III. — Angleterre
Charles I<", fils de Jacques I" et de Anne, fille du roi de Danemark, Frédéric II, né en Ecosse le 19 novembre 1600, exécuté à Londres, le 30 janvier 1649. Souverain à la mort de son père, le 27 mars 1623, il épousa aussitôt Henriette-Marie, fille dujoi de France, Henri IV, et de Marie de Médicis. Prince instruit et de mœurs austères, il eiit fait un bon roi dans d'autres circonstances. Mais il se laissa dominer par Buckinghamet montra un entêtement qui le perdit. 11 crut qu'il était de son devoir de reconquérir les prérogatives royales et entra, dès le premier jour, en lutte avec un peuple non moins entêté que lui et bien décidé à diminuer le pouvoir de la couronne. Son premier parlement, assemblé le • 18 juin 16i!;), réclama la liberté et fut dissous le 12 août, sans avoir voté les impôts. Charles, passant outre, leva les taxes, de son autorité privée, pour faire face aux frais de la guerre contre l'Espagne. Un second parlement, réuni le 6 février 1626, se montra aussi récalcitrant que le premier, refusa de voter les impôts et ^opposa aux projets de Buckingham. Charles ne se contenta pas de le dissoudre; il fit emprisonner plusieurs de ses membres influents et se procura, pour soutenir la guerre en France et en Espagne, de l'aicent par les moyens les plus illégaux. Forcé de réunir un troisième parlement, le 17 mars 1628, il se trouva en face d'une opposition exaspérée devant laquelle il feignit de courber le fronl, afin d'ohlcnir le vole dos taxes. Dès que le parlement lui eut accordé ce qu'il désirait, il lit jeter en prison Eliot et plusieurs autres
membres indépendants. La guerre en France prit une tournure tragique qui irrita l'orgueil iDritannique. Buckingham ayant été assassiné au moment de partir pour secourir la Rochelle, la fiolte anglaise arriva trop tard devant cette ville, qui tomba au pouvoir de Richelieu. Afin de prévenir toute interpellation désagréable, Charles P' donna congé au parlement, le 10 mars 1629 et, depuis ce moment jusqu'en avril 1640, c'est-à-dire pendant plus de onze ans, il gouverna despoliquement, sans aucun contrôle. Monarque absolu, il élaya son pouvoir sur une armée permanente, confia le gouvernement ecclésiastique à l'évêque de Canterbury, Laud, rétablit la chambre de l'Etoile, eil'raya les puritains par ses menaces de réintroduire le catholicisme, opprima les Irlandais et, de concert avec Laud, poussa à la révolte les Ecossais qui conrurent aux armes, envahirent l'Angleterre et occupèrent le Norlhumberland et le Durham. A bout de ressources, Charles convoqua un parlement et le renvoya, le 5 mai 1640, au bout de vingt jours. Presque aussitôt, il assembla le grand conseil des pairs à York et ce conseil demanda immédiatement la convocation d'un parlement et recommanda de traiter avec les Ecossais révoltés. Enfin, le 3 novembre 1640 s'assembla le « long parlement » qui, bien résolu à faire respecter les lois, mais ne faisant pas remonter jusqu'au roi la responsabilité de ce qui s'était passé, se contenta de faire passer en jugement Laud et Strafford. Ce dernier, que Charles abandonna, fut condamné à mort et exécuté. Après quoi, le parlement vota un bill par lequel il ne pourrait être dissous sans son propre consentement; le roi, effrayé, approuva cetteloi. La chambre des Etoiles et la haule commission ecclésiastique furent abolies. La soumission de Charles eut un terme. Le 4 janvier 1642, il se présenta en personne à la chambre des communes pour y faire arrêter G membres de celte assemblée. Celte manifestation despotique, accompagnée d'un grand déploiement de forces, ne produisit d'autre résultat que de surexciter la colère des bourgeois de Londres et, le 10 janvier, ne se trouvant plus en sécurité, Charles quitta Whitehall pour Hampton-Gourt, pendant que les membres du parlement qu'il avait inutilement poursuivis étaient portés en triomphe dans les rues. Le parlement, apprenant que ta reine venait de partir pour la Hollande, avec ses joyaux, afin de lever des troupes, ordonna la formation d'une milice. Le 23 avril, Charles commença les hostilités en essayant