‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 2)Chapitre 31 sur 639 · RASE · texte numérisé non relu

RASE

espèce de chien a le poil ras. — Par ext. Rask CAMPAGNE, campagne fort plate, fort unie, et qui n'est coupée ni d'éminences, ni de vallées, ni de bois, ni de rivières : les deux armées se battirent ,en rase campagne. — Table rase, lame, plaque de cuivre ou d'autre métal, pierre unie, planche, etc., sur laquelle il n'y a encore rien de gravé. — Table rase se dit, fig., en parlant d'un enfant, d'une personne, qui n ayant pas encore de notions sur la matière dont il s'agit de l'instruire, peut aisément recevoir les impressions, les idées qu'on veut lui donner : son esprit est une table rase où l'on gravera tout ce que l'on voudra. — Faire table rase, se dit d'un hommequi. regardant les opinions ou notions qu'il a comme douteuses et incertaines, les rejette, pour les adopter de nouveau, les modifier, ou les proscrire définitivement, après un sérieux et philosophique examen. — Alar. B.\timent ras, bâtiment qui est moins élevé au-dessus de l'eau qu'un autre bâtiment de la même espèce. On dit, dans un sens différent. Ce bâtiment est RAS COMME UN PONTON, il a perdu tous ses mâts. — Boisseau RAS, mesure base, boisseau, mesure remplie de manière que le grain, la farine, etc., n'excède pas les bords; par opposition à boisseau comble, mesure comble: vendre à boisseau ras. à mesure rase. — Verser DU VIN A RAS DE BORD, Vf rser plein le verre jusqu'aux bords. — s. m. Se dit de plusieurs sortes d'étoffes croiséesfort unies, dont le poil ne parait point, et qui sont faites les unes de laine, les autres de soie : 7-as de Saint-Lô; ras de Saint-Maur. — Mar. Espèce de plate-forme flottante, sur laquelle se mettent les ouvriers qui travaillent à la carène d'un bâtiment : construire un ras. — Au ras de l'eau, a ras l'eau, presque au niveau de l'eau : cette embarcation est à ras l'eau. — Ras de marée, bouillonnement occasionné, en quelque endroit de la mer, par la rencontre de deux marées, de deux courants opposés: les ras de marée sont quelquefois très dangereux.

* RASADE s. f. Verre de vin ou d'autre liqueur, plein jusqu'aux bords : ils burent force rasades.

RASAGE s. m. Action de raser.

* RASANT. ANTE adj. Fortifie. Qui rase. Ligne de défense rasante, ligne droite qui, partant du flanc d'un bastion, se trouve être dans la direction de la face du bastion voisin; Flanc basant, flanc d'où part cette ligne; et. Feu RASANT, coups de canon qu'on tire dans la direction de cette ligne. î'ia rasant, tir horizontal. — Paysage. Vue ras.ante, vue qui s'étend à proximité sur un pays uni et varié: quelques personnes aiment beaucoup les vues rasantes. — vx Pop. Ennuyeux.

RASCEGOUN ou Caracoles, ancienne Aora, arand port naturel de l'Algérie, situé à l'embouchure de la Tafna, vis-à-vis de l'île de rtascligoun.

* RASEMENT s. m. Action de raser une fortification, une place, etc., ou résultat de cette action.

' RASER V. a. (lat. rasore; de radere). Tondre, couper le poil tout près de la peau avec un rasoir : se faire raser la tête de temps en temps. Se dit particul., en parlant de la barbe; et alors il s'emploie toujours absolument : se faire raser par un barbier, par un valet de chambre. — Un barbier rase l'autre, se dit lorsque des gens d'une même profession, ou ayant un intérêt commun, se soutiennent, se louent réciproquement. — En parlant d'un édifice, d'un bàtimeut, signifie, abattre rez pied, rez terre: raser une maison. On dit dans le même sens. Raser WE pl-\ce. — Raseii on VAISSEAU, oter à un vaisseau la partie supérieure de ses œuvres mortes : on a rasé ce batim>nt pour en faire unponton. — Fig. Passer tout auprès avec rapidité : un boulet de canon lui rasa l'épaule. — Effleurer, passer

