‹ Nouveau dictionnaire encyclopédique universal illustré (volume 3)Chapitre 233 sur 503 · kilog · texte numérisé non relu

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poncs

en chevaux

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nœuds a llieuré

Total : 378 bâtiments. 10 navires-école. 14 navires â voile (vaisseaux, etc., coutraux) et 28 garde-pèches.

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des préoccupations politiques. Les monarchistes, profitant de l'impopularité des guerres coloniales et du mécontentement causé par le désordre des finances dû en partie à ces ruineuses expéditions, relevaient la tête et faisaient une active propagande en prévision des élections générales qui eurent lieu le 4 oct. 1885. Une loi du 16 juin 1885, réglait qu à l'avenir les députés seraient élus au scrutin de liste par départements, et ce nouveau mode d'élection accrut encore les chances des conservateurs. Au premier tour, le parti opportuniste fut écrasé au profit des monarchistes et des radicaux. Telle fut l'ardeur de la lutte que c'est à peine si les deux tiers des candidats obtinrent la majorité nécessaire, et un second tour de scrutin fut un peu plus favorable aux opportunistes (18 octobre). Les députés monarchistes qui étaient au nombre de 88 seulement dans l'ancienne Chambre se trouvèrent être plus de 200 royalistes et bonapartistes dans la nouvelle Assemblée; mais leur chef incontesté, M. le duc de Broglie, n'avait pas été élu. D un autre côté, l'extrême gauche ne comptait pas moins de 150 membres; et l'union, sur certaines questions, des extrémités de droite et de gauche, enlevait la majorité aux groupes du centre et de la gauche opportuniste. Dans ces conditions nouvelles, le gouvernement, devenu très difficile, exigeait une habileté qui faisait défaut au ministère Brisson. Avant de se retirer, ce ministère fit repousser un projet de loi relatif à l'évacuation du Tonkin (15 déc. et jours suiv.) et présida à la réélection de M. Jules Grévy (voy. Congrès, dans ce Supplément) ; après quoi il démissionna la 29 déc. 18S5 et fut remplacé (7janv. 1886) par un ministère Freycinet qui, inclinant un peu plus vers la gauche, put espérer que M. Clemenceau et son groupe important lui seraient favorables. Ce cabinet débuta par nommer Paul Bert résident général au Tonkin (13 }anv. 1886) et par accorder la grâce à toutes les personnes ayant, subi une condamnation politique depuis 1870; parmi les amnistiés se trouvaient le prince Kropotkine et Louise Michel. Des élections complémentaires, causées par de nombreuses invalidations et par quelques dé^.ès, réduisirent de 202 à 184 le nombre des membres de la droite et don lièrent décidément la majorité aux républicains de toute nuance, qui occupèrent 400 sièges dans l'Assemblée. Après une longue discussion, la Chambre repoussa un projet d'expulsion immédiate des princes, mais laissa à la discrétion du Président le droit de les faire conduire à la frontière s'ils continuaient d'entretenir l'agitation dans le pays (4 mars). Le 22 mars, elle vota une loi pour l'admission du public aux séances dn conseil municipal de Paris; le 30, le Sénat adopta une loi enlevant aux congréganistes des deux sexes le droit de diriger des écoles municipales. Le 11 mai fut ouvert un nouvel emprunt de 500 millions de fr. — Parmi les membres les plus actifs du cabinet Freycinet, on remarquait le ministre de la guerre, M. le général Boulanger qui, nouveau venu parmi les républicains, affirmait, par ses paroles et par ses actes, les opinions les plus radicales. Il avait débuté par changer la résidence des régiments notés pour leur hostilité envers le gouvernement républicain. Ayant ainsi fait disparaître différents foyers d'agitation, il soumit au silence passif les généraux qui n'étaient pas partisans de ses mesures. C'est ainsi qu'il priva de son commandement le général Schmitz, du ix8 corps d'armée (Tours) , pour avoir signé quelques mots dans un journal. En même temps, le ministre de ia guerre se rendait populaire en adoptant des mesures pour améliorer le sort du soldat, en activant la fabrication des fusils à répétition Lebel, dont l'adoption donna à notre armement une avance sur les armées étrangères, enfin et

surtout en donnant confiance aux troupes, en rassurant le pays sur l'issue d'une guerre avec l'Allemagne, en répandant l'opinion que nous étions prêts, cette fois, et que, si nous étions attaqués, nous saurions nous défendre. — A la suite du mariage de la princesse Amélie d'Orléans avec le prince de la couronne de Portugal (23 mai), le gouvernement crut devoir prendre des mesures définitives contre les princes. Une loi fut présentée à la Chambre : l'art. lor, bâtissant les chefs des familles ayant régné en France, fut voté par 315 voix contre 255; l'art. 2, accordant au ministère le droit d'expulser au besoin les autres membres de ces familles, obtint une majorité de 324 voix contre 235. Le Sénat ayant confirmé cette loi le 22 juin, par 141 voix contre 107, le prince Victor-Napoléon se retira à Bruxelles le 23, et le comte de Paris partit pour l'Angleterre le 24. Le nom du duc d'Auniale fut rayé des cadres de l'armée le 12 juillet ; et sur une lettre hautaine qu'il écrivit au Président de la République, il dut évacuer le territoire français, en vertu d'un ordre que la Chambre approuva par 375 voix contre 168. Le général Boulanger, chargé, en sa qualité de ministre de la guerrre, d'appliquer les décisions rigoureuses du ministère, devint immédiatement le bouc émissaire des nombreux mécontents. Le duc d'Aumale lui porta un coup droit, en livrant à la publicité des lettres que M. Boulanger, alors son subordonné, lui avait écrites pour lui demander sa bienveillance et pour le remercier de la lui avoir accordée en le faisant nommer général de brigade. A quelque temps de là, le duc se vengea d'une manière bien plus noble en abandonnant à la nation française ses terres et son château de Chantilly, moyennnant une réserve viagère. (Voy. Chantilly, dans ce Supplément.) La mort de Paul Bert, victime du climat meurtrier de notre nouvelle colonie dans l'extrême Orient (H nov.), fut suivie d'un soulèvement des indigènes et de la réorganisation d'une troupe de Pavillons Noirs près de la frontière chinoise. La Chambre s'empressa de voter, par 278 voix contre 249, les crédits tonkinois, montant à 38 millions de fr. (39 nov.). Les déficits du budget s'accentuant d'année en année, M. Carnot, ministre des finances, proposa de recourir à un nouvel emprunt et d'accroître les droits sur les esprits; mais ces propositions furent repoussées, la première par la commission du budget, la seconde par la Chambre, qui se montra disposée à rétablir l'équilibre au moyen de réductions sur les dépenses publiques. Le ministère projeta d'abolir les sous-préfectures, ce qui eût produit une économie annuelle de 3,500,000 fr. et, de plus, une somme immédiate de 37 millions de fr. résultant delavente du mobilier des offices détruits. Ce projet fut repoussé le 4 déc. et le ministère, mis dans l'impossibilité d'établir un budget, démissionna le 5. 11 fut remplacé le 13, par un ministère nettement radical, ayant à la tête M. Goblet, et conservant à la guerre le général Boulanger. Ce cabinet débuta par demander à la Chambre deux douzièmes provisoires, qui furent accordés le 15, par 528 voix contre 12. L'année 1887 fut entièrement remplie par la question Boulanger, par des incidents de frontière, des menaces de guerre, des scandales extraordinaires et un changement de Président. Néanmoins, au milieu de tous ces événements, la forme républicaine n'a pas été mise en question. Le général Boulanger, qui avait conservé le portefeuille de la guerre dans le ministère Goblet, prit de suite une attitude hostile envers ses collègues du gouvernement. Un journal, la Revanche, éclos spontanément, flattait d'un côté les sentiments populaires et développait le chauvinisme par ses attaques quotidiennes contre l'empire d'Allemagne, tandis que, d'un autre côté, il minait l'influence des ministres en dé-

