‹ Nouveau éléments de médecine opératoire accompagnés d'un atlas de 22 planches in-4*0 gravées, représentant les principaux procédés opératoires et un grand nombre d'instruments de chirurgieChapitre 64 sur 128 · CONTRE- INDICATIONS · texte numérisé non relu

CONTRE- INDICATIONS

l’amputation est inutile, et ne ferait que hâter le développement de lésions analogues à celles qu’on se propose d’enlever.

§ If. La phthisie pulmonaire , la nécrose (1), la carie de la colonne vertébrale (2), les abcès par congestion , une lésion organique quelconque du cœur, du foie, de l’estomac, des voies génito-urinaires, etc., un épuisement profond , des ulcérations nombreuses et anciennes dans les intestins, coïncidant ou non avec une diarrhée colliquative , sont, à moins d’urgence (î, 67), autant de contre-indications formelles (3). Enfin toutes les fois qifen faisant l’ablation du membre on laisse dans l’organisme un désordre assez grave pour que la mort doive presque nécessairement s’ensuivre , il faut s’en abstenir. Lorsque c’est pour une affection scrofuleuse, syphilitique, rhumatismale, il est à craindre qu’elle se reproduise bientôt dans?d’ autres parties des membres, et n’oblige, si on veut la poursuivre, à pratiquer successivementplusieurs amputations. 11 faut, dans ces circonstances, avoir aumoins'des probabilités nombreuses de pouvoir borner les progrès de la maladie générale, de la faire rétrograder même, et de finir par l’éteindre complètement. La prudence nejpermet point, par exemple, d’amputer un membre affecté de carie, de nécrose rhumatismale, syphilitique , si d’autres parties, quelques articulations, sont déjà le siège de gonflements, de douleurs, des premiers symptômes d’une affection semblable.

§ III. Pour ce qui est des scrofules cependant, on a dès long-temps remarqué que l’ablation d’une partie importante du corps était souvent suivie d’un changement avantageux à la constitution des sujets ; que la faiblesse est assez souvent remplacée après la guérison par les apparences de la force et de la santé la plus florissante. C’est un effet d’ailleurs facile à comprendre : une suppuration abondante, des douleurs longues, une articulation désorganisée, forment une cause de maladie qui tend continuellement à détériorer les fonctions , et ne peut manquer d’entretenir dans l’économie

(1) Meliée, Plaies d’armes à feu, etc.

(2) Lassus, Fract. de Poil, p. 181, 1788.

(3) Delatouche, Dissert, sur l’amputation. Strasbourg, 1814.

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un trouble assez considérable pour entraver le développement des ressources naturelles de l’organisme. En enlevant donc cette cause matérielle de souffrances et de dangers, il est tout simple que la santé se rétablisse ensuite; que, cessant d’être gênée, embarrassée dans ses efforts , la nature parvienne dès lors à faire disparaître des lésions moins graves, à triompher d’un travail dont la source principale vient d’être détruite.

g IV. Une première question à décider est de savoir s’il y a réellement des désordres à l’intérieur et d’en constater la nature, parce que, s’ils sont incurables, l’ainpinaiion n’est pas admissible. Une seconde question est relative à la source qui produit ces désordres, attendu que si elle se trouve dans l’altération externe, l’amputation est formellement indiquée, et que si elle existe ailleurs , c’est le contraire. Toutes les fois que l’affection locale est le résultat d’une lésion générale, il faut absolument neutraliser celle-ci avant de songer à enlever l’autre, qui , en bonne pratique , ne permet l’amputation qu’après avoir été réduite à ce qui se voit au dehors. Un examen minutieux du malade est d’autant plus indispensable avant de prendre un parti décisif, que la plupart des maux qui exigent l’amputation manquentrarement de retentir plus ou moins dans les cavités splanchniques et de faire naître dans les viscères , soit des abcès , soit des tubercules, soit des ulcères, soit des indurations et mille autres foyers morbides dont l’appréciation exacte ou la découverte est loin d’être toujours facile.

§ V. Il est bon de remarquer néanmoins que la faiblesse où se trouvent certains malades ne contre-indique pas absolument par elle-même l’opération. Tous les observateurs savent que ce n’est pas chez les sujets les plus forts, les mieux constitués en apparence, que les amputations réussissent en plus forte proportion. Un certain degré d’épuisement déterminé par de longues douleurs , la diarrhée elle-même , quand aucune lésion organique interne ne l’entretient , sont en général plutôt une condition avantageuse que nuisible. Il semble dans le premier cas que l’organisme jouissant de toute son intégrité se révolte contre la mutilation dont il vient

CONTAI E— JNDIGA TAON S .

d’être l’objet, tandis que dans le second, l’affection contre laquelle il avait épuisé toutes ses ressources étant enlevée , il n’ait plus à s’occuper ensuite que de faire disparaître les désordres secondaires qu’il n’avait pu prévenir.