vainement de s'établir à HuU. Les membres royalistes du parlement se hâtèrent de le rejoindre ; les autres lui firent des propositions qu'ils savaient devoir être repoussées. Le 23 octobre se livra la première bataille, à Edgehill et le 22 février 1642, la reine débarqua à la tête d'une armée. Le prince Rupcrt, chef destroupesroyales,s"emparade plusieurs places importantes, si bien que la cause des parlementaires sembla désespérée. Mais à la tête de ce parti découragé se placèrent Cromwell et Fairfax. Le premier introduisit dans les troupes une sévère discipline jointe à un enthousiasme religieux qui devait lui assurer la victoire. Les balailles de Marstonmoor (2 juiUel 161-4) et de Naseby ("Ujuin 164,o) dispersèrent l'armée des Cavaliers, et Charles, après quelques tentatives de négociations, se livra aux Ecossais, le b mai 1646, ceux-ci l'abandonnèrent aux commissaires du pai'lement anglais, le 30 janvier 1647. Cromwell, qui n'avait pas encore de vues bien définies, était prêt à jouer le rôle que Monk joua plus tard. Mais le roi, refusant de faire la moindre concession, rompit avec le parti militaire, négocia avec les Presbytériens et finit par convaincre tout le monde qu'il n'y avait aucune confiance à avoir en lui. La découverle d'une leltre dans laquelle il assurait à sa femme que Cromwell et Ireton « dans
l'espoir d'une jarretière de soie, se laisseraient mettre la corde au cou )),futsa condamnation. Se sentant perdu, il s'évada de Hampton- Court le 11 novembre et crut trouver un refuge près de Hammond, gouverneur de l'ile de Wight. Livré aux Parlementaii-es, il fut jugé par une haute cour assemblée à Westminster-hall, condamné à mort et exécuté à Whitehall le 30 janvier 1649. — Charles II, second fils de Charles l"', né en 1630, mort le- 6 février 168o. Son frère aîné, Charles-James, étant mort le jour même de sa naissance (1629), il vint au monde héritier présomptif. Dès l'âge de quinze ans, son père le nomma général. 11 se sauva presque aussitôt à Paris où se trouvait déjà sa mère (1640). A la mort de son père, il prit, à la Haye, le titre de roi et s'embarqua pour l'Ecosse. Vaincu à Worcester par Cromwell, il se réfugia de nouveau en France (16bl). Entré en négociations avec Monk, en avril 1660, il dut à ses déclarations libérales une restauration inespérée. Le 29 mai 1660, il fil son entrée à Londres et se rendit bientôt impopulaire en accordant de grandes immunités aux catholiques et en rendant Dunkerque aux Français (1662). 11 persécuta, emprisonna, pendit ou écartela , malgré ses serments, tout ceux qui, de prfs ou de loin, avaient combattu son père ; il alla jusqu'à faire exhumer le cadavre de Cromwell et ceux de plusieurs autres, pour les faire pendre à Tybuin. Le duc d'.^rgyleful exécuté en Ecosse et sir Henry Vane en Angleterre. La terreur régna dans toute la Grande-Bretagne. Le 20 mai 1662, Charles épousa Catherine de Bragance, fille de Jean IV de Portugal et, aussitôt, il outragea cette princesse en lui présentant sa maîtresse avouée qu'elle dut recevoir. Pour dissimuler les dépenses excessives d'une cour dissolue, il fallut entreprendre des guerres coûteuses ; on attaqua d'abord la Hollande (16Gb) et on rompit avec la France. La peste et un tremblement de terre dépeuplèrent et ruinèrent Londres en l(i66 ; l'année suivante, une flotte hollandaise bloqua la Tamise. Le ■M juillet 1GG7, il fallut signer la paix de Bréda. Influencé par un ministère dépravé surnommé la Cabale, le roi négocia avec Louis XIV une alliance secrète qui faisait de l'Angleterre la vassale de la France, au moment même où la diplomatie britannique, représentée par sir William Temple, signait officiellement une alliance entre l'Angleterre, la Hollande et la Suède. Il en résulta une nouvelle guerre avec la Hollande (1672), une suspension de paiement et une panique financière. Mais le roi se tira de ces embarras au moyen des subsides que lui fournit Louis XIV. H prorogea son parlement en i67b et put espérer un instant de régner aussi despotiquement qu'un roi de France. Le mariage du prince Guilhuiine d'Orange avec la