ENCEINTE DE PARIS
Mais l’œuvre capitale du règne de Philippe- Auguste fut , sans aucun doute, la construction de la grande enceinte fortifiée, dont il entoura Paris et ses faubourgs, el qui devint pour cette ville un grand moyen de sécurité, d’ordre et de progrès. Ce mur, d’une épaisseur de 2“,60, était défendu par 500 tours et muni de fossés profonds. On commença, en 1190, par la partie septentrionale de Paris : l’enceinte partait de la rive droite de la Seine, à
(1) Tbéopli. Lavallée, Msl. de Paris.
quelques mètres au-dessous du pont des Arts, où s’élevait uue grosse tour ronde, qui, pendant plusieurs siècles, a porté le nom de Tour-qui-fait-le-coin. De là, traversant l’emplacement actuel de la cour du Louvre, ce mur longeait la façade occidentale de cette cour et se prolongeait, en suivant la direction de la rue de l’Oratoire, jusqu’à la rue de la Cliarronnerie, aujourd’hui rue Saint-Honoré, nom emprunté à la porte fortifiée par deux tours rondes, qu’on y avait construite.
De cette porte, l’enceinte s’étendait entre les rues de Grenelle-Saint-Honoré et d’Orléans, jusqu’au carrefour formé par les rues Coquillière, Jean-Jacques Rousseau, de Grenelle et de Sartine, où se trouvait une seconde porte, nommée porte de liehaigne ou Coquillière. Elle se prolongeait ensuite entre les rues Jean-Jacques Rousseau et du Jour, jusqu’à la rue Montmartre, ou mieux jusqu’à un passage appelé depuis porte Montmartre ou Saint-Eustacbe, franchissait un massif de maisons bâties en face, passait derrière le côté septentrional de la rue Mauconseil, suivait la direction de cette rue et traversait la rue Française.
Presque à, l’angle formé par les rues Mauconseil et Saint-Denis, était une porte de ville appelée porte Saint- Denis ou porte aux Peintres, nom qu’a conservé l’impasse des Peintres. Le mur, après l’avoir franchie, coupait la rue Bourg-l’Abbé , allait aboutir à l’angle méridional que forme la rue Grenier-Saint-Lazare, en débouchant dans la rue Saint-Martin, à l'endroit où se trouvait une fausse porte ou poterne nommée dans les titres porte de Nicolas- Huidclon. Puis, passant entre les rues Micliel-le-Comte et Geoffroy-l’Angevin, il aboutissait à la rue Sainte- Avoie ; entre le coin de la rue de Bracque et l’hôtel de Mesmes, traversait l’emplacement des bâtiments et jardins de cet hôtel et arrivait à la rue du Chaume , à l’angle que forme
cette rue avec la rue de Paradis. Là s’ouvrit plus tard une porte appelée porte Neuve ou de Bracque.
De cette porte, le mur suivait à peu près la direction de la rue et du couvent des Blancs-Manteaux, se détournait un peu de la ligne de cette rue à son extrémité orientale et aboutissait à la porte ou poterne Barbette, située dans la rue Vieille-du-Temple , entre la rue des Francs-Bourgeois et la rue des Rosiers. Ensuite, le mur, décrivant une courbe, arrivait à l'extrémité de la rue Culture-Sainte-Catherine, en face de l'église Sainte-Catherine-du-Yal-des-Ëcoliers, dont l’emplacement est aujourd’hui occupé par un marché.
Près de là était la porte Baudet ou Baudover. De la porte Baudoyer, le mur d’enceinte longeait l’emplacement de l’église actuelle de Saint-Paul, passait dans l’enclos du couvent de l’Avé-Maria, où il existait encore, du temps de Sauvai, une tour servant de chauffoir aux religieuses; suivait la rue des Barres, où fut percée dans la suite la fausse poterne Saint-Paul , et allait aboutir à la rive droite de la Seine. Là, entre les rues de l’Étoile et Saint- Paul, vers le milieu du massif de bâtiments qui sépare le quai des Ormes du quai des Célestins, s’élevait une tournelle ou fortification dans laquelle on pratiqua plus tard la porte Barbelle ou Barbeel-sur-l’Yeau. Cette fortification terminait à l’est l’enceinte de la partie septentrionale de Paris.
L’enceinte de la partie méridionale fut commencée vers l’an 1208. En face de la tour Qui-fait-le-coin, sur la rive gauche de la Seine, vers l’emplacement du pavillou oriental du collège Mazarin, s’élevait une haute tour, qui, appelée d'abord tour de Philippe-llamelin, reçut ensuite le nom, devenu trop fameux, de tour de Nesle, près de laquelle on perça plus tard la porte de Nesle. Ici l’enceinte, laissant en dehors l'emplacement du collège Mazarin, aujourd’hui palais
de l'Institut, prenait la direction de la rue Mazarine, traversait l’emplacement des rues Guénégaud et Dauphine, suivait la ligne de la rue Contrescarpe et aboutissaitàlarueSaint-Andrédes-Arts, où se trouvait une porte construite vers 1210, et qui reçut dans la suite le nom de Buci, conservé de nos jours par une nie voisine. De cette porte, le mur, se dirigeant entre le passage du Commerce et l'hôtel de Tours, arrivait rue des Cordeliers, aujourd’hui rue de l’Ëcole-de- Médecine, au point où se voit encore la fontaine des Cordeliers.
