SUÈDE ET NORVÈGE
rature <*.u mois le plus fro'd, février, est plus éievée que celle de Cbristiauia pourtant située à onze degrés pi as bas, et il y a huit degrés et demi de dif.érence entre les températures de Skudesness, sur la côte occidentale et de Stockholm sur l'orientale; la même comparaison pouiraitêtre faite sur d'aulres poinis situés sous les mêmes latitudes, et toujours la température la plus basse serait trouvée sur la Baltique. Ce qui prouve aussi la modération de ce climat, cependant très septentrional, c'est la latitude très e levée où l'on Lrouve encore des arbres et la possibilité de la culture des céréales. A Hanimerfest, par 70° 1/2 N., on trouve des bo-ileaux à 800 pieds au-dessus de la mer; sur le Suliteima, il va jusqu'à 1,100 pieds; dans le Finmark, le pin monte à1, 020 pieds. La culture des avoines, la principale culture de céréales de la Norvège, peut se faire jusque par 68° N. et l'orge jusqu'à 70°. On doit aussi remarquer ce fait singulier dans la distribution des arbres forestiers en Scandinavie, c'est que les mêmes espèces se trouvent beaucoup plus haut sur les pentes bituées à l'E. que sur celles qui regardent l'Atlantique, bien que le froid soit beaucoup plus vif en Suède qu'en Norvège. Et cependant ce fait qui, au premier abord, parait inexplicable est dû à une cause toute naturelle. Le versant oriental offrant une pente considérable, les neiges et les pluies y trouvent un écoulement facile, tandis que la Norvège, n'étant en somme qu'un plateau, l'accumulation des neiges y est considérable et séjourne plus longtemps sur le sol. La région alpine de la Scandinavie, surtout celle qui est comprise entre la ligne extrême de la végétation et les neiges, est formée d'énormes plateaux. Elle ne ressemble guère au point de vue de la flore, à la région montagneuse correspondante du centre de l'Europe ; car elle n'est le plus souvent couverte que d'un épais tapis de mousse (la mousse à rennes). La l'aune de la Scandinavie est celle des régions septentrionales, mais elle possède un rongeur, le lciuming, qu'on ne rencontre pas ailleurs. Cet animal émigré de temps en temps de l'intérieur vers la Baltique, en troupes énormes, et en suivant toujours une ligne droite sans se laisser arrêter par les lacs ou les montagnes. Nous avons eu l'occasion, en parlant du climat, de dire quelques mots des productions de la péninsule Scandinave, il est bon de compléter nos informations. Des forêts de pins et de sapins — les bouleaux et les chênes ne se rencontrent que dans l'extrême S. — couvrent toutes les basses terres, et c'est là si bien une des richesses du pays, qu'on a pris aujourd'hui l'habitude, non seulement en France, mais dans bien d'autres contrées de l'Europe, de faire venir de Norvège toute la menuiserie que nous employons dans nos constructions. Au cap N., si l'on en prend grand soin, un peut encore faire pousser dans des enclos des pommes de terre et des choux. Le seigle ne dépasse pas le 66e degré de latitude. Entre 64° et 65°, est l'extrême limite septentrionale de tous les arbres fruitiers, aussi bien que du lin et du chanvre. Le houblon pousse jusqu'au 62°, mais le 61e passe ajuste raison pour la frontière, entre les régions agricoles et forestières de la Scandinavie, toute la partie située au delà étant laissée à sa végétation autochtone. Toute la région au S. est au contraire consacrée à la grande culture, si bien que la production est assez considérable pour fournir à l'exportation de grandes quantités d'avoine, d'orge et de blé. C'est la plaine de la Scauie, à l'extrémité méridionale de la Suède, qui peut èlre à juste titre qualifiée de grenier de la contrée. Quant aui habitants, ils appartiennent à la famille germanique. Suèves et Golhs sont
mêlés à un petit nombre de Finnois et au N. à quelques Lapons. L'ensemble de la population, d'après les documents de 1883, s'élève à 0,510,445 individus, dont 4,603,545 pour la Suède. Les Norvégiens ont une stature médiocre, les cheveux blonds et les yeux bleus, ils sont vigoureux et marins par goût. Us ont adopté comme langue littéraire le danois ; tandis que la vieille langue norse n'est plus employée que dans quelques districts reculés et sur les bords de fiords peu fréquentés. Les Finlandais du Finmark au N. et entre le Glommen et le Klar Elv au S. sont plus foncés que les Norvégiens, bien que n en différant que fort peu d'aspect général. Us parlent un dialecte de la famille ouralo-altaïque ; quant aux Lapons, qui se nomment eux-mêmes Samoyèdes, ils sont petits, jaunes de peau, lourds, leurs yeux petits et bridés, leur face large et glabre, leur air stupide, les ont fait de tout temps considérer par les Scandinaves comme une race inférieure. Les Suédois appartiennent aussi à la souche germaine, grands et vigoureux, ils sont plus variés de type que leurs voisins. La langue suédoise, étroitement apparentée au norse et au danois, possède un grand nombre de dialectes. La religion dominante est le luthérianisme, mais on compte un certain nombre de sectes dissidentes (méthodistes, baptistes, swedenborgiens, quakers et mormons). Quant à l'instruction publique, elle est extrêmement développée. Au bas de l'échelle, l'instruction primaire est gratuite et obligatoire. Afin d'assurer à la loi une exécution que l'éloignement des écoles aurait pu entraver, on a même créé des écoles ambulantes aux frais des communes. L'enseignement secondaire est donné dans un grand nombre d'établissements bien tenus, et l'instruction supérieure possède en Suède, les facultés d'Upsal et de Lund; en Norvège, celle de Christiania. Ajoutons que les femmes sont admises aux grades universitaires et peuvent embrasser à peu près toutes les carrières. L'industrie depuis un quart de siècle a fait de grands progrès dans la péninsule Scandinave, où les fabriques emploient aujourd'hui plus de 100, 0U0 ouvriers. Les principales industries sont, outre celles des mines et l'exploitation des forêts, des tanneries, des raffineries, meubles, distilleries d'eau-de-vie, — on distille aujourd'hui jusqu'à la mousse à rennes — toiles, cordages et tout ce qui touche à la marine; maisons et chalets en bois, dont toutes les pièces sont numérotées, etc. Quant au commerce, il se chiffre par 391 millions de couronnes à l'importation et 369 à l'exportaLion, et se fait avec le monde entier.