RASP ^ :

tout auprès : le bâtiment rasa un éevc''. périr. — Raser la côte, naviguer le omj- ,c la côte: la floltcrnse lacçte. — Man. Cecbeval rase le TAPIS, ses épaules ont peu de mouvement, et il ne relève p^tassezen marchant: les pieds sont trop près de terre, il va butter. — Raser v. n. Ce cheval rase, commenie a RASER, il ne marque presque plus; la cavité des dents incisives ne parait plus. — m Pop. Tromper, duper : il m'a joliment rasé. — Ennuyer. — • Se raser v. pr. Se faire la barbe: se raser soi-même. — Chasse. Se raser, être RASE, se dit d'une perdrix ou d'un lièvre qui se tapit le plus qu'il peut contre terre pour se cacher : les perdrix se rasent quand elles • aperçoivent l'oiseau.

RASEUR, EUSE s. Personne qui rase. — Pop. Personne ennuyeuse.

I * RASIBDS prép. [ra-zi-bus]. Terme popuj laire et bas, qui veut dire, tout contre, tout I près : le coup lui passa rasibus du nez.

j RASKOLNIKS ou Roskolniks, la principale ' secte des dissidents russes. (Voy. Russie.1 ] ' RASOIR s. m. [ra-zouar]. Instrument

d'acier qui a le tranchant très fin, et dont , on se sert pour raser la barbe : le manche, la

lame d'un rasoir. — Couper comme un rasoir, I se dit de tout ce qui coupe fort bien. — Pierre ; A RASOIR, espèce de pierre sur laquelle on

passe les rasoirs pour les rendre plus coupants

et, Cuir a rasoir, cuir préparé pour le même 1 usage.

RASOIR s. m. Genre d'acanthoptérygiens, labroîdes. dont le type est le luçoî'r de l'a Méditerranée (xyrichtys cultratus. Val.), long de 20centim. environ, rougeâtre avec des bandes irrégiili'i'-- M.MJf ...c Qn estime sa chair

Rasoir de la Médilcrranée (Xyrichtys cullralus) .

délicate. U vit solitaire, sur les fonds de sable, près du rivage, et se nourrit des poissons et des mollusques que sa très petite bouche lui permet d'avaler. Il en existe une douzaine d'autres espèces, à peu près de même taille, le long des côtes des îles du Pacifique et de l'Amérique du Sud.

RASORI (Jean), médecin italien, né à Parme en 1766, mort à Milan en 1837. Sa doctrine médicale, issue de celle de Brown, prépara celle de Broussais. Il a laissé : Compendio delV nuova dottrina medica di Brown (179.3).

RASORISME s. m. Doctrine médicale de Rason.

R.ASORISTE adj. Qui se rapporte au système de Kasori. — s. m. Partisan du système de Rasori.

RASPAHi s. in. Liqueur au camphre fabriquée d'après la méthode de Raspail.

RASPAIL François-Vincent) [rass-pai; l mil.], célèbre'savant et homme politique, né à Carpentras le 29 janv. 1794, mort à Arcueil le 8 janv. 1878. Troisième fils d'un pauvre traiteur, il commença ses études dans une école gratuite dirigée par un prêtre républicain et fut admis au séminaire d'Avignon en 1810. Tels furent les progrès du jeune élève que, dès 1 année suivante, ii devint répétiteur de philosophie et, en 1812, professeur suopleanl de théologie dans l'établissement même. En 1813, il obtint une place de régent d'humanités au collège de sa ville natale.

