‹ Nouveau dictionnaire des synonymes françaisChapitre 54 sur 163 · DISTRAIRE · texte numérisé non relu

DISTRAIRE

avec une Sutre chose semblable. De mêler nous ayons fait démêler, défaire le^mélange, éclaircir les choses embrouillées^ débrouiller les choses brouillées, mettre chaque chose à part^ à sa place, en ordre. — Vous distinguez un objet par ses apparences, et lorsque vous ayez assez de lumière pour le reconutdtre : yous le discernez à ses signes exclusifs, et lorsque yous le distinguez de tout autre objet ayec lequel il pouvait être confondu : yous le démêlez à des signes particuliers qui le distinguent dans la foule des objets avec lesquels il se trouve confusément mêlé, et lorsque vous l'en séparez. — Dans l'obscurité ou dans i'éloignement, vous ne distinguez pas un objet ; vous ne distinguez pas si c'est un rocher ou un nuage, un homme ou un animal, du noir ou du brun : les traits de l'objet ne sont pas assez sensibles. Avec les mêmes apparences, sous le même aspect, vous ne discernez point un objet d'un autre; vous ne discernez point le similor de l'or, un ménechme de son frère, une copie d'un original : les traits de l'objet sont trop équivoques. Dans la confusion, au milieu du désordre, vous ne démêlez pas les objets ; vous ne démêlerez pas les voix dans des acclamations, les drogues dans one mixtion, les fils d'un écheveau mêlé. — n faut de la lumière, de l'intelligence et une application convenable pour distinguer; de la science, de la sagacité, de la critique pour dis» cerner; de l'habileté, du travail, un esprit d'ordre et d'analyse pour ^^méler. (R.)

DISTRAIRE. DÉTOURNER, DIVERTIR. Distraire, latin distrakere, tirer dans un autre sens, retirer de, attirer ailleurs. Détourner, tourner hors, hors de, donner un autre tour, changer le sens. Divertir, du latin vertere, tourner diversement, diriger vers un autre but, faire changer d'objet. — Il est sensible que l'action de distraire est plus faible, plus douce, plus légère que celle de détourner ou de divertir, ^iWratre n'exprime qu'une simple séparation, un déplacement, et même un dérangement; tandis que détourner et divertir marquent une vraie révolution, un tout autre aspect, des changements divers. Il est constant, par les mêmes applications et les acceptions différentes de divertir, qu'il marque un plus grand changement, une plus grande différence, un plus grand effet que détourner; puisqu'il se prend aussi pour enlever, dissiper, amuser, occuper ou employer entièrement d'une autre manière^— Au physique, on dira distraire, détourner, divertir des deniers, des papiers, des effets, etc. On les distrait^ en les étant de leur place, en les séparant du reste, en les mettant à part : on les détourne, en les mettant hors de portée, à l'écart, en les éloignant de leur voie ou de leur destination, en les employant à un autre dessein : ^ les divertit en les supprimant, en se les appropriant, en les dissipant. *- Au figuré, nous disons distraire, détourner, divertir d'un travail, d'une occupation, d'une entreprise, d'un dessein, etc. Il suffit d'interrompre l'attention de quelqu'un, pour le distraire de son travail : li faut l'occuper, du moins pendant un temps, d'autre chose, pour l'eu

détourner : il faudrait le lai faire oublier ou abandonné^^ en l'om* pant de toute autre chose ^ pour l'en divertir. (R.)

DISTRAIT. V. Abstrait.

DISTRIBUER. V. Départir.

