient très-propre à marquer le progrès vers un terme, d'où ensuite Tidée de durée, et par conséquent aussi celle de temps à venir; tandis que, par opposition, la préposition de, dont la fonction primitive est de marquer le point de départ, annoncera plutôt l'acte et l'exécution ou présente ou très- prochaine. Voir les articles échapper à, échapper de; commencera, commencer de; continuer à, continuer de, etc.