FABULEUX
demande toujours une force et un effort que n'exige pas toujours l'action de déraciner; car il n'y a souvent, pour déraciner^ qu'a' détacher des racines faibles et superficielles, au lieu que pour extirper, il faut enlever le corps entie:*, et arracher une souche plus ou moins forte et capable de résistance. — Au f)guré,ces mots signifient détruire entièrement des choses surtout pernicieuses, des abus, des maux, des habitudes, des erreurs, des hérésies, etc. On déracine ce qui a jeté des racines profondes : tell es sont les habitudes invétérées; on les déracineen détruisant ce qui les produit et les nourrit. On extirpe ce qui a pris beaucoup de coosistance et deforce, des passions, par exemple ; les extirp? en les déiruisant sans en laisser aucune trace. (K.)
ÊXTRAORDiNAlUE. V. Singulier.
EXTRAVAGANT. V. Fou.
EXTRÉMITÉ. Y. Bout.
FABLE. V. Conte.
FABRICATEUR, FABRICANT. \]n fabricant est un homme qui fait on qni fait faire des ouvrages de fabrique : « Un fabricant de bas , de chapeaux» (Acad.); ce mot ne s'emploie qu'au propre. Fabricateur ne se prend qu'en mauvaise part, et ne se dit guère an pr; pre que dans ces phrases : fabricateur de fausse monnaie , de faux billets de banque. Cependant La Fontaine a dit : « Le fabricateur souverain nous: créa besaciers tous de même manière ». On le dit aussi figurément r « Fabricateur de fausses nouvelles ». (Acad.)
FABRIQUE, FABRICATION. Manière dont les choses sont fabri* quées. Le mot fabrique exprime le résultat de la fabrication ; il est relatif à la qualité de Tobjet fabriqué : « La fabrique en est belle, en est bonne ». (Acad.) Le mot fabrication est relatif à l'opération et aux procédés employés (20, page 7) : a La fabrication de celte étoffe est soignée ». (Id.)
FABRIQUE, MANUFACTURE. La fabrique roule plutôt sur des objets plus communs et d*un usage plus ordinaire ; la manufacture^ sur des objets plus relevés et d'une plus grande recherche. On dit des fabriques de bas , de bonnets; et des manufactures de glaces , de porcelaines; des fabriques de draps communs , et des manufactures de draps superflns. 11 y a des manufactures royales et non des fabriques royales. — Dans le même genre de fabrication on d'ouvrage, la fcÂrique est une manufacture en petit; et la manufacture est une fabrique en grand. Mais il ne faut pas toujours s'en rapporter aux noms; le faste ne prouve pas la richesse : le mot de fabrique est donc modeste; manufacture est un grand mot. (R.)
FABULEUX, FAUX. Fabuleux (du latin fabula, fable) qui tient de la fable, de la fiction^ de rinvention. On appelle histoire fabuleuse
^ll SYNONYMES FRANÇAIS.
celle qui a rapport aux fal)les que Ton trouve dans l'origine d'un peuple. » Faux, qui est contraire à la vérité, à la réalité. Les métamorphoses d'Ovide sont des histoires fabuleuses, parce qu^elles sont tirées des fables qui ont eu cours parmi les Romains; mais ce ne sont pas des histoires fausses, parce que leur croyance a été réellement établie chez ce peuple. L'histoire de la papesse Jeanne est fausse, parce qu'elle n'a pas été tirée des fables qui ont été reçaes panni un peuple, mais qu'elle a été inventée pour tromper les peuples^ et leur faire regarder comme vrai ce qui ne l'était pas. — Fabuleux se dit aussi des histoires, des narrations que Ton invente et que Ton arrange de manière à plaire et à instruire. Les aventures des romans sont fabuleuses, parce qu'on les a inventées et arrangées en manière de fable, et qu'on les a données pour telles. Mais si l'on donne pour vraies des aventures, des événements qui ne le sont pas, on dit qu'ils sont faux. Les miracles de Mahomet, que Ton a donnés pour vrais, ne sont pas des événements fabuleux ^ ce sont des événements faux, quoiqu'ils aient été inventés : parce qu*on ne les a pas donnés comme des fictions, mais comnie des choses réellement arrivées. (L.)
FACE (EN) et FACE A FACE. V. Vis-à-vis.
FACE, FAÇADE. Côté d'un édifice. — Le mot face se dit d'un côté quelconque et n'a de rapport qu'à la situation , à la direction ou à la dimension : « La face du côté du levant; les faces latérales. Ce bâtiment a tant de mètres de face m. (Acad.) Ia façade est le c6té où se trouve la principale entrée, celle qui se présente au spectateur avec des pmements d'architecture formant un ensemble qui distingue cette face de toutes les autres (21, page 7). Ce mot d'ailleurs ne se dit guère que d'un grand édifice, d'un bâtiment remarquable, comme une église, un palais, un château, etc. : on dit face dans tous les cas, lorsqu'on parle d'une maison tout à fait ordinaire.