DIURNE, QUOTIDIEN, JOURNALIER. Ce qui est diurne n^ienl régulièrement chaque jour, et en occupe toute la ébirée, soit qu'on entende par là une i^yolation entière de 24 heures, soit qu'on ne désigna que la partie de cette révolution que le soleil ou toute autre étoile est sur l'horizon. Ce qui est quotidien revient chaque jour, mais sans m occuper toute la durée, et sans autre régularité que celle du retour. G& qui est journalier se répète comme les jours, mais Tarie de même; il peut en occuper ou n'en pas occuper toute la durée. — Diurne est un terme didactique, parce qu'il n'appartient qu'aux sciences rigoureuses d'apréeier les objets avec l'exactitude que comporte la signification totale de ce mot. Ainsi l'on dit. en astronomie, la révolotioû diurne de la terre, pour désigner sa révolution autour de son axe eii 24 heures. Quotidien est un terme du langage commun, mais consacré à caractériser ce qui ne manque pas de recommencer chaque jour, quoique accidentellement. C'est pour cela que dans TOraison domi* nicale, il est mieux de dire notre pain quotidien, que de dire notre pain de chaque jour ; parce que nos besoins, soit temporels soit spirituels, renaissent en effet tous les jours. On appelle aussi fièvre quotidienne, une espèce de fièvre intermittente, qui vient et cesse tous les jours, et est suivie de quelques heures d'intermission. — Journalier appartient absolument au langage commun, et s'applique à toutes les autres choses qui se répètent tous les jours avec des variations accidentelles. Ainsi Von dit, l'expérience journalière, des occupations joumalièresy un travail journalier; pour marquer une expérience, des occupationsun travail qui recommencent chaque jour; et Ton ne pourrait pas y employer les termes de diurne ou de quotidien, qui excluraient l'idée de variation. Cette idée est si propre au moi journalier, qu'il s'emploie même pour la marquer uniquement ; et nous disons, une humeur journalière, les armes sont journalières, pour dire, une humeur changeante, les armes sont sujettes à des variations. (B.)

DIVERSITÉ. V. Variété.

DIVERTIR. V. Distraire.

DIVERTISSEMENT. V. Amusement.

DIVISER, PARTAGER. L'un et l'autre de ces mots signifient que d'un tout on en fait plusieurs parties; mais celui de diviser ne marqua précisément que la désunion du tout pour former de simples parties; et celui de partager, outre cette désunion du tout, a de plus un certain rapport à l'union propre de chaque partie pour en former de nouveaux tout particuliers. — On divise le tout en ses parties; on le partage en ses portions. Voilà pourquoi l'on dit, diviser un cercle» jjartagcr un héritage. (G.l

DOUINATEUR. 201

Aa moral» ces mots ne oonservent pas les mêmes rapports distinclifs. La divisUm marque alors la mésintelligence et l'opposition entre les personnes et les choses : le partage n'emporte que la différence ou la diyerslté. Des prétentions contraires nous divisent; des goûts différents nous purto^ent (R.)

DIVULGUER. V. Découvrir.

DOCILE, SOUPLE. V. Flexible.

DOCTE , DOCTEUR. Un homme docte est un homme qui est savant et habile, soit quMl ait on non un titre universitaire. Un docteur est celui qui est promu, dans une université, an plus haut degré de quelque faculté , et qui a dès brs un titre officiel en vertu duquel il peut exercer certaines professions ou occuper certains emplois. Il y a des docteurs en médedne» des docteurs en droit , des docteurs es lettres , es sciences, etc.

« Docteur se dit aussi d'un homme docte, quoiqu'il n'ait pas été reçu docteur, et quelquefois, par extension, d^nn homme habile en quelque chose que ce soit : il a beaucoup étudié cette science, il y est docteur; c'est un grand docteur aux échecs. » (Acad.) Mais alors le mot docteur signifie plutôt fort ou habile, que savant , et fait entendre que la personne a prouvé son habileté par des actes.

DOCTE, SAVANT. V. Érudit.

DOGMATISTE, DOGMATISEUR, DOGMATIQUE. Les deux premiers mots sont toujours employés comme substantifs, le dernier est toujours adjectff ^ Le dogmatiste est celui qui établit des dogmes, qui dogmatise, c'est-à-dire qui enseigne une doctrine fausse ou dangereuse, surtout en matièrede religion (47, page 15 ). Un dogmatiseur est celui qui a l'habitude de inrendre un ton dogmatique (40, page 12), c'est-àdire un ton tranchant : ce mot se prend toujours en mauvaise paît.

