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QUARTIER MONTMARTRE

Ce faubourg n’offre de remarquable, dans sa partie supérieure, que la place Saint-Georges, située rue Notre- Dame-de-Lorette, où l’on trouve de charmants hôtels, notamment celui qu'habite M. Thiers; et dans sa partie inférieure, l'hôtel d’Augny, bâti par un fermier général de ce nom, au n° 6, de la rue Drouot. C’est là que se tinrent, en 1827, les réunions des députés de l’opposition, dont les résolutions amenèrent la révolution de 1830, qui détruisit le gouvernement de la Restauration.

Toutefois, vers le centre de ce quartier, il y a une rue primitivement appelée Chanterelle ou Chantereine, formée par les petites maisons que les grands seigneurs construisirent pour leurs maltresses. La Duthé et la Hervieux y avaient des hôtels. On y bâtit, au n° 6, sous le Directoire, le théâtre Olympique et des Troubadours, qui attira la jeunesse dorée, les merveilleuses du temps et les célèbres habitantes des rues voisines , parmi lesquelles on distinguait M,ne Tallien, M111* Récaraier et Mme Beauharnais, qui habitait, au n* 52 de la même rue, un hôtel bâti par Condorcet, acheté par Talma, et vendu par lui à Bonaparte, pendant sa campagne d’Italie.

C'est pour cela qu’à son retour de cette glorieuse expédition, l’administration centrale du département de la Seine lit prendre à la rue Chantereine le nom de rue de la Victoire.

Tout le quartier Montmartre tire son nom des buttes célèbres, dont les carrières ont été splendidement décrites

par Cuvier : c’est là que siègent la limite fiuance et le gros commerce ; et c’est là que furent livrées de véritables batailles en juillet 1830 et en juin 1832. Rousin, général en chef de l’armée révolutionnaire, vivait au n° 2 du boulevard Montmartre, et Boiëldieu est mort au n° 10. Nous ne vous montrerons dans la rue Montmartre que l’hôtel d’Uzès, appartenant à la famille Delessert. Pour arriver plus vite à la rue du Jour (altération du mot séjour), qui se prolonge, par la rue Oblin, jusqu a la halle aux Blés, construite sur l’emplacement d’un hôtel également célèbre sous les divers noms de Nesle , de Bohême, d’Orléans , de la Reine et de Soissons.

« 11 n’est point, disait Piganiol, de maison plus noble et plus illustre que cet hôtel, puisque, depuis près de cinq cents ans, il a servi de demeure aux plus grands princes du monde. » 11 appartint successivement aux sires de Nesle, au roi saint Louis ; à la reine Blanche, sa mère ; à Charles de Valois; à Jean de Luxembourg, roi de Bohème; au roi Jean, qui l’habita et qui y fit décapiter le comte d’Eu , connétable de France; au duc d’Orléans, frère de Charles VI; à Louis Xll , qui le donna à un couvent de religieuses; à Catherine de Médicis, qui le reconstruisit avec magnificence, qui y fixa sa résidence, et qui y présida à la fameuse entrevue du duc de Guise avec Henri III (9 mai 1588); à la sœur de Henri IV; au comte de Soissons; à la maison de Bourbon-Savoie : car c’est là que naquit le prince Eugène, dont Louis XIV dédaigna les services et qui faillit accomplir la ruine de la France ; enfin, au prince de Carignan, son dernier possesseur, qui fit transporter dans ses jardins le marché aux actions de la banque de Law, tenu auparavant dans la rue Quincampoix. A sa mort, l’hôtel fut démoli, et la ville de Paris en acheta l’emplacement pour y bâtir l’édifice circulaire de la halle aux Blés.

Nous avons déjà nommé la rue du Jour, tirant son nom

d’un séjour que Charles V créa entre la rue Montmartre et la rue Coquillière, et que Louis XI détruisit. « On remarquait encore dans cette rue, dit M. Théophile Lavallée, l’hôtel des abbés de Royaumont, qui fut habité par le comte de Bouteville, ce roi des raffinés d’honneur, dont l’existence finit sur la place de Grève. On sait que, proscrit pour vingt-deux duels, et réfugié à Bruxelles, il jura qu’il se battrait à Paris, sur la place Royale, en plein jour, ce qu'il fit. L’hôtel de Royaumont avait été, pendant qu’il l’habitait, le rendez-vous des plus fameux duellistes.» « Ils s'assemblaient , dit Piganiol, dans une salle basse où l’on trouvait du pain et du vin sur une table avec des fleurets. Là se formèrent le jeune Bussy, qui mourut pour Bouteville; Deschapelles, qui mourut avec lui ; le commandeur de Valençay, qui tua le marquis de Cavove, et n’en fut pas moins cardinal. »

A ce nom : rue Jean-Jacques-Rousseau, vous comprenez bien que l’auteur d'Emile et du Contrat social demeurait là (au n° 2). Mme Dubarry habita le n° 16 de la rue de la Jussienne; et les ministres Chamillart et Philipeaux. avaient leurs hôtels dans la rue Coq-Héron.

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