FACE, VISAGE, FIGURE. Partie antérieure de la tète, qui comprend le front, les yeux, le nez, la bouche et le menton. Visage désigne plutôt la forme générale et la surface : figure désigne plutôt les détaiû et l'ensemble qui résnlte du rapport des difierentes parties {23, page 8). Le visage est large, long, ovale, rond, plein, maigre Douffi, blême, pâle, rouge, enflanmié, illuminé, etc. : la /î^vre est jolie, belle, laide, plaisante, sotte, agréable, etc. On dit que le visage est le miroir de l'àme : tout miroir n'est qu'une surface réfléchissante.
Le mot face ne difi'ère de visage, qu'en ce qu'il est du style tout à fait familier; excepté cependant lorsqu'il est employé comme terme d'anatomie ou de médecine, et quant on parle de Dieu : a Dieu détourne sa face des pécheurs ». (Acad.)
FACÉTIEUX. V. Plaisant.
FACHE. V. Affligé.
FACHEUX. V Importun.
FACILE V. Aisfl.
PAÇON. î!^5
FAÇON, FIGURE, FORME, CONFORMATION. La façon Datt du travail et résulte de la matière mise en œuvre : l'ouvrier la donne plus ou moins recherchée, selon qu'il est habile dans l'art. La figure naît du dessin, et résulte du contour de la chose; l'auteur du plan la fait plus ou moins régulière, selon qu'il est capable de justesse. La forme naît de la construction, et résulte de raiTangement des parties; le conducteur de l'ouvrage la rend plus ou moins naturelle, selon qu'il sait régler son imagination. La conformation ne se dit guère qu'à l'égard des parties du corps animal : elle naît de leur rapport, et résulte de la disposition qu'elles ont à s'acquitter de leurs fonctions ; la nature la produit plus ou moins convenable, selon la concurrence accidentelle iles causes physiques. — La façon de l'ouvrage l'emporte souvent sur le prix de la matière. On ne donne guère en architecture la figure ronde aux pièces uniques et isolées. Le paganisme a peint la divinité sous toutes sortes de formes. La tournure de l'esprit dépend de la confor^ nation des organes. — Conformation n'est point employé dans le sens figuré : façon, figure et forme le sont; avec cette différence^ qu'alors le premier de ces mots se dit particulièrement à Tégard de l'action personnelle ; le second, à l'égard de la contenance (c'est-à-dire de la tenue, du maintien) ; et le troisième, à l'égard du cérémonial. Chacun à sa façon propre de penser et d'agir. Un homme qui souffre, fait une triste figure avec des gens en pleine santé, qui ne respirent que la joie. La forme devient souvent plus essentielle que le fond. (G.)
FAÇON, MANIÈRE. Nous appelons façon le travail qui rend la chose propre à quelque service; nous appelons manière ce que les Latins appelaient mode ou modification : la manière est une modification particulière de la façon. La façon dit quelque chose de général ; elle détermine le genre ou l'espèce : la manière dit quelque chose de particulier; elle détermine les singularités distinctives, une industrie propre. — On donne une façon à un champ , et il y a différentes manières de la donner. La manière est ici , comme dans mille autres cas, à l'égard de la façon, ce que la manipulation est à l'égard de ^'opération totale ou de l'ouvrage entier. La manière est le moyen particulier employé à cette façon. — Une chose est faite en façon d'une autre, c'est-à-dire dans les mêmes formes, ou d'une fabrique semblable. On trouve dans un ouvrage la manière ou la main de l'ouvrier, c'est-à-dire le trait particulier qui distingue son industrie. — Chaque ^Tt a sa façon , ses formes , ses procédés , son industrie , son genre d'ouvrage. Chaque ouvrier a sa manière, ou quelque chose qui lui est particulier dans ce genre de travail , d'industrie et d'ouvrage. La façon <^Tactérise l'ouvrage en général ; et la manière, l'esprit de l'ouvrier. ^ Tous les grammairiens appellent façon de parler, des locutions, des Phases, soit régulières, soit irrégulières, consacrées par l'usage. On appellera fort bien manière de parler, une phrase, une locution singulière ou hasardée en passant, selon les circonstances du discours. (R*)
2Û6 8TN0NTUES FRANÇAIS.
FAÇONS, MANIÈRES, AIR. V. Air.
