CONSIDERATIONS SUR L ART DE FORMULER
Mais je dois dire dès à présent qu'il faut distinguer avec soin l'habitude de la tolérance.
Ce dernier mot est entré dans le domaine de la thérapeutique, avec les idées de la médecine contro-stimulante rasorienne.
Il y a au premier abord un certain rapport entre l'habitude et la tolérance ; dans les deux cas on arrive à élever successivement la dose du principe aclif. Une des conditions pour que la tolérance s'établisse est, sans contredit, la réitération des doses à de courts intervalles. L'habitude est donc un élément de la tolérance; mais ce qui distingue essentiellement la tolérance de l'habitude, c'est que l'habitude persiste tant qu'on administre la substance; la tolérance, au contraire, peut cesser subitement, et la substance toxique révéler immédiatement sa présence par une série d'accidents plus ou moins redoutables. Dans le langage des écoles on dit que la tolérance a cessé, et qu'il y a saturation. Ces effets s'expliquent très bien par les principes que nous avons posés ; les substances qui sont tolérées, mais qui ne sont pas susceptibles d'accoutumance, doivent être rangées dans notre première catégorie, celles qui agissent comme poison sur tous les êtres de l'échelle organique. Il me suffit de poser ici ces généralités, je reviendrai plus tard sur cet important sujet.
Exécution d'une formule.
Une formule étant reçue dans une officine , le pharmacien doit la lire à deux reprises différentes avec la plus grande attention. S'il remarque quelque inadvertance qui puisse compromettre la santé du malade , ou si l'ordonnance lui paraît n'être évidemment pas conforme aux règles de l'art de formuler, il devra soigneusement éviter que la personne qui la lui remet s'aperçoive de son embarras, réclamer assez de temps pour la préparer, et, dans cet intervalle, consulter l'auteur de la formule, et lui demander les éclaircissements nécessaires. Il devra surtout se garder de faire, sous aucun prétexte, aucun changement ou substitution quelconque sans l'agrément du mé'lccin, quelle que soit l'analogie de la substance substituée; son premier et son plus impérieux devoir est la plus scrupuleuse exactitude, môme pour les choses qui lui paraissent les plus insignifiîuites.
Le pharmacien ou son représentant remettra la formule à l'élève qui doit la préparer; il surveillera l'exécution, et, avant de la livrer , il examinera attentivement le médicament