QUELQUES MOTS HISTORIQUES SUR LES CIMETIÈRES DE PARIS
Avant la Révolution, tous les cimetières, qui sont aujourd’hui hors de Paris, se trouvaient dans Paris. En effet,
au centre môme de la ville, entre l’église Saint-Eustache et la rue Saint-Honoré, il y avait encore en 1785 un vaste cimetière, commencé par le maréchal Boucicaut et terminé par l’illustre souffleur Nicolas Flamel. 11 était entouré d’une sorte de cloître, appelé Charnier des Innocents, et habité ou seulement fréquenté par des cabaretiers, des boutiquiers, des charlatans, des faiseurs de tours et des diseurs de bonne aventure. Le soir venu, tous les bourgeois se rendaient chaque jour, pour se promener, sous ce cloître et mener joyeuse vie sur le domaine de la mort.
Un arrêt du conseil d’Ëtat fit cesser, en 1785, cette scandaleuse profanation ; le cimetière et le charnier des Innocents furent tous deux supprimés et remplacés par un immense marché.
cimetière de picpiîs, rue de Reuilly. — Non public. — Outre les restes de quelques familles nobles, les Lamoignon, les Grammont, les Noailles, et les cendres du général Lafayette, il renferme la dépouille mortelle de 520 citoyens, victimes de la Terreur en 1793, et qui furent suppliciés, soit à la place de la Bastille, soit à la barrière du Trône, après avoir été plus ou moins longtemps détenus dans la maison des l)ames-du-Sacré-Cœur, dont ce cimetière était une dépendance. On le visite en s’adressant au concierge.
CIMETIÈRE DU PÈRE-LA-CHAISE OU DE LEST. — Ce CÎ-
metièrc est situé à l’extrémité de la rue de la Roquette, sur un emplacement livré à la culture durant le moyen âge, et qu’on désignait sous le nom de Champ de l’Evêque. Un riche bourgeois de Paris, appelé Régnault , l’ayant acheté en 1347, y construisit une habitation tellement somptueuse, qu’elle fut aussitôt surnommée \&Folie-Regnault. Cette propriété passa, en 1705, aux mains des jésuites, qui l’appelèrent Mont-Louis; et leur supérieur, le célèbre
père la Chaise, confesseur de Louis XIV, en fit sa maison de campagne.
Après l’expulsion des jésuites, en 1763, Mont-Louis, ▼endu pour payer les dettes de la communauté, appartint successivement à plusieurs propriétaires; mais le nom du père la Chaise lui resta. En 1804, M. Frochot, préfet de la Seine, l’acheta pour 160,000 fr. , au nom de la ville, et l’empereur Napoléon le transforma en cimetière par un décret.
Constamment agrandi depuis lors, il s’étend sur une surface de près de 15 hectares de terrain, et renferme un grand nombre d’admirables monuments, parmi lesquels on remarque celui d’une princesse Demidoff, et quantité de statues et de bustes de personnages célèbres, qui sont de véritables objets d'art. Le monument Demidoff a coûté plus de 300,000 fr.
On a transporté dans ce cimetière les restes de la Fontaine, 'de Boileau , de Delille, etc. Au rond-point s'élève le monument de Casimir Périer, érigé au milieu d’un terrain concédé gratuitement par la tille. Les curieux visitent avec intérêt le tombeau d’Héloïse et d’Âbailard, transporté du couvent du Paraclet.
Au centre de ce cimetière on voit la chapelle que nous avons mentionnée parmi les monuments religieux du 8e arrondissement.