nigrant chacun de leurs actes. D'autres jour— îaux, également à la dévotion du général, lu brave général, comme on disait, suivaient identiquement la même ligne de conduite et avaient plus d'influence, en raison de leur passé républicaiu: c'étaient 1; . iln-

transigeant, etc. Chaque jour, ces feu dressaient un nouveau piédestal a l'idole pulaire, représentée comme la pe lion de l'honneur national. Chaque jour, les hommes politiques de France étaient traînés iiux gémonies et offerts en pâture â l'impopularité. Des chansons où la rime n'était pas plus respectée que la morale, volèrent des cafés-concerts et des boulevards jusqu'au fond des campagnes et y portèrent le culte du Père de la Victoire. La fièvre boulaneiste dégénéra, chez beaucoup de gens du peuple, en véritable démence. Cette étrange manie décadente n'était pas seulement ridicule, elle devenait dangereuse. L'Allemagne, journellement insultée et menacée, rendit insulte. pour injure, voie de fait pour menace. Le gouvernement de Berlin, devenu agressif, résolut d'augmenter son armée, fit répondre aux articles de M. Rochefort par des articles non moins violents des journaux reptiliens et fit répliquer aux discours chauvins de M. Déroulède par une harangue belliqueuse de M. de Bismarck au Reichstag. (V. Allkmagne, dans ce Supplément). A la suite des élections du 21 février 1887, le gouvernement allemand, battu en Alsace-Lorraine, ne manqua pas d'accuser le ministère français d'avoir Causé cette défaite par ses intrigues. M. Schnaeblé, commissaire à Pagny-sur-Moselle, et l'un des principaux agents d'agitation en Alsace-Lorraine, fut attiré dans un guet-apens et arrêté. C'était donner à la République l'occasion de recommencer la folie du second Empire en déclarant la guerre. Heureusement que le chauvinisme qui nous a valu trois démembrements ne prévalut pas en cette circonstance. Le cabinet français, prudent sans faiblesse, obtint la mise en liberté de son agent, et il n'en résulta que la confusion de ceux qui l'avaient attiré dans un piège. Cela n'empêcha pas les journaux boulangistes de répandre dans le public l'opinion que le gouvernement français s'était aplati devant le chancelier d'Allemagne. La situation devenait intolérable pour les membres du gouvernement.

Us ne pouvaient mettre le pied hors de chez eux sans être poursuivis, dès qu'ils étaient reconnus, par le cri de : « Vive Boulanger ! » ou par le refrain d'une ignoble chanson intitulée: « En revenant de la revue ». Les généraux, les députés, les sénateurs et le Président de la Répuplique lui-même, n'échappaient pas plus que les ministres à cette scie parisienne, qui rappelait, mais dans de grandes proportions, le fameux Ohé, Lambert! d'il y avait quelque vingt ans. Pour mettre fin a cette situation grotesque à l'intérieur et dangereuse à l'extérieur, la Chambre profita de la première occasion et renversa le ministère. Sur une question de finances, le gToupe clémenciste, qui avait, dit-on, mis trois ans à préparer l'avènement du général Boulanger, mit moins de trois heures à le laisser choir. Après une crise ministérielle de quelques jours, le président Grévy parvint à constituer un cabinet Rouvier, avec le général Ferron à la guerre. M. Boulanger, qui avait relul'ambassade de Russie, accepta le command ment du 13° corps d'armée. Son départ pou'- Clermont-Ferrand devint l'occasion d' manifestation à laquelle prirent part p! trente mille de ses partisans. Son éloi;;nenient n'apaisa pas la polémique boulangisie et ne mit pas fin à l'agitation. Li /! tan -disparut, mais la Lanterne, l'Intransigeant jounaux populaires servirent qu nidiennement à leurs lecteurs, un éreintement en règle des membres du gouvernement, de la Chambre, du Sénat, du Président et de tout

