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PRISONS

conciergerie : Prison établie sous les voûtes du palais de Justice. — Depuis que les rois de France avaient cessé d’habiter. ce palais, l’ancien logement des concierges était devenu la prison du parlement. La Conciergerie est la plus fameuse de toutes les prisons de Paris. Le 12 juin 1418, elle fut envahie par le peuple ameuté, qui massacra les prisonniers armagnacs. Elle vit les mêmes scènes se renouveler par les septembriseurs de 1792.

La Conciergerie reçut dans ses cachots l’assassin de Henri IV et celui de Louis XV. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth , et je ne sais plus combien d’autres illustres victimes, y subirent une captivité qui ne devait se terminer que par l’échafaud. Aussi l’appelait-on alors chambre de la guillotine. Après de nobles et intéressantes victimes, Bailly, Malesherbes, M“* Roland, Vergniaud, André Chénier, Charlotte Corday, etc., ses murs reçurent Robespierre et quelques montagnards. Plus tard, Louvel et Fieschi y furent aussi incarcérés.

Depuis 1828, cette prison a été assainie, et d’importantes réparations ont été faites à l’intérieur. En 1817, le cachot où fut détenue la reine avait été converti en chapelle expiatoire. Cette destination a été changée en 1830.

Aujourd’hui, on m'enferme dans la Conciergerie que les accusés traduits devant la cour d’assises.

Le préau est commun à tous les détenus, quels qu’ils soient.

sainte-Pélagie, rue de la Clef. — Cette prison était

autrefois une maison de refuge et de pénitence, fondée en 1681, par M“* Beauharnais de Miramion, pour les femmes de mauvaise vie. En 1792, les bâtiments de cette communauté supprimée devinrent une prison criminelle, ce qui n’empôcha pas qu’ils ne reçussent dans leurs murs, comme tous les autres à cette époque, le mérite suspect et persécuté.

On cite entre autres personnages illustres qui y furent incarcérés à ce titre, Joséphine Beauharnais, depuis impératrice.

En 1797, Sainte-Pélagie devint la prison des détenus pour dettes et en même temps une maison de correction pour les enfants vagabonds. On y mit néanmoins aussi des condamnés politiques, notamment les écrivains, entre lesquels il faut citer : Béranger, Jay, Jouy, Armand Carrel, Marrast, Godefroy Cavaignac, Lamennais, etc.

En 1835, vingt-huit détenus républicains s’évadèrent de cette prison. La même année, les prisonniers pour dettes furent transférés rue de Clichy, et Sainte-Pélagie est restée seulement une prison pour les délits civils ou politiques.

Les détenus politiques sont séparés des autres prisonniers et y ont beaucoup plus de liberté : vingt-quatre peuvent se promener alternativement, pendant certaines heures du jour, dans un jardin ou une cour assez aérée. Cependant les uns et les autres sont l’objet de la plus stricte surveillance.

èAiNT-LAZARE, prison pour femmes, rue du Faubourg- Saint-Denis, 117. — Cette maison, dont l’origine remonte au xie siècle, était d’abord une maladrerie ou léproserie destinée aux malades atteints de la lèpre « pourvu qu’ils fussent issus d’un légitime mariage et nés entre lés quatre portes de la ville. #

Un usage ancien voulait que les rois, avant leur entrée solennelle dans Paris, fissent séjour dans un asile de la plus dégoûtante infirmité, pour y recevoir le serment de fidélité des bourgeois. C’est aussi à Saint-Lazare que les dépouilles mortelles des rois et des reines, avant d’ôtre portées à Saint-Denis, étaient déposées pour recevoir l’eau bénite et les prières des pauvres.

En 1632, la maisQn de Saint-Lazare, qui depuis longtemps était en décadence, fut donnée aux prêtres de la Mission que saint Vincent de Paul venait d’instituer, et • elle devint le chef-lieu de cette congrégation célèbre, qui a rendu à la France de si grands services. Saint Vincent de Paul y mourut le 27 septembre 1660 ; et lorsqu’il eut été canonisé par Clément XII, en 1737, ses restes furent placés dans une châsse d’argent sur l’autel de la chapelle. Ils ont été détruits en 1792.

Sous la Terreur, cette maison devint une prison, d'où le tribunal révolutionnaire envoya , en un seul jour, soixante-seize victimes à l’échafaud ; parmi ces victimes étaient un Montmorency, un Crécy, un Roquelaure, quatorze prêtres, neuf femmes, Roucher, le chantre des Mois et le poëte André Chénier.

