DE SAINT LOUIS AU ROI JEAN
Depuis la tin du règne de saint Louis jusqu’au commencement du roi Jean, les principaux événements de l’histoire de Paris sont : la convocation des états généraux de 1302, où Philippe le Bel appelle pour la première fois le tiers état; l’exécution de cinquante-neuf templiers dans un champ voisin de l’abbaye de Saint- Antoine (1310); le supplice de Jacques Molay, grand maître de l'ordre, à l’extrémité occidentale de la Cité (13141; celui d’Enguerrand de Marigny, ministre de Philippe le Bel (1315); les turpitudes sanglantes, mais heureusement fort douteuses, de la tour de Nesle; enfin, la peste noire de 1348, pendant laquelle on emportait chaque jour cinq cents morts de l’Hôtel-Dieu au cimetière des Innocents.
Pendant cette période, notre capitale, n'avant pas une
seule rivale entre toutes les villes les plus importantes de l’Europe, quelle séduit par l’élégante futilité de ses goûts, de ses costumes et de son industrie, non contente d’être reine de la mode, veut devenir reine de la science.
' Aussi ne se développe-t-elle, en quelque sorte, que pour multiplier le nombre de ses propres collèges, où le6 peuples étrangers viennent s’instruire aux leçons de ses maîtres.
On en construisit quatre sous Philippe 111 , douze sous Philippe le Bel, cinq sous ses fds et quatorze sous Philippe de Valois.
L’organisation du parlement, l'admission de la bourgeoisie aux états généraux, les écoles qui couvrent la moitié de la ville, ont accru tellement l’influence politir que de Paris, qu’il ne craint pas d’en abuser par sa turbulence, au risque de la compromettre.
Les premières émeutes des Parisiens eurent lieu en 1303, sous le règne de Philippe le Bel et contre ce prince, qu’ils avaient surnommé le faux m onnayeur. Comme le peuple insurgé voulait brûler le palais du roi, il se vit contraint de chercher un asile dans le Temple ; mais il y fut poursuivi par les rebelles, qui le retinrent prisonnier durant plusieurs jours, au bout desquels le surintendant des finances et le prévôt des marchands apaisèrent d’un seul mot toutes les colères de la sédition. Et le même peuple , qui tenait captif le roi de France, lui ouvrit spontanément les portes de sa prison* pour le reconduire en triomphe dans son palais.
Un demi-siècle plus tard, pendant la captivité du roi Jean, les révoltes populaires se dénouaieut par d’épouvantables révolutions. C’était l’époque d’Étienne Marcel, le farouche prévôt des marchands, l’allié de Charles le Mauvais et de la jacquerie, qui traversa le milieu du xrv« siècle pour opposer la, souveraineté du peuple à la souveraineté du
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roi, les petits aux grands, les pauvres aux riches, ceux qui ne possèdent pas à ceux qui possèdent. Sous prétexte de défendre les comptoirs et les boutiques contre les palais, les bourgeois contre les princes, il prépara le pillage de toute la société, livrée pieds et poings liés à des hordes sanguinaires. Enfin, après avoir massacré, en présence du dauphin , dans le palais de la Cité, * Jean de Conflans, maréchal de Champagne, et Robert, maréchal de Normandie, le prévôt des marchands fut assassiné lui-même au moment où il allait livrer la ville de Paris à Charles le Mauvais, roi de Navarre.
N’oublions pas, néanmoins, que cet homme, quelque coupable qu’il soit, eut pourtant le mérite de lutter un moment avec énergie contre l’invasion étrangère. Après la bataille de Poitiers, lorsque les Anglais victorieux menaçaient la grande ville pour s’emparer du royaume , Étienne Marcel fît réparer aussitôt les fortifications, agrandir considérablement l'enceinte du côté du nord, et fermer les quartiers nouveaux qui s’ouvraient au pied des vieux murs de Philippe-Auguste.