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ce qui touchait à quelque chose, avec le contraste d'une éloquente apologie du brave de Clermont, posé en victime des intrigues parlementaires et de l'influence allemande. Un nouvel incident de frontière, pour lequel le gouvernement français obtint des excuses et une réparation (voy. Allemagne), détourna à peine les esprits quand éclata tout à coup le scandale des décorations (sept. 1887). Le général Ferron ayant eu des preuves que le général Caffarel avait abusé de sa position pour faire obtenir, à des gens qui n'y avaient aucun titre, le ruban convoité de la Légion d'honneur, ordonna l'arrestation de cet officier. Cette capture conduisit immédiatement à celle d'une aventurière nommée Limousin et de plusieurs autres femmes d'une réputation plus que douteuse, qui servaient d'intermédiaire entre le général et les personnes désireuses d'être décorées. Bientôt il fut démontré que le commerce des décorations se faisait d'une manière régulière sur une vaste échelle. Les journaux abondèrent en détails ; l'un d'eux ayant annoncé que l'on pensait que le général B . . . serait impliqué dans cette affaire, le commandant du 13° corps, qui venait de faire parler de lui relativement à un discours dans lequel M. Ferry l'avait traité de Saint-Arnaud de café-concert, ne laissa pas échapper une si belle occasion de se mettre en évidence. 11 fit imprimer dans un journal que l'affaire Caffarel n'avait été soulvée par son successeur au ministère que dans l'espoir de le compromettre. Cette attaque contre son supérieur lui valut une punition de 30 jours d'arrêts de rigueur (octobre 1887). Pendant qu'il subissait sa peine, les journaux à sa dévotion le représentaient, non plus comme une victime, mais comme un véritable martyr, et sa popularité s'en accrut. La Limousin, furieuse d'être en prison, accusa Wilson, gendre du président Grévy, et prétendit que c'était véritablement lui le chef de bande des marchands de faveurs. Le vieux général sénateur d'Andlau, également compromis, n'atlendit pas les agents chargés de l'arrêter; il disparut. Quanta M. Wilson, il conserva sa liberté, malgré les charges accablantes qui s'élevaient contre lui. Il fut prouvé qu'abusant de sa position à l'Elysée, où il vivait, il avait fait usage, dans son intérêt personnel, de la franchise postale accordée au Président; il s'empressa de faire disparaître ce motif d'action judiciaire en remettant de lui-même à l'administration des postes la somme de 40,000 francs pour le dommage qu'il lui avait causé. Des propositions furent faites à la Chambre pour qu'elle ordonnât une enquête relativement aux charges qui pesaient sur l'un de ses membres, M. Wilson; le gouvernement s'y étant opposé, il en résulta une crise, qui après avoir été d'abord ministérielle, ne tarda pas à devenir présidentielle et fut sur le point de dégénérer en révolution. Le président Grévy, au lieu d'abandonner son gendre et même de le désavouer, crut devoir le couvrir de son autorité, ce qui fortifia les présomptions que ce vieillard, poussé par son avarice, n'avait pas ignoré les tripotages de M. Wilson. Un homme qui laissait peser sur lui de tels soupçons n'était pas digne de conserver la première magistrature de la France. Aussi, quand le ministère Rouvier eut donné sa démission, c'est en vain que le vieux président essaya de former un cabinet. Les différents hommes politiques qu'il consulta refusèrent d'entrer dans des combinaisons mort-nées; et sur un vote impérieux de la Chambre, M. Grévy demisionna le 2 décembre 1887. Cette crise avait été accompagnée de troubles dans la rue. Des mesures militaires avaient dû être prises en cas de souvent populaire, et plusieurs fois la troupe chargea la foule pour l'empêcher de mai

sur le palais Bourbon, soit sur l'Elysée. Après la démission, le danger augmenta,

quand le bruit se répandit que, dans le congrès réuni à Versailles le 3 décembre pour élire un autre président, M. Jules Ferry était assuré de la majorité. Radicaux, boulangistes et blanquistes, alliés pour la circonstance, ne cachèrent pas qu'une prise d'armes répondrait à une pareille élection ; le conseil municipal, siégeant eu permanence à l'hôtel de ville, prépara l'avènement d'une nouvelle Commune; le peuple, descendu dans la rue, remplit la ville de ses rumeurs, de ses cris et de ses menaces. Ce fut avec un véritable soulagement que l'on apprit l'élection inattendue de M. Sadi Carnot, petit-fils de l'illustre « Organisateur de la victoire ». Cette nouvelle produisit une détente immédiate et le calme se rétablit de lui-même en un inslant. Le nouveau Président éprouva quelque difficulté à former un ministère; il réussit, le 12 décembre, à établir le cabinet Tirard, avec le général Logerotà la guerre. La constitution de 1875 avait vécu déjà treize années; c'est la seule qui ait parcouru une si longue carrière. Elle fut en butte à des attaques qui menacèrent d'abréger son existence. L'année 1888, qui s'ouvrit au bruit des scandales causés par l'affaire Wilson, se continua au milieu de l'agitation produite par la question Boulanger. Le ministère Tirard, sans prestige, n'avait aucun appui dans le pays. Le mécontentement général se manifesta dès le 5 janvier, époque où des élections sénatoriales eurent lieu dans 29 départements : 60 républicains et 21 réactionnaires furent élus ; les républicains gagnèrent 3 sièges et en perdirent 6. Le 12, la Chambre jeta un défi aux partis avancés en repoussant l'urgence d'un projet d'amnistie déposé par M. Basly. La nation, travaillée par les incessantes prédications desjournaux boulangistes, devint nerveuse et prête à se jeter dans n'importe quelle aventure qui pût la débarrasser d'un gouvernement pour lequel elle n'avait plus d'estime. Sur ces entrefaites, le 22 février, M. Thiébaud (bonapartiste) lança la candidature du général Boulanger dans les départements de la Côte-d'Or, de la Loire, du Loiret, de la Marne et de Maine-et- Loire ; et le général, en même temps qu'il télégraphiait au ministre de la guerre. Logerot, pour lui demander l'autorisation de protester contre l'emploi que les bonapartistes faisaient de son nom et pour affirmer qu'il était étranger à la campagne électorale, envoyait à son confident, M. le comte Dillon, des télégrammes dans lesquels il lui disait : € J'approuve tout » (Dépêche du 26 février), et « 11 faut travailler fortement la presse et l'opinion » (27 février). Le général ne fût élu nulle part, mais ses journaux additionnèrent les nombreux suffrages égarés sur son nom. Le ministère, qui se sentait impuissant, n'eût pas la franchise d'agir avec vigueur contre un officier conspirateur. Il se contenta , le 17 mars, de demander la mise en non-activité du général, accusé d'être venu trois fois à Paris sans permission, les deux dernières fois sous un déguisement. Le conseil d'enquête chargé de donner son avis sur la proposition du ministre, ordonna la mise à la retraite de M. Boulanger, reconnu coupable d'avoir quitté son poste et d'avoir livré à la publicité une lettre adressée au ministre de la guerre. Le général, devenu éligible, prit avantage de sa popularité grandissante pour entreprendre de renverser le Président de la République, la Constitution, la Chambre, le Sénat, tout Je gouvernement en un mot, et de le remplacer à lui tout seul. Son mot d'ordre acclamé de tous côtés, fut : « Bevision, Dissolution, plus de Sénat, plus de Président de la République. » M. Wilson, condamné, le 10 mars, par la chambre correctionnelle à 2 ans de prison, s'empressa de faire appel de ce jugement et fut acquitté, le 26 mars, ainsi que ses complices Ribaudeau, Uubreuil et Hébert. Mais le général Caffarel