C’est au Père-La-Chaise que reposent presque toutes les célébrités artistiques, littéraires, scientifiques, militaires et politiques de la France moderne. Voici les musiciens : Michel, Grétry, Bellini, Hérold, Boïeldieu, Weber, Nicolo, Gosscc, Cherubini, Chopin, Wilhelm et Habeneck; voici les acteurs : Mlle Clairon, Mme Raucourt, Talma, Mlle Bourgoin , Dugazon , Potier , Mlle Mars ; voici les peintres et les sculpteurs: Lesueur, Gros, Girodet, David, Cartelier, Isabey , Géricault et Bosio ; voici les poètes : Bouf-
fiers, Saint-Lambert, J. Chénier, Parnv, Delille, la Harpe, Laya, Millevove, Picard, Élisa Mercceur, Andrieux, Désaugiers, N. Lemercier, Casimir Delavigne et Dupaty ; voici les littérateurs et les romanciers : Bernardin de Saint- Pierre, Pigault-Lebrun , Mme de Genlis, Étienne, Charles Nodier, F. Soulié et Balzac ; voici les savants : Laplace, Lavoisier, Fourcroy, Prony, Georges Cuvier, Poisson, Dulong, le docteur Gall, Marjolin, Dupuytren, Larrey, Gay- Lussac, Parisot, Geoffroy Saint-Hilaire et Àrago ; voici les soldats et les marins : Ney, Labédoyère, Grouchy, Foy, de Bellune, de Bigny, Maison, Décrest, Sidney-Smith, Junot, Sucliet, Serrurier, Guilleminot, Lefebvre, Masséna, Davoust, Haxo, de Valrny, Gouvion Saint-Cyr, Mortier, Truguet, Macdonald, Lauriston et Rovigo, dont les cendres se confondent avec celles des la Trémoille ; voici les ♦ philosophes : Lamettrie, Turgot, Vol ney, Destut-Tracy , Benjamin Constant et Rover-Collard ; voici enfin les hommes politiques et les hommes d’État . Barras, Monnier, Sieyès, Lameth, Desèze, Lainé, Camille Jordan, Manuel, Bozzo di Borgo, Martignac, Larijuinais, Casimir Périer, Garnier-Pagès ; et toutes ces gloires, avec bien d'autres encore, séparées par la vie, ^sc trouvent ici réunies par la mort.
On trouve facilement, dans le cimetière même, des guides, qui, moyennant une légère rétribution, se chargent d’en montrer les curiosités.
CIMETIÈRE MONTMARTRE OU DU NORD, aU bas de la
butte Montmartre, entre les barrières Blanche et de Clichy (extra muros). — Ce cimetière , qui porta d’abord le nom de Champ-du-Repos, est le premier qui ait 'été établi en dehors du mur d’enceinte. II a été récemment agrandi et renferme environ 10 hectares.
On y remarque un grand nombre de somptueux monuments, entre autres ceux des familles d’Argenson, d’Agues-
seau, de Ségur, de Montmorency, etc. C’est là que sont deposés les restes mortels du sculpteur Pigalle , du peintre Greuze; de Legouvé, de Saint-Lambert, de Nourrit; de Fourier, père de la doctrine phalanstérienne ; de l'amiral Baudin; d'Armand Marrast, et d’Alexandre Soumet , le grand poste tragique du xix* siècle, l’illustre auteur de Saül, de Clylemnestre , de Norma, du Secret de la Confession, A’ Une fête de Néron, du Gladiateur, de Jeanne Gray, de Jeanne d'Arc, et le seul poète épique de la France; car, en écrivant la Divine Épopée , il a donné à notre patrie l’unique fleuron qui manquât à son immortelle couronne.
Auprès de ce puissant artiste repose une jeune fille dont le nom commençait à devenir illustre quand la mort est venue la frapper : Juliette Dillon, une musicienne hors ligne, improvisatrice non moins remarquable que Liszt lui-mème, et dont les restes vont se confondre avec ceux d’autres personnages plus heureux qu'elle, puisqu’ils n’ont fini leur existence terrestre qu'après avoir recueilli les fruits de leur juste célébrité.
cimetière du MONTPARNASSE ou du sud , entre les barrières d’Enfer et du Montparnasse. — Ouvert depuis peu d’années, il renferme 10 hectares de terrain, et contientles tombeaux du dernier d'Aguesseau , de la duchesse de Gèvres, de Théodore Jouffroy, etc. C’est là que furent déposés les restes méconnaissables des victimes de la catastrophe qui eut lieu, le 8 mai 1842, sur le chemin de fer de Versailles (rive gauche).
On y remarque le monument, orné de peintures polychromes, que la Société de géographie a fait élever à Dumont d’Urville, l’une de ces victimes, dont les cendres sont réunies à celles de sa femme et de son enfant.
catacombes. — Située barrière d’Enfer, cette crypte souterraine, creusée de temps immémorial pour l’exploitation
des pierres que renfermaient les carrières voisines de Paris, fut consacrée en 1786 au dépôt des os recueillis dans le charnier des Innocents et dans d'autres cimetières jusqu’alors établis autour des églises. En 1810 seulement, on classa et l’on disposa symétriquement les débris qui y étaient entassés.
Les Catacombes renferment aujourd’hui les restes déplus de dix millions de cadavres disposés en manière de décoration sépulcrale. Les galeries, hautes de 2 mètres et larges de 2", 3, présentent une étendue de 655 mètres, et correspondent souterrainement à des rues dont elles portent les noms et les numéros. Cette précaution facilite les travaux de consolidation que nécessitent de fréquents éboulements. Les accidents qui résultent de la mobilité des terres ont, depuis quelques années, obligé l'administration d’interdire aux curieux la visite des Catacombes.