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BOULEVARDS

Indépendamment de ses boulevards extérieurs, Paris possède d’immenses boulevards intérieurs : ceux du nord et ceux du midi.

Les boulevards du nofd , appelés simplement les boulevards, présentent une magnifique promenade qui s'étend de la place de la Bastille à l’église de la Madeleine, sur une longueur de 4,800 mètres. Plantée en 1668, sur l’emplacement des anciens remparts de la ville, cette promenade est restée pendant près d’un siècle une sorte de désert où l’on menait paître les bestiaux, qui n’était bornée au midi que par le derrière des jardins de la ville, au nord que par de grands terrains en culture. Elle n’était guère fréquentée que par les vagabonds et les malfaiteurs.

Sous Louis XV, elle devint une promenade champêtre, terrassée, sablée, composée de deux et même en quelques endroits de quatre allées d’arbres, bordée de quelques petites maisons, de nombreux jardins, de guinguettes, de petits théâtres, où le peuple se portait le dimanche pour y trouver le grand air et des lieux de plaisir; le beau monde, le jeudi, pour y faire voir ses toilettes et ses équipages.

Après la Révolution, quelques boutiques commencèrent à s’v établir, quelques maisons bourgeoises à s’y construire : d’abord sur le côté méridional, qui touchait la

villô ; ensuite sur le côté septentrional, qui resta longtemps bordé de rues basses établies sur les anciens fossés.

Mais c'est seulement depuis quarante ans que les grands magasins, les riches boutiques, les splendides cafés, enfin la plupart des théâtres, en venant se presser sur les boulevards, ont fait, de cette grande et unique voie de communication, le centre du Paris moderne, en même temps que le centre de sa splendeur et de son luxe, de ses affaires et de ses plaisirs ; la promenade la plus magnifique, la plus variée, la plus fréquentée de l’Europe, et le lieu le mieux connu du monde entier.

« L’ancienne défense de la grande cité, dit un historien contemporain, en est aujourd’hui la parure : Paris s'est fait de sa vieille ceinture murale une écharpe verdoyante, pleine d’éclat et de séductions, tantôt large et tranquille, tantôt étroite et remuante, qui semble flotter, se gonfler, se serrer au gré capricieux de la mode et de la civilisation, et dont les deux bouts vont tremper dans la Seine, l’un près de la place où la Révolution a commencé , l’autre près de la place où ses plus terribles événements se sont accomplis. »

Que de tumultes et de fêtes , que de triomphes et de douleurs, que de mascarades et de convois funèbres, que de rassemblements et de combats ont vus les boulevards ! Ils ont vu les cortèges brillants de l’Empire, l'entrée des étrangers en 1814, les revues de la garde nationale sous Louis-Philippe; les convois funèbres de Périer, de Lamarque et de Lafayette; les troubles de 1820, les révolutions de 1830 et de 1848, l’insurrection de 1832, les manifestations du 16 avril et du 15 mai, la bataille des journées de juin 1848 et celle du 4 décembre 1851!

Chacun des boulevards a sa physionomie , scs mœurs , son caractère, ses costumes; ils changent d’aspect à chaque grande rue qui les coupe.

Le boulevard Beaumarchais (autrefois boulevard Saint- Antoine) a été le premier planté. 11 était encore, il y a quelques années, très-large, mais presque complètement désert, et, pis qu’en 1777, bordé d’un fossé large et profond, qui fut remplacé, à cette époque, par une rue basse, dite rue Amelot (nom du ministre auquel Louis XVI avait confié le département de Paris). En 1787, Beaumarchais acheta le terrain d’un vaste bastion situé à l’extrémité de ce boulevard, et s’y fit bâtir une belle maison avec un grand jardin qui a subsisté jusqu’en 1818. 11 y mourut en 1799. Quand le canal Saint-Martin fut ouvert et qu’on voulut le faire déboucher dans le grand fossé de la Bastille, il fallut détruire la maison de Beaumarchais. On construisit des maisons particulières sur l’emplacement de son jardin.

A dater de cette époque, le boulevard Saint-Antoine, qui prit en 1831 le nom de Beaumarchais, commença à devenir moins triste et moins désert. Enfin, en 1845, l’administration municipale ayant aliéné les coutre-allées de la partie méridionale, il s’est élevé sur leur emplacement une suite de jolies maisons en pierre, chargées d’ornements et de sculptures, qui font du boulevard Beaumarchais une voie publique aussi magnifique que régulière , où le commerce, la population, le luxe môme commencent à se porter.

Le boulevard des Filles-du-Calvaire a la même physionomie que le boulevard Beaumarchais, dont il est la suite. 11 n’offre de particulièrement remarquable que le nouveau Cirque Napoléon, déjà signalé.

Le boulevard du Temple, qui vient ensuite, est la promenade la plus populaire de Paris. La foule des ouvriers et des marchands de tous les quartiers voisins s’y entasse tous les soirs devant ses théâtres, ses cafés, ses

cabarets, ses fruitières en plein vent. Un y voyait autrefois, indépendamment des théâtres de la Gatté, de l’Ambigu-Comique , des Funambules et de M“» Saqui, le caféspectacle du Bosquet, le restaurant du Cadran-Bleu, les farces jouées sur les tréteaux par Bobèche et Galimafré, les figures de cire de Curtius, des escamoteurs, des paillasses, des phénomènes vivants, et d’un autre côté le jardin des Princes, les montagnes Lilliputiennes et le jardin Turc, lequel subsiste encore aujourd’hui, mais qui s’est successivement rétréci pour faire place à des bâtiments, à mesure que sa vogue a diminué.