fut condamné le 19, par la 10" chambre correctionnelle, à 3,000 francs d'amende, et la femme Limousin à six mois de prison. Le 30 mars tomba le ministère Tirard sur une proposition de revision, déposée par Camille Pelletan et dont l'urgence, combattue par le gouvernement, avait été votée par la Chambre. Après quelque hésitation, le Président de la République sévit forcé de former un cabinet entièrement radical, avec M. Floquet pour chef, M. Goblet aux affaires étrangères et M. de Freycinet à la guerre. Ce nouveau ministère, absorbé par la question Boulanger, abandonna de suite la réalisation du programme radical et ne s'occupa uniquement que de réunir en un seul faisceau les différents groupes républicains, que le ministère Ferry avait précédemment divisés. La situation était pleine de difficultés ; M. Floquet entra corps et àme dans la lutte contre l'idole. Le début fut peu encourageant pour lui. Par suite de vacances dans la représentation de la Dordogne et dans celle du Nord, M. Boulanger appela le peuple à plébisciter sur son nom, contre les 580 rois fainéants del'Assemsemblée. Le 8 avril, il fut élu dans la Dordogne, par 59,500 voix, contre 35,750 suffrages obtenus par le candidat opportuniste. Le 15, dans le Nord, où il mena personnellement la campagne, son triomphe fut encore beaucoup plus complet, puisqu'il obtint 172,528 voix, contre 75,901 données à M. Foucart, et 9,647 à M. Moreau. Il lança aussitôt un manifeste pour déclarer que le jour de son élection resterait dans les annales du pays comme une date de véritable délivrance. Après son retour à Paris, il devint le héros de diverses manifestations et reçut des ovations dans tous les lieux où il se montra. Il était représenté par ses amis comme l'homme de l'avenir, celui qui doit sauver la France de l'inertie d'un gouvernement incapable, des fraudes et des combinaisons politiques immorales, et comme le chef qui doitconduire nosdrapeaux à la victoire dans une guerre de revanche. Mais son immense orgueil fut presque immédiatement humilié par des manifestations anti-boulangtstes dans les rues de Paris, de Nancy, de Toulouse, et par son échec dans l'Isère (29 avril), dans l'Ardèche et surtout dans la Charente ou son candidat, M. Paul Déroulède fut piteusement battu (17 juin). Son incroyable popularité commençait à décliner, lorsqu'il se couvrit de ridicule en se faisant conduire à la Chambre comme un triomphateur, dans un char pavoisé que traînaient des chevaux couverts de cocardes et de rubans, et en paradant avec ostentation autour de la place de la Concorde, pour donner le temps à son escorte de lui faire une ovation qui n'avait rien de spontané. Arrivé au palais Bourbon, il s'y présenta avec l'arrogance d'un Louis XIV traitant le Parlement comme un ramassis de valets (9 avril). A sa demande de revision (4 juin), M. Floquet répondit, au milieu du tumulte, par u,ne première catilinaire qui montra que l'aspirant dictateur avait enfin trouvé son homme. Il ne s'y attendait pas ; il fut atterré. Ecrasé par les vigoureuses paroles de son adversaire, il courba la tête et se retira, après un vote où il eut pour partisans les députés monarchistes (359 voix contre la proposition Boulanger; 181 pour). A partir de ce moment M. Floquet devint le bouc émissaire des journaux boulangisles, des agents secrets et des camelots soudoyés par une caisse mystérieuse et suspecte. Le 12 juillet, deux jours avant la fêle nationale, M. Boulanger ^e rendit à la Chambre pour y défendre sa proposition de dissolution. A ses paroles hautaines, M. Floquet répliqua par une seconde catilinaire qui démasqua définitivement son adversaire:

« Pendant que nous combattions pour la République, où étiez-vous? vous passiez de la sacristie à l'antichambre». Sur un démenti

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du général, le ministre lui envoya deux témoins. La rencontre eut lieu a Neuilly le 13 juillet, dans le parc d'une propriété appartenant à M.Dillon. L'arme choisieétait l'epée. A la seconde reprise, l'Achille se précipitant furieusement sur son adversaire, s'enferra el reçut une grave blessure, mais à la gorge. Sespartisans consternés n'osèrent pas troubler la fête du 14 juillet; mais leur acharnement redoubla contre M. Floquet. L'argent, jeté à pleines mains, fit naître des grèves et des troubles dans la rue. A l'enterrement de l'exgénéral de la Commune, Eudes, le drapeau rouge fut déployé et le sang coula (8 août). Au milieu de l'agitation qui suivit ces événements, M. Boulanger fut élu, grâce à l'appui desbonapartistes, dans la Charente-Inférieure, dans le Nord et dans la Somme, le 19 août. On re.narqua qu'il obtint, dans le Nord, 40,000 voix de moins que lors de l'élection du 15 avril. Il opta pour le Nord, mais rendu plus circonspect, il se conduisit désormais à la Chambre comme un député quelconque.

Ses journaux seuls continuèrent avec audace la campagne d'insinuation plus ou moins diffamatoire contre les membres du gouvernement et du Parlement. Ces insinuations renouvelées sans cesse, sous une forme ou sous une autre, devaient finir tôt ou tard par prendre corps et par trouver leur expression définitive dans la bouche de quelqu'un. Lors d'un discours prononcé à Alais le 3 septembre 1888, le député Numa Gilly, maire de Nîmes, affirma que sur 36 membres de la commission du budget, il y avait au moins 20 Wilsons. La commission du budget ayant cru devoir s'abstenir de poursuivre M. Gilly, un de ses membres, M. Andrieux, se décida à porter plainte au garde des sceaux. M. Gilly fut donc déféré aux assisses du Gard et son procès en diffamation fut jugé le 27 novembre. Dès le début, l déclara n'avoir pas visé M. Andrieux. La cour lui ayant refusé le droit de faire la preuve de faits étrangers à la cause, il cessa de se défendre et laissa au jury le soin de se prononcer; M. Andrieux retira sa plainte parce que les débats n'étaient pas contradictoires et l'accusé fut acquitté. Presque aussitôt, il publia sous le titre de Mes Dossiers un livre dont il n'avait même pas lu le contenu, et où l'on trouvait, à défaut de faits précis, la réunion des mille racontars calomnieux avec lesquels les journaux à scandales faussent l'opinion de leurs lecteurs. L'effet produit par cette publication fut si désavantageux pour M. Gilly, qu'il ne tarda pas à la désavouer et à affirmer qu'il ne l'avait pas autorisée. Entre temps, et pour ne pas laisser oublier le général, les journaux à sa dévotion, inventaient quelque conspiration du gouvernement ou d'autres balivernes que des millions de badauds répétaient le lendemain comme d'incontestables vérités. Le 2 décembre, le général prononça à Nevers une apologie du coup d'Etat, pendant que cent mille habitants de Paris protestaient sur la tombe de Baudin. A l'extérieur la politique française est restée la môme. Tenue en suspicion par les gouvernements d'Allemagne, d'Autriche el d'Italie, la République a conservé ses rapports d'intime sympathie avec la cour de Saint-Pétersbourg. Au mois de janvier éclata l'incident de Damas, causé par la violation du consulat français, qu'envahirent des soldats turcs à la recherche de deux Algériens protégés de la Fiance ; cette affaire se termina à l'amiable au mois de mars. L'accroissement des forces militaires en Allemagne eut pour conséquence, en avril, le vole de 62 millions de francs pour la construction d'ouvrages défensifs à Cherbourg, Brest et Toulon. En avril, le gouvernement présenta aux Chambres un projet de loi militaire fixant la durée du service militaire à 25 ans, dont 3 ans dans l'armée active, 6 1/2 dans la réserve, 6 ans dans l'armée terrilo-