RASP

Unn chanson paliloliqui; publiée pendant les Cent-Jours le fit desLiluer au retour des Hourlions. Menacé par une bande des as.'^assins qui désolaient alors le Midi, il quitta Carpcntras et se rendit à Paris où il mena une existence précaire, en donnant des leçons. Il fut chassé du collège Stanislas après l'assassinat du duc de Berry. Tout en vivant pcniblemeiil, il suivit les cours de droit, prit ses inscriptions, entra dans une étude d'avoué, se dépoûta delà chicane et s'adonna à l'étude des sciences physiques et naturelles. Son mémoire sur la Formation de l'emiryon dans les graminées, suivi d'un essai de classiflcalion de cette famille (1824), a servi de base au système actuel de classification des graminées: mais Raspail, accueilli par la hauteur dédaifrneuse de l'Académie des sciences, s'éloigna pour toujours de la science oflicielle, qui devait, plus tard, lui tendre les bras. De 18-24 à IS30, il ne cessa de faire des recherches dans le domaine de la botanique, de la zoologie, de la paléontoloj-'ie, de la chimie, de la médecine et de l'anatomie microscopique. Les fecueils scientifiques de l'époque ont publié un grand nombre de ses mémoires. Parmi ses intéressantes découvertes, il faut citer celle de la cellule des fécules, élément primordial de tout système organique. C'est ce qui lui valut le surnom de créateur de la chimie oj'^aniçwe, quiluifut donné un instant par les savants français et qui lui a été conservé à. l'étranger. Ses recherches microscopiques sur les infiniment petits, faites à l'aide d'un microscope dont il fut l'mventeur. établirent sa renommée et lui valurent la protection de Geollroy Saint-Hilaire, a qui il voua une reconnaissance inaltérable. En juillet 1830, il fut l'un des premiers a saisir un fusil, reçut une grave blessure a la prise de la caserne de Babylone et fut récompensé par la décoration de Juillet, seule distinction qu'il voulût jamais accepter. On lui oUrit vainement de bonnes parts à la curée des places, il refusa toujours, pour ne rien devoir à une royauté pour laquelle il n'avait pas eu l'intention de combattre. Ayant repoussé, dans des termes outrageants, le titre de chevalier de la Légion d'honneur qui lui avait été décerné à son insu, il fut poursuivi eu 1831 , à ia suite d'une lettre relative aux troubles de Saint-Germain-l'Auierrois et condamné à trois mois de prison. Lu peu plus tard, il fut de nouveau traîné devant les tribunaux comme appartenant au comité des Amis du peuple, et condamné, pour délit d'audience, a quinze mois de prison. Encore poursuivi en 1833, comme membre de la Société des Droits du peuple, il fut acquitté, cette fois; mais son défenseur subit les rigueurs de la cour, pour avoir dit que l'acte d'accusation était l'œuvre d'un faussaire. Eu oct. 1834, son ami politique, l'ex-capitaine de Kersausie, mit à sa disposition luO,OOU fr. pour fonder le Réformateur, journal démocratique qui expira, au bout de quinze mois, sous le faix de 100,000 fr. d amende, sans compter les frais. Raspail arrivait à Nantes pour y présider un banquet lorsqu'il fut arrêté le 28 juillet 18)0, jour mémo de l'attentat de Fieschi, et ramené à Paris sur l'ordre do M. Thiers, qui voulait l'impliquer dans l'affaire des régicides. L'absurdité de cette accusation sautait aux yeux de tous; aussi Raspail lie passa-t-il pas en juf;ement avec les a.ssassins; mais il fut condamné, après une prévention de cinq mois et demi, à deux ans de prison et cinq ans de surveillance pour prétendus outrages envers le juge d'instruction, Zanjiacomi; le jugementfut cassé et Raspail, renvoyé devant la cour de Rouen, en fut quitte pour quinzejoursde prison. Ses tcWre.s sur les prisons parurent en 1839 (2 vol. in-8"). Pendant cette période de sa vie. il avait publié les nombreux ouvrages scientifiques qui mirent le sceau à sa réputation : Coups de