§ VI. Lorsqu’il s’agit de lésions traumatiques récentes , il peut exister plusieurs blessures graveschezle même malade. Alors faut-il amputer? et si plusieurs membres doivent être sacrifiés convient-il de les enlever le même jour ? Bagieu raconte que chez un homme qui avaities deux jambes broyées, il fut décidé que la plus malade serait amputée la première; mais qu’on fit le contraire par inadvertance, et que cette jambe guérit 1 J’ampute la jambe d’un homme qui vient de tomber d’un second étage. Il meurt au bout de quatre jours avec le foie déchiré. On voulait amputer les deux jambes d’un autre blessé : je m’y opposai. Après la mort, on trouva qu’il avait les douze côtes et six vertèbres cassées ! Si les deux mains ou les deux pieds sont seuls blessés on peut les amputer sur-le-champ. Si les blessures concomitantes ne sont pas mortelles par elles-mêmes , amputez encore. Si d’autres parties semblent trop gravement compromises , attendez , n’amputez pas d’abord.

ARTICLE II. — Époque a laquelle il convient d’amputer.

Dans le dernier siècle , la question de savoir si après les blessures graves , soit par armes à feu soit autrement , il est mieux d’amputer sur-le-champ que d’attendre la réaction générale, agita vivement les esprits. Faure (1), Boucher (2), Bilguer (3), Leconte (4), Schmucker (5), de La Martinière(G) surtout , débattirent ce point de doctrine à l’occasion des guerres qui venaient d’avoir lieu. Bien que depuis lors presque tous les chirurgiens s’en soient occupés , on n’a point encore pu résoudre complètement le problème.

(1) Prix de V Acad., t. III, p. 337, et Mém. de l'Acad. de chirurgie , t. II, p. 323, 1819.

(2) Mém. de L'Acad. de cliir ., t. Il, p. 199, 1819.

(3) Abus de l'amputation des membres, etc., trad. par Tissot.

(4) Prix de l'Acad. royale de chir., t. III, p. 357-3G7.

(5) Rie h ter, Bibliolh. chir., t. IV, p. 1.

(G) Mém. de l'Acad. de chir. , t. IV, p. 133.

§ I. Les partisans de l’amputation immédiate, au nombre desquels il faut compter Van Geschcr (1), Fabre (2), Briot(3), M. Durand (4), M. Jacquin (5), M. O. Gouraud (6), soutiennent qu aussitôt après la blessure le malade se trouve dans les conditions les plus favorables possibles. Il n’y a point encore de fièvre, disent-ils , de suppuration, d’inflammation; l’affection est toute locale; tandis que plus tard le gonflement du membre , souvent la gangrène , une réaction intense , le tétanos, mille accidents divers peuvent amener la mort avant qu’on ait trouvé le moment de pratiquer l’amputation. Une fois meme cette réaction primitive calmée , l’abondance de la suppuration, le décollement des muscles, les trajets fistuleux qui se sont formés , l’induration , la désorganisation des tissus rendent ordinairement l’opération plus grave.

§ II. Pour justifier leur conduite , les partisans de Y amputation consécutive , parmi lesquels il faut encore ranger Mehée (7), Lassus (8),M. Delatouche (9) , Leveillé(tO), prétendent au contraire que dans les premiers moments l’organisme est trop fortement troublé, sous l’empire d’une commotion trop violente pour que la moindre opération puisse être suivie do succès , et, par-dessus tout, qu’on s’expose à sacrifier des membres qu’il eût été facile de conserver; tandis qu après avoir combattu les premiers symptômes , si ll’amputation devient indispensable , on n’a du moins aucun ^reproche à se faire.

Outre qu’on déplace ainsi la question, prises à la lettre , Ces deux opinions paraissent s’éloigner également de la saime pratique. Lorsque l’amputation est rigoureusement indispensable, nul doute qu’il soit mieux delà pratiquer

(1) Nécessité de V amputation, etc., 1767, en hollandais.

(2) .Différents points de physiol., p. 279.

(3) Prog rès de la chir. milit ., p. ISO.

(4) Thèse n° 198. Paris, 1814.

(5) Thèse n° 54, Montpellier, 1831.

(6) DémonslraL des princ. opérai., 1815.

, (7) Inwt'U'dé de F amputa f. des membres. Paris, 1800.

(8) TradL du Traité des fracl., de Polt, p. 181.

■ (9) AmpisMl. dans les cas de fracl. y etc. Strasbourg, 1814.

—•10) Soc. mêd. d’émul. , !. V, p. 192.

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