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riale et 9 1/2 dans la réserve de la territoriale. Au mois de mai (28), le ministre hongrois Tisza crut devoir, dans un discours prononcé devant la Chambre des députés de Hongrie, avertir ses compatriotes qu'il serait dangegereux de se rendre à Paris pendant l'Exposition de 1889. A cette attaque injustifiable, M. Goblet , ministre français des affaires étrangères, répondit par un langage modéré mais ferme, qui produisit un grand effet (31 mai) et qui amena une rétractation du ministre hongrois. Les rapports avec le gouvernement italien se tendirent, et l'on put craindre une rupture. Le traité de commerce avec l'Italie ne fut pas renouvelé ; la question de Massouah produisit des froissements de mauvais augure. M. Goblet, ministre des affaires étrangères, contesta la légalité de l'occupation italienne et ne voulut pas reconnaître à l'Italie le droit d'imposer des taxes municipales sur les étrangers ou sur les protégés français établis à Massouah. Il en résulta un échange de notes circulaires dans lesquelles signor Crispi déploya une acrimonie qui n'est pas dans les usages de la diplomatie. Peu après, des malfaiteurs, restés inconnus, enlevèrent les armes impériales du consulat d'Allemagne au Havre et les traînèrent dans le ruisseau. Cet incident malheureux ne comportait aucune suite; la France devait des excuses ; elle les fit de bonne grâce (octobre). Les bouiangistes annonçaient dans leurs discours et dans leurs journaux que le général présiderait à l'ouverture de l'Exposition; une élection jnstifia leurs espérances. Un député de la Seine, M. Hude, étant mort, la date fixée pour son remplacement fut le 27 janvier 1889. Les républicains choisirent pour candidat le président du conseil général de la Seine, M. Jacques. Le général Boulanger, son adversaire, obtint 245.236 voix, contre 162.875 accordées à M. Jacques et 17.039 accordées à M. Boulé, candidat socialiste. Ce résultat était la condamnation du vote au scrutin de liste. Le ministère Floquet présenta aussitôt un projet de loi qui fut adopté et qui rétablissait le scrutin uninominal. En même temps, M. de Freycinet, ministre de la guerre, envoya une circulaire aux commandants de corps d'armée pour leur enjoindre de tenir la main à ce que les officiers et les soldats placés sous leurs ordres s'abstinssent de s'occuper de politique. La Chambre, qui, sur la demande du cabinet, avait mis la question de revision à l'ordre du jour desa séance, du 14 fwricr 1889, ayant décidé sur la proposition de M. de Douville-Maillefeu et à la majorité de 307 voix contre 218, qu'il y avait lieu d'ajourner indéfiniment la revision des lois constitutionnelles, M. Floquet déclara que le cabinet qu'il présidait était démissionnaire. Les ministres conservèrent la direction des affaires pendant que le Président de la République cherchait à former un nouveau cabinet. Ce fut pendant cet intérim qu'éclata l'incident Atchinoff (voy. Sagaixo, dans ce Supplément). Une troupe d'aventuriers russes ayant envahi, à main armée, le territoire français d'Obock, fut repoussée à coups de canon, avec l'assentiment du gouvernement de Saint-Pétersbourg. Les bouiangistes, qui avaient la prétention de personnifier le patriotisme, firent un crime au gouvernement d'avoir fait respecter le drapeau de la France. La Ligue des Patriotes lança une proclamation incendiaire pour appeler le peuple aux armes. Le but secret des bouiangistes était de tenter un grand mouvement, de s'emparer de l'Elysée et de faire sanctionner leur usurpation par un plébiscite. Sur ces entrefaites, le ministère Tirard s'installa, le 21, avec Rouvieraux finances, Spuller aux affaires étrangères, Thévenet à l'instruction publique, Ferrouillat à la justice, Montaud aui travaux publics, Legrand au commerce, de Freycinet à la guerre, et Viette à l'agriculture. La

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Ligue des Patriotes fut dissoute et l'on saisit les papiers de cette société. A la suite de débats à la Chambre, il fut décidé, par 334 voix contre 162, de poursuivre Déroulède et les députés Laguerre, Laisant, Turquet, ainsi que plusieurs autres bouiangistes pour avoir fait circuler la proclamation de Déroulède, datée du 16 février. Il en résulta plusieurs condamnations à 100 fr. d'amende pour affiliation à une société non autorisée. Sur ces entrefaites, le général Boulanger disparut, dans les premiers jours d'avril. Le public, qui n'était pas dans les confidences des hommes politiques, s'étonna de la fuite d'un ambitieux que l'on croyait sur le point d'arriver au pouvoir. Ses amis Dillon et Rochefort l'avaient suivi. On apprit, dans la suite, que les républicains, las de s'entendre traiter de voleurs, avaient menacé le chef boulangiste de le poursuivre, aprèss'être aperçus que 242.000 fr. avaient disparu du ministère de la guerre et que le général les avait employés à sa propagande. Le Sénat se constitua en haute cour de justice le 12 avril. Le procureur général Quesnay de Beaurepaire, violemment injurié par la presse boulangiste, soutint l'accusation. La haute Chambre rendit son arrêtle 15 août. Boulanger, reconnu coupable d'avoir volé 242,000 francs, fut condamné par contumace, à la déportation dans une enceinte fortifiée. Dillon et Rochefort, poursuivis comme complices de sa conspiration contre la sûreté de l'Etat, en furent quittes pour une condamnation à la déportation simple. Déjà, le président Carnot avait ouvert l'Exposition universelle (voyez Exposition), et le calme se fit un peu dans les esprits. Le général, qui de Londres, où il s'était provisoirement réfugié, dirigeait encore une active campagne contre la République et posait sa canditature un peu partout, fut battu à Sainte-Foix (près Bordeaux), au Vigan (Gard) et à Briey (Meurthe-et-Moselle). Les tiens des trois condamnés furent recherchés et saisis, tandis que les tribunaux faisaient justice de leur adepte, Numa Gilly, en le condamnant, comme calomniateur, à six mois de prison et à 1 ,000 francs d'amende. Le boulangisme semblait abattu, mais les orléanistes croyant passer par la brèche qu'il avait faite, entreprirent dès le mois de mai, une active propagande en faveur du comte de Paris. Mais les esprits étaient ailleurs; on s'occupait de l'Exposition, et tant qu'elle dura, il fut impossible d'agiter le pays. Bouiangistes, orléanistes, bonapartistes alliés ensemble , attendirent avec impatience les élections générales, certains qu'ils étaient d'obtenir une grande majorité à la Chambre des députés. Il se contentèrent de signer et de répandre des manifestes. M. Mermeix, accusé de complicité dans la soustraction d'importants documents relatifs au procès Boulanger, fut condamné à 4 mois de prison et à 500 francs d'amende, le 4 septembre. Le lendemain. M. Tirard, président du conseil, reçut une lettre du général Boulanger, réclamant le droit d'être jugé par un conseil de guerre. La liste des candidats pour la prochaine élection au Corps législatif fut close le 17 septembre. Le général, quoique inéligible, s'obstinait à se présenter à Montmartre. Dans presque toutes les autres circonscriptions, il eut des candidats officiellement investis et pour lesquels ses partisans devaient voter comme pour lui-même. La plupart de ces candidats appartenaient à l'orléanisme ouau bonapartisme, et avaient secrètement pris l'engagement de rétablir la monarchie dès qu'ils seraient en majorité à la Chambre. Les élections eurent lieu le 22 septembre. Paris élut 22 républicains et 14 bouiangistes. Le résultat général du second tour de scrutin (7 octobre) fut la nomination de 325 républicains, 112 monarchistes, 62 bonapartistes, 41 boulaLgistes et 32 libéraux d'opinion incertaine. La propa-