RASP

fouet scienlifi'iues (1830), en faveur de Geoffroy Saint-llilaire contre Cuvicr; Essai de chimie microscopique appliquée d la physiologie (1831); Cours Élémentaire d'agriculture et d'économie j'ura/e(1832) ; Nouveau système de chimie organique (l>i3'3); Nouveau système de physiologie végétale et botanique (1837, 2 vol., fig. et atlas). Ses recherches microscopiques lui avaient permis d'attribuer les neuf dixièmes des maladies au développement d'animaux inlinimeiit petits. Ces animaux, il ne les montrait pas; mais il devinait leur présence et ils les combatlait par d'énergiques insecticides. Comme destructeur de ces-parasites, il préconisait surtout l'usage du camphre; il imaginait l'eau sédative, dont la vulgarisation fut un véritable bienfait. A partir de 1845, il fit paraître son Manuel annuaire de la santé, dans lequel il attaqua de front la médecine oflicielle, dans le but avoué de lui substituer un nouveau système plus populaire. Le succès de ce Manuel, réimprimé chaque année, fut immense; il s'en vendit un million d'e.\emplaires eu trente ans. Bientôt, joignant la pratique à la théorie, il ouvrit un cabinet de consultations gratuites, où la foule accourut. Mais il se lit des ennemis mortels en attaquant le rapport d'Orfila dans l'affaire Lafaige. Oifila ayant trouve de l'arsenic dans le cadavre de M. Lafarge, Raspail partit en Joute hâte, pour contrôler l'expertise du chimiste officiel, mais le jugement fut prononcé avant son arrivée; il publia aussitôt son fameux Mémoire à consulter à l'appel du pourvoi en cassation, dans lequel il s'engageait à trouver de l'arsenic dans le bois même du fauteuil du président de la cour. 11 s'en suivit une aiiière discussion pendant laquelle le doyen de la Faculté de médecine de Paris n'eut pas le dessus et fut même amoindri au point de vue de son infaillibilité de toxicologiste. Telle fut sa rancune, qu'il descendit à dénoncer son adversaire comme exerçant illégalement la médecine. Raspail fut donc assigné (19 mai 1846). Le substitut, chargé de soutenir la plainte, l'engagea vivement à régulariser sa situation en acceptant un diplôme de la Faculté, « qui lui tendait la main ». Il repoussa la main et le diplôme, et fut condamné à 13 fr. d'amende. Il ne fut plus inquiété pour ce sujet, mais la polémique conserva son acerbité. Ridiculisé dans presque tous les ouvrages des médecins, Raspail leur rendit coup pour coup et ne se montra pas moins agressif. C'est ainsi que danssoniU((7H(c/de la santé, après avoir attribué les neuf dixièmes des maladies au parasitisme des animaux microscopiques, il n'hésita pas à ajouter que la plupart des autres maladies sont causées par la « médecine scolastique, parasitisme souvent moins curable que celle des infiuiments petits >>. La théorie des parasites, des petites Èétes, comme on disait "plaisamment, eut le don d'égayer toute une géneratipn de savants. «Le système de Raspail repose sur un tissu d'erreurs, a dit M. Piédagnel à l'Académie de médecine, c'est l'œuvre d'un esprit fourvoyé. » On reprochait surtout à Raspail d'être chimiste et non médecin, phrase que nous retrouvons dans la plupart des ouvrages de médecine légale de l'époque, et qui fait involontairement penser à M. Pasteur. Apres la révidution de Février, à laquelle il avait pris part d'une manière très active, Raspail cooiniença la publication du journal démocratique, l'Ami du peuple. Le i'à mai, il rédigea, en faveur delà Pologne, une pétition qu'il vint lire, à la tète d'une imposante manifestation, à l'Assemblée nationale. Arrêté le jour même, ainsi que son fils, Camille, bien qu'il no se fùt'V'is associé aux actes insurrectionnels qui marquèrent cette journée, il fit près de onze mois de prévention à Vincennes, et fut condamné, le 2 avril 18't9, par la haute cour de Bourges, à six ans de

Page 1