FACTION, PARTI. Ces deux termes supposent également l'union de plusieurs personnes, et leur opposition à quelques vues différentes des leurs : c*est en cela qu'ils sont synonymes. Mais faction annonce de TactiTité et une machination secrète, contraire aux vues de ceux qui n'en sont pont : parti n'exprime qu*un partage des opinions. — Les amis de César formèrent d'aitord une /âc/ion, parce qu'ils étaieot obligés de caclier leurs menées aux yeux du gouvernement; dès qu'ils furent suiflsamment en force , le secret devint inutile et impossible, et ils formèrent un parti, Descurtes n'eut jamais de faction, parce qu'il ne fallut jamais recourir à des vues obliques ou ténébreuses pour être cartésien ; cela ne tient qu'à la diversité des opinions : il eut un parti, — Le terme de parti par lui-même n'a rien d'odieux : celui de faction Test toujours. (B.)
FACULTÉ. V. Pouvoir, puissance,
FADE, INSIPIDE. Ce qui est fade ne pique pas le goût : ce qui est insipide ne le touche point du tout. Ainsi le dernier cuchéiit sur le premier; il ne manque à l'un qu'un degré d'assaisonnement» et tout manque à l'autre. — Dans les ouvrages d'esprit, ils sont tous les deux très-éloignés du beau : mais le fade, paraissant en affecter et en chercher les grâces, déplaît et choque; Vinsipide, ne paraissant pas même le connaître, ennuie et rebute. (G.)
FAIBLE, DÉBILE. Faibie est, tant au propre qu'au figuré, d'un usage infiniment plus étendu que débile. Un soutien, un appui, un moyen, un ressort, un roseau, un mur, une poutre, une monnaie, on ouvrage, un discours, un raisonnement, etc., sont faibles et non débileSf c'est par le privilège du poêle que Boileau dit un débile jirbrisseaa. Ce mot ne s'applique guère qu'aux animaux, à leurs facultés, à leurs membres, et, par analogie, à certaines facultés spirituelles de rhonime : ainsi Ton dira que l'esprit devient débile, comme le corps, à mesure qu'on vieillit. L'emploi figuré de ce mot est très-bon , lorsqu'il s'agii de désigner, dans le moral, un rapport actuel et intime avec le pby' sique. — Le sujet faible n'a pas assez de force relative : le sujet dï*''^^ est d'une grande faiblesse. Le premier, fort jusqu'à un certain poiot, ne remplit bien qu'une certaine carrière : le second, avec l'air toujours faible, ne la remplit que difficilement. Une vue faible ne soutient pas le grand jour : le jour fatigue une vue débile. Un estomac faible digère bien une certaine dose d'aliments : un estomac débile digère toujours mal. — L'esprit faible n'a pas assez de force pour résister, pour penser et agir d'après lui contre le vœu d un autre; il est subjugué par l'ascendant que vous prenez sur lui. L'esprit débile n'a pas la force de se déterminer, de penser, d'agir par lui-même et avec suite; il o^* à l'impulsion que le premier objet lui donne. Le premier n'est pas loin de la bêtise; le second touche à l'imbécillité. (R.)
FAIBLE, FRAGILE. V. Fragile.
FAinK. 2û7
FAIBLE (AME, COEUR, ESPRIT.) V. Ame.
FAILLIR. V. Manquer.
FAILLITE, y. Banqueroute,
FAIM ( APPÉTIT. La faim n'a rapport qu'au besoin précisément, soit qu'il vienne d'une trop longue abstinence, ou qu'il naisse de la Toracité naturelle de l'animal. Vappétit a plus de rapport au goût; il a sa cause dans la disposition qu'ont les organes à trouver du plaisir à manger, jointe à une grande capacité d'estomac. — La première est pins pressante; mais elle se contente quelquefois de peu de oourriture. Le second attend plus patiemment; mais il exige pour se satisfaire quantité d'aliments. — Tout mets apaise la faim; aucun ne l'excite. V appétit est plus délicat; tout mets ne le satisfait pas, et il est souvent irrité par les ragoûts. •— Il est également dangereux pour la santé» de souffrir la faim trop longtemps et d'éteindre Vappétit par trop de bonne obère. (6.)
Cette dernière pbrase indique un caractère distinctif que l'abhé Girard n'a pas assez fait ressortir : la faim est une disposition acciden» telle et qui dépend des circonstances; Vappétit est une duspositiou habituelle qui tient à ce que les organes de la nutrition accomplissent bien leurs fonctions.
FAINÉANT. V. Indolent, nonchalant.
FAIRE, AGIR. On fait une chose; on agit pour la faire. — Le mot faire suppose, outre l'action de la personne, un objet qui termine cette action et qui en soit l'effet. Celui d'agir n'a point d'autre objet que l'action et le mouvement de la personne, et peut de plus être lui-même l'objet du mot faire. L'ambitieux, pour faii'e réussir ses projets, ne néglige rien; il fait tout agir, La sagesse veut que dans tout ce que nous faisons, nous agissions avec réflexion. (6.)
