CHAS
— Armement. Quel est le rheilleur fusil? —En vérité, la question est toujours pendante et vraisemblablement le sera longtemps encore; et encore qu'elle fût résolue, l'heureux objet de celte préférence en acquerrait peut-êlre de ce coup un prix inabordable pour la plupart des bourses honnêtes et modérées des disciples de saint Hubert. Choisissez donc, en tout état de cause, un fusil bien maniable, à bascule, dont le système permette le changement facile et spontané de la cartouche et dont les deux canons soient indépendants l'un de l'autre et solidement établis : telles sont les principales conditions de salut. Maintenant, quant au calibre, il nous parait que le 16 répond le mieux, en général, aux exigences et aux habitudes actuelles; nous recommanderons en outre, détail qui a bien son importance, une arme aux canons bronzés, et non brillants, réfléchissant les rayons solaires et annonçant votre présence au gibier aussi sûrement et d'aussi loin que pourrait le faire un phare de première grandeur. Surces données, et en attendant que les inventeurs, que l'influence reconnue des systèmes actuels fait surgir de toutes parts, aient obtenu de la pratique la consécration de leurs brevets, prenez un Lefaucheux réunissant les conditions que nous venons d'indiquer, et payez-le 200 francs si vous le pouvez : et vous aurez la meilleure arme possible. Nous ajouterons toutefois à ce qui précède la profession de foi suivante : la meilleure qualité d'un fusil, la seule indispensable, selon nous, c'est sa solidité. Le cavalier fait le cheval; le chasseur, le chien; le tireur, le fusil. Une bonne vieille arme tant soit peu grossière et fantasque, pourvu qu'elle ait constamment été tenue éloignée des morsures funestes de la rouille, fera toujours merveille entre les mains de celui dont elle est depuis dix ans la fidèle compagne. Là est le secret du succès : l'identification aussi complète que possible du tireur et de son arme, et l'étal de propreté méticuleuse et constante de cette dernière. — Du tir. Nous ne ferons pas ici un cours de tir, n'admettant pas qu'un chasseur se mette en campagne sans avoir jamais tiré un coup de fusil sur n'importe quoi, ou tout au moins sans être accompagné d'un précepteur habile et prudent. En conséqnence, nous pouvons mettre en garde contre un premier mouvement celui qui serait tenté de prêter une oreille favorable aux novateurs qui lui proposeront d'emporter un compas et un mètre afin de mesurer exactement la position de son fusil dans l'acte du tir, les dimensions de la crosse, etc. Tirez, et tirez juste. — Et rappelez-vous qu'on n'épaule pas sur toutes les faces du globe terrestre, et qu'il y a pourtant d'excellents tireurs partout. Une autre recommandation : un vrai chasseur fait luimême ses cartouches; c'est le seul moyen d'être bien sûr de sa charge. — Entretien du fusil. Point de sécurité avec une arme mal entretenue. Un fusil tout neuf, rouillé intérieurement, éclatera plus tôt qu'un vieux flinyot tout usé, mais scrupuleusement propre. Il est donc de la dernière importance de savoir entretenir convenablement son arme, etprin< cipalement l'intérieur des canons. Au retour d'une journée de chasse, ou tout au moins avant de recommencer, il faut démouler son fusil et en laver les canons à grande eau, dans une eau courante si l'on peut. On prend une baguette dont on garnit une des extrémités de filasse et on l'introduit dans le canon, dans lequel on aspire et l'on refoule l'eau alternativement, comme par un jeu de pompe, jusqu'à ce qu'elle s'en écoule enfin tout à fait limpide; par conséquent, si l'on opère dans un baquet ou un vase quelconque, il faut changer l'eau plusieurs fois. Après cela, on repasse la baguette garnie de filasse sèche dans les canons pour les sécher. — Il n'est pas besoin dédire à quels signes on reconnaît que l'opération est terminée; toutefois, en y
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lançant d'un coup sec la baguette, si celle-ci rend un sou bien franc en heurtant le fond, c'est une garantie que l'opération est parfaite. 11 ne reste plus qu'à passer un chiffon légèrement graissé de suif fondu et épuré, ou d'huile de pied de bœuf, si l'arme doit être accrochée au râtelier et ne plus servir de quelque temps; ce qui est inutile, si elle doit servir dès le lendemain. Apprendre à démonter son aime est la moindre des choses ; avec un esprit quelque peu méthodique, une personne qui n'aurait jamais touché de fusil en viendrait à bout et, si elle a soin de placer en ordre les pièces démontées, parviendra sans peine à les remettre en bonne place. Du reste, il n'est que très rarement besoin de démonter la platine, il suffit de le faire une couple de fois chaque année ; nous devons même insister sur ce point, que démonter trop souvent une platine, en fatiguant inutilement les vis, devient une opération plus nuisible qu'utile. Les culasses ne doivent jamais être démontées, — que par l'armurier, en cas de réparation urgente. Pièces intérieures et pièces extérieures, en somme, n'ont besoin le plus souvent — et ne devraient jamais en avoir d'autre — que d'un coup de chiffon gras et de quelques gouttes d'huile de pied de bœuf pour assurer l'aisance du jeu et prévenir le frottement. Si les pièces intérieures, pourtant, se trouvaient encrassées de manière à rendre inutiles les efforts du chiffon, il faudrait bien lui substituer la curette de bois blanc trempée dans l'huile grasse ; et enfin, si la pluie, en y pénétrant, a déterminé de la rouille, faire usage de brique pulvérisée et tamisée, mouillée d'huile, et de la curette. Mais ce dernier cas est rare chez un chasseur soigneux. — Du plomb de chasse. Le plomb de chasse le plus tendre, le plus facile à écraser et à couper par conséquent, le plus brillant à l'intérieur et en même temps le plus lourd, est celui qui contient le moins d'alliage; c'est le meilleur. Nous ne dirons pas comment on le fabrique, parce qu'il serait moins coûteux de l'acheter toutfabriqué, mais nous allons donner dès maintenant le tableau des divers numéros qui conviennent pour chaque espèce de gibier, suivant la nomenclature différente pour le plomb de Paris et pour relui de certaines régions de la province, — différence qui cause quelquefois de fâcheuses méprises aux chasseurs en déplacement.
PARIS
u.00. — Chevrotine, plomb moulé, pour loup et sanglier 1. — Loup, renard, chevreuil.
z et 3. — Uenard, chevreuil, canard.