En cet endroit était la porte appelée des Cordèles, des Cordeliers ou des Frères-Mineurs, plus tard porte Saint- Germain. Le mur traversait ensuite les rues de Touraine (maintenant Dupuytren) et de l’Observance (maintenant Antoine-Dubois), se prolongeait entre la rue de l’Ancienne- Comédie ou des Fossés-Monsieur-le-Prince et l’enclos du couvent des Cordeliers, et aboutissait à la place Saint-Michel, située à l’extrémité supérieure de la rue de la Harpe. A l’endroit même où est aujourd'hui la fontaine qui orne cette place, s’ouvrait une porte de ville nommée d’abord porte Gibert ou Giberte, depuis porte d’Enfer, et, en 1394, porte Saint-Michel, en mémoire, dit-on, d’une tille nommée Michelle, que Charles Vleutd’lsabeau dcBavière.-— Quoi qu’il en soit, après avoir longé l’enclos du couvent des Jacobins, l’enceinte venait aboutir, vers le milieu de l’espace compris entre les rues SoufHot et des Fossés-Saint-Jacques, à la porte Saint-Jacques, nommée aussi porte Notre-Dame-des-Champs.
En se prolongeant à 20 mètres du côté septentrional des rues Saint-Jacques et de l’Estrapade, l’enceinte enveloppait la maison, l’église et les jardins de Sainte-Geneviève ; puis elle aboutissait à la rue Bordet, où se trouvait une porte de ce nom, appelée aussi porte Saint-Marcel. De cette porte, elle suivait la direction de la rue des Fossés-Saint-Victor ; à l’angle formé par cette rue et la rue de Clovis on en voit encore
une partie considérable. Traversant l’enclos de l’École polytechnique, le mur s’étendait eucore jusqu'à la rue Saint-Victor, où était la porte de ce nom, démolie eu 1084. De là, franchissant l'emplacement du collège des Bons-Enfants, dit plus tard de Saint-Firmin, il allait en droite ligne, parallèlement à la rue des Fossés-Saint-Bernard, jusqu’à la Seine, au bord de laquelle il se terminait par une forteresse appelée la Tournelle, qui se trouvait en face de la porte Barbellc, située sur la rive, opposée. L’enceinte entière avait donc treize portes ou poternes, dont six sur la rive gauche de la Seine, et sept sur la rive droite. Son périmètre était, en 1211, de 252 hectares 85 ares.
Cette nouvelle ceinture de murailles enferma dans Paris le bourg de Saint-Germain-l’Auxerrois, une partie du bourg l’Abbé, le bourg Thiboust, appartenant à une famille parisienne de ce nom, toute la terre ou le bourg Saint-Éloi, tout le bourg Sainte-Geneviève et une partie du bourg Saint-Germain-des-Prés. Aux aqueducs romains, détruits par le temps et par les invasions, succédèrent de nouveaux aqueducs : celui de Saint-Gervais prit les eaux des hauteurs de Ménilmontant et de Romainville, et les apporta dans Paris, où elles furent reçues par les fontaines Saint-Lazare, des Filles-Dieu et des Saints-Innocents. Un autre aqueduc amena les eaux de Belleville à Saint-Martin-des-Champs.
Et maintenant on peut imaginer, avec un écrivain d’un grand mérite, même au milieu du moderne Taris, ce qu'était le Paris d’autrefois, le Paris contemporain des premiers temps du Louvre. « Commencez, dit il. L. Vitct (1), par construire, sur l’autre rive de la Seine, autour de ce clocher encore debout de Saint-Gerraain-des-Prés, la vaste enceinte crénelée de l’antique abbaye, avec ses vigies, ses tourelles, ses herses, ses ponts-levis ; puis tout à l’entour, dans la plaine, en guise
(1) Le Louvre.
de ces Ilots de maisons à quatre étages, faites renaître les métairies, les granges et toutes les dépendances de la puissante communauté; en descendant cette rive gauche du fleuve jusqu’aux coteaux d’Yssy, continuez à tout démolir pour laisser reparaître une immense prairie entrecoupée de bouquets de verdure, de petites pièces de vigne et de cultures potagères ; des saules, des érables s’élèvent çà et là au bord de l’eau, sur la berge bien endiguée ; vis-à-vis, sur la rive droite, l'aspect est plus aride, le terrain sablonneux ; on voit fumer des fours à briques et quelques pauvres tuileries ; mais au delà, commence une épaisse forêt, qui va se perdre à l'horizou, et s'étend vers le nord jusqu’au pied du Mont-Martre.
» Ne changez pas grand’chose à la silhouette de ce coteau, laissez-lui même ses moulins. En inclinant vers l’est, vous rencontrez, au delà des remparts de la ville, les tours de l’abbaye Saint-Martin, et, comme un gros village autour d'elles, le bourg l’Abbé; plus en deçà du rempart, de longues files d’habitations et de jardins, qui descendent jusqu’à la Grève. Passant de là dans la Cité, vous y trouvez un amas de maisons plus serrées encore qu'anjourd'hui , et les deux tours de la métropole, qui, quoique inachevées, dominent déjà la ville entière.
» Enfin, après ce grand circuit, il ne reste qu’à regarder à vos pieds. Transformez en créneaux et en mâchicoulis ces balustres italiens sur lesquels vous vous appuyez; de ce jardin de l’Infante, faites un fossé plein d’eau: séparez-le de la rivière par une double muraille, garnie de robustes tourelles, et vous voilà transporté à six siècles en arrière; vous êtes sous Philippe-Auguste, au sommet de la grosse tour qu’il vient de faire construire; et si le soleil commence à baisser, vous pouvez voir le roi, au retour de la chasse, passer l’eau dans son bateau, s’en retournant coucher dans son palais de la Cité. »