SYSTÈME ARTÉRIEL
laires , cette couche n’étant plus séparée de la tunique celluleuse par la membrane moyenne , revêt des caractères qui la rapprochent beaucoup d'une véritable organisation , en permettant à sa face externe de recevoir des fluides par circulation directe ; ailleurs elle est plus épaisse et plus distincte, mais extrêmement fragile ; séparée de tout système vasculaire par la tunique jaune ; elle n’est là que comme simple couche inorganique , à la manière des cartilages , douée de très peu d’élasticité et très facile à écraser. De ces caractères, il résulte que la membrane interne des artères est encore moins que leur tunique moyenne de nature à éprouver primitivement l’inflammation diffuse spontanée , qu’elle ne peut devenir le siège de ce phénomène pathologique que par ce qu’il lui est transmis des tissus environnants ; en un mot quelle ne s’altère que mécaniquement , à moins qu’elle ne reçoive par contiguïté des autres tuniques les maladies dont elles peuvent être affectées. En cela je compare la tunique interne des artères à l’épiderme , aux membranes séreuses en général, aux cartilages d’incrustation en particulier, lesquels ne s’enflamment de prime-abord que par leur face adhérente, par leur doublure cellulo- vasculaire.
§ III. La tunique externe ou celluleuse est la seule qui présente tous les éléments d’un véritable tissu dans les artères. Elle est formée de fibrilles et de lamelles diversement entrecroisées, feutrées, comme toutes les gaines celluleuses ; des vaisseaux artériels et veineux très fins la parcourent dans toutes les directions; ces vaisseaux, connus sous le nom de vasavasorum, alimentent toute l’épaisseur de l’artère, et cependant ils ne pénètrent, ainsi que je viens de le dire, ni dans la tuniquemoyenne,ni, à plus forte raison, jusqu’à la tunique interne; en sorte que la membrane celluleuse du système artériel est la seule où il se fasse une circulation réelle, et que les autres ne se nourrissent guère, ou ne s’entretiennent dans leur état naturel ou de vie que par imbibition, par simple dépôt de molécules. Cette texture lui donne une grande extensibilité, lui permet de céder à tous les efforts qu’on exerce sur elle sans se rompre, de s’enflammer, de se cicatriser, de contracter des adhérences avec ce qui l’entoure, de trans-
mettre aux lamelles sous-jacentes ses propres maladies et jusqu’à son organisation; d’où il suit que du côté du système capillaire, où elle forme presque toute l’épaisseur des parois vasculaires, la vie y est plus active, et les maladies qui s’y rattachent infiniment plus fréquentes.
§ IV. Les artères sont encore enveloppées partout d’une gaîne de même nature, mais beaucoup moins solide que leur tunique celluleuse ; celte gaîne, qu’on appelle gaîne commune , semblable à celle qui existe autour de tous les cordons, de tous les faisceaux de l’organisme, augmente et entretient la souplesse de la précédente, l’unit aux tissus circonvoisins, et principalement aux veines collatérales.
§ Y. Les artères ne reçoivent leurs nerfs que des plexus du grand sympathique, et, comme les vaisseaux, ces nerfs ne s’observent que dans la tunique celluleuse. A l’extérieur cependant elles sont côtoyées par quelques cordons du système cérébrospinal. A ce sujet même il est bon de rappeler une loi formulée par M. Fouilhoux (J), savoir que, pour les artères un peu volumineuses de la moitié supérieure du tronc, le nerf collatéral est toujours placé en dehors, c’est-à-dire moins rapproché de l’axe de la partie, tandis qu’aux membres inférieurs c'est généralement le contraire. Mais cela n’est exact ni pour le médian à l’avant-bras, ni pour le crural dans lav fosse iliaque, ni pour le poplité, etc. IL autres ont admis sans plus de fondement que dans la moitié supérieure du corps les veines recouvrent les artères, tandis que pour la moitié inférieure les artères recouvrent les veines. La jugulaire est en dehors de la carotide et ne la recouvre pas. Il en est de même de la veine sous-clavière à son entrée dans l’aisselle. Si la loi de M. Serres est vraie pour les iliaques externes et les vaisseaux fémoraux, elle ne l’est plus pour les hypogastriques, ni dans le creux poplité. En disant que pour la moitié supérieure du corps les veines satellites sont en avant et en dehors, tandis que dans la moitié inférieure elles sont en arrière et en dedans, M. Malgaigne (2) se trompe également. La veine axillaire est en dedans, puis en arrière et non en dehors. La veine
(1) Thèse n° 35. Paris , 182G.
(2) Anal . chir.y t. I, p. 240.
poplitée se trouve en dehors et non en dedans. Ce que j’ai trouvé de plus exact en ce genre est encore le principe suivant. Le nerf , la veine, Y artère en allant de la peau vers l’os, Y artère, la veine, le nerf, si on va de l’os vers la peau. L’avant-bras, le bras, l’épaule, le cou, la jambe, le jarret, la cuisse elle-même, justifiant cette loi, je ne vois donc pas ce qui autorise M.Malgaigne(l) à la rejeter. 11 n’en est pas moins vrai que les rapports des nerfs et des veines avec les artères ne peuvent être bien précisés qu’à l’occasion de chaque membre ou de chaque organe en particulier.