LA MONTAGNE SAINTE-GENEVIÈVE
Nous avons parcouru bien des quartiers célèbres par leur richesse, leur élégance et leur bon goût; nous allons parcourir un quartier encore plus célèbre par sa misère, par sa saleté, par son air débraillé, puisque nous voici dans cette rue tortueuse qui conduit à la barrière de Fontainebleau avec trois noms différents : Montagne Sainte- Geneviève, Deseartes et Mouffetard, et dont l’artère principale s'appelle vulgairement faubourg Saint-Marceau.
La ville Saint-Marcel devint faubourg de Paris au xv* siècle, quand on lui eut amené le riche bourg ou bourg Saint-Médard , formé entre la montagne Sainte-Geneviève et le mont Citard, séparé du bourg Saint-Marcel par la Bièvre, et digne de lui être réuni ; car ils étaient habités, l’un comme l’autre, par une population de truands, de jongleurs, de tire-laine, qui se confondait avec une population d’ouvriers en cuir et en bois. Au reste, ce quartier, actuellement peuplé de tanneurs, de chiffonniers, de boueurs, etc., conserve aujourd’hui l’aspect malheureux qu’il
avait autrefois; et il a joué, dans toutes nos révolutions, le même rôle que le quartier Saint-Antoine.
Mercier avait donc raison de dire, au moment où cette ère sinistre allait éclater : «. Le faubourg Saint-Marcel est le quartier où habile la populace de Taris la plus pauvre, la plus remuante, la plus indisciplinable. 11 y a plus d’argent dans une seule maison du faubourg Saint-Honoré que dans tout le faubourg Saint-Marcel. C!est là que se retirent les hommes ruinés, les misanthropes, les maniaques et aussi quelques sages studieux qui cherchent la solitude. Il n'y a pas un seul monument à voir; c’est un peuple qui n’a aucun rapport avec les Parisiens, habitants posés des bords de la Seine. Les séditions et les mutineries ont leur origine cachée dans ce foyer de la misère obscure.
» La police craint de pousser à bout cette populace, plus méchante, plus inflammable, plus querelleuse que dans les autres quartiers ; on la ménage, parce quelle est capable de se porter aux plus grands excès.... Les maisons n’v ont d’autre horloge que le cours du soleil; les hommes y sont reculés de trois siècles, par rapport aux arts et aux mœurs régnantes... Une famille entière occupe une seule chambre, où l’on voit les quatre murailles; et, tous les trois mois, les habitants changent de trou, parce qu’on les chasse, faute de paiement de loyer. Us errent ainsi et promènent leurs misérables meubles d’asile en asile. On ne voit point de souliers dans ces demeures; ou n'entend le long des escaliers que le bruit des sabots. Les enfants y sont nus et couchent pêlemêle... »
Dans la rue Moufictard, on voyait naguère le cimetière Saint-Médard, à côté de l’église de ce nom. C’est là que se trouvait le tombeau du diacre Taris, auquel les jansénistes, jaloux de le faire passer pour un saint, venaient demander des miracles. 11 en résulta les scènes scanda-
leuses (les Convulsionnaires, qui firent tant de bruit au siècle dernier.
Non loin de la rue Mouffetard et dans la rue Contrescarpe demeurait Catherine Théos, qui se disait la mère de Dieu, et qui considérait Robespierre comme un nouveau Messie.
Rollin et Bernardin de Saint-Pierre ont habité la rue Neuve-Saint-Étienne .
La rue de la Montagne-Sainte-Geneviôve doit son nom et son origine à l’église dont nous avons parlé ailleurs. On voyait autrefois bien des collèges dans cette rue et dans les rues adjacentes; mais nous n’y remarquerons que la maison n“ 6, de la rue des Carmes, où Ramus fut égorgé pendant la Saint-Barthélemy, et celle de la rue des Noyers, où naquit J. -B. Rousseau.