FAIRE, CONTREFAIRE. Imiter une personne ou un caractère. Dans ce sens, faire a plusieurs acceptions. Il signifie : 1» Chercher à paraître on feindre d'être ce qu'on n'est pas: « Faire Thomme de bien; Faire le malade». ( Acad.) 2<* Mettre de l'affectation à se montrer avec telle ou telle qualité : « Faire le généreux ». (Id.) S» Se donner certains airs,, certaines manières : « Il fait l'impertinent. » (Id.)
Contrefaire, c'est faire de son côté (18, page 6) ce que fait ou comme fait un autre : « Contrefaire la voix, les gestes d'une personne». 11 signifie aussi feindre d'être ce qu'on n'est pas : « Contrefaire Thonime de bien». (Acad. ) En ce sens il diffère du mot simple faire, pris dans les acceptions précédentes, en ce qu'il énonce un dessein formel de feindre continuellement dans le but de tromper. Celui qui fait l'homme de bien l'imite, pour ainsi dire en passant, dans telle circonstance, et ne suit pas en cela un plan de conduite : celui qui contrefait l'homme de bien , l'imite constnmrrcnt, en toute occasion , en suivant un plan arrêté d'avance et clvcc la ferme intention de tromper tout le monde. On voit pourquoi l'on ne dit pas contrefaire, mais faire le malade, le mort.
2à8 SYNOMYUES FRANÇÀIf,
FAIRE CHOIX. V. Choisir.
FAIRE CROIRE. V. Croire.
FAIRE SAVOIR. V. Avertir,
FAITE. V. Sommet, cime.
FAIX. V. Charge, fardeau.
FALLACIEUX, TROMPEUR, IMPOSTEUR, SÉDUCTEUR, INSI- DIEUX, CAPTIEUX. Fallacieux, du latin fallaciosus, habile ou habi- > tné à tromper, plein de foarberie : la terminaison de cet adjectif équivaut au superlatif de trompeur (44, page 13). — Ce qui trompe ou induit à erreur de quelque manière qae ce soit, est trompeur: ce qoi est fait pour tromper, abuser, jeter dans Terreur par un dessein formé de tromper avec Tartiflce et Tappareil imposant le plus propre pour abuser, est fallacieux. Trompeur est un mot générique et vague; tons les genres de signes et d*apparences incertaines sont trompeurs : fallacieux désigne la fausseté, la fourberie, l'imposture étudiée; des discours, des protestations, des raisonnements sophistiques, sont fallO" deux. Ce mot a des rapports avec ceux à'imposteur, de séducteur, AHnsidieux, de captieux, mais sans équivalent. Imposteur désigne tous les genres de fausses apparences, ou de trames concertées pour abuser ou pour nuire; l'hypocrisie, par exemple, la calomnie, etc. Séducteur exprime l'action propre de s'emparer de quelqu'un, de l'égarer par des moyens adroits et insinuants. Insidieux ne marque que l'action de tendre adroitement des pièges et d'y faire tomber. Captieux se borne À l'action subtile de surprendre quelqu'un et de le faire tomber dans l'erreur. Fallacieux rassemble la plupart de ces caractères. (R.)
FAMEUX, CÉLÈBRE, ILLUSTRE, RENOMMÉ. Fameux du latin fama, rumeur publique, n'indique autre chose qu'une réputation distinguée des réputations communes, en ce qu'elle existe ou a existé d'une manière marquante dans un grand nombre de contrées et pendant un long temps. 11 fait abstraction de toute qualité bonne ou mauvaise^ et peut par conséquent être pris en bonne ou en mauvaise part. — Célèbre vient de célébrer, qui veut dire louer avec éclat, donner une grande réputation par des louanges publiques, extraordinaires. Célèbre, signifie dont la réputation est établie depuis longtemps et en plusieurs lieux, par les louanges et les éloges de ceux qui sont capables d'en juger. — Illustre vient du latin /mx, qui signifte lumière. On «st illustre par des talents ou des actions d'éclat qui ont procuré des avantages importants à un pays, à un État, au genre hnmain. Il ne faut pas croire Girard lorsqu'il dit qu'illustre ne s'applique qu'aux personnes : on dit une action illustre, une origine illustre^ une AiU<{ illustre, — Renommé marque une espèce de préférence fondée sur l'opinion que le grand nombre a du mérite, de Thabileté des personnes, ou de la bonté , de rcxccUence de certaines choses. Un artiste est renommé dans son ait, lorsque l'opinion lui attribue plus d'adresse, plus d'habiletP^ de talents qu'aux autres artistes, et par cette raison en