VIII. — Espagne
Charles I. Voy. Chahles V d'Allemagne. — Charles II, roi d'Espagne, fils de Philippe IV et de Marianne d'Autriche, né en 1661, mort le 1" novembre 1700. Il avait quatre ans, lorsque son père mourut. La reine, chargée du gouvernement pendant sa minorité, eut à lutfer contre l'influence du second Don Juan d'Autriche, fils illégitime de Pliilippe. Ce prince ayant l'ait soulever les troupes, la reine se vit forcée de le nommer vice-roi d'Aragon. En 1672, la guerre éclata avec la France; deux ans plus lard, la Sicile fut perdue. En 167b, Charles, à peine âgé de quatorze ans, se délivra de la tutelle de sa mère, sous l'influence de Don Juan, devenuson principal conseiller. En 1678, il conclut avec la France une paix qui lui coûta la Franche-ConUé et plusieurs villes desPays-Bas. Il scella celte paix en épousant la nièce de Louis XIV, Louise, fille du duc d'Orléans. La mort de Don Juan, en 1679, replongea le pays dans une situation déplorable, parce que le roi, livre à lui-même et, entouré de favoris corrompus, ne s'occupa plus que de choses frivoles et abandonna l'autorité à sa mère. Son épouse, Louise, étant morte en 168911 seremaria, l'année suivante, avec Anne, veuve de l'électenr palatin et sœur de l'empereur d'Allemagne. Entraîné dans le parti de l'Autriche, il se joignit à une coalition contre Louis XIV, dont les armées envahirent l'Espagne du côté de Barcelone. La paix de Ryswick mit fin à cette guerre (1697). Charles n'ayant pas d'enfants, passa les dernières années de sa vie au milieu des intrigues nouées pour sa succession. Il fit son testament en faveur de Philippe d'An j ou, pelit-filsde LouisXl V. — Charles III, roi d'Espagne et des Deux-Siciles, deuxième fils de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse, né en 1716, mort le 13 déc. 1788 11 était jeune encore, lorsque sa mère obtint pour lui de l'empereur Charles VI, Parme, Plaisance, avec la réversion delà Toscane, en échange du consentement de l'Espague à la Pragmatique Sanction et, en 1731, son père l'envoya à la tête d'une armée espagnole, pour occuper ses nouvelles possessions. Trois ans plus tard, il conduisit les troupes espagnoles à Naples, et s'empara du royaume des Ueux- Siciles, dont il devint roi. Son gouvernement fut sage et habile. En 1739, il remplaça son frère Ferdinand VI sur le trône d'Espagne et abandonna la couronne des Deux-Siciles à son troisième fils Ferdinand. En Espagne, il se laissa diriger par Aranda, réforma l'administration des finances, fit des lois libérales relativement à l'éducation et à la religion, restreignit le pouvoir de l'inquisition, banni! les Jésuites et protégea les artset les sciences. Pendant laguerre d'.\.mérique, il se mit du
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c6té de la France, mais sans beaucoup de succès. — Charles IV. roi d'Espaene, né en 1748, mort le 19 janvier 181 9. Fils de CharlosllI, il épousa sa cousine Marie-Louise de Parme, et succéda à son père en 1788. Presque aussitôt, la reine lit la connaissance d'un jeune et bel ofûcier de la garde du corps, .Manuel GodoT, dont elle parvint à faire le favori du roi; etce prince lenomma lieutenant général, duc dWlcudia et ministre des alfaires étrangères. Lors de l'exécution de Louis \\'\. Charles IV déclara la guerre à la France; mais la lutte ne dura pas longtemps et il fut heureu.x, lorsijue ses armées eurent été complètement battues, d'acceplerla paix deBàleen 1795. Godoy, qui signa ce traité, reçut le titre de « prince de la Paix >>. Devenu l'allié de la France, Charles fil la guerre au Portugal et à l'Angleterre ; sa flotte reçut un coup mortel à Trafalgar (ISOii). Déjà Napoléon se préparait à déposer Charles IV, dont le fils, Ferdinand, gagnait chaque jour la faveur populaire par l'opposition qu'il faisait à la politique de Godoy et àl'influence de l'empereur des Français. Charles prit la résolution de se retirer dans les possessions espagnoles de l'Amérique; mais il fut arrêté par une émeute que souleva Ferdinand. Pour sauver la vie de Godoy, il abdiqua le 19 mars en faveur de son fils; quelques jours plus tard, il voulutrevenirsur cette décision. Napoléon, intervenant entre le père et le fils, les convoqua à Bayonne, afin de prononcer entreeux, commearbilre. Sonpremier soin fut d'obliger Ferdinand à rendre la couronne à son père, et aussitôt celui-ci abandonna ses droits à rempereur(Voy. Bayon.ne). Charles reçut le château de Compiègne, avec une pension de six millions de francs. 11 préféra vivre à Marseille et se retira en 18M à Rome, avecsonépouseaccompagnéede Godoy.
