PARIS SOUS LES CAPÉTIENS
La féodalité naissante , représentée par les ducs de France, comtes de Paris, arrache le pouvoir aux mains affaiblies des descendants de Charlemagne , pour le livrer aux vaillantes mains des descendants de Robert le Fort, ap-
pelés à régner en la personne de Hugues Capet. Cette révolution prépare et assure la suprême influence de Paris sur tout le royaume.
Si le x* siècle marqua, dans notre histoire, l’époque du triomphe complet de cette ville, il marqua également l'époque de ses plus tristes vicissitudes. Car une cruelle épidémie, le feu sacré , le mal des ardents, décima sa population en 945; et la disette fut tellement horrible en 940 et 975, que les hommes se dévoraient entre eux. Pendant ces misère^ publiques , les ducs de France employèrent souvent leur richesse particulière à nourrir les pauvres qui venaient implorer, dans la cathédrale de Paris, le secours de la sainte Vierge , et qui , sans leur charité , seraient peut-être morts de faim.
Paris s’était accru faiblement sous la seconde race. Les Normands avaient ravagé l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés, le palais des Thermes, l’église Saint-Germain-l'Auxerrois, et détruit l’aqueduc de Chaillot. Les ponts , construits en bois comme les maisons, étaient fortifiés, à leurs extrémités, par des tours également en bois et entourées de fossés. Nous avons déjà dit que Charles le Chauve en avait fait élever un : il était situé entre la Cité et l’emplacement où l’on éleva plus tard le For-l’Évèque.
Le palais de l’ile "de la Seine était habité par les comtes de Paris. Aucun monument important ne surgit durant cette époque de destruction. Aux édifices construits dans la Cité, sous la première race , il faut ajouter cependant les églises de Saint-Barthélemy, de Saint-Landry et de Saint- Pierre-des-Arcis ; puis, sur la rive droite , les églises de Saint-Leufrov , de Saint-Magloire et de Sainte-Opportune; enfin, sur la rive gauche, celles de Saint-Ëtienne-des-Grés et de Notre- Dame-des-Champs.
La concentration du pouvoir obtenue par les efforts des premiers successeurs de Hugues Capet est l’origine de la
puissance de Paris et de son influence sur les destinées de la France. L’administration de la ville commence à prendre une forme régulière par l'institution du prévôt de Paris, qui remplace le comte et représente le roi « pour le fait de la justice, » tandis que la hanse ou corporation des marchands de l’eau finit par constituer elle-même le corps municipal.
Au xi* siècle, Paris, qui s’appelle déjà la ville des lettres , voit croître la renommée de ses écoles , foyer de lumière où toutes les nations européennes viennent s'éclairer. « Jamais, dit un mémorialiste, on n’avait vu, ni en Égypte, ni dans Athènes, ni en aucun lieu du monde, une telle affluence de clercs et d’étudiants : la plupart d'entre eux vivaient moins souvent dans le sanctuaire des arts et des sciences, qu’au milieu des mutineries ou des bacchanales de la rue du Fouare. Ils pillaient les tavernes, violentaient les femmes, battaient leurs maris arec bâtons offensifs, et préféraient contempler les beautés des jeunes filles que les beautés de Cicéro. »
Pourtant l’école épiscopale, où brillait Guillaume de Champeaux, attira un grand nombre d’étudiants, jusqu’à ce que l’illustre professeur fût éclipsé par son propre élève, Abeilard, plus illustre encore ,. et qui fonda une école nouvelle dans la Cité , d’abord près de la maison du chanoine Fulbert, puis sur la montagne Sainte-Geneviève.
Dulaure prétend que Louis Yl, dit le Gros, fit construire uu nouveau mur d'enceinte ; mais ce mur a dù être bâti vers la fin de la seconde race.
Au reste, sur la rive droite de la Seine, l’ancienne porte connue sous le nom d’Archet-Saint-Merry , la porte Baudover, une vieille tour de la rue des Deux-Portes-Sa-int- Jean, dont Sauvai a, le premier, fait connaître l’existence; peut-être encore d’anciennes fortifications remplacées par la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois et l’impasse
de la Petite-Bastille ; sur la rive gauche , une tour située dans la rue Saint-Victor, au bas de la rue de Versailles : tels sont les seuls indices à l'aide desquels on puisse déterminer approximativement les limites de cette seconde enceinte, dont les traces avaient presque disparu lorsque Philippe-Auguste entoura Paris de nouvelles murailles.