Avant de décrire la constitution politique qui régit les deux royaumes de Suède et de Norvège, il est à propos de jeter un rapide coup d'œil sur l'histoire delà péninsule Scandinave, cela nous expliquera bien des anomalieset des différences qui n'ont pas été sans amener récemment de profonds dissentiments politiques entre les deux Etats. C'est au ue siècle environ que s'ouvre l'histoire pour les peuples Scandinaves; jusque là, c'est la légende seule qui peut jeté r un peu de jour, encore bien hésitant, sur les faits et gestes des descendants des compagnons d'Odin. Une fois christianisés, on voit les Scandinaves sous l'appellation vague de Northmen, hommes du Nord, parcourir sur de frêles esquifs toutes les mers de l'Europe, conquérir l'Angleterre, porter partout le fer et le feu, ravager les côtes d'Allemagne, de France, d'Espagne et d'Italie, s'établir à l'embouchure de la Seine et venir assiéger Paris, menacer Rome et fonder dans les Deux-Siciles un puissant royaume. Ces pillards effrontés, ces intrépides écurneurs de mer, ne se sont pas tous dirigés du côté de l'Europe occidentale et mé-
ridionale, il en estqui ont parcouru les mers mystérieuses du Nord, qui se sont établis aux Ferœ, en Islande, au Groenland et qui, si l'on en croit les sagas, ces chansons de geste, ces légendes rimées du nord, ont, les premiers, visité les rivages orientaux de l'Amérique. C'est une intéressante époque de l'histoire des peuples Scandinaves; par malheur, les annalistes manquent et l'on ne peut aujourd'hui connaître par le menu toutes les courses aventureuses, toutes les entreprises téméraires de ces vaillants Northmen. Puis, la royauté s'établit séparée dans les deux pays; elle s'étend sur la Suède et la Norvège, au commencement du xme siècle, pour ne former en 1397, avec le Danemark, qu'un seul et même empire. A partir de Gustave Wasa, la Suède fait bande à part, tandis que la Norvège et le Danemark auront une histoire commune jusqu'en 4 814. Avec Gustave-Adolphe, la Suède est au premier rang des puissances de l'Europe et le poids de son épée fait pencher le plateau de la balance en faveur des peuples qui ont su gagner son alliance. Cette prospérité, cette grande situation conliuue sous ses successeurs; seul Charles XII qui, avec ses entreprises gigantesques et ses guerres absolument folles, porte à la prospérité de la Suéde, par ses dépenses en hommes et en argent, un coup si rude qu'elle ne put s'en relever. Tour à tour, toutes les provinces qu'elle a su conquérir de l'autre côté de la Baltique lui sont enlevées par la Prusse et la Bussie ; les dernières qui lui restaient, la Finlande et l'île d'Alaud, lurent arrachées au dernier représentant de tant de rois, à Gustave IV, qui, déposéparses sujets, fut obligé de céder le trône à un Français, Bernadotte, qui prit le nom de Charles XIII et se joignit à nos ennemis pour accabler Napoléon. La Norvège, arrachée au Danemark en 1815, fut leprix deceltetrahison. Ladynaslie française, il faut l'avouer, a fait grandement pour la Suède et la Norvège, elle est amie du progrès sous toutes ses formes et nous devons lui témoigner de la reconnaissance pour les sympathies, forcément platoniques, dont elle a fait preuve à notre égard lors de la guerre de Crimée et en 1870, lors de la lutte terrible où nous fûmes si effroyablement vaincus. Depuis 1815, l'union est faite entre les deux royaumes. Le roi commun, qui doit être luthérien, exerce le pouvoir exécutif aidé d'un conseil d'Etat responsable; il réside à Stockholm, mais doit faire tous les ans un voyage en Norvège ; seul le ministre des affaires étrangères est commun aux deux royaumes. Quant au pouvoir exécutif, il est exercé en Suède par un parlement de deui chambres : lé landsting ou chambre haute, dont les membres élus pour neuf ans, ne peuvent être choisis que dans certaine catégorie de censitaires, et le volksting, composé de membres qui ne sont pas élus non plus par le suffrage universel. Quant à la Norvège, eile ne possède qu'une seule chambre, le storthing, composé de 111 membres, dont l'élection a lieu à deux degrés. Le roi peut exercer un droit de veto sur les décisions de cette assemblée qu'il peut renouveler trois fois tous les trois ans, après quoi on passe outre ; ajoutons qu'il n'est pas investi du droit de dissolution. Les opinions sont beaucoup plus avancées en Norvège qu'en Suède, où la noblesse jouit encore de prérogatives spéciales et d'une influence considérable. La plupart des décisions du storthing dans ces dernières années ont été inspirées par ces idées et c'est de là qu'est né le conflit entre If roi et cette assemblée, conflit qui est arrivé à l'état de crise aiguë et qui n'est pas sans vivement préoccuper tous ceux qui ont quelque sympathie pour ce brave et fier peuple Scandinave.