La mort de cette princesse lui causa une telle douleur qu'il lui survécut de quelques jours seulement.
K. -^ Fr.\nck.
Charles Martel, duc d'Auslrasie, maire du palais des rois francs, né vers 690, mort en 741 . Il était fils naturel de Pépin d'Héristal et de sa maîtresse Alpaida. Accusé du meurtre de Grimoald, fils de Pépin etdePlectrude, il fut jeté en prison dans la forteresse de Cologne. A la mort de son père, les Auslrasiens ne voulant pas accepter le gouvernement de Plectrude,pendanlla minorité de Dagobert in, le proclamèrent duc etcontraignirent lesNeus- Iriens à reconnaître son autorité. Maire du palais, il fut le véritable souverain pendant le rècne nominal de princes tels que Dagobert m, Chilpéric U, ClotairelV et Thierry IV. Mais à la mort de ce dernier, en 737, il ne lui donna pas de successeur et gouverna seul, avec le titre de duc des Francs. Actif et énergique, il refoula l'invasion des Sarrasins et remporta, en 732, la victoire décisive dite de Poitiers. Sa conduite, pendant la bataille lui valut le surnom de Karl le Martel « Charles le Marteau >-. L'Aquitaine fut annexée à l'empire franc qui fut divisé, ù la mort de Charles, entre ses deux fils, Carloman (Austra.'^ie) et Pépin (Neustrie). — Charles le Grand, voy. CuABLEsiAijNE. — Charles I", le Chauve, quatrième roi de la dynastie carlovingienne, fils de Louis le Débonnaire, néà Francïort-sur-le- Mein, en 823, mort en 877. Roi d'Aquitaine à la mort de Pépin, il soutint les droits deson père. Plus tard, il s'allia avec son frère Louis le Germanique contre son aîné, Lothaire, qui fut défait à la sanglante journée de Fontanet ou de Fontenailles, dans l'Auxerrois, en 84t. Le traité de Verdun (843), donna à Charles toutes les Gaules à l'occident de la Meuse, de la Saône et du Rhône, vaste territoire qui reçut plus tard le nom de France. Le règne de Charles fut troublé par la révolte des Aquitains et par les déprédations des Normands. A la mort de son neveu, Louis II, en 873, il sai-
sit la couronni^ impériale; peu de mois après, il fut forcé de signer le traité de Kiersy-sur- Oise, qni consacrait l'hérédité des comtés : c'était la fomlation du système féodal en France. — Charles II, le Gros, voy. Charles LE Gros, en Allemagne. — Charles III le Simple ou le Sot, fils posthume de Louis le Bègue, né en 879, mort à Péronne en 929. Exclu du trône jusqu'en 898, il fut ensuite reconnu par le peuple. En 911, les Normands se firent accorder toute la partie N.-O. de la Neustrie. En 922. les barons se révoltèrent contre Charles, qui passa le reste de sa vie prisonnier de Herbert, comte de Vermandois. — Charles IV, le Bel, roi de France et deNavarre, troisième fils de Philippe le Bel, né en 1294, mort à Vincennes en 1328. Il succéda à son frère Philippe V, en 1322, altéra les monnaies, fit annuler son mariage avec Blanche de Bourgogne, guerroya sans beaucoup de succès contre lesFlamands, lesAnglais et les Gascons, mourut sans héritier mâle et fut le dernier prince de la ligne directe des Capétiens. — Charles V, le Sage, troisième roi de la branche des Valois, fils du roi Jean, né à Vincennesen 1337, mort le 16 sept. 1380. Lieutenant général du royaume pendant la captivité de ton père, après la bataille de Poitiers (1356), il lutta avec une habileté consommée contre les intrigues de Charles le Mauvais, qui aspirait a la couronne comme petit-fils de Louis le Hutin; contre les entreprises démocratiques du peuple de Paris dirigé par Etienne Marcel, prévôt desmarchands; contre Robert Lecocq, évêque de