Aujourd’hui la prison de Saint-Lazare est affectée aux femmes prévenues de crimes et aux filles publiques condamnées ù une année au plus d’emprisonnement ou en contravention avec les règlements de police. Ces diverses catégories de détenues occupent des locaux séparés. Les prisonnières y sont soumises à divers travaux.

dépôt de la préfecture de police, rue de Jérusalem, à la préfecture de police. — Construit en 1828 et consacré à l’incarcération momentanée des personnes arrêtées par mesure d’ordre, ou des accusés destinés à être transférés dans une autre prison.

prison pour les jeunes détenus, rue de la Roquette, 43. — Cette prison, située en face de la prison de la Roquette, ressemble plus à un château féodal qu’à une maison de détention. Les arrangements intérieurs indiqueraient tout aussi bien un hôpital ou un immense collège qu’un lieu de châtiment.

Les plans ont été fournis par M. Lebas. Le bâtiment offre un hexagone régulier, ayant des tourelles aux angles. Six autres bâtiments, ayant six cours séparées, l'entourent. Le bâtiment Central est complètement isolé de tous les autres. Chaque cour contient un grand réfectoire et deux ateliers de travail.

prison des conseils de guerre, vis-à-vis du Conseil de guerre, rue du Cherche-Midi , et renfermant les accusés destinés à passer devant le tribunal militaire. Elle remplace l’ancienne prison de l’Abbaye, actuellement démolie.

prison pour dettes, rue de Clicliy. — Elle contient cent-cinquante à deux cents personnes, logées dans des cellules particulières. Chaque détenu est alimenté par l’incarcérateur , qui, à cet effet, doit verser 30 fr. par mois. 11 y a une cuisine commune à tous les prisonniers. L’aile gauche donnant sur la cour est réservée aux femmes. Lors de la révolution de Février 1848, les détenus ayant été mis en liberté par le peuple, et la loi de la contrainte par corps ayant été abolie, cet édifice fut consacré à l’établissement de la Société fraternelle des ouvriers tailleurs, qui fut promptement dissoute. Aujourd’hui, la prison de Clichy, depuis la remise en vigueur de la loi précitée, a repris sa première destination.

prison mazas, boulevard Mazas. — Cette prison, construite en 1847, sous le nom de pénitencier ou prison modèle , a été le résultat des études, des observations et

des renseignements de toute sorte recueillis par le gouvernement, et des nombreux travaux des publicistes relativement à l’application, en France, du régime cellulaire.

La construction en est fort simple : c’est un demicercle au centre duquel viennent aboutir six segments, comme rayons, dans chacun desquels sont contenus 70 cellules. Toute la prison, à raison des subdivisions particulières et du nombre d'étages, contient t,2G0 cellules.

Au-dessus de la rotonde centrale est élevé un autel qui peut être aperçu de chaque cellule entre-bâillée, en sorte que chaque prisonnier peut facilement voir officier le prêtre sans être vu des autres prisonniers. L’autel est soutenu par huit colonnes d’ordre dorique ; au-dessus de la frise, on lit cette inscription tirée de l'Évangile : « Ita gaudium erit in ecelo super uno peccatore pœnitentem agente quam super nonaginta novem justis qui non indigent pœnitenlia. » « La conversion d’un pécheur re- » pentant donnera plus de joie dans le ciel que la per- » sévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas » eu besoin de pénitence. »

La disposition générale de la prison permet aux surveillants de voir d’un seul coup d’oeil ce qui se passe dans chaque travée confiée à leurs soins.

On trouve chaque cellule pourvue d'un lit, d’un siège, d'une table, de tous les objets nécessaires au travail, et d’une sonnette qui avertit le surveillant du besoin que le prisonnier peut avoir de lui.

Un parloir est disposé de telle sorte que les visiteurs et les prisonniers peuvent causer ensemble, sans qu’aucun d’eux soit aperçu des autres.

Un jardin est coupé en plusieurs compartiments venant s’appuyer sur un centre commun, et le prisonnier s’y promène sans qu’aucun de ses compagnons de prison puisse le voir.

Cette prison est gardée comme une forteresse, et disposée de manière à résister à un assaut.

Aujourd’hui que le gouvernement a renoncé à soumettre les condamnés au régime cellulaire, la prison Mazas est destinée à recevoir les prévenus. C’est là qu’ils sont déposés avant leur mise en accusation.

les madelonnettes, rue des Fontaines, 14, quartier du Temple. — Cette prison, qui occupe les’bâtiments formant autrefois le éouvent des Filles-de-la-Madeleine, est destinée à recevoir les femmes condamnées pour dettes ou pour délits, ainsi que quelques jeunes filles renfermées par correction paternelle.

prison de la roquette, rue de la Roquette. — Des- • tinée aux condamnés aux travaux forcés ou à la peine capitale, cette prison a été récemment construite sur les dessins de M. Gau. Le bâtiment est composé de plusieurs étages, l’un consacré aux ateliers et réfectoires, l'autre au logement des prisonniers, etc. On y pratique l’isolement. C’est sur la place située entre cette prison et celle des Jeunes détenus qu’ont lieu maintenant les exécutions capitales.

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