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LA RUE SAINT-VICTOR

Et maintenant prenons le pont de la Tournelle pour aller visiter la rue Saint-Victor, qu’on appelle vulgairement faubourg Saint-Victor et qui tire son nom comme son origine de l’abbaye Saint-Victor fondée, en 1110, par Guillaume de Champeaux. On sait qu’ayant été vaincu par Abeilard, son propre disciple, dans les combats de la dialectique et de la théologie, ce créateur de l’école philosophique de Paris se retira près d'une antique chapelle dédiée à saint Victor et s’élevant au milieu des champs qu’arrosaient la Seine et la Bièvre, s’y lit bâtir une retraite, où ses disciples le suivirent et que Louis VI se plut à transformer en abbaye. La montagne Sainte-Geneviève se peupla peu à peu, et malgré l’immense réputation d’ Abeilard, antagoniste de Champeaux, l’abbaye devint bientôt l’école la plus célèbre et la plus florissante de la France; elle conserva sa renommée non-seulement pendant le moyen âge, mais encore dans les temps modernes jusqu’à la Révolution, qui la détruisit en 1790, pour créer plus tard sur son emplacement la halle aux Vins, les rues

Guy-de-la-Brosse et Jussieu, la petite place Saint-Victor, etc.

La rue Saint-Victor renfermait aussi deux colleges : celui du cardinal Lemoine, fondé en 1302, qui compta Turnèbe, Buchanan, Muret, etc., au nombre de ses professeurs; et celui des Bons-Enfants, fondé peu de temps après, qui compta Calvin au nombre de ses élèves. En 1624, saint Vincent de Paul transforma ce dernier en séminaire, et la Révolution en fit une prison, où quatrevingt-onze prêtres furent massacrés pendant les journées de septembre.

Les principales rues qui aboutissent à la rue Saint- Victor ou seulement adjacentes, sont :

La rue de Bièvre, renfermant jadis un collège où le fameux cardinal Dubois fut successivement admis comme valet, puis comme boursier;

La rue des Bernardins, où se trouvait l’hôtel de l’illustre famille Bignon, qui donna tant de savants et tant de magistrats à notre patrie;

La rue des Fossés-Saint-Marcel, où se trouvait le cimetière Clamart, et qui servait aux malheureux morts à l’hospice et aux suppliciés. Pichegru y a été enterré;

Le boulevard de l’Hôpital , ainsi nommé parce qu’on y trouve l'hôpital général de la Salpétrière, où l’on renfermait d’abord, en 1615, les pauvres mendiants valides de l’un et l’autre sexe, pour les occuper aux travaux de manufacture; puis, en 1650, les pauvres, les aveugles, les enfants, les aliénés, etc.; puis seulement, en 1662, les enfants et les femmes. Mais en 1720 on y créa une maison de travail pour huit cents enfants , deux cent cinquante cellules pour loger les vieux ménages, et une prison pour les prostituées. Ces femmes étaient si nombreuses à Paris, quelques années avant la Révolution, que chaque semaine la police en enlevait une certaine quantité.

11 faut entendre Mercier à ce sujet : « On les conduit,

dit-il, dans la prison de la rue Saint-Martin, et 1e dernier vendredi du mois, elles reçoivent à genoux la sentence qui les condamne à être renfermées à la Salpêtrière. Le lendemain, on les fait monter dans un chariot qui n'est pas couvert; elles sont toutes debout et pressées : lune pleure, l'autre gémit; celle-ci se cache le visage; les plus effrontées soutiennent les regards de la populace qui les apostrophe; elles ripostent indécemment et bravent les luiées qui s’élèvent sur leur passage. Ce char scandaleux traverse une partie de la ville en plein jour. »

Nous avons dit ailleurs quelle est la destination actuelle de cet hospice.

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