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t'ande boulangiste avait délié la langue à coup de prêtres, qui avaient transformé en clubs leurs églises; 55 d'entre eux furent suspendus de leurs fonctions le3t octobre. Dès l'ouverture des Chambres, le 12 novembre, M. Floquet fut élu président du Corps législatif (17). La proposition faite par M. Maujan, de reviser la constitution, fut repoussée par 345 voix contre 123. L'élection de Boulanger A Montmartre fut cassée comme illégale, et Joffrin. sur qui il avait obtenu une grande majorité, fut déclaré élu, les voix données au général ne comptant pas, en vertu de la loi. Des élections complémentaires eurent lieu le 16 février 1890, elles eurent pour résultat le triomphe de presque tous les boulangistes que la Chambre avait précédemment invalidés. Les partis se trouvèrent ainsi représentés à la nouvelle. Assemblée élue : 1° monarchistes, 104; 2° bonapartistes, 60 ; boulangistes, 47. Le surplus des 576 députés se composa de républicains appartenant aux diverses nuances, mais resserrés par l'imminence du danger qu'ils venaient de courir, et cherchant à former un nouveau groupe dit de concentration. Des discussions entre MM. Tirard et Constans amenèrent la démission de ce dernier, qui lut remplacé à l'intérieur par M. Bourgeois (2 mars 1890). Peu de jours après, le 14 mars, le ministère Tirard tout entier tomba sous un vote hostile du Sénat, relatif au renouvellement du traité commercial franco-turc. Le 17, on annonça un nouveau gouvernement, présidé par M. de Freycinet, ministre de la guerre, avec Constans à l'intérieur, et Ribot aux atfaires étrangères. En avril, 82 candidats boulangistes se présentèrent aux élections municipales de Paris, 3 seulement furent élus. A la suite de cet échec, le général écrivit à ses amis une lettre pour reconnaître que c'était fini, et qu'il ne fallait plus troubler le pays (18 mai). Retiré à Sainte-Brelade (Jersey), il y menait comme à Londres une existence princière. A partir de ce moment il fit peu parler de lui. Un seul incident de son existence fut relevé par la presse anglaise: un chandelier ayant failli le tuer en lui tombant sur la tête , le Punch publia que la gloire du général venait de recevoir un nouveau lustre. Le 27 juillet 1890, le gouvernement français reconnut, par un traité, les prétentions de l'Angleterre sur le territoire de Zanzibar. De son côté, la Grande-Bretagne reconnut le protectorat français à Madagascar et s'engagea à ne pas contrarier notre influence dans le nord de l'Afrique, depuis le Sénégal et l'Alîérie jusqu'au lac Tchad. Une expédition envoyée au Dahomey mit fin aux actes d'hostilité que le roi de ce pays commettait sur nos possessions. Le 5 octobre intervint un traité, vivement critiqué, en vertu duquel la France obtint le port de Kotonou et le protectorat de Porto-Novo ; mais Widdab resta au Dahomey. Les boulangistes étaient écrasés ; leur parti existait encore néanmoins. Ce fut un de ses adeptes quiluiporlale dernier coup. M. Mermeix publia les Coulisses du Boulangisme et dévoila les secrets dont on se doutait. 11 résulta de ses révélations que, sur environ 15 millions qu'avait coûté la propagande du parti, trois millions étaient dus à la générosité de l'oiléaniste duchesse d'Uzès ; et que toute la campagne conduite par le général n'avait eu d . 1 que de ramener au

pouvoir les prince:. d'Orléans. Le comte de Pans reconnut, dans une lettre, l'exactitude de ces faits. Reste encore à connaître l'origine des autres millions. Les Coulisses du Boulangisme fixèrent la justice sur un point if:noré de la police. Le général, étant, à la tête du corps d'armée de Clermont-Ferrand, lit absenté sous un travestissement et avait été conspirer à Prangms (Suisse) avec e Jérôme. Si ce détail eût été -. de la Haute-Cour, la condamnation de

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Boulanger aurait dû être celle de la peine de mort.

FRANCO- ALLEMANDE (Guerre). — Voici, d'après les récents travaux des statisticiens, ce que la guerre 1870-'71 a coûté aux deux nations belligérantes. Le savant directeur de la statistique du royaume d'Italie, M. L. Bodio, membre correspondant de l'Institut de France, a voulu se rendre compte de ce qu'avait coûté, en hommes et en capitaux, la guerre de 1870- '71.11 a puisé aux meilleures sources et interrogé les ouvrages les plus autorisés. Les résultats auxquels il est arrivé ne sont encore qu'approximatifs : tels qu'il les expose dans son travail, qu'il ne considère pas comme définitif, ces résultats suffisent à montrer quel effroyable lléau est la guerre. — I. Perte d'hommes. — France. D'après le docteur Jules Rochard, inspecteur général de la marine française (conférence tenue en 1888 devant l'Union des Femmes de France), les pertes subies par l'armée française dans la guerre franco-allemande sont les suivantes :

