AMPUTATIONS DE COMPLAISANCE
§ I. Doigts ankylosés. Difforme, fléchi ou étendu, droit ou dévié, un doigt ankylosé n’est pas seulement un organe inutile, mais encore une cause perpétuelle de gêne, de douleur, d’accidents. S’il n’y a pas d’autre remède, l’amputation en est permise. Je l’ai pratiquée dix-sept fois , et quinze des malades sont guéris.
§ IL Doigts surnuméraires. Sans être aussi gênants que les doigts ankylosés, les doigts surnuméraires le sont encore assez pour en autoriser l'ablation. Je l’ai pratiquée au pouce, au petit doigt , au petit orteil , et ne m’en suis point repenti. J’ai rencontré, il y a vingt-quatre ans, un enfant de quatre jours qui avait sept doigts à chaque main ; le pouce et le petit doigt étaient doubles : j’amputai de suite , et je réunis par première intention. En 1837, j’ai amputé deux gros orteils doubles à l’enfant du précédent, m’écrit M. Champion, et je tins séparés ses doigts médius et annulaire , qui étaient unis des deux côtés. Du reste je ne sais que penser d’un pouce double amputé dans l’article , chez un enfant de trois ans, par Ch. White, et qui se reproduisit au point d’obliger W. Il romfiel d à l’amputer de nouveau , ce qui n’empêcha point une reproduction nouvelle î
§ III. Orteils relevés ou condês.Quellequesoit la déviation d’un des trois orteils du milieu, il est rare, pour peu qu’ elle soit prononcée, que la personne n’en éprouve pas des douleurs, une gêne extrême pour la marche et l’emploi des chaussures. Alors encore j’ampute, si les malades le demandent. Je l’ai fait sur cinq personnes, dont deux étudiants en médecine, et bien que l’un de ceux-ci ait éprouvé des accidents , ils sont tous guéris.
§ IV. Ankylosés des grandes articulations. Tant qu’il y a chance de guérir l’ankylose , d’en calmer les douleurs , ou de mettre le malade en état de marcher , ne fût-ce qu’à l’aide de béquilles, je me refuse à l’amputation des membres proprement dits ; autrement , je consulte les circonstances. Un Provençal qui, par suite d’arthropathie successive, a les hanches, les genoux , les pieds soudés , avec les jambes et les cuisses pliés en serpentin, au point de ne pouvoir se tenir ni debout, ni assis, ni de côté, d’être obligé
de passer sa vie sur le dos , cherche, sans en trouver, un chirurgien qui veuille lui couper les deux cuisses , à Montpellier, à Lyon, à Nîmes, à Avignon, à Toulouse , et vient à Paris dans l’espoir d’atteindre enfin son but. Je résistai d’abord comme les autres. — « Cul-de-jatte , je puis m’occuper et vivre, me dit-il . Comme je suis, ce n’est pas exister. L’amputation me fera mourir? cela n’est pas sûr. D’ailleurs je souffre , et je ne veux pas vivre si je dois rester comme vous me voyez. Ainsi je laisse ici mes jambes ou mon corps! » — Ses deux amputations ont eu un plein succès, et il s’en retourne content comme un dieu!
§ V. Ulcères avec déperdition de substance. A la suite de vastes brûlures, de gangrène, d’érysipèles phlegmoneux, de vieux ulcères, il peut arriver que les téguments de toute la circonférence d'un membre soient détruits, avec l’aponévrose et quelques muscles , dans une étendue telle que la cicatrisation soit à jamais impossible. Si le malade la réclame, l’amputation est encore applicable ici ; mais dans tous ces cas j’attends que la personne elle-même, si elle jouit de sa raison, si elle est adulte, ou que ses parents, dans le cas contraire , demandent d’eux-mêmes l’opération. Je ne m’y décide que sur leurs instances , qu’après leur en avoir montré toute la gravité , toutes les chances.