CONSIDERATIONS SUR L ART IDE FORMULER
tout préoccuper : 1° le choix de la subslance active ; 2° la dose ; 3" les associations.
La substance active peut être ou un corps inorganique, ou un principe immédiat, ou un produit, ou une partie végétale ou animale.
On réunit quelquefois plusieurs substances actives dont Teffet peut ou s'iijouter ou se modifier, ou se neutraliser. Trouver la substance qui convient le mieux dans un cas donné, voilà le génie du thérapeutiste, qui est beaucoup plus rare qu'on ne pense.
La fixation de la dose est , après le choix de la substance active, le problème le plus important et le plus difficile.
En variant les doses d'une même substance, ses effets physiologiques peuvent non seulement varier d'intensité, mais encore différer complètement, et l'effet thérapeutique qu'on en attend n'offrir aucune ressemblance : rendons claire cette proposition par quelques exemples. Le sulfate de soude administré 5 haute dose n'est point absorbé; son action est locale et se borne sur les intestins, il agit comme purgatif; à dose faible, il est absorbé et devient diurétique. Il en est de même du nitrate de potasse : administré à haute dose, il agira comme purgatif ; à doses réfractées, son action sera diurétique.
La digitale à haute dose agit comme éméto-cathartique; à dose réfractée, elle est absorbée, agit sur la circulation, et devient diurétique. L'ipécacuanha à haute dose agit sur l'appareil gastro-intestinal comme vomitif et souvent comme purgatif; à doses plus faibles, dites réfractées , il provoque des vomituritions sans vomissements ni purgations ; à dose plus faible encore , sa présence ne se manifeste par aucun trouble sensible de l'estomac ou des intestins ; cette dose est dite altérante; dans ce cas il est absorbé, et il modifie la sécrétion de l'appareil pulmonaire. On voit, d'après cet exposé rapide, combien est grande l'influence de la dose.
La dose varie suivant l'âge, le sexe, l'habitude, la tolérance, l'idiosyncrasie, la période de la maladie, et suivant une foule d'autres conditions que nous ne pouvons indiquer , mais que le vrai praticien sait apprécier à propos. Par rapport à l'âge, je ne puis rien faire de mieux que de transcrire la table de Gaubius.
Pour un adulte, dose entière prise pour l'unité. 1
Au-dessous d'un an 1/15 à 1/12
A deux ans 1/8
CON61DE11ATI0NS SUU L ART DE fOîiMULEK. oo
A trois ans 1/ti
A quatre ans 1/à
A sept ans 4/3
A quatorze ans 1/2
A vingt ans • 2/3
De vingt à soixante ans 1
Au-dessus de cet âge, on suivra la gradation inverse.
Les doses que nous avons indiquées dans cet ouvrage sont en général celles qui conviennent à un adulte. Nous les avons toujours rigoureusement fixées comme il convient de le faire dans une formule, car on ne doit jamais rien laisser dans le doute. On comprend sans peine que, suivant une foule de conditions que nous ne pouvons indiquer^ on les fera varier souvent dans un rapport considérable. La femme étant généralement d'une conslilution moins forte que ceile de Thomme, ou doit lui prescrire le plus souvent des doses un peu moins grandes qu'à celui-ci.
L'influence de l'habitude ou de l'accoutumance sur la dose est aussi très remarquable. Il est certaines substances qui, administrées à doses successivement croissantes, peuvent être élevées à des quantités telles que si on les administrait immédiatement à la doseoùl'on arrive, elles empoisonneraientinfailliblement. ^^insi, pour citer l'exemple qui se représente le plus souvent, l'opium à la dose d'un gramme doit certainement être regardé comme un poison très énergique ; eh bien ! on peut s'habituer peu à peu à des doses beaucoup plus élevées, sans qu'il en résulte aucun accident. Un point de thérapeutique très intéressant à bien fixer est le suivant: Quelles sont les substances auxquelles on peut s'habituer ? Quelles sont celles dont on ne peut élever les doses sans danger? On est à cet égard dans une assez grande incertitude. L'expérience a bien jeté çà et là quelques lumières ; mais on n'a point encore formulé de principes généraux. En comparant attentivement les observations recueillies à cet égard, en réunissant le fruit des expériences des autres à celles que j'ai moi-même exécutées , je suis arrivé à poser les règles suivantes : 1° On ne s'habitue point aux substances qui agissent comme poisons sur tous les êtres de l'échelle organique; 2° on peut s'habituer aux substances qui, quoique devant être considérées comme poison pour l'individu auquel on les administre, épargnent cependant quelques êtres de l'échelle organique. Je développerai ailleurs les faits sur lesquels ces règles s'appuient, j'en donnerai plusieurs exemples dans le cours de cet ouvrage.