Hommes

Morts en France ,80.000

Morts en France, de maladies, aacidents,

suicides, etc 36.000

Morts en Allemagne, prisonniers 20.000

Total des morts 136.000

Blessés sur le champ de bataille qui ont survécu 138 000

Blessés dans les marches, accidentellement, contusionnés, etc 11 .421

Malades de maladies communes, d'exténuation, de froid, etc 328.000

Total dos blessés etdes malades. 473.421

Le docteur Puget évalue à 155.000 le nombre des Français morts ou devenus invalides pendant la campagne ou de ses suites. Le docteur Chenu, dans une étude intitulée : Aperçu historique, statistique et clinique snr le service des ambulances pendant la guerre de 1870- -'71 (Paris 1874), donne des chiffres quelque peu diliérents. Il évalue à 138.871 le nombre des Français morts de blessures ou de maladies; à 143.066 le nombre des blessés dans les combats ayant survécu; à 11,421 le nombre des blessés dans les marches, et à 328.000 le nombre des malades. Enfin, M. Gilfen, dans un article publié par les Èssays of finances (London, 1880), sous le titre The cost ofthe franco-german warof 1870-'71, réduit le nombre des morts à 30 000 ; celui des invalides au mêmechilfre; celui des malades, blessés, ren dus plus tard à la vie ordinaire et au travail, à 90.000. Les chillres de l'austère Anglais sont malheureusement inférieurs à la vérité. — Allemagne. D'après les docteurs Roch et Lu. qui ont tiré leurs données des rapports officiels de l'état-majorde Berlin, il est mort, du côté des Allemands, en tant qu'officiers, soldats et employés dépendant de l'administration militaire, 40.897 hommes. De ce nombre 17.255 ont péri sur les champs de batailles; 11.023 sont morts dans les ambulances et les hôpitaux, des suites de blessures; 12.599 sont morts des suites de maladies contractées pendant la campagne. Ont été blessés plus ou moins gravement et ont survécu, 88.543 hommes. D'après le docteur Engel, le nombre des Allemands morts ou devenus invalides se monte au chiffre de 60.000. — II. Perte des capitaux. — Allemagne. Ici aussi, les auteurs qui ont étudié la question sont loin de se trouver d'accord. Tandis que M. Blenck est d'avis que l'indemnité de 5 milliards payée par la France dépasse de beaucoup les frais supportés par l'Allemagne, soit du fait de la guerre, soit par la réorganisation de l'armée qui a suivi la campagne, le professeur A. Metzein, de l'Université de Berlin, évalue à 8 milliards de francs les pertes directes et indirectes subies par l'Allemagne. L'indemnité payée par la France aurait donc encore laissé un déficit de 3 milliards. — Fbanck. M. Bodet,

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ancien ministre des finances, a évalué les perles subies par la France, du fait de la guerre de 1880-'71 de la manière suivante:

Repenses militaires... J. 386. 412. 533

Sommes payées à l'Allemagne.... 5. 742. 137.824

Emprunts et primes 1,156.327.955

Travaux publics occasionnés par la guerre 207.239.800

Indemnités payées par l'Etat aux départements et aux particuliers. 604.622.424

Pertes subies par l'Etat 2. 033. 93V. 000

Dommages supportés par les communes et non remboursées par l'Etat 535.007.000

Total Fr. 12.666.516.536

Le professeur Meitzen évalue les pertes sèches pour la France à 17 milliards. M. D. Giffen, se plaçant à un point de vue humanitaire et cosmopolite, ne considère pas l'indemnité de 5 milliards comme une perte, puisque l'Allemagne a acquis ce que la France a payé. Mais il évalue les pertes dérivant de l'arrêt de la production du capital homme ou de l'incapacité au travail des blessés et des invalides à 14.650.000.

FRANGIPANE (Econ. dom.) — Mettez dans une casserole deux ou trois œufs, assez de farine pour obtenir une pâte épaisse, que vous délayerez avec du lait. Faites cuire, en tournant jusqu'à ce qu'elle bouille, pendant à peu près un quart d'heure. Retirez du feu et assaisonnez de sucre en poudre, macarons écrasés et fleur d'oranger pralinée également en poudre.

FRANKÉNIACÉ, ÉE, ad. (de Jean Frankenius, botaniste suédois du xvn6 siècle). Bot. Qui ressemble ou qui se rapporte a la frankénie. — s. f. pi. Famille de violinées ayant pour type le genre frankénie et comprenant en outre les genres nothria et beatsonia.

FRÉDÉRIC III (Frédéric Guillaume-Nicolas- Charles de hohenzollern), empereur d'Allemagne et roi de Prusse, le second empereur de la maison de Hohenzollern, né à Berlin, le 18 octobre 1831, mort à Potsdam le 15 juin 1888. Fils aine du prince Guillaume, qui devint roi de Prusse puis empereur d'Allemagne, il fut, comme tous les princes allemands, destiné au métier des armes et élevé au grade de sous-lieutenant dès l'âge de dix ans. Aimant les lettres et les arts, d'un caractère doux et simple, il s'attira l'affection de tous ceux qui l'approchaient. Après s'être mûri par des voyages dans les divers pays de I Europe, il épousa, en 1858, la princesse Victoria, fille aine de la reine d'Angleterre. Promu lieutenant général en 1860, il fit, en cettequalité lacampagnedu Danemark (1864), dans l'état-major du feld-maréchal Wrangel. Nommé général d'infanterie en 1866, il prit part à la campagne d'Autriche, comme commandant de la 2e armée, dite armée de l'Oder. On sait la part qu'il prit à la victoire de Sadowa, le 3 juillet 1866. La bataille s'était engagée dès le matin entre la première armée prussienne et l'armée austro-saxonne. La lutte fut charnée de part et d'autre. Vers le milieu de la journée, la puissante artillerie des Autrichiens commençait à faire reculer les Prussiens et la victoire se dessinait en faveur des premiers, lorsque survint l'armée du prince Frédéric-Guillaume, qui était en route depuis le matin. Les choses changèrent aussitôt de face. Le fils du roi de Prusse se porta vigoureusement sur Chulm, la clef de la position, et en délogea les Autrichiens après un combat des plus sanglants. L'année suivante, au mois de juin, il vint à Paris pour visiter l'exposidon universelle et reçut le plus brillant accueil de Napoléon III. 11 accompagnait le roi de Prusse et M. de Bismarck. En 1870, placé à la tête de la troisième armée allemande, composée de troupes prussiennes, bavaroises, wurtembergeoises et badoises, il quittait son quartier général de Landau le