Laon, qui voulait réformer le royaume; et contre les Jacques ou paysans soulevés par la misère. Une révolution républicaine prématurée était entreprise par des hommes qui devançaient leur siècle. Charles n'eut pasdepeineàréunir toute la noblesse contre les révoltés qui ne surent pas se comprendre ni s'associer. Les paysans furent écrasés, et Pans, cerné, affamé, fut livré par la trahison, a. l'une de ces réactions qui J'ont si souvent ensanglanté (1338). Rentré victorieux dans sa capitale, le jeune Charles prit le titre de répent et conclut en 1360 le fatal traité de Brétigny, qui livrait aux Anglais une partie de la France en échange de la liberté du roi Jean. Mais ce prince, apprenuutqueson fils, le duc d'Anjou, laissé en otage, s'était enfui, revint se constituer prisonnier à Londres où il mourut en 1364. Charles lui succéda comme roi. 11 se donna pour mission de rétablir l'ordre dans les flnanceset d.ms le pays. D'un tempérament faible et maladif, il no porta jamais une armure; mais d'un esprit vaste et cultivé, il dirigea, du fond de son palais, les armées que commandait son général, le brave du Guesclin. LeVoi de .Navarre tut vaincu à Cocherel, la France fut délivrée des grandes compagnies, les Anf;lais perdirent presque toutes leurs conquêtes, une marine fut créée, le parlement devint jierpétuel, enfin — ol ce n'est pas le moindre titre de gloire de Charles le Savant — une collection de 2,000 manuscrits tut réunie au Lnuvre et devint le noyau de notre Bibliothèque nationale. — Charles VI, l'Insensé (ou le Uie.n-Aimé, selon quelques historiens), fils du [irécédent, néa Paris en 1368, mort le 21 octobre 1422. Roi en 1380, à l'âge de 11 ans, il fut soumis à la tutelle de ses trois oncles : le duc d'Anjou, nommé régent, le duc de Berry ei le due de Bourgogne, dont les exactions amenèrent le soulèvement des Maillotins à Paris et celui des Tuchins en Languedoc. Les Flamands, révoltéscontreleur comte, furent écrasés à Rosebecque (1382); Paris et Rouen furent terrifiés par a'épouvantables supplices. Malgré la cruauté de cette réaction, le peuple se prit d'amitié pour son jeune roi, parce qu'il sut se débarrasser de la tutelle de ses oncles en 138S. Malheureusement, Charles VI tomba en démence et dut ahandonner le pouvoir à ses oncles en 1392, Lanvalité du
duc de Boiiii;oL'ne, Jean sans Peur, et du due d'Orléans, l'iêrc du roi, plongea le pays dans la guerre civile dite des Armagnacs "et des Bourguignons. Pendant ce temps, Henri V d'Angleterre, reprenant les projets de ses prédécesseurs, remporta la victoire d'Azincourt, en 1413, etenvahit toute la Normandie. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, vengea l'assassinat de son père, en signant le traité de Troyes(2l mai 1420), en vertu duquel l'indiffne tsabeau de Bavière, femme du roi insensé et mère dénaturée du prince qui devint Charles VII , reconnut les prétentions de Henri V et lui abandonna la couronne de France (Voy. Henri V). Charles VI passa ses derniers jours entre les mains des Anglais. Henri, auquel letraité deTroves avait accordé la main de l'une des fillesde Charles, mourut quelques mois avant son beau-père, auquel il avait espéré succéder.— Charles VI, opéra en cinq actes, représenté à Paris (.^.cadémie de musique), le 13 mars 1843; paroles de Casimir et Germain Delavigne, musique d'Halévy. Ce fut l'un des plus beaux succès du siècle. Quelques-uns de ses morceaux sont encore populaires, particulièrement les strophes chantées par Raymond :
La France a l'horreur du servage...