princesse Marie, fille du duc d'York, mit fin à cette situation, en 1677. Les protestants relevèrent la tête, malgré la conversion du duc d'York au catholicisme ; la découverte d'un prétendu complot papiste pour assassiner le roi souleva les esprits; le traité clandestin avec Louis .VI V fut révélé en plein parlement et le roi crut devoir dissoudre cette as>'emblée le 24 janvier 1679. Un nouveau parlement vota l'acte d'/taheas corpus et vnulut exclure le duc d'York de la succession au trône ; il fut prorogé, puis dissous. Le duc d'York, qui avait pris en main la direction du gouvernement, fit régner une nouvelle terreur et ne fut pas, dit-on, étranger à la mort de son frère, Charles 11, qui fut frappé d'apoplexie, d'après les documents officiels. Charles laissait 1b bâtards et pas un enfant légitime. H fut remplacé par le duc d'York (Jacques II) — Charles-Edward (Louis-Philip-Casimir), fils de James Sluail et de Clémentina Sobieska, et petit-fils de Janii^s (Jacques) Il d'Angleleri'c, né à Rome, le 31 décembre 1720, luorl le
CHAR
30 janvier 1788. Dès l'âge de quatorze ans, il servit dans l'armée espagnole qui apsiégeail Gaële; trois ans plus tard, il visita iesprinces italiens et l'ut presque partout reçu avec les honneurs que l'on accorde aux rois. La France l'invifa en 1744 à prendre le commandement nominal d'une armée de lb,000 hommes, qui était destinée à envahir l'Angleterre et dont le chef réel devait être le maréchal de Saxe ; mais le 6 mars une tempête allreuse détruisit une partie de la flotte française, au moment où elle allait opérer le débarquement des troupes ; les quelques navires qui échappèrent à ce désastre se hâtèrent de rentrer en France. Charles pressa en vain le gouvernement de recommencer cette tentative. En 174.'), étant parvenu à équiper 2 navires, il fit voile pour l'Ecosse avec quelques amis et déharqua, le2S juillet, à Moidart où il fut immédiatement rejoint par Donald Cameron et plusieurs autres chefs montagnards. Peu do jours après, l'étendard des Sluarts ayant été déployé à Glenfinnan, on vit accourir autour du jeune prince une armée de nobles et de paysans du nord de l'Ecosse et des highlands (montagnes). Il trouva moyen d'échapper à sir John Cope, général des troupes royales, descendit vers les lowlands (pays bas), entra à Perth et prit possession d'Edimburgh, le 17 septembre. La victoire de Prestonpans, dans laquelle l'armée de Cope fut en moins de o minutes, exterminée par les highlanders (montagnards), lui ouvrit le chemin de l'Angleterre qu'il envahit le 8 novembre, à la tête de 6,000 hommes. Il prit Carlisle et pénétra jusqu'à Derby, déjouant les plans du général anglais Wade ; mais les jacobites anglais, sur le concours desquels il avait compté, ne bougèrent pas. Ses officiers refusant de s'avancer plus avant, il futforcé derevenireii Ecosse, où l'attendait une nouvelle armée, formée en partie de troupes françaises. Les révoltés prirent Glasgow et battirent le général anglais Hawley, à Falkirk, le 17 janvier 1746. Le duc de Cumberland fut alors envoyé en Ecosse et Charles dut reculer devant lui. Le 16 avril, se livra la célèbre bataille de Cuiloden. Malgré l'infériorité numérique de son armée, Charles aurait remporté la victoire, si les Macdonalds n'avaient refusé de charger, parce qu'on les plaça à l'aile gauche et non à l'aile droite. Le jeune prince s'enfuit et mena pendant 5 mois uneexistenceromanesqueetvagabonde. Un navire le ramenaen France. Expulsé de ce pays après la signature de la paix d'Aixla-Chapelle, il erraen Europe, se fitprotestant en 1752 et finit par se fixer à Florence. A la mort deson père, en i76b,ildevintroi légitime d'Angleterre; mais il continua de porter le nom de comte d'Albany, qu'il avait pris en 1734. Il épousa, en 1772, la princesse Louise de Stolberg-Gedern, qui avait trente ans de moins que lui. Cette union fut malheureuse. La princesse abandonna son mari, pour vivre avec Alfieri, et une séparation judiciaire intervint en 1783. Charles-Edward passa ses dernières années à Rome. Il laissa une fille illégitime qui l.;i survécut une année seulement.