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4 août pour se porter sur Wissembourg, où campait le général Abel Douay, qu'il attaquait avec 80,000 hommes. Le général Douay, n'ayant à lui opposer que 10,000 soldats, fut écrasé sous le nombre, malgré une héroïque résistance. Le 6 août, Frédéric-Guillaume, qui avait poursuivi sa marche en avant, rencontrait à Frœschwiller,près de Reichshoffen, le corps d'armée de Mac-Mahon. Il avait avec lui 100,000 hommesetuneartillerie formidable à opposer aux 40,000 soldats de Mac-Mahon. La bataille dura de sept heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. Comme à Wissembourg, la France fut encore vaincue. On raconte à ce propos que le prince, en voyant défiler devant lui des Français faits prisonniers dans cette lutte héroïque, se découvrit respectueusement et, se tournant vers son état-raajor, il dit : c Saluez le courage, messieurs ; je n'ai, de ma vie, rien vu d'aussi brave que ces soldats que la fortune a trahis. » Après avoir fait investir Strasbourg )ar les corps badois et wurtembergeois, sous e commandement du général de Werder, le prince royal sortit de l'Alsace et traversa les Vosges" pour se rallier à l'aile gauche du prince Frédéric-Charles; mais, apprenant la retraite des généraux de Mac-Muhon et de Failly vers le sud, il se dirigea sur Nancy et occcupa successivemeut Vitry- le -François, Chàlons et Epernay. Pendant ce temps, le maréchal de Mac-Mahon, dont l'armée avait été reformée, se dérobait et quitlait la vallée de la Marne pour marcher sur Metz. A cette nouvelle, Frédéric-Guillaume opéra une immense conversion à droite, et, malgré les quatre jours d'avance que Mac-Mahon avait sur lui, l'atteignit sous les murs de Sedan. Le prince Frédéric-Guillaume contribua avec le prince royal de Saxe à nous infliger l*im-< mense désastre du 1er septembre 1870, la plus elfroyable catastrophe dont fassent mention nos annales militaires. Immédiatement après cette victoire, qui détermina la révolution du 4 Septembre et la proclamation de la République en Frauce, la 3e et la 4° armées allemandes se dirigèrent sur Paris. Le prince de Prusse investit la rive gauche et le prince de Saxe la rive droite. Le 26 janvier 1871, Paris capitula, faute de vivres. Le 28 octobre, le roi de Prusse, dans une lettre datée de Versailles, rappelant les victoires du prince royal, lui disait : « Tout cela, dans son ensemble, signale en toi le grand capitaine favori de la fortune. Aussi mérites-tu d'occuper le rang le plus élevé dans la hiérarchie militaire, et je te nomme, par la présente, général-feld-maréchal C'est pour la première fois que cette distinction, que je confère également au prince Frédéric-Charles, échoit en partage à des princes de notre maison. > Il convient du reste de rendre hommage au caractère de ce prince, qui fit tout ce qui était en son pouvoir pour atténuer les horreurs de la guerre. Il blâma, dit-on encore, en des termes très vifs, les pillages et les incendies, et on rapporte qu'il aurait dit un jour à de Mollke : a Vous faites de ceci une guerre, non contre la France, mais contre la civilisation ». Plus d'une fois, il a laissé libres des officiers français pris dans le combat et dont il avait pu remarquer l'héroïsme. On rappelle aussi, à sa louange, qu'il fit toujours rendre les honneurs militaires aux officiers généraux de notre armée trouvés morts sur le champ de bataille, ou décédés dans les ambulances allemandes. Après la guerre francoallemande, le prince Frédéric-Guillaume se tint à l'écart des affaires tant politiques que militaires. Il resta, néanmoins, président de ia commission pour la défense du territoire et inspecteur général de l'armée. Le prince passait son temps à voyager en Angleterre et en Italie. Il avait pour ce dernier pays une affection particulière. Il fit de fréquents et longs séjours à Rome. Un des derniers inci-

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dents de sa vie de prince a été son voyage en Espagne, en 1883. Au mois de novembre de cette année, il fut chargé d'une mission spéciale près le roi Alphonse XII. En 1887, la condition critique de la santé du kronprinz causa la plus grande anxiété dans l'empire. Les meilleurs médecins allemands, réunis en conseil, trouvèrent dans sa gorge une formation qu'ils pensèrent être une excroissance cancéreuse. Le prince Frédéric-Guillaume était depuis longtemps malade de cette affection ; le Tagblatt de Berlin rapporte que le prince fut atteint, en 1872, d'une grave maladie qu'on a tenue secrète. Il était soigné, à Carlsruhe, par sa sœur, la grande-duchesse de Bade, parce que tout transport à Berlin avait été jugé impossible. On ne sut jamais quel était le genre de cette maladie, et on l'attribua aux fatiguesdelacampagnede 1870-71, maison sut pourtant que le prince était enroué au point d'être devenu aphone. Ce n'est qu'en 1874 que le prince recouvra la voix. « On sait du reste, ajouta le Tagblatt, que le manque de voix est un trait caractéristique dans la famille impériale. L'impératrice et la grandeduchesse de Bade, sa fille, parlent si bas, qu'il est parfois difficile, à ceux qui les écoutent, de les comprendre. » Au grand déplaisir des médecins allemands . la princesse Victoria, épouse du kronprinz, appela auprès du malade un de ses compatriotes, le docteurMorell- Mackenzie, qui s'était fait une célébrité dans la spécialité des maladies de la gorge. Mackenzie, considérant que les symptômes alarmants qui accompagnaient le mal, n'annonçaient pas un cancer, se prononça pour l'enlèvement de la portion qui était atteinte. Les médecins allemands se récrièrent; mais le prince se soumit à l'ablation qui, faite avec habileté par le médecin anglais, fut suivie d'un soulagement immédiat . Mackensie , triomphant, fut récompensé par le titre de baron. Le prince suivit un instant ses soins à Norwood, et quand il rentra en Allemagne il élait presque guéri. Il se rendit en Italie dans l'intention de passer l'hiver à Sau-Remo. Presque aussitôt son arrivée dans cette station hivernale, une nouvelle formation apparut au larynx, et les médecins allemands, aussitôt appelés, déclarèrent qu'elle était de nature cancéreuse. La position du prince semblait donc désespérée, quand tout à coup, au bout de quelques semaines, une remarquable modification de l'excroissance, changea l'opinion de la plupart d'entre eux. L'opération de la trachéotomie, subie par le patient, apporta quelque soulagemeut à ses souffrances. C'est à San-Remo, le 9 mars, qu'il apprit la mort de son père. 11 rentra à Berlin et, le 12 du même mois, il lançait sa proclamation au peuple allemand; on y remarquait le passage suivant : c Je suis convaincu que je suis appelé à être, et j'en prends l'engagement, un roi juste et fidèle dans la joie comme dans la douleur. » Et dans son fameux rescrit au prince de Bismarck se trouvent ces paroles : t Si nous parvenions à asseoir fortement les bases de la vie politique et sociale, j'éprouverais ensuite une satisfaction particulière à pouvoir donner son plein épanouissement à la floraison déjà si richement établie dans tout l'empire, de ia science et de l'art allemand... Puisse-t-il m'être donné de conduire, dans undéveloppenientpacifique, l'Allemagne et la Prusse à de nouveaux honneurs 1 Indifférent à l'éclat des grandes actions qui apportent la gloire, je serais satisfait si, plus tard, on dit de mon règne qu'il a été bienfaisant pour mon peuple, utile à mon pays et une bénédiction pour l'empire. » Mais le mal le terrassa bientôt, malgré la vaillance de l'impératrice qui ne le quitlait pas, il ne put se consacrer tout entier, comme il l'avait promis, à l'œuvre qu'il voulait accomplir. 11 eut assez de force pour faire respecter quelquesunes de ses volontés, aiaé dans cette tâche

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