Réveil!e-toi. France opprimée...
— Charles VII, le Victorieux ou le Bien servi, cinquième lils du précédent et de la reine Isabeau, né en 1403, mort le 22 juillet 1461. Devenu, par la mort de ses frères, l'héritier présomptif en 1416, il se fit couronner à Poitiers aussitôt après le décès de son père et chercha à oublier, dans les fêtes, qu'il n'était plus que le petit roi de Bourges. Henri VI, son rival anglais, proclamé roi de France à Saint- Denis, régnait à Paris et sur les pays situés au nord de la Loire. Les progrès incessants des étrangers rendaient presque désespérée la situation du prince légitime, lorsque le sentiment de la nationalité s'éveillachez le peuple à lavoix d'une .jeune vierge (voy. Jeanne d'Arc). Orléans, fut délivré après un siège héroïquement soutenu (1429), Charles se fit couronner à Reims, la nation se souleva en masse et l'infâme supplice de la Pucelle d'Orléans, lâchement abandonnée par Charles Vil, n'arrêta pas les succès des Français commandés par des héros tels que Dunois, La Trémouillo, La Hireet Xaintraiîles.Lesétrangers, abandonnés par le duc de Bourgogne en 1333, furent anéantis à labataillede Formigny (1430) et perdirent toutes leurs possessions continentales, à l'exception de Calais (1433). Lorsque la paix fut enfin rétablie, Charles VII, entouré d'habiles ministres, comme Jacques Cœur, Jean Bureau, Cousinot et Chevalier, rétablit l'ordre, créala première armée permanente, fonda le parlement de Toulouse et mit un terme aux empiétements du clergé en publiant la Pragmatique Sa«';<(on(1438). Prince heureux, mais ingrat et égo'iste, il ne récompensa aucun des patriotes qui avaient préparé son triomphe et exila injustement rillustrc Jacques Coeur qui s'était ruiné à son service. U fut cruellement puni sur lafin de .sa vie, par les complots de son fils (plus tard LouisXli. S'imaginantquece prince cherchait à le l'aire empoisonner, il refusa toute espèce d'aliments et se laissa mourir de faim à Mehun-sur-Yèvre. — Charles VIII, fils de Louis XI, et de Charlotte de Savoie, né à Amboise en 1470, mort le 7 avril 1498. Il n'avait reçu aucune instruction lorsqu'il monta sur le trône, à l'âge de treize ans. Heureusement, sasœur,AnnedeBeaujeu, sutprendre le pouvoir et le garder jusqu'à la majorité d'un prince ignorant, faible de corps et d'esprit. Enl491 seulement, Charles VIII se saisit de l'autorité. I! rêva follement la conquête de l'Italie, de l'Alrique, de l'Asie et de Constanliiioplo, commença par faire valoir ses prétentions sur le royaume de Naples, parcourut l'Italie en conquérant (1494), prit [los-
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session de Naples sans renconliei- de résistance, remporta la victoire stérile de Fornoue (1493)et perdit ses conquêtes sanslesdélendre. Revenu en France, il fil construire le château d'Amboisc sur un plan magnifique par des artistes italiens. Il avait épousé Anne de Bretagne.— Charles IX, deuxième fils de Henri II et de Catherine di; Médicis, né à Saint-Germain-en-[.aye, le 27 juin IS.SO, mort au château de Vincennes le 30 mai d574. U succéda à son frère François II, en l.SeO, fut élevé par Jacques Amyot, qui fitdelui Thomme le plus instruit et le plus s|iiriluel desa cour. U montrait les plus heureuses dispositions, que la régente, Catherine de .Médicis, se hâta de gâter par une mauvaise éducation, afin de le corrompre et de conserver le gouvernement. La Initia entre les catholiques et les huguenots, lut marquée par le massacre de Vassy, par la défaite des réformés à Dreux (1562), par l'assassinat du duc de Guise et parle traité de paix connu sous le nom d'édit d'Âmboise (i:i03). Le jeune roi, déclaré majeur