L'adjectif dogmatique appliqué aux personnes se dit de celui qui exprime ses opinions d'une manière impérieuse et tranchante : « G*est un esçftii dogmatique ». (Acad.) Qualifiant des choses, dogmatique signifie qui a rapport au dogme, qui concerne le dogme (46, page 14), et par extension, qui est consacré, usité dans Técole : u Terme dogmatique; style dogmatique», (Id.) Enfin philosophie dogmatique se dit, par opposition à pÛIosophie sceptique, de celle qui établit des dogmes. On dit dans le môme sens, un philosophe dogmatique.

DOMIGIIJB. V. Maison.

DOMINATEUR, DOMINANT. Dominateur (féminin dominatrice) est un substantif qui s'emploie quelquefois comme adjectif: dominant est toujours adjectif. Le premier exprime la qualité se manifestant par des actes et considérée d'uoe manière absolue dans le sujet agissant (40, page 12) : un esprit dominateur est un esprit qui fait tout

i. Du» la rédaction de cet article j'ai rejeté toute opinion différente de celle 4erAcadémi«.

202 SYNOIIXIIKS FRANÇAIS.

pour tout somnettre à sa puissance. Dominant exprime la qualité distinctiye du sujet relativement à d'autres objets de même nature que lui : ce mot présente le sujet comme prépondérant, comme supérieur à ces objets. Le parti dominant est le parti plus fort que les autres : si l'on peut dire esprit dominant, cela ne doit signifier rien autre qu'esprit supérieur à d'autres esprits.

DOMMAGE. V. Tort.

DON 9 DONATION. Le dlofi est la chose donnée ^ la gratiftcatioii elle-mèicQei considérée dans ce qui la constitue. La donation est uu don qui se fait par acte public : ce mot est par conséquent relatif à l'action et à la manière dont cette action se fait (20^ page 7).

DON, PRÉSENT. Don exprime Taction de donner gratuitement, ou la chose gratuitement. donnée^ par opposition à ce qu'on donne pour prix, pour salaire, pour acquit, à titre onéreux. — Présent signifie le don présent; ce qu'on présente en don, ce qu'on donne de la main à la main^, par opposition à tout autre don, fuit d'une autre manière. On a dit présent pour un don présent ou présenté, comme on dit le présent au lieu du temps présent, — Ainsi, le don est le genre ; et le présent est l'espèce. Le présent est le don qu'on présente : la gratuité forme le caractère propre du don et la présentation la nuance particulière du présent, La cession gratuite et généreuse constitue le don; la tradition actuelle et manuelle distingue \e présent. Par le don, la propriété de la chose est cédée ou assurée à un autre volontairement et sans obligation , avec les formes requises, s'il y a lieu. Quant au présent, la propriété se transporte par la tradition ou l'action de livrer la chose. On fait des présents de noces, on présente une corbeille. Les époux futurs se font des dons mutuels par contrat; ils s'assurent l'un à l'autre, pour l'avenir, des propriétés. — Puisque le don a pour but particulier l'avantage de celui à qui on le fait, en fait plutôt don de choses utiles; puisque le présent est plutôt offert par le désir de plaire à la personne qui l'agrée, on fait plutôt présent de choses agréables. Ainsi vous direz plutôt les dons de Gérés et les présents de Flore. (R.)

DONNER (SE), S'ADONNER. Se donner à une étude, à un travail, c'est s'y livrer tout entier, s'y abandonner sans réserve, et s'en rendre esclave, ^adonner exprime simplement tendance vers la chose ( ad, 10, page 5} : celui qui s'adonne à une étude, à un travail, ne fait que s'y attacher; il les prend pour but de ses pensées et de ses actions; mais il ne s'y voue pas entièrement. S'adonner à signifie aussi se livrer babltuellement à quelque chose : « IL ïest adonné k boire». (Acad }

DONNER AVIS. V. Avertir.

DONNER PAROLE. V. Promettre.

DOUBLE SENS. V. Ambiguïté,

Page 1