En place de quelques-uns de ces lieux de plaisir chers au peuple, de nouveaux spectacles se sont élevés, et la foule continue à se porter au boulevard du Temple. On y retrouve même, ou du moins à très-peu de distance, d’autres cafés-concerts, d’autres figures de cire et de nouveaux phénomènes qui n'attirent pas moins de curieux, mais qui, vu leur multiplicité, n’ont plus la même célébrité que ceux d’autrefois.

La maison n° 50 rappelle un déplorable souvenir : c’est de là qu’est partie la mitraille de Fieschi, qui a fait tant de victimes, entre autres le maréchal Mortier, duc de Trévise.

Le boulevard Saint-Martin offre d’abord la belle fontaine du Château-d’Eau, près de laquelle se tient un marché aux Heurs; puis, le théâtre de l’Ambigu-Comique, celui de la Porte-Saint-Martin, et enfin la porte Saint-Martin elle-même, arc de triomphe élevé à la gloire de Louis XIV, pour la conquête de la Franche-Comté.

(Voy. PORTE SAIXT-MARTÏN.)

Là commence le boulevard Saint-Denis, très-populeux, très-animé, couvert de belles maisons et de riches boutiques, et qui présente à peu près le même caractère que

le boulevard Saint-Martin. C’est au milieu de ce boulevard que vient aboutir provisoirement le magnifique 6oulevard de Strasbourg , qui , percé en face de l'embarcadère du chemin de fer de l’Est, doit bientôt traverser toute la partie septentrionale de Paris, et pénétrer jusqu’à la Seine, près de la place du Châtelet.

L’arc de triomphe qui s’élève à l’entrée du faubourg Saint-Denis a été, comme celui de la porte Saint-Martin, dédié par la ville de Taris à Louis XIV, pour célébrer la conquête de la Hollande en 1672. (Voy. porte sadît-

DEMS. )

Le boulevard Bonne-Nouvelle où se rencontrent le théâtre et le bazar du même nom, et le boulevard Poissonnière, qui le suit, nous amènent bientôt au boulevard Montmartre, qui, avec le boulevard des Italiens, est la promenade du beau monde, le centre du luxe et des plaisirs de Paris. On y trouve le théâtre des Variétés, les passages des Panoramas et Jouffroy, le bazar Montmartre. Au n* 2 de ce boulevard a vécu Ronsin, général en chef de l’armée révolutionnaire, qui périt sur l’échafaud avec les hébertistes; et au n* 10 est mort Boïeldieu.

Le boulevard des Italiens, dont le nom vient du théâtre de l’Opéra-Italien, qui l’avoisinait, est plus élégant encore. 11 borde les quartiers les plus riches de Paris. Entre autres magasins fournis des marchandises les plus recherchées en tout genre, on trouve le passage de l’Opéra et le bazar Choiseul.

Le boulevard des Capucines, qui est, comme celui des Italiens, la base de la Chaussée-d’Anlin, est moins fréquenté et moins commerçant, malgré ses belles maisons et ses riches habitants. Le côté du nord, n’étant pas de plain-pied avec la chaussée , s’appeUe rue Basse-du-Rempart : au n° 6 est morte, en 1815, l’actrice Raucourt; au n" 40 a vécu Hérault de Séchelles, président de la Convention au 31 mai, qui périt avec Danton.

Le boulevard de la Madeleine complète la série des boulevards proprement dits et se termine par le magnifique temple qui lui a donné son nom. Ce boulevard offre la même physionomie que celui des Capucines.

Les boulevards intérieurs du midi, qui s’étendent du jardin des Plantes aux Invalides , sur une longueur de 5,490 mètres, furent établis sous Louis XV, en 1760. Ces boulevards ont été pendant longtemps de grandes chaussées ornées de beaux arbres, mais boueuses, désertes, où s’élevaient à peine quelques rares maisons. Depuis quelques années ils ont été assainis, réparés et, dans quelques parties, bordés de constructions. Cependant ils sont loin d’avoir l’animation des boulevards du nord.

Ce sont de belles voies de communication , mais il n’y faut pas chercher le rendez-vous de la mode, du luxe et des plaisirs. Ils n'offrent guère de vie et de mouvement que sur deux points très-distincts l’un de l'autre, aux abords des embarcadères des deux chemins de fer d’Orléans et de l’Ouest. La ligne des boulevards du midi comprend les boulevards de l’Hôpital , des Gobelins , de la Glacière, de Saint-Jacques, d’Enfer, du Montparnasse et des Invalides.

champ-de-mars. — Le Champ-dc-Mars se développe de l’École Militaire au pont d'iéna. 11 a 900 mètres de long sur 450 mètres de large. Flanqué d’un large fossé avec parapet construit en pierre? ayant quatre rangées d’arbres de chaque côté , il présente quatre entrées principales Son immense étendue le fit choisir pour la fédération de 1789. Il fut, en 1793, le théâtre du supplice de Bailly, premier maire de Paris. Flus tard, il servit aux grandes manœuvres des troupes impériales. En 1815, Napoléon y tint, à son retour de l’tle d’Elbe, le fameux Champ de Mai.

Après la révolution de Février, le Champ-de-Mars fut le lieu de réunion des Ateliers nationaux. Aujourd'hui le Champ-de-Mars continue à servir aux manœuvres des régiments et aux grandes revues militaires. 11 est, en outre, affecté aux courses de chevaux qui ont lieu en mai et en octobre, ainsi qu’à des fêtes équestres et à l’aérostation.

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