à l'âge de treize ans, abandonna naturellement le soin des affaires à (^alherine. Il sembla inaugurer un règne glorieux, visita les provinces, fixa le commencement de l'année au 1" janvier, et assembla les magistrats à Moulins, pour une réformation de la justice. Mais bientôt détourné des soins du gouvernement, il ne s'occupa plus que de ses chasses et de ses vers, et vouason nom à une exécration éternelle en autorisant les massacres de la Saint-Barthléiny, auxquels il s'associa d'une manière hideuse. Rentré en lui-même, il manifesta le plus profond remords et ne tarda pas à mourir au milieu de terribles visions. Il a laissé un ouvrage de vénerie, la Chasse royale ( 1 625), que l'on consulte encore avec fruit. « Ce qui est extraordinaire, c'est que ce même prince, que tous les historiens nous peignent comme violent et cruel, aima cependant les sciences et les lettres, se plut et réussit aux arts qui adoucissent l'âme, et nous a même laissé des preuves de son latent pour la poésie. » (Hénau'l). Parmi les preuves auxquelles fait allusion Hénault {Abréyé chronologiquede CHistoirc de France), on cite ces jolis vers adressés à Ronsard :
L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner, Doit être à plus liant prix que celui de rt^giier : Tout deux également nous portons des courounea; Mais roi. je la reçus; poète, tu la donnes.
— Charles X, dernier roi de France de la branche des Bourbons, quatrième fils du dauphin (fils de Louis XV), né à Versailles le 9 oct. 1737, mort le 6 novembre 1836. Il se nomma d'abord Chahles-Philippe , COUTE d'Artois , et épousa, le 16 novembre 1773, Marie-Thérèse de Savoie, dont il eut les ducs d'Angoulême et de Berri. Avant la Révolution, on ne parlait à la cour que des outrages qu'il faisait subir à son épouse, en la négligeant pour des courtisanes du dernier rang. Déjà fort impopulaire, il excita la colère en défendant l'adminislration de Calonne et en repoussant les réformes qui pouvaient seules sauver le trône. Après avoir compromis son frère, Louis XVI, il donna le signal de l'émigration, se sauva à Bruxelles, puis à Turin, et augmenta les périls du roi par ses intrigues avec les étrangers et les émigrés. On l'entendit, dans quelques capitales de l'Europe, se faire fort d'amener en peu de jours les Allemands à Paris et leur promettre une partie de la France en récompense de leur concours. L'A'isemblée nationale l'invita à rentrer ; sur son refus, le traitement qui lui était encore accordé lui fut retiré. U prit alors le commandement d'un corps d'émigrés, passa la frontière. Après la défaite des émigrés, suivie de la mort du roi, le comte d'Artois prit le titre de Monsieur et celui de lieutenant général du royaume. Les princes allemands, déçus dans leurs espérances, lui interdirent le séjour sur leur territoire; il se réfugia en Russie, où Catherine II
lui fit de vagues promesses. Se jetant dans les bras de l'Angleterre, il obtint une escadre pour le transporter sur les côtes de Bretagne, où Chnrette l'attendait avec 20,000 Vendéens. Mais au moment d'agir, il ne débar([iia pas à Quilieii)n,etvitfr(iidi ment périr ses soldats, sacrifiés à la haini! de l'Angleterre. Après celti! sanglante équipée, il resta dans l'oubli, malgréleslettresqu'il écrivit de temps en temps pour d'onner signe d'existence. Les Alliés l'ayant autorisé à pénétrer sur le territoire français en 1814,il entra àParisau milieu desacclamations de la popiilationofficielle:« Bien n'estchangé, s'écria-t-il, il n'y a qu'un Français de plus». Après cette déclaration, il signa le traité qui démembrait la France. Lorsque Napoléon eut débarqué à Cannes, le comte d'Artois partit en hâte pour Lyon ; mais ses soldats l'ayant abandonné en masse, il rentra dans Paris, suivi d'un seul homme resté fidèle. Après Waterloo, il se mit à la tête du parti ultra -royaliste . 11 succéda à son frère Louis XVIII, le 16 septembre 1824, sous de favorables auspices. Il abolit, la censure et parut inaugurer un règne libéral. Mais presque aussitôt il prit ses mesures pour rétablir l'ancien régime. Il demanda aux Chambres et obtint sans difficulté une indemnité d'un milliard pour les émigrés (ISi.'i), le rétablissement des couvents de femmes et une pénalité sévère contre le sacrilège. En mai 182,t, il renouvela l'antique cérémonie du sacre, licencia la garde nationale en avriH827 et, quelques semaines plus tard, renvoya les députés devant leurs électeurs, tandis que le |iarti royaliste fut fortifié, à la Chambre des pairs, par l'addition de 76 membres nouveaux. En même temps, le ministère Villole, qui avait rétabli la censure, voulut détourner l'attention publique en entreprenant une guerre extérieure. Mais la délivrance facile de la Grèce ne fut pas une diversion assez puissante : les électeurs envoyèrent à la Chambre une majorité libérale devant laquelle tomba le cabinet de Villèle. Le 4 janvier 1828, M. de Marlignac forma un nouveau ministère qui abolit la censure et se montra défavorable aux congréganistes. Charles se croyant assez fort pour jeter le défi à la France, renvoya ce ministère libéral et le remplaça, le 8 aoiit 1829, par un cabinet où dominaient MM. de Polignac, de Labourdonnaie et de Bourmont. A l'ouverture des Chambres, le 2 mars 1830, le roi employa uu langage hautain , auquel une majorité de 221 députés répondit par une adresse déclarant que le ministère n'avait pas la confiance de l'Assemblée. Charles refusa de recevoir cette adresse ; la Chambre fut dissoute le 16 mai, et les 221 signataires de l'adresse furent réélus. La royauté, vaincue à l'ihtérieui , prépara avec beaucoup de bruit l'expédition d'Alger; la conquête de cette ville, le 5 juillet, ne fit qu'enorgueillir le gouvernement, sans détourner les esprits ni affaiblir l'opposition. Aussitôt que le roi apprit l'entrée des troupes françaises dans l'ancienne capitale de la piraterie, il prit ses dispositions pour un coup d'Etat. Le 26 juillet parurent les fameuses ordonnances qui supprimaient la liberté de la presse, créaient un nouveau système d'élection et renvoyaient encore devant les électeurs la Chambre qui ne s'était même pas encore réunie. La résistance fut immédiatement organisée. Paris se couvrit de barricades, que défendirent les ouvriers des faubourgs sous la direction d'officiers et d'élèves de l'Ecole polytechnique. Après une lutte de trois jours (27-:'S-29 juillet) , les troupes royales, commande s parle maréchal Marmont, furent chassées de la capitale. Charles, qui s'était retiré au palais de Saint- Cloud, resta jusqu'au dernier moment sous l'impression qu'il avait affaire à une émeute facile à réprimer. Tout était perdu lorsque, sortant de son aveuglement, il rappela les
ordonnances, nomma un ministère libéral et abdiqua même en faveur de son petit-fils le duc de Bordeaux (aujourd'hui comte de Chambord). Le peuple de Paris le poursuivit jusqu'à Rambouillet. Des commissaires nommés par les Chambres, l'accompagnèrent à Cherbourg, où il s'embarqua le 16 août pour l'Angleterre. Le palais d'Holyrood, en Ecosse, lui fut assigné pour demeure par le gouvernement anglais. 11 y demeura quatre ans et s'en éloigna à la suite d'un procès que lui intenta un créancier dont le titre remontait à la première émigration. 11 se retira en Bohême, puis se fixa à Gœrz (Istrie) en 1830 ; il